Un peu d’histoire #7 : le (vrai) rôle de l’URSS durant la Seconde Guerre mondiale – partie 3/3

Victoire URSS sur Allemagne naziz
Le drapeau de l’URSS flottant au dessus de la ville de Berlin, signe que l’Allemagne vient de perdre la Seconde Guerre mondiale. Source https://blogs.mediapart.fr/danyves/blog/210515/annie-lacroix-riz-le-role-de-l-urss-dans-la-deuxieme-guerre-mondiale

L’Histoire nous permet d’apprendre ce qui nous a précédé. En son temps, Karl Marx avait averti que « celui qui ne connaît pas l’histoire est condamné à la revivre », démontrant ainsi la nécessité pour chacun de connaître les événements passés qui, bien souvent, fournissent une source d’explication pour les événements présents et futurs. Mais connaître l’histoire c’est aussi raconter ce qui est passé sous silence, ou volontairement oublié par certains. Au travers de cette série d’articles, je vais m’efforcer de mettre à jour des faits ignorés aujourd’hui mais ô combien importants.

Après la première partie, consacrée aux années 30′, et à la seconde qui revenait sur les Accords de Munich et le pacte germano-soviétique, je vais m’attarder, dans cette troisième partie, sur conflit à proprement parler, ainsi que sur la libération de l’Europe pour essayer de démontrer que toute l’Europe de l’Est, et donc une majorité de pays, fut libérée des nazis grâce à l’Union soviétique

  • L’attaque de l’Allemagne 

En effet, en dépit du pacte germano-soviétique de non-agression entre les deux pays, Hitler souhaite toujours envahir l’Union soviétique. D’abord pour appliquer sa doctrine du lebensraum– l’espace vital- pour la race aryenne. A cela s’ajoute le côté idéologique, et le IIIe Reich n’hésitera pas à parler de « croisade moderne » pour justifier sa guerre contre l’URSS et mobiliser ses troupes. Dès décembre 1940 Hitler souhaite faire de cette invasion une priorité absolue, et pense qu’il est possible de gagner en quelques mois en appliquant sa tactique de la Blitzkrieg, afin d’éviter l’hiver russe.

En face, Staline est persuadé que l’Allemagne respectera le pacte scellé quelques mois plus tôt. A tel point qu’il refuse, jusqu’au dernier moment, à croire ses espions basés en Allemagne et à la frontière qui l’avertissent des mouvements des troupes nazis, et de l’imminence de l’attaque. Les forces mobilisées pour l’occasion sont considérables : près de 4 millions d’hommes, 4 000 chars, 3 000 avions. Ce sont 153 divisions allemandes, mais aussi finlandaises (qui rêvent de prendre leur revanche sur l’URSS après la courte guerre qui a opposé les deux pays entre le 30 novembre 1939 et le 13 mars 1940, et qui intègre de fait l’Axe), roumaines, hongroises, bulgares, italiennes, mais aussi la division Azul, formée de volontaires franquistes espagnols. 

L’invasion débute officiellement le 22 juin 1941, sous le nom de code « Barbarossa », en référence à l’Empereur du Saint-Empire romain germanique Frédéric Barberousse (1122-110). La surprise est totale pour les militaires soviétiques, et dans les premières heures du conflit l’aviation de l’URSS perd près de 2 000 avions. 

L’offensive se déroule sur plusieurs milliers de kilomètres, et sur trois fronts :

  • au nord avec pour objectif la prise de Leningrad, berceau de la Révolution russe 
  • au centre avec pour objectif Moscou, la capitale de l’Union soviétique 
  • au sud avec pour objectif la ville de Kiev et sa région, grenier à blé de l’URSS

Les premiers mois de l’attaque se déroulent parfaitement pour les Allemands, profitant de la désorganisation complète de l’Armée rouge qui n’a d’autres choix que de se replier partout. A la fin de l’année 1941 ils sont à proximité de Moscou, et en septembre le siège de Leningrad débute, il durera jusqu’au 27 janvier 1944. Mais les soviétiques organisent peu à peu la riposte. Et deux événements majeurs surviennent à la fin de l’année 1941. 

Hitler a échoué dans son plan initial qui était de boucler ce front avant l’hiver. L’arrivée de celui-ci marque une pause dans l’avancée allemande. Et, en décembre 1941, l’attaque surprise de Pearl Harbor par le Japon marque l’entrée en guerre des Etats-Unis. 

  • Le tournant de la bataille de Stalingrad 

Le 17 juillet 1942 débute la bataille de Stalingrad. Hitler a fait de la prise de la ville portant le nom de Staline un objectif personnel. Mais les Soviétiques peuvent compter sur des centaines de milliers d’hommes qui viennent en renforts pour tenir la ville, notamment de troupes massées à la frontière japonaise, qui reviennent à l’hiver 1943, après que Staline a eu la certitude par ses espions que la Japon n’attaquerait pas l’URSS et respecterait le pacte nippo-soviétique de neutralité signé le 13 avril 1941. 

En dépit des renforts massifs les pertes de l’Armée rouge sont considérables, plus de 1,2 millions de soldats sont tués, blessés ou prisonniers, à cela s’ajoute la mort de 300 000 civils. Mais à force de conquête et de reconquêtes, de batailles rues par rues et quartiers par quartiers, et d’un encerclement des forces allemandes, profitant que les flans des forces de l’Axe étaient tenus par les divisions hongroises et roumaines, bien moins performantes que leurs homologues allemandes, les troupes soviétiques parviennent à faire abdiquer le maréchal Von Paulus, contre les ordres d’Hitler, le 3 février 1943. 

Cette victoire, la première défaite militaire de l’Allemagne nazie en Europe est un tournant majeur de la Seconde Guerre mondiale. D’autant plus qu’avec l’entrée en guerre des Etats-Unis, Hitler se voit forcé de combattre sur deux fronts avec le débarquement en Sicile en juillet 1943 et le revirement de l’Italie qui dépose et arrête Mussolini (celui-ci sera libéré par un commando allemand et sera mis à la tête d’un état fantoche créé au nord de l’Italie : la République sociale italienne). 

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Carte réalisée avec le site : https://historicalmapchart.net/. Crédits : République sociale 

Notes pour cette carte : 

  • La Tchécoslovaquie est ici représentée en un seul pays, or si la Slovaquie constituait en effet une nation pendant la guerre, bien que totalement inféodée au IIIe Reich, l’autre partie de ce pays était intégrée à l’Allemagne depuis 1939 
  • La Finlande changea de camp et signa l’armistice avec l’URSS avant que celle-ci ne l’envahisse entièrement 
  • L’Armée rouge entra au nord de la Norvège, et le 25 octobre 1944 des forces de l’armée régulière norvégienne, exilées, reçurent l’ordre de rejoindre la Norvège pour libérer leur pays 
  • Les pays Baltes représentés ici étaient en réalité inclus dans l’URSS comme les autres Républiques socialistes soviétiques 

 

  • La reconquête de l’Europe 

Quelques jours après la reddition des divisions allemandes situées à Stalingrad, le 16 février 1943, l’Armée rouge reprend la ville de Kharkov, en Ukraine actuelle. Les événements vont ensuite s’accélérer au cours de l’année 1944. 

En effet, dès  janvier 1944 les troupes soviétiques parviennent à briser le siège de Leningrad et à entrer sur le territoire polonais. La libération de pays de l’Europe de l’Est a débuté : 

  • Les villes de Minsk (Biélorussie) et de Vilnius (Lituanie) sont respectivement libérées les 3 et 13 juillet 1944
  • le 15 mars 1944 l’Armée rouge pénètre en Roumanie, alors alliée de l’Allemagne. Mais, le gouvernement est renversé, et le nouveau en place ne tarde pas à changer de camp le 23 août 1944 il propose un armistice, qui ne sera signé que le 12 septembre 1944.
  • Le 6 septembre 1944 l’URSS entre en Bulgarie. Cette dernière, voyant son voisin roumain opérer un changement d’alliance, ne tarde pas à l’imiter. Cinq jours plus tard, le 11 septembre 1944 un armistice est ratifié entre la Bulgarie et l’Union soviétique. 
  • Le 12 septembre 1944 un autre armistice est signé entre la Finlande et l’URSS 
  • En janvier 1945 les Allemands évacuent les villes de Varsovie, Cracovie ainsi que le camp d’Autschwitz (épisode connu sous le nom de la « Marche de la mort ») car les forces de l’Armée rouge approchent 
  • Le 28 janvier 1945 l’ensemble de la Lituanie est libérée 
  • Le 13 février 1945 l’URSS prend la ville de Budapest, et libère l’ensemble de la Hongrie au début du mois d’avril 
  • En mars 1945 l’Armée rouge atteint l’Autriche et prend Vienne le 13 avril 1945
  • La Slovaquie, pays fantoche de l’Allemagne abandonne le combat au cours du mois d’avril 1945 
  • Le 16 avril 1945 l’offensive sur Berlin est lancée par les forces soviétiques 
  • Le 20 avril Berlin est encerclée 

Dans le reste de l’Europe l’Italie et la France ont été entièrement libérées à la fois par les Alliés, et par les résistances intérieures, Tito et ses partisans communistes libèrent la Yougoslavie tandis qu’en Grèce les forces de la résistance, aidées par le Royaume-Uni, où les communistes jouent là aussi un rôle important chassent les occupants. La fin de la Seconde guerre mondiale en Europe est alors imminente, et prend fin le 8 mai 1945.Mais le conflit continue en Asie car le Japon refuse de rendre les armes. Rompant le pacte de neutralité l’URSS déclare la guerre au Japon le 8 août 1945. Elle occupe les îles Sakhaline et Kouriles, et la Mandchourie est envahie. 

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Au sortir de la guerre le bilan est lourd pour tous les pays. Mais c’est bien l’Union soviétique qui a payé le plus lourd tribut. Avec plus de 26 millions de morts, dont plus de 15 millions de civils. Pourtant, pour une majorité de Français et d’Européens, ce sont les Etats-Unis qui ont le plus contribué à la libération de l’Europe. Il est certain que la guerre froide qui allait s’engager quelques mois plus tard, et l’opposition idéologique entre les deux blocs a favorisé cette vision que nous avons du conflit. Films et reportages sur le rôle de l’armée américaines ont fleuri par dizaines, négligeant parfois (souvent) le rôle joué par l’URSS. 

 

 

Un peu d’histoire #6 : le (vrai) rôle de l’URSS durant la Seconde Guerre mondiale – partie 2/3

Accords de Munich
Le 30  septembre 1938 l’Italie fasciste, l’Allemagne nazie, la France et la Grande-Bretagne signent les Accords de Munich qui scellent le sort de la Tchécoslovaquie. Ces accords sont signés sans les Tchécoslovaques, ni les Soviétiques. 

L’Histoire nous permet d’apprendre ce qui nous a précédé. En son temps, Karl Marx avait averti que « celui qui ne connaît pas l’histoire est condamné à la revivre », démontrant ainsi la nécessité pour chacun de connaître les événements passés qui, bien souvent, fournissent une source d’explication pour les événements présents et futurs. Mais connaître l’histoire c’est aussi raconter ce qui est passé sous silence, ou volontairement oublié par certains. Au travers de cette série d’articles, je vais m’efforcer de mettre à jour des faits ignorés aujourd’hui mais ô combien importants.

Après la première partie, qui traitait des années 30′ avant les Accords de Munich, lorsque l’URSS tenta d’obtenir une alliance avec la France et la Grande-Bretagne, cette seconde partie parlera à la fois des Accords de Munich, et de leurs conséquences, de l’obstination de la Pologne à réfuter l’accès à son territoire à l’Armée rouge, mais aussi du refus des occidentaux à établir une alliance militaire avec les Soviétiques. Refus qui aura pour conséquence directe le pacte germano-soviétique abordé à la fin de cet article. 

  • Prémices aux Accords de Munich 

Très vite la question de la Tchécoslovaquie arrive sur la table des négociations. Hitler se sert du prétexte de la région des Sudètes, à majorité germanophone, afin de conquérir l’ensemble du pays. Problème ? La Tchécoslovaquie bénéficie d’une double protection : celle de la France, et celle de l’Union soviétique. 

Peu avant les Accords de Munich, Neville Chamberlain, qui souhaite toujours mener une politique d’apaisement avec l’Allemagne nazie rencontre une première fois Hitler. Au terme de cet entretien le premier ministre britannique évoque lui-même un entretien « franc, mais amical »

Pourtant, quelques jours plus tard, Maxime Litvinov, le ministre des Affaires étrangères soviétique réaffirme à la Société des Nations (SDN) que l’URSS souhaite depuis des années arriver à un accord de sécurité collective avec les pays européens, contre l’Allemagne. Surtout, l’URSS précise bien qu’elle est toujours prête à défendre la Tchécoslovaquie, en vertu du traité qu’elle a avec elle mais que pour cela la France doit aussi tenir ses engagements. A cela s’ajoute un autre problème :  l’Union soviétique n’a pas de frontière commune avec la Tchécoslovaquie et pour atteindre ce territoire doit passer soit par la Roumanie, ce qui d’un point de vue stratégique est loin d’être la meilleure solution, soit par la Pologne qui offre le plus de facilité. 

Or la Pologne refuse catégoriquement que l’Armée rouge traverse son territoire, pour plusieurs raisons : 

  • son leader, Josef Beck, un militaire, est un farouche anticommuniste, ayant par ailleurs combattu contre l’Armée rouge en 1918 
  • en 1934 il a signé un pacte de non-agression avec l’Allemagne, il pense donc encore qu’Hitler respectera ce pacte 
  • Par ailleurs le chancelier allemand encourage le colonel Beck a revendiquer une partie du territoire tchécoslovaque, la Zaolzie 

Autrement dit la Pologne n’a aucune raison de laisser entrer sur son territoire l’Armée rouge. De plus Français et Anglais refusent de faire pression sur leur allié polonais, estimant qu’ils sauveront la paix en accordant à Hitler cette dernière concession. 

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Persuadés d’avoir préservé la paix, les dirigeants français et britanniques sont accueillis comme des héros dans leur pays.
  • Le démembrement de la Tchécoslovaquie

Le 29 septembre 1938 sont donc signés les Accords de Munich, sans les Tchécoslovaques, ni les Soviétiques. Aux termes de ceux-ci, et dans les mois qui suivent :

  • l’Allemagne s’empare de la région des Sudètes
  • la Pologne récupère la Zaolzie (octobre 1938)
  • la Hongrie s’empare du sud de la Slovaquie (novembre 1938)
  • la région de la Ruthénie subcarpatique est rattachée à la Hongrie en deux temps, une partie en novembre 1938, l’autre en mars 1939 (Premier arbitrage de Vienne) 

Pendant ce temps là à Londres, Ivan Maïski, l’ambassadeur soviétique, rend visite à son homologue Tchécoslovaque, Masaryk, qui, ayant appris la nouvelle des Accords de Munich  lance, :  » Ils nous ont vendus comme des esclaves »

Grande-Bretagne et France pensent avoir sauvé la paix. Ils se trompent lourdement. Mais en refusant ouvertement la paix tendue par l’URSS qui n’a eu de cesse de vouloir un accord avec les occidentaux, les deux pays ouvrent indirectement la voie à un accord entre l’Allemagne et l’URSS. Mais c’est bien la France qui, le 6 décembre 1938 à l’occasion d’une visite de Joachim Von Ribbentrop, le ministre des Affaires étrangères du IIIe Reich, signe un pacte d’amitié avec les nazis. Un banquet, auquel ne sont pas conviés les trois ministres juifs du gouvernement français, est même organisé en l’honneur de l’invité Allemand. 

En dépit de ses promesses Hitler ne s’arrête pas à la région des Sudètes. Dès le mois de mars 1939 l’Allemagne envahit l’ensemble de la Tchécoslovaquie, en en intégrant une partie au Reich et en créant une Slovaquie satellite. Puis au cours du même mois il s’empare du port stratégique de Memel, en Lituanie. Et bientôt c’est la Pologne qu’Hitler va lorgner. 

  • Avant l’invasion de la Pologne, les dernières tentatives de l’URSS pour parvenir à un accord avec la France et la Grande-Bretagne 

L’invasion du reste de la Tchécoslovaquie et de Memel n’entraînent aucune réaction de la part des occidentaux, toujours aveuglés par leur politique d’apaisement. Pourtant, tout le monde commence à comprendre que Français et Anglais ont abandonné leur allié tchécoslovaque pour rien et que la guerre se rapproche. 

Le Royaume-Uni décide ainsi de donner sa garantie à la Pologne, le 31 mars 1939, imité par la France. De plus l’opinion publique britannique, consciente que l’affrontement est inévitable, souhaite en majorité une alliance de leur pays avec l’URSS. Et une nouvelle fois ce sont les Soviétiques qui font la démarche. Staline ordonne en effet à Litvinov, le 17 avril 1939, de faire le premier pas envers les occidentaux. Ce dernier ne tarde pas à proposer de nouveau une alliance militaire à la France et à la Grande-Bretagne incluant la défense de la Finlande, des pays Baltes et de la Roumanie contre l’Allemagne. 

Lord Halifax, le ministre des Affaires étrangères du Royaume-Uni, est embarrassé car lui ne souhaite que protéger la Pologne, et demande encore du temps. Mais c’est justement de temps qu’il manque car les plans d’Hitler pour envahir la Pologne sont déjà prêts. D’ailleurs en dépit du danger imminent qui guette la Pologne, le colonel Beck se refuse toujours à laisser entrer sur son territoire l’Armée rouge, même pour assurer sa défense. Encore plus incroyable, il se rend à Londres au mois d’avril 1939, mais repart de la capitale britannique sans que cette question ne soit résolue.

Commençant à être las de tout ce cinéma, Staline nomme Molotov au poste occupé par Litvinov. Néanmoins la proposition d’alliance reste toujours valable, d’autant plus qu’Hitler n’est toujours pas convaincu qu’un pacte avec l’Union soviétique soit une bonne idée. 

Après l’opinion publique, c’est l’armée britannique qui, à son tour, souhaite une alliance avec l’URSS avant que ce ne soit trop tard. Chamberlain et Daladier se décident alors à envoyer une délégation en Union Soviétique en août 1939. Mais alors que Staline a bien spécifié qu’il était urgent de parvenir à un accord, les occidentaux prennent une fois de plus leur temps. Plutôt que d’affréter un avion pour leur délégations respectives, ils choisissent le bateau comme moyen de transport. Le voyage dure une semaine, sans compter les douze jours mis par les Anglais pour désigner les personnes qui allaient prendre part à cette visite. Et que dire des membres des délégations qui ne sont, ni du côté français, ni du côté britannique,  des personnalités très importantes, alors qu’à leur arrivée, le 12 août 1939, ils sont reçus par un proche parmi les proches de Staline : le ministre de la Défense : Kliment Vorochilov. 

Pire, le chef de la délégation britannique, l’amiral Drax n’a aucun papier de son gouvernement spécifiant qu’il a les pouvoirs diplomatiques pour mener à bien ces négociations. Et lorsque Vorochilov demande si la Pologne accepte d’ouvrir ses frontières à l’Armée rouge, il comprend que ces négociations ne servent à rien puisque les occidentaux n’ont pas été capables, ou n’ont pas voulu, convaincre leur allié polonais. La réunion s’arrête donc sur ce point et le ministre de la Défense soviétique précise qu’elles ne pourront reprendre que lorsque la Pologne acceptera l’Armée rouge sur son territoire. 

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La signature du pacte germano-soviétique.
  • Le pacte germano-soviétique 

Peu avant que les délégations française et britanniques n’arrivent en Union soviétique, Hitler commence à changer d’avis, sous les conseils de Ribbentrop, quant à une prétendue alliance avec l’URSS. Ne pas avoir de second front lui laisserait en effet les mains libres pour mener à bien ses plans, et préparer au mieux la future invasion de cette même Union soviétique. 

Dans le secret le plus total, dans un petit restaurant de Berlin, Karl Schnurre, diplomate allemand, et Georgy Astakhov, conseiller économique soviétique, mais surtout agent du NKVD, se rencontrent et évoquent un- possible- accord. Deux jours plus tard ils transmettent à leur dirigeants respectifs les paroles de l’autre, faisant comprendre que la voie est ouverte. L’Allemagne spécifie au passage que la situation est urgente. 

Le 15 août 1939, soit deux semaines avant l’invasion de la Pologne, les discussions entre l’URSS et l’Allemagne s’accentuent, et Moscou veut avoir la certitude que jamais le IIIe Reich n’attaquera son territoire. Et c’est ainsi que quelques jours plus tard, le 23 août 1939, est ratifié par Molotov pour les Soviétiques, et Ribbentrop pour les Allemands, le pacte germano-soviétique. Il comprenait la non-agression des deux pays mais également une annexe secrète, garantissant à l’URSS d’avoir les mains libres pour reprendre tous les territoires qu’elle avait perdus au terme de la Première guerre mondiale. 

L’invasion de la Pologne est imminente, et par leur bêtises les occidentaux se retrouvent désormais seuls contre Hitler et ses alliés. A suivre… 


Pour approfondir le sujet : Carnets d’un ambassadeur soviétique à Londres, par Ivan Maïski 

Un peu d’histoire #5 : le (vrai) rôle de l’URSS durant la Seconde Guerre mondiale – partie 1/3

Victoire URSS sur Allemagne naziz
Le drapeau de l’URSS flottant au dessus de la ville de Berlin, signe que l’Allemagne vient de perdre la Seconde Guerre mondiale. Source : https://blogs.mediapart.fr/danyves/blog/210515/annie-lacroix-riz-le-role-de-l-urss-dans-la-deuxieme-guerre-mondiale

L’Histoire nous permet d’apprendre ce qui nous a précédé. En son temps, Karl Marx avait averti que « celui qui ne connaît pas l’histoire est condamné à la revivre », démontrant ainsi la nécessité pour chacun de connaître les événements passés qui, bien souvent, fournissent une source d’explication pour les événements présents et futurs. Mais connaître l’histoire c’est aussi raconter ce qui est passé sous silence, ou volontairement oublié par certains. Au travers de cette série d’articles, je vais m’efforcer de mettre à jour des faits ignorés aujourd’hui mais ô combien importants.

Pour ce cinquième épisode de cette série historique il me semblait important de mettre l’accent sur le rôle joué par l’Union soviétique durant la Seconde Guerre mondiale. En effet depuis plusieurs années en France, et plus généralement dans les pays de l’Europe de l’Ouest, il y a une tendance qui vise à minimiser, voire à oublier la lutte déterminante de l’Armée rouge et le rôle de celle-ci dans la chute du IIIe Reich. 

D’ailleurs la non-invitation de Vladimir Poutine pour commémorer le 75e anniversaire du D-Day, alors qu’Angela Merkel était elle bel et bien présente,  par Emmanuel Macron reflète parfaitement cela. Pourtant il est bon de rappeler que sans l’URSS la victoire des Alliés aurait été fortement compromise, voire impossible. Il est aussi bon, et nécessaire, de rappeler et de se souvenir que c’est l’URSS qui a payé le plus lourd tribut lors de ce conflit  avec plus de 25 millions de pertes. 

Pour rétablir des faits il faut s’appuyer sur les vérités historiques. Il y a un peu plus de deux ans j’avais déjà rédigé un article sur les faits oubliés de la Révolution russe, qui traitait des avancées pour les femmes, de l’aide internationale pour divers mouvements et pays, mais aussi de sa contribution pendant la seconde guerre mondiale (voir : 100 ans après certains faits oubliés de la Révolution russe). 

Ce sujet important nécessitera trois parties réparties en trois articles distincts. Les deux premières parties montreront comment et pourquoi l’URSS et l’Allemagne nazie en sont venus à signer un pacte de non-agression. En réalité nous verrons que la responsabilité des gouvernements français et britannique est importante puisqu’au cours des années 30′ ils n’ont eu de cesse de rejeter toute velléité d’accords avec l’URSS, malgré l’insistance du ministre soviétique de la Défense, et ont cherché en partie à s’entendre avec Hitler. 

Cette première partie traitera donc d’abord de la non-possibilité d’un accord entre la France, la Grande-Bretagne et l’Union soviétique au cours des années 30′ . La deuxième partie sera consacrée aux scandaleux Accords de Munich qui entérinent la dislocation de la Tchécoslovaquie ainsi qu’à la dernière tentative d’une alliance dirigée contre Hitler avant le déclenchement de la seconde guerre mondiale. C’est aussi dans cette partie qu’il sera question du Pacte Germano-soviétique car entre temps nous aurons fait la démonstration qu’avec un peu plus de bonne volonté de la part des Occidentaux ce Pacte n’aurait jamais vu le jour. 

Enfin dans la troisième et dernière partie il sera question de la guerre à proprement parler et du rôle militaire joué par l’Union soviétique dans la libération de l’Europe du joug nazi.

  • L’URSS : un pays isolé qui cherche des alliances 

Le 23 août 1939, à la stupeur générale, l’Allemagne nazie et l’Union soviétique signent le pacte Germano-soviétique qui garantit la non-agression entre les deux pays, du moins pour un temps, mais comporte aussi des annexes secrètes sur des revendications territoriales. Pourtant tout oppose ces deux nations qui signent là un accord après s’être affrontées idéologiquement, et d’une manière indirecte militairement pendant la guerre d’Espagne, durant des années. 

Pourquoi un tel pacte a pu être possible ? Surtout, ce dernier aurait-il pu être évité si les pays occidentaux avaient consenti à un accord avec Staline et ne s’étaient pas été entêtés par leur anticommunisme primaire ? Sans doute que oui, et voici pourquoi. 

L’URSS fut le premier état de la planète à se proclamer « socialiste », et cette situation ne plaisait évidemment pas aux pays de l’Europe de l’Ouest qui voyaient d’un très mauvais oeil le fait que le plus grand pays du monde soit gouverné par un parti communiste. L’Union soviétique était donc traitée en paria sur la scène internationale. 

Pourtant, dans les années 30′, un autre phénomène commence à inquiéter bien des pays : la montée des mouvements fascistes en Europe, et des nazis en Allemagne. En France l’opinion publique voit au grand jour ce que souhaite l’extrême-droite lors de la crise du 6 février 1934, prélude à l’union des forces de gauche dans le Front populaire. En Espagne, à partir de 1936 la guerre civile éclate opposant Franco, soutenu par l’Italie et l’Allemagne, aux républicains, soutenus par les Brigades internationales et l’URSS. Cette dernière voit bien tout le danger des forces fascistes, d’autant qu’à sa frontière orientale, le Japon commence à manifester ses intentions expansionnistes et impérialistes. 

C’est donc tout logiquement que l’URSS essaye à nouveau de se rapprocher de la France, et de la Grande-Bretagne afin de récréer l’alliance effective durant la première guerre mondiale, celle d’avant la Révolution russe. 

  • L’action de Maxime Litvinov 

Maxime Litvinov occupe un poste clé au sein du gouvernement soviétique puisqu’il en est le ministre des Affaires étrangères. Juif, et communiste de la première heure, il affiche dès le début son antinazisme et va œuvrer pour lutter contre l’Allemagne en tentant de bâtir une sécurité collective afin que les pays européens soient solidaires contre Hitler. Parmi ses faits d’armes, il a notamment réussi à convaincre les Etats-Unis de reconnaître, officiellement, l’Union soviétique. 

Dans son combat Litvinov peut s’appuyer sur Louis Barthou, le ministre des Affaires étrangères du gouvernement français (9 février 1934 – 9 octobre 1934) qui, bien qu’étant lui-même anticommuniste, est aussi un homme d’état pragmatique. D’abord c’est lui qui arrive à faire rentrer l’URSS à la Société des Nations (SDN). Mais surtout il souhaite qu’une alliance voit le jour entre les différents pays européens, dont la Grande-Bretagne et l’Union soviétique contre l’Allemagne. Les deux ministres s’entendent donc sur un possible accord. 

Mais sa charge de ministre des Affaires étrangère le conduit à accueillir le 9 octobre 1934 le roi Alexandre 1er de Yougoslavie à Marseille. Et alors qu’ils sont dans la même voiture ce dernier est victime d’un attentat mortel. Dans la confusion un policier français tire et blesse accidentellement Louis Barthou qui, mal soigné, décède quelques heures plus tard, emportant avec lui l’idée d’un accord avec l’URSS. En effet son successeur, Pierre Laval, est lui fermement opposé à tout arrangement avec l’Union soviétique. 

De son côté la Grande-Bretagne semble ne pas s’inquiéter des tensions qui montent en Europe, exacerbées par les nazis. Pourtant, Ivan Maïski, ambassadeur à Londres du gouvernement soviétique, a la lourde tâche d’essayer d’arracher un accord avec le Royaume-Uni. Et le 29 mars 1935 Anthony Eden, un des futurs premiers ministres d’après-guerre, se rend à Moscou et rencontre personnellement Joseph Staline. En vain, l’idée d’un accord tombe une nouvelle fois à l’eau. 

Hitler profitant de ces tergiversations met peu à peu en place ses pions. :

  • En 1935 les lois raciales sont proclamées à Nuremberg
  • Le 7 mars 1936 la Rhénanie est remilitarisée

Qui réagit ? Ni la France, ni la Grande-Bretagne n’haussent réellement le ton même si l’idée d’une intervention armée effleure le gouvernement français après la remilitarisation de la Rhénanie, contraire au traité de Versailles. Mais les généraux français, dont Gamelin, ne veulent pas s’engager dans un conflit si le Royaume-Uni ne suit pas. Et comme les Britanniques ne souhaitent pas intervenir militairement, Hitler n’est pas inquiété. 

  • Vers un accord avec l’Allemagne nazie ? 

Mais cet épisode a marqué Hitler. Celui-ci ne veut sous aucun prétexte que les autres pays puissent mener à bien ce projet de sécurité collective. Alors il tente lui aussi un rapprochement avec la Grande-Bretagne. En ce sens il est bien aidé par la nomination en 1937 au poste de premier ministre de Neville Chamberlain qui exècre les communistes. De plus le 21 février 1938, succédant à Anthony Eden qui ne veut pas d’accord avec l’Allemagne, Lord Halifax est nommé Secrétaire d’état du Foreign Office (ministre des Affaires étrangères). Ce dernier est un des tenants de la politique d’apaisement avec Hitler. Ce choix est un coup dur pour Maïski dans sa perspective d’accord avec la Grande- Bretagne. 

Cette volonté d’apaisement permet à Hitler de réaliser l’Anschluss (littéralement le rattachement, même s’il s’agit en réalité d’une annexion) de l’Autriche sans que les pays européens s’en émeuvent plus que cela. Un mois plus tard la nomination de Georges Bonnet, le 10 avril 1938 au poste de ministre des Affaires étrangères de la France, entérine un peu plus cette idée d’accord avec l’Allemagne. 

Les tragiques, et honteux, Accords de Munich en seront une conséquence directe. A suivre… 

Un peu d’histoire #1 : L’aide cubaine à l’Afrique- partie 2

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Le président de l’Angola Agostinho Neto aux côtés du leader de la Révolution cubaine © Cubadebate

L’Histoire nous permet d’apprendre ce qui nous a précédé. En son temps, Karl Marx avait averti que « celui qui ne connaît pas l’histoire est condamné à la revivre », démontrant ainsi la nécessité pour chacun de connaître les événements passés qui, bien souvent, fournissent une source d’explication pour les événements présents et futurs. Mais connaître l’histoire c’est aussi raconter ce qui est passé sous silence, ou volontairement oublié par certains. Au travers de cette série d’articles, je vais m’efforcer de mettre à jour des faits ignorés aujourd’hui mais ô combien importants.

Pour cette deuxième partie consacrée à l’aide cubaine à l’Afrique, j’ai choisi de me concentrer plus particulièrement sur la solidarité envers l’Angola.

La situation de l’Angola, avant son indépendance est particulière. Trois mouvements de libération ont émergé, et s’opposent plus ou moins les uns les autres. Plus ou moins car deux sont soutenus par le camp occidental, tandis que le troisième est lui soutenu par le camp socialiste, puis par Cuba. Le leader de ce dernier mouvement (MPLA : Mouvement populaire de libération de l’Angola), Agostinho Neto s’est, dès les années 60 rapproché de l’URSS. Et pour cause, il prône en effet comme idéal politique le socialisme. Mais un socialisme pour et par les Angolais, à la manière de Cuba.

UNITA (Union nationale pour l’indépendance totale de l’Angola) et FNLA (Front national de libération de l’Angola) sont les deux autres mouvements indépendantistes. Le premier est soutenu par les Etats-Unis, via le régime d’apartheid sud-Africain, le second par le Zaïre de Mobutu- celui qui a trahit Patrice Lumumba- (voir : Un peu d’histoire #0 : L’aide cubaine à l’Afrique- partie 1).

Les trois mouvements ne s’apprécient pas et ne se font pas confiance. Mais ils sont obligés tout de même de se rendre ensemble au Portugal afin de négocier l’indépendance de leur pays. Cette conférence a lieu au mois de janvier 1975. Problème : les trois mouvements veulent prendre le contrôle avant les élections. Le but étant de s’emparer de la capitale avant le 11 novembre 1975, date prévue de l’indépendance de l’Angola. Hors de question pour l’Afrique du Sud et les Etats-Unis de voir le MPLA diriger le pays. Les premiers vont soutenir l’UNITA et entrer en Angola le 23 octobre 1975 (alors même que les noirs d’Afrique du Sud subissent les lois racistes de l’Apartheid). Les seconds vont aider le FNLA via le régime de Moboutu, fournissant armes, mercenaires, essence.

De son côté le MPLA est largement en infériorité, et l’aide soviétique tarde à venir. Les Angolais sont avertis qu’elle ne pourrait pas arriver avant la date fatidique du 11 novembre. Alors, Agostinho Neto se tourne vers Cuba. La réponse de Fidel Castro ne se fait pas attendre et dépasse toutes les espérances.

« Vous allez être écrasés, vous avez besoin de beaucoup plus que cela » Fidel Castro.

L’internationalisme cubain prend ici tout son sens. Cette fois-ci il ne s’agit pas d’une opération clandestine comme durant les années 60′. C’est une intervention ouverte. Cuba envoie ses forces spéciales, de l’artillerie, des armes, du matériel, et près de 35 000 soldats d’infanterie.

« Certains impérialistes se demandent pourquoi nous aidons les Angolais, et quels intérêts nous avons là-bas. Ils pensent que, si un pays fait quelque chose c’est qu’il veut du pétrole, ou du cuivre, ou des diamants, ou une ressource naturelle. Non. Nous ne recherchons aucun intérêt matériel. Et, logiquement, cela ne rentre pas dans les critères des impérialistes. Parce qu’ils n’ont que des critères chauvins, nationalistes, égoïstes. Mais nous, nous accomplissons un devoir élémentaire et internationaliste quand nous aidons le peuple d’Angola » Fidel Castro.

L’intervention salvatrice des cubains permet au MPLA de s’emparer de Luanda, la capitale, et de proclamer l’indépendance le 11 novembre 1975. Agostinho Neto devient le premier président de l’Angola. Mais la guerre continue. A tel point que Neto demande à ce qu’un contingent cubain reste sur place pour aider le MPLA.

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Nelson Mandela rendant visite à Fidel Castro pour le remercier de sa contribution © OMAR TORRES / AFP FILES / AFP

A partir de la fin des années 70′, plusieurs changements se produisent. D’abord Agostinho Neto décède à Moscou le 10 septembre 1979. Et puis le 20 janvier 1981 Ronald Reagan accède à la Maison Blanche. Avec lui les Etats-Unis s’engagent sur une nouvelle voie. Il veut contraire Cuba à quitter l’Angola. Dans le même temps le SWAPO (Organisation du peuple du Sud-Ouest Africain) mène la lutte pour l’indépendance de la Namibie depuis l’Angola, contre les troupes de l’Afrique du Sud.

Pendant six ans des négociations vont avoir lieu. Leur but ? Faire en sorte que l’Afrique du Sud quitte la Namibie, et que dans le même temps les Cubains quittent l’Angola. Fidel Castro va alors prendre une initiative le 15 novembre 1987 : il souhaite repousser les troupes du régime d’apartheid hors d’Angola. Pour parvenir à cet objectif Cuba envoie d’autres soldats, mais aussi des tanks, de l’artillerie. Une aide bienvenue pour l’Angola. Car depuis l’arrivée de Gorbatchev, l’URSS ne s’occupe plus d’aider les pays proches idéologiquement, et a complètement délaissé le peu d’internationalisme qui lui restait.

Finalement, le 22 décembre 1988 des accords de paix sont signés. Et en 1990 la Namibie devient indépendante de l’Afrique du Sud, tandis que le régime d’apartheid libère Nelson Mandela. Deux décisions majeures obtenues de force par Cuba qui, de son côté, quitte l’Angola. Au total ce seront près de 450 000 Cubains qui auront participé à l’épopée cubaine en Afrique, et près de 10 000 seront tombés au combat.

L’aide cubaine à l’Afrique aura été déterminante dans l’indépendance de plusieurs pays. Une aide sans aucune contrepartie, si ce n’est une contrepartie morale, celle d’avoir le sentiment d’avoir aidé des peuples pour leur libération.


Pour en savoir plus : Cuba, une Odyssée Africaine partie 2/2 

100 ans après certains faits oubliés de la Révolution russe

 

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Il y a cent ans, les Bolcheviks, Lénine à leur tête, prenaient le pouvoir en Russie. Cette révolution populaire allait changer le cours du pays, et du monde, pour les décennies à venir. Le premier pouvoir ouvrier au monde était né, et il entendait marquer les esprits dès le début.

Les premiers décrets, approuvés par le Congrès des Soviets, ne tardaient pas à être promulgués. Le premier d’entre eux concernait la guerre qui faisait rage en Europe depuis 1914 ; par le décret sur la paix, la nouvelle Russie cessait les hostilités avec l’Allemagne. S’en suivaient les décrets distribuant la terre aux paysans, nationalisant les industries, et déclarant la « souveraineté des peuples de Russie ».

Il ne sera pas ici question de revenir sur toute l’Histoire de l’URSS, mais de se concentrer sur trois points, qui ont marqué l’histoire de l’URSS et qui sont trop souvent oubliés, à savoir que la révolution russe fut aussi une révolution féministe, que l’URSS a grandement contribué à la victoire sur le fascisme durant la seconde guerre mondiale, enfin qu’elle aura été d’une aide généreuse envers les mouvements de libération nationale et les pays progressistes.

  •  Une révolution féministe

Cette révolution ouvrière et socialiste fut aussi à tout égard une révolution féministe, à une époque où l’inégalité entre hommes et femmes était monnaie courante. Le 8 mars 1921 Lénine décrétait, en hommage aux ouvrières de Saint-Pétersbourg, la journée internationale de la femme, mondialement célébrée aujourd’hui.

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Alexandra Kollontaï, Commissaire du peuple à la Protection sociale

Mais le gouvernement soviétique, avec en son sein la première femme ministre : Alexandra Kollontai (Commissaire du peuple à la protection sociale), alla beaucoup plus loin dans les droits accordés à la gente féminine : droit de vote, droit au divorce, lutte contre l’analphabétisme qui touchait alors 80% des femmes. Le 16 septembre 1918 est crée le code de la famille, et le 18 novembre 1920 le décret qui autorise l’avortement est promulgué. Les congés maternité, ainsi que l’égalité salariale entre hommes et femmes sont également décrétés.

Des réformes qui, encore aujourd’hui, sont impensables dans certains pays prétendument plus avancés que la Russie soviétique.

  • L’URSS, vainqueur de la seconde guerre mondiale

Si aujourd’hui notre vision du monde, et de la seconde guerre mondiale a quelque peu changé, dans le mesure où nous considérons, en majorité, que ce sont les Etats-Unis qui ont le plus contribué à la défaite de l’Allemagne nazie, la perception des choses était différente à l’époque.

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L’URSS a subi des pertes considérables, avec près de 26 millions de morts, le pays se place en effet en tête du classement des Nations ayant eu le plus de victimes. Stalingrad fut sans aucun doute le tournant de la Seconde guerre mondiale ; lorsqu’en 1943, après une résistance héroïque, les soviétiques parvenaient à défaire les armées à Allemande et à amorcer une contre attaque. Ce serait le point de départ de la chute du IIIème Reich et de la défaite d’Hitler.

L’armée rouge allait libérer une grande partie de l’Europe, et les forces nazies envoyées sur le front russe peuvent laisser présager l’issue de la guerre si l’URSS n’avait pas été la. Pour s’en rendre compte il suffit simplement de voir la difficulté qu’on connu les résistants et les troupes qui ont débarqué, et d’imaginer ensuite ce qu’il en aurait été avec des millions de soldats nazis en renforts sur le front ouest. Il ne s’agit donc pas de nier le rôle que d’autres armées ont pu avoir, notamment les troupes américaines, mais de réhabiliter celui de l’URSS qui se plaça en rempart du fascisme à l’image des autres Partis communistes.

Quelques années plus tôt, lorsqu’en 1936 éclatait la guerre d’Espagne opposant fascistes et républicains, c’était déjà l’URSS qui était venue au secours de la République espagnole. Face à la timidité des démocraties occidentales, la France et le Royaume-Uni notamment qui, au nom d’une prétendue neutralité, que personne ne respecta, n’intervinrent pas en Espagne, l’URSS elle envoya armes, chars, munitions et conseillers aux armées de la République. Les Brigades internationales furent créées à cette occasion, permettant à des milliers d’hommes et de femmes communistes, socialistes, républicains, démocrates des quatre coins du monde de venir combattre contre le fascisme.

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Le gouvernement du Front populaire français, Léon Blum a sa tête, se décidera finalement à aider, discrètement, les combattants espagnols. Laissant passer armes et munitions, et ouvrant la frontière aux brigades internationales. Mais ce ne sera pas suffisant. Tandis que le camp démocrate regardait l’Espagne sombrer, les pays fascistes n’hésitèrent pas à envoyer troupes, armes, et avions en nombre. Franco sortait finalement vainqueur de la guerre d’Espagne, et allait s’en suivre, pour celle-ci, près de 40 ans de dictature.

L’URSS, malgré les hésitations du début du conflit, aura finalement été le seul pays a, réellement, venir en aide aux républicains, une aide insuffisante certes, mais qu’en aurait-il été si les démocraties en avaient fait de même ?

  • L’aide aux mouvements de libération nationale 

Aussitôt la seconde guerre mondiale terminée, voilà qu’un autre conflit démarrait, plus subtil, plus idéologique, plus indirect aussi : la guerre froide. Camp occidental contre camp socialiste, l’OTAN contre le Pacte de Varsovie, les Etats-Unis et leur impérialisme contre l’URSS et son internationalisme. L’URSS allait, dans ces années d’après guerre, aider nombres de mouvements de libération nationale et de pays progressistes nouvellement souverains.

Mais revenons d’abord en arrière, lorsque éclate la Révolution russe, et que le pouvoir des Soviets est en place. Dès le départ, le caractère fondamentalement internationaliste de la Révolution socialiste est annoncé et confirmé par Lénine. Ce dernier avait très bien compris que la nouvelle Russie soviétique, qui deviendrait l’URSS en 1922, ne pouvait tenir face aux armées blanches et aux forces de la finance, sans le déclenchement d’autres révolutions en Europe.

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Et les événements, dans les mois qui suivaient la Révolution russe, allaient en ce sens. En Allemagne d’abord, où Lénine plaçait une bonne partie de ces espoirs, une révolution éclatait menée par la Ligue Spartakiste de Karl Liebknecht et Rosa Luxemburg. La révolte s’achevait dans le sang et  les deux leaders étaient sauvagement assassinés après cet épisode révolutionnaire. En dépit de l’échec de la prise du pouvoir à Berlin, en Bavière, le 7 avril 1919, la République des conseils de Bavière était proclamée, elle ne durerait, elle aussi, que quelques semaines, écrasée par l’armée allemande le 3 mai 1919.

Un peu plus tôt, en Hongrie, le 21 mars 1919, la République des conseils de Hongrie était proclamée par Bela Kun. Sur le modèle de la nouvelle Russie, la République des soviets Hongrois allait se dresser face aux impérialistes pendant près de 143 jours, avant de finir écrasée, comme celle de Bavière, par les armées occidentales.

Après la seconde guerre mondiale, allaient se multiplier les guerres de décolonisation et de libération nationale. Des mouvements émergeaient dans le monde entier pour faire valoir le droit de chaque peuple à l’auto-détermination. En Amérique latine, en Asie, au Moyen-Orient, en Afrique l’aide soviétique fut précieuse. D’abord pour les mouvements, puis pour les pays progressistes et socialistes qui recevaient de l’URSS et du camp socialiste, armes, argent, matériels et conseillers.

Chaque mouvement socialiste, chaque nouveau pays progressiste, chaque guérilla marxiste était un moyen de plus de lutter contre l’impérialisme nord-américain qui, de son côté, n’hésitait pas à renverser, déjà, des pays progressistes et des gouvernements démocratiques. Le coup d’Etat chilien de 1973, où le général Pinochet, soutenu par la CIA renversa le pouvoir populaire et démocratique de Salvador Allende, restera, pour le peuple chilien, et la gauche internationale, un drame et une plaie à jamais ouverte.

L’aide soviétique sera bénéfique pour de nombreux pays : l’Egypte de Nasser, la Chine populaire, du moins durant les premières années, la Cuba socialiste, ou la Syrie baasiste bénéficieront des largesses soviétiques à l’instar de toute nation se dressant contre l’impérialisme.

Avec la chute du camp socialiste à la fin des années 80, c’est toute une croyance qui allait s’effondrer, c’est aussi une nouvelle période qui s’ouvrait, laissant l’impérialisme américain promouvoir son mode de vie, et sa vision politique et économique. Une ère unilatérale que certains pays, tels que la Chine et la Russie, voudraient aujourd’hui voir s’achever pour faire place à un monde multipolaire.

Brésil : coup d’Etat institutionnel

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Il fallait s’y attendre, la chambre des députés du Brésil a finalement votée la destitution de la Présidente, légitime et démocratiquement élue, Dilma Rouseff. Je ne vais pas revenir sur le contexte brésilien, et la division de la société brésilienne entre d’une part la droite, les élites, la bourgeoisie, la finance appuyés par l’impérialisme américain, et d’autre part les classes populaires, les forces syndicales, associatives, politiques de gauche, ainsi que les mouvements des sans-terres. Concernant cela j’avais rédigé un article il y a quelques jours : En défense de la démocratie brésilienne .

Je vais donc essayer de ne pas répéter ce qui a déjà été dis que ce soit sur ce blog où sur d’autres sites. A mon sens il est important de revenir sur ceux qui sont entrain d’organiser ce coup d’Etat institutionnel, parce que c’est bien de cela qu’il s’agit. C’est la droite brésilienne qui tente de renverser le gouvernement, et notamment le Parti du mouvement démocratique brésilien (PMDB) qui était jusqu’à récemment l’allié du Parti des travailleurs (PT), au gouvernement.

Qu’un Parti et des mouvements de droites veuillent critiquer un gouvernement et s’opposer à ses lois, c’est normal et ça s’appelle la démocratie. Le problème intervient lorsque ces mêmes mouvements tentent de renverser un gouvernement démocratiquement élu, il faut le marteler, et légitime de surcroît. D’autant plus lorsqu’on sait que ces personnes avaient soutenu les dictateurs brésiliens qui s’illustraient il y a encore quelques dizaines d’années par des crimes, des arrestations, et des tortures- l’actuelle présidente Dilma Rousseff avait d’ailleurs été torturé à l’époque alors qu’elle résistait à la dictature en 1970.

Mais tâchons de nous éloigner de la situation brésilienne à proprement parlé et de voir cela au vue de la situation internationale actuelle. Ainsi, le Brésil fait partie du groupe de pays qu’on appelle par leurs acronymes BRICS- pour Brasil, Russia, India, China, South Africa. Ces pays considérés pour la plupart comme des Nations émergentes représentent un réel d’espoir d’un monde multipolaire. Multipolaire dans le sens où les Etats-Unis ne domineraient pas et seraient soumis à une vive concurrence international, comme au temps de la guerre froide et de l’URSS.

Le Brésil est donc un membre important, de par sa taille, de par sa population et même de par de son économie- même si depuis quelques temps celle-ci est en difficulté. Il est  non seulement une puissance et un moteur régional, en Amérique latine avec les autres nations progressistes, mais également au niveau mondial. Ainsi, il y a peu les BRICS ont annoncé le lancement d’une Banque mondiale. Celle-ci étant principalement destinée à financer les projets des pays pauvres d’Afrique, d’Asie et d’Amérique latine et donc par extension à contrer l’influence de la Banque mondiale et du FMI.

On sait que ces pays commercent avec une multitude de pays en difficultés, et que, contrairement aux puissances occidentales, basent leurs échanges sur le principe du donnant-donnant. A titre d’exemple, malgré les critiques que l’on peut faire à l’encontre de la République populaire de Chine, elle oeuvre pour la construction de routes, d’écoles, de chemin de fer, d’infrastructures dans plusieurs pays défavorisés, notamment en Afrique.

C’est là que s’effectue le lien avec la possible destitution de Dilma Rousseff. Personne n’est naïf quant à l’implication de Washington dans ce coup d’Etat institutionnel, or déstabiliser un pays aussi important dans l’émergence d’un monde multipolaire n’est pas anodin. Il faudra donc surveiller avec attention le vote du Sénat et les suites de cette affaire de destitution de la Présidente. Il y a fort à parier qu’en cas de retour de la droite au pouvoir au Brésil, la coopération de ce dernier avec les autres pays composant les BRICS cesse.