Brésil : coup d’Etat institutionnel

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Il fallait s’y attendre, la chambre des députés du Brésil a finalement votée la destitution de la Présidente, légitime et démocratiquement élue, Dilma Rouseff. Je ne vais pas revenir sur le contexte brésilien, et la division de la société brésilienne entre d’une part la droite, les élites, la bourgeoisie, la finance appuyés par l’impérialisme américain, et d’autre part les classes populaires, les forces syndicales, associatives, politiques de gauche, ainsi que les mouvements des sans-terres. Concernant cela j’avais rédigé un article il y a quelques jours : En défense de la démocratie brésilienne .

Je vais donc essayer de ne pas répéter ce qui a déjà été dis que ce soit sur ce blog où sur d’autres sites. A mon sens il est important de revenir sur ceux qui sont entrain d’organiser ce coup d’Etat institutionnel, parce que c’est bien de cela qu’il s’agit. C’est la droite brésilienne qui tente de renverser le gouvernement, et notamment le Parti du mouvement démocratique brésilien (PMDB) qui était jusqu’à récemment l’allié du Parti des travailleurs (PT), au gouvernement.

Qu’un Parti et des mouvements de droites veuillent critiquer un gouvernement et s’opposer à ses lois, c’est normal et ça s’appelle la démocratie. Le problème intervient lorsque ces mêmes mouvements tentent de renverser un gouvernement démocratiquement élu, il faut le marteler, et légitime de surcroît. D’autant plus lorsqu’on sait que ces personnes avaient soutenu les dictateurs brésiliens qui s’illustraient il y a encore quelques dizaines d’années par des crimes, des arrestations, et des tortures- l’actuelle présidente Dilma Rousseff avait d’ailleurs été torturé à l’époque alors qu’elle résistait à la dictature en 1970.

Mais tâchons de nous éloigner de la situation brésilienne à proprement parlé et de voir cela au vue de la situation internationale actuelle. Ainsi, le Brésil fait partie du groupe de pays qu’on appelle par leurs acronymes BRICS- pour Brasil, Russia, India, China, South Africa. Ces pays considérés pour la plupart comme des Nations émergentes représentent un réel d’espoir d’un monde multipolaire. Multipolaire dans le sens où les Etats-Unis ne domineraient pas et seraient soumis à une vive concurrence international, comme au temps de la guerre froide et de l’URSS.

Le Brésil est donc un membre important, de par sa taille, de par sa population et même de par de son économie- même si depuis quelques temps celle-ci est en difficulté. Il est  non seulement une puissance et un moteur régional, en Amérique latine avec les autres nations progressistes, mais également au niveau mondial. Ainsi, il y a peu les BRICS ont annoncé le lancement d’une Banque mondiale. Celle-ci étant principalement destinée à financer les projets des pays pauvres d’Afrique, d’Asie et d’Amérique latine et donc par extension à contrer l’influence de la Banque mondiale et du FMI.

On sait que ces pays commercent avec une multitude de pays en difficultés, et que, contrairement aux puissances occidentales, basent leurs échanges sur le principe du donnant-donnant. A titre d’exemple, malgré les critiques que l’on peut faire à l’encontre de la République populaire de Chine, elle oeuvre pour la construction de routes, d’écoles, de chemin de fer, d’infrastructures dans plusieurs pays défavorisés, notamment en Afrique.

C’est là que s’effectue le lien avec la possible destitution de Dilma Rousseff. Personne n’est naïf quant à l’implication de Washington dans ce coup d’Etat institutionnel, or déstabiliser un pays aussi important dans l’émergence d’un monde multipolaire n’est pas anodin. Il faudra donc surveiller avec attention le vote du Sénat et les suites de cette affaire de destitution de la Présidente. Il y a fort à parier qu’en cas de retour de la droite au pouvoir au Brésil, la coopération de ce dernier avec les autres pays composant les BRICS cesse.