Discours de Macron : entre mesurettes et enfumage

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Après près d’un mois de mobilisation des gilets jaunes, Emmanuel Macron s’est enfin décidé à parler. C’était lundi soir, devant plus de 20 millions de français qui attendaient ce que le chef de l’Etat avait à annoncer. Et comme moi ils ne furent pas satisfaits. 

Car Emmanuel Macron n’a pas répondu aux attentes, non seulement des gilets jaunes, mais plus généralement des Français qui les soutiennent. Des mesurettes ont été annoncées et il a bafouillé quelques excuses, certes, mais ces propos apparaissent tellement décalés de la réalité de la situation. D’ailleurs les Français ne s’y trompent pas puisqu’au lendemain de sa prise de parole, 54% d’entres eux déclaraient vouloir la poursuite du mouvement des gilets jaunes.

  • Les mesures

Quatre mesures ont donc été annoncées :  

  • la suppression de la hausse de la CSG pour les retraités touchant moins de 2 000€ par mois, dès le mois de janvier, pour l’année 2019.
  • une soi-disant augmentation du SMIC de 100€.
  • le retour des heures supplémentaires défiscalisées.
  • une prime de fin d’année dans les entreprises.

D’aucuns pourrait penser que certaines revendications des gilets jaunes ont été entendues et que les plus démunis vont bénéficier de ces mesures. Or, à bien y regarder, on peut se rendre compte, très rapidement, de la supercherie.

Regardons la suppression de la hausse de la CSG pour les retraités d’abord. Une mesure qui n’aurait jamais dû être votée par ce gouvernement, mais surtout une annonce qui ne peut satisfaire tout le monde. Que se passera-t-il si un retraité gagne 2 001€ ? Et surtout que se passera-t-il en 2020, puisque cette annulation ne vaut que pour l’année 2019 ?

Quand au retour des heures supplémentaires défiscalisés, une mesure qui était en place sous Sarkozy, elle peut conduire les employeurs à recourir aux heures supplémentaires plutôt que d’embaucher des travailleurs supplémentaires.

Mais sa plus grosse entourloupe vient sans doute de sa prétendue augmentation du SMIC qui n’en est pas une. Car, si Emmanuel Macron a bel et bien annoncé l’augmentation de 100€ par mois du SMIC, cela se fera de trois manières différentes. Premièrement il sera revalorisé à hauteur de 1,8%, soit une vingtaine d’euros. Deuxièmement une autre vingtaine d’euros découlera d’une baisse des charges sociales. Il reste donc 60€ à trouver. Cela se fera au moyen d’un coup de pouce à la prime d’activité, qui devait initialement être répartie sur les années du quinquennat en plusieurs tranches. En clair Emmanuel Macron ne fait donc que tenir une de ses promesses de campagne. Ce n’est donc pas le SMIC qui augmentent, puisque toutes les personnes payées au SMIC n’y auront pas le droit. Mais surtout le Président de la République a bien insisté sur le fait que les employeurs n’auront pas à payer ce « coup de pouce ». Autrement dit c’est le peuple qui va encore devoir payer ce qui s’apparentait à première vue à un cadeau.

Et que dire, pour finir, de cette prime de fin d’année. Une prime qui sera versée au bon vouloir des patrons, donc qui dans de nombreux cas ne verra jamais le jour.

Certes il y a eu également des phrases contre l’évasion fiscale, ou sur le fait que les patrons français devaient payés leur impôts en France, admettant donc au passage que ce n’est pas le cas pour certains. Mais ces phrases restent vides de sens et ne s’accompagnent pas de mesure concrètes. Or c’était justement là, parmi ces grandes fortunes, ces privilégiés qu’il fallait prendre l’argent. Ceux qui s’engraissent sur le dos de la majorité des gens et qui ne contribuent en rien à la solidarité envers les plus démunis. Il aurait été très simple à Emmanuel Macron de rétablir l’ISF- ce qui aurait permis de récupérer près de 3,5 milliards d’euros- mais même cela le Président des riches a été incapable de le concéder.

C’est tout le résumé de ces 13 minutes d’interventions. Où les riches, les actionnaires, les grands patrons, les banquiers auront, comme toujours, été épargnés alors que c’est à eux de payer désormais. Dans le même temps Emmanuel Macron n’a pas eu un seul mot pour les victimes de ces derniers jours, se contentant de dénoncer la violence, n’a pas eu un seul mot pour les lycéens et les étudiants qui se mobilisent pour leur avenir, ni pour les fonctionnaires, ni pour les chômeurs, ni pour les handicapés.

Bref, si ce discours marque effectivement un premier pas de recul, il ne constitue en rien une réponse convenable aux revendications à la fois des gilets jaunes mais plus globalement d’une large majorité de Français.

Vote bloqué : le gouvernement abandonne les agriculteurs retraités

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Le gouvernement vient de s’opposer à un projet de loi, porté par le député communiste André Chassaigne, visant à revaloriser les pensions de retraites des agriculteurs de 75% à 85% du SMIC. En utilisant la procédure du vote bloqué, ce nouveau coup de force antidémocratique ne laisse rien présager de bon, à l’heure où un profond débat sur la réforme institutionnelle s’instaure.

  • Des paroles, mais pas d’actes

Alors en déplacement au salon de l’agriculture, Emmanuel Macron avait pourtant tenu un discours de solidarité envers les agriculteurs.

« Je sais l’importance qu’a notre agriculture, je sais les attentes, les angoisses et la souffrance sur le terrain. »

Mais une fois de plus, les promesses et les paroles ne suivent pas en actes. Sinon, pourquoi s’être obstiné à bloquer cette loi, de bon sens, et acceptée par tous les bancs de l’Assemblée ? Car la situation des agriculteurs reste l’une des plus préoccupantes et dramatiques de notre pays. 30% d’entre eux gagnent, en effet, moins de 350 euros par mois (1), tandis que la part des suicides dans cette profession est supérieure de 20 à 30% au reste de la population, et que le nombre de suicides a été multiplié par trois en 2016- soit un suicide par jour (2).

Le vote bloqué est prévu dans la Constitution par l’article 44-3. Il stipule que « Si le Gouvernement le demande, l’assemblée saisie se prononce par un seul vote sur tout ou partie du texte en discussion en ne retenant que les amendements proposés ou acceptés par le Gouvernement. » Mais dernièrement, cette procédure n’a été utilisée que très rarement. En 2013, le gouvernement de Jean-Marc Ayrault en avait fait usage, mais c’était il y a 25 ans- en 1993- qu’il avait été utilisé, pour la dernière fois, contre une proposition de loi.

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  • Une réforme de bon sens et d’urgence sociale

Adoptée à l’unanimité le 2 février 2017 à l’Assemblée nationale, la proposition portée par André Chassaigne (PCF) et la députée d’Outre-mer Huguette Bello, visait à revaloriser les pensions de retraites, pour une carrière complète, des agriculteurs. Ces dernières sont parmi les plus faibles de notre pays, 840 euros pour un paysan, 570 euros pour une femme, d’où l’urgence de la situation.

Cette réforme devait ainsi permettre de passer de 75% du SMIC, à 85%, tout cela financé par une augmentation de la taxe sur les transactions financières de 0,1%. Dans une interview donnée à Sud Radio, André Chassaigne regrettait que cette nouvelle taxe soit refusée par le gouvernement, alors même que la droite n’y voyait aucun inconvénient :

« Le problème, c’est que j’ai proposé que ces retraites soient financées par une recette qui ne plaît pas : l’augmentation de la taxe sur les transactions financières de 0,1%. Ça ferait une recette de 500 millions d’euros par an, et ils n’en veulent pas ! » (3).

Mais qu’importe, car une fois de plus cette proposition avait fait la quasi-unanimité en commission des Affaires sociales du Sénat puisque votée à une très large majorité, droite comprise. Son vote au Sénat était donc une certitude, d’où l’étonnement général des sénateurs d’apprendre que le gouvernement préférait utiliser la procédure du vote bloqué afin d’empêcher une mesure d’urgence.

La volonté du gouvernement est de repousser cette- éventuelle- réforme à 2020 dans le cadre d’une loi plus générale. A raison d’un suicide par jour chez les agriculteurs, combien ne seront déjà plus là en 2020 ? A moins que le but de ce blocage ne soit  d’éviter à la finance de payer un surplus de 0,1% ?


(1).https://www.francetvinfo.fr/economie/emploi/metiers/agriculture/revenus-des-agriculteurs-des-chiffres-qui-restent-inquietants_2414339.html

(2).https://www.francebleu.fr/infos/societe/le-suicide-des-agriculteurs-en-chiffres-1517491824

(3). https://www.sudradio.fr/politique/blocage-de-la-revalorisation-des-retraites-agricoles-andre-chassaigne-est-furieux