Pourquoi une invasion du Venezuela n’a-t-elle aucune chance de réussir ?

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Grande mobilisation pour les 20 ans de la Révolution bolivarienne. © HO/ Venezuelian Presidency / AFP 

Mardi 30 avril dernier l’opposant Juan Guaido, autoproclamé président du Venezuela depuis le 23 janvier, donnait le coup d’envoi de son opération « liberté ». Une opération destinée à renverser le gouvernement, légitime et démocratiquement élu. Cet événement aurait été qualifié par tous, et selon le droit, de coup d’état dans n’importe quel autre pays du monde, mais pas au Venezuela.

Il y a plus d’un mois, dans un article publié sur ce site (Venezuela : fin du spectacle pour Guaido), j’écrivais que Guaido avait échoué dans sa tentative de putsch. Il comptait vraisemblablement sur le soutien d’une majorité de la population. Puis, voyant qu’il ne l’avait pas a souhaité que l’armée se soulève. Son échec, qu’il reconnaît lui-même, nous permet néanmoins d’analyser pourquoi une invasion du Venezuela serait vouée à l’échec. 

  • La loyauté des Forces armées nationales bolivariennes 

D’abord parce que l’armée vénézuélienne reste fidèle au gouvernement. Un soutien qu’elle a d’ailleurs réaffirmé dans un communiqué en date du 8 mai dernier. Comment pourrait-il en être autrement ? Les Forces armées nationales bolivariennes (FANB), desquelles est issu Hugo Chavez, font partie intégrante de la Révolution bolivarienne. 

Certains médias et certains secteurs de l’opposition ne cessent de clamer haut et fort qu’une grande partie de l’armée a rejoint Juan Guaido depuis son auto-proclamation. Or, à la vérité, on remarque qu’ils sont une poignée à avoir fait ce choix. Et encore, parmi eux, certains, déçus des promesses du putschiste, souhaitaient revenir sur leur décision. A l’image de ce groupe de déserteurs se plaignant du traitement qu’ils avaient reçu en Colombie. 

L’union civico-militaire, l’un des piliers de la Révolution bolivarienne, tient donc. Et tant qu’elle le fera le gouvernement légitime du Venezuela demeurera. Même dans le cas où une intervention militaire étrangère serait déclenchée, elle ne pourrait réussir. Car, non seulement le Venezuela dispose d’une armée loyale à sa patrie, mais de surcroît elle est renforcée par la milice bolivarienne. 

Milice bolivarienne

La milice bolivarienne, forte de ses plus de deux millions de membres. © AFP/Federico PARRA

  • La milice bolivarienne : une force populaire de défense 

Initiée en 2008 par Hugo Chavez la milice bolivarienne compterait actuellement plus de deux millions de membres, soit plus d’un Vénézuélien sur vingt. Elle en comptait 1,6 millions au mois de décembre 2018 et Nicolas Maduro souhaiterait que ses effectifs atteignent les 3 millions de membres à la fin de l’année 2019. L’idée de cette organisation est de donner au peuple une formation militaire, et donc de l’armer afin qu’il puisse défendre le Venezuela, un peu à l’image du peuple cubain lors des débuts de la Révolution d’après la doctrine du « peuple en arme » si chère au Che. Grâce à la milice « le peuple s’organise, et se prépare militairement » explique une militante dans un documentaire de la chaîne Youtube Redfish intitulé Venezuela : defending the Revolution. 

Car, à la différence de l’armée traditionnelle, les membres de la milice bolivarienne ne sont pas des professionnels du combat. C’est le peuple tout entier qui y prend part : des femmes et des hommes, des travailleurs, des étudiants, des retraités n’ayant qu’un seul objectif en rejoignant la milice : défendre la Révolution, leur Révolution. 

D’ailleurs Nicolas Maduro a annoncé au mois d’avril dernier que la milice bolivarienne serait intégrée aux Forces armées nationales bolivariennes. Ce faisant il donne à cette organisation une valeur constitutionnelle, même si son rôle reste différent et bien distinct de celui de l’armée. En réalité la milice constitue un niveau de défense du Venezuela, tout comme les FANB en constituent un autre. 

La conscience révolutionnaire du peuple vénézuélien 

Dès le début, en 1999, Hugo Chavez et les dirigeants du Venezuela, avaient compris que l’impérialisme nord-américain ne laisserait jamais de répit à la Révolution. Et que, pour défendre les acquis de celle-ci, il fallait un peuple conscient et des organisations puissantes qui soutiennent le processus révolutionnaire. C’est le cas de la milice bolivarienne, présente sur tout le territoire. Mais c’est aussi le cas du Parti socialiste unifié du Venezuela (PSUV) qui fait office de véritable organisation de masse avec ses millions d’adhérents. D’autres, comme le Parti communiste du Venezuela, des syndicats, des associations participent à la conscientisation des Vénézuéliens. Hugo Chavez avait d’ailleurs lui même précisé cette pensée :

« Je ne crée pas un parti révolutionnaire, j’éduque un peuple révolutionnaire ». 

Le vice-président actuel du PSUV, Diosdado Cabello, a récemment tenu des propos allant eux aussi dans ce sens : « ces jours de harcèlement, de blocus, de sanctions, ce peuple noble du Venezuela s’en est servi pour forger sa conscience »

Le signal envoyé par ces millions de Vénézuéliens, soutenant Nicolas Maduro, est clair : ils ne se reposeront pas tant que la menace sera réelle. Chaque gouvernement progressiste devrait avoir un peuple avec ce niveau de conscience. C’est sans doute ce qui a manqué à d’autres pays d’Amérique latine à l’image du Brésil. Sinon, comment expliquer que les plus de trente millions de Brésiliens, sortis de la pauvreté grâce aux politiques du Parti des travailleurs, sous Lula et sous Dilma Rousseff, ne se soient pas, ou très peu, mobilisés pour défendre Dilma lors du coup d’état institutionnel mené contre elle en 2016 ? 

Les habitants du Venezuela ne demandent qu’une chose, une seule : que les Etats-Unis respectent leur souveraineté et leur dignité. C’est pour cela qu’ils participent, massivement à chaque fois, aux différentes marches et initiatives pour réaffirmer leur soutien au gouvernement. Tantôt la marche anti-impérialiste du 6 avril dernier, tantôt la journée nationale de la Dignité le 13 avril. Et ils étaient encore plusieurs milliers à se rassembler, spontanément, devant le palais présidentiel le 30 avril, après le coup d’état avorté de Juan Guaido. 

En parallèle le gouvernement continue pourtant d’appeler à la négociation et à la discussion. A l’image du ministre des Affaires étrangères Jorge Arreaza qui souhaitait que l’opposition reprenne le dialogue, preuve que le gouvernement vénézuélien entend privilégier une solution pacifique et diplomatique. 

Lavrov et Maduro
Sergueï Lavrov et Nicolas Maduro. © AFP 2019 / CANCILLERIA

Le soutien international 

Dans cet affrontement, et face aux sanctions économiques et à l’embargo de plus en  plus féroces, le Venezuela peut compter sur le soutien d’un certain nombre de pays importants.  

D’abord parce qu’ils ne sont qu’une cinquantaine d’Etats à reconnaître Guaido comme président. Or, même si dans ce groupe figurent les Etats-Unis, la France, le Royaume-Uni ou le Brésil, rapporté aux 197 pays reconnus par l’ONU cela ne représente que 25% de l’ensemble des Nations. D’ailleurs, la Russie, l’un des principaux soutien du gouvernement vénézuélien, a annoncé vouloir créer, à l’ONU, un groupe de pays afin de défendre le Venezuela. 

Sergueï Lavrov, le ministre russe des Affaires étrangères, a également demandé aux Etats-Unis de stopper leurs sanctions économiques, en vertu du droit international. Faut-il rappeler en effet que les pertes pour le Venezuela se chiffrent en milliards de dollars ?  Avec les conséquences désastreuses que cela a engendré. Alfred de Zayas, expert au sein de l’ONU a d’ailleurs comparé l’embargo américain à un « siège médiéval »

Mais les Russes vont plus loin dans leur aide. En vertu des accords signés entre les deux pays, une centaine de militaires russes sont arrivés il y a quelques semaines afin de former les militaires vénézuéliens dans certains domaines mais aussi de les conseiller. 

La Chine soutien aussi Nicolas Maduro. Et, si l’information selon laquelle des militaires Chinois seraient présents au Venezuela était fausse, la Chine a en revanche envoyé, dès fin mars, près de 65 tonnes de matériel médical, dont des médicaments et du matériel chirurgical. En outre, elle et la Russie fourniront, chaque mois, au Venezuela 99 conteneurs de matériel médical afin de contourner l’embargo américain. 

Tous ces facteurs montrent qu’il sera difficile, voire impossible, pour les Etats-Unis de réaliser une intervention armée et de la réussir si telle était leur intention. L’échec du coup d’état de Guaido a peut-être marqué la fin de ses velléités et ouvre peut-être une nouvelle ère de négociation dans le respect de la souveraineté vénézuélienne. 

Israël provoque la Syrie

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Le premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, a une fois de plus créer une vive polémique en affirmant lors du conseil des Ministres d’Israël que la partie du Plateau du Golan occupé par Israël « restera pour toujours dans les mains d’Israël ».

Pour la première fois un conseil des Ministres se tenait sur le plateau du Golan, ce qui en soit était déjà une provocation faîte à la République Arabe Syrienne.

Historiquement la région appartient en effet à la Syrie, et n’est tombée aux mains de l’Etat Hébreux qu’en 1967 à la suite de la guerre des 6 jours. Le plateau du Golan est alors occupé par l’armée israélienne avant d’être officiellement annexé en 1981. Naturellement jamais la Syrie n’a accepté une telle annexion qui par ailleurs constitue une violation de la souveraineté selon le droit international.

Les deux Nations n’ont d’ailleurs jamais signées la paix et la question du Golan semble avoir été remise sur la table des litiges après ces déclarations. En effet la Syrie n’entend pas rester impassible, et elle l’a fait savoir par le biais de son Ambassadeur à l’ONU ainsi que par la voix de son Vice-Ministre des affaires étrangères qui a déclaré à ce titre qu’ils ( le gouvernement syrien )  » seraient prêts à tout pour faire revenir le Golan au sein de la patrie syrienne, y compris à utiliser l’option militaire ».

Une provocation de plus de la part d’Israël qui pourrait conduire à de nouvelles escalades de violences dans une région qui est déjà beaucoup trop touchée par les guerres, le terrorisme et les luttes entre différentes puissances. Certes ce territoire a été conquis au terme d’une guerre qui opposait Israël à plusieurs pays arabes dont la Syrie, mais aujourd’hui, près de 60 ans après ce conflit, la restitution du Golan à la Syrie montrerait un espoir de paix pour les peuples et pour les minorités y résidant.

Non que ça améliorerait l’image d’Israël, qui ne cessera d’être vu- à juste titre- comme un Etat colonisateur, pratiquant l’apartheid, et violant les droits fondamentaux des palestiniens, mais cela permettrait peut-être d’éviter à l’avenir un nouveau conflit entre deux pays que tout oppose. En effet, si Israël s’est montré si optimiste à l’égard de la chute du régime de Bachar Al-Assad, c’est bien parce que la Syrie, avec l’Iran, est l’un des seuls pays de la région à encore armer et soutenir de manière officielle et sans tergiversations le peuple palestinien dans sa lutte contre l’occupation.

La question n’est pas ici de savoir si la Syrie est une démocratie ou une dictature, si la lutte armée est une solution ou non, mais bien de simplement exposer les faits tels qu’ils sont et ceci en est un. Que ce soit directement ou indirectement, via le Hezbollah libanais, Damas soutient la résistance palestinienne. Cette dernière qui est par ailleurs également engagée aux côtés de la Syrie dans sa lutte contre les groupes terroristes, une manière de bien montrer à tous que la lutte pour un Etat palestinien n’est en rien une guerre de religion contre un autre peuple. C’est simplement la lutte d’un peuple colonisé contre un Etat colonisateur, qualifié de « seule démocratie du Proche-Orient » et qui, en dépit de l’action des Nations-Unis semble posséder l’arme nucléaire.

En ce qui concerne la situation du Golan, l’annexion en 1981 par Israël n’est pas reconnu par l’ONU et elle condamnée par la résolution 497 du Conseil de sécurité. La solution idéale résiderait comme toujours dans des négociations de pourparlers entre les deux Nations pour rendre le territoire à la Syrie ou tout du moins une partie sous l’égide de l’ONU. Mais comme ni Israël ni la Syrie ne semble décider à céder sur ce point cela paraît compliqué et compromis. Une guerre dans cette région serait dévastatrice pour les peuples car il y a fort a parier qu’elle impliquerait un grand nombre de belligérants, comme c’est le cas en Syrie on en Irak, et cela pourrait conduire à terme à une recrudescence du jihadisme si celui-ci venait à être partiellement éradiquer au cours de la guerre en Syrie.