Un peu d’histoire #8 : L’affaire Iran-Contra

Nicaragua's President Daniel Ortega arrives for an event to mark the 39th anniversary of the Sandinista victory over President Somoza in Managua
Daniel Ortega (FSLN) lors des célébrations du 39ème anniversaire de la Révolution sandiniste. Crédits : OSWALDO RIVAS / REUTERS

Alors que le Nicaragua s’apprête à célébrer les 40 ans de la Révolution sandiniste, qui chassa la dynastie dictatoriale des Somoza du pouvoir, il m’a paru important de revenir sur une affaire qui a beaucoup fait parler dans les années 80′. D’autant plus parce qu’aujourd’hui encore le gouvernement américain souhaite le renversement de Daniel Ortega ancien guérillero du Front sandiniste de libération nationale, réélu démocratiquement en 2016 à la tête du Nicaragua. 

  • La révolution sandiniste triomphe en 1979

Le 19 juillet 1961 Carlos Fonseca (23 juin 1936 – 7 novembre 1976), Tomas Borge (13 août 1930 – 30 avril 2012) et quelques autres personnes créent le Front sandiniste de libération nationale (FSLN). Le nom sandiniste faisant directement référence au général Sandino, figure de la lutte contre les marines américains, et assassiné par la famille Somoza en 1934. La même famille encore au pouvoir à la création de la guérilla. 

Ironie de l’histoire ce sera un 19 juillet également, en 1979, que le FSLN, et les autres factions de la résistance, prendront définitivement le pouvoir après la chute et la fuite, aux Etats-Unis, du dictateur Anastasio Somoza Debayle lâché par Jimmy Carter qui avait stoppé l’aide économique et militaire à celui-ci. C’est la fin de la dictature familiale et dynastique des Somoza. 

Les premières mesures du nouveau gouvernement, qui regroupent alors encore toutes les factions opposées à la dictature, y compris des membres de la bourgeoisie, ne tardent pas à être appliquées : 

  • réforme agraire 
  • expropriation des terres de la famille Somoza et des grands propriétaires 
  • nationalisation de certains secteurs clés

Même Jimmy Carter aide le nouveau gouvernement baptisé Junte de gouvernement de reconstruction nationale. Mais l’aide américaine ne dure pas longtemps. En janvier 1981 Ronald Reagan arrive à la Maison blanche avec une seule obsession : relancer la guerre froide. Et pour lui les sandinistes ne sont que des pions de Moscou en plein pré-carré américain. L’aide au Nicaragua est immédiatement stoppée, et les exportations de blé sont suspendues. Bientôt un embargo est aussi mis en place par l’administration Reagan. La présence d’un gouvernement révolutionnaire et socialiste à Cuba était déjà beaucoup trop pour les Etats-Unis. Alors la perspective d’un second pays similaire ne pouvait qu’effrayer Ronald Reagan. Après avoir pris ces premières mesures ce dernier va accentuer les tentatives de déstabilisation du Nicaragua. 

Pourtant à cette période le gouvernement nicaraguayen tente de mener une politique de non-alignement à l’international, même s’il est très proche du gouvernement cubain. Entre temps les sandinistes qui sont de plus en plus majoritaires au pouvoir mettent en place de nouvelles mesures : 

  • une nouvelle constitution
  • la diminution des loyers de 40 à 50% dans les villes en 1980 
  • l’augmentation des bas salaires au mois de juin 1980 
  • de nombreux programmes sociaux 
  • des campagnes d’alphabétisation, faisant passer l’analphabétisme de 50 à 13% parmi la population
  • la construction de nombreux centres de soins 
  • des campagnes de vaccinations, avec comme résultat notable l’élimination de la polio

Si ces mesures sont favorables à la majorité de la population, certains partisans de l’ancienne dictature commencent à se constituer en groupes contre-révolutionnaires : les Contras 

  • Situation politique en Iran 

Pour comprendre l’affaire Iran-Contra il faut aussi connaître la situation que connaît l’Iran à cette même période. 1979 est l’année où les Sandinistes prennent le pouvoir au Nicaragua en renversant un allié des Etats-Unis. En Iran, la révolution iranienne renverse le Shah, un autre tyran allié des Etats-Unis, et Khomenei arrive au pouvoir le 11 février 1979. Après quoi la République islamique d’Iran est officiellement créée. Le nouveau pouvoir iranien qualifie les Etats-Unis de « Grand Satan », et affiche également ouvertement son opposition à l’état d’Israël. 

L’affaire des otages américains détenus dans l’ambassade américaine à Téhéran n’aide pas à la reprise des relations, bien au contraire elles vont empirer. Lorsque Reagan arrive au pouvoir aux Etats-Unis, sept otages américains sont de nouveau détenus au Liban, par le Hezbollah. Le dilemme gagne donc la Maison blanche qui officiellement se refuse à toute négociation avec les Iraniens qu’ils soupçonnent d’être derrière cette prise d’otages. 

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Les principaux décideurs du financement des contre-révolutionnaires, dont le président Ronald Reagan
  • Le financement des Contras

Revenons au Nicaragua où des petits groupes armés contre-révolutionnaires se forment et s’entraînent dans les pays voisins du Nicaragua : au Costa Rica et au Honduras. Sabotages, exactions en tout genre, attaques contre des bâtiments officiels, les Contras usent de la panoplie des groupes terroristes pour s’opposer au gouvernement légitime du Nicaragua. Mais ces actions restent minimes. Jusqu’à ce que Reagan décide d’augmenter considérablement l’aide américaine aux Contras. Le président américain va aller jusqu’à qualifier ces groupes armés de « combattants de la liberté », ce qu’ils ne sont en aucun cas, puisque pour la plupart ce ne sont ni plus ni moins que des nostalgiques de la dictature de Somoza. 

C’est la CIA qui va être chargée de structurer, entraîner, financer et armer les Contras, via des bases secrètes au Costa Rica et au Honduras. Pour justifier cette aide Reagan va prétexter un soutien des sandinistes à la guérilla au Salvador contre l’allié des Etats-Unis, sans jamais émettre la moindre preuve de ses propos. Tandis qu’en parallèle le Congrès américain vote plusieurs amendements entre 1982 et 1986 pour limiter puis interdire toute aide aux Contras.

Mais dans les faits rien ne change. Les livraisons s’accentuent au fil des mois et les Américains vont jusqu’à livrer des avions aux groupes contre-révolutionnaires. C’est d’ailleurs par le biais de ces avions que les Nicaraguayens vont avoir des preuves de l’implication américaine en abattant certains appareils pilotés par des Américains. Ronald Reagan se rend par ailleurs compte que les Contras ne sont pas populaires au Nicaragua. Il va donc adapter sa stratégie en autorisant des opérations ayant pour but d’asphyxier l’économie du pays et retourner le peuple contre son gouvernement. Au moyen de petites vedettes les Américains mènent ces attaques, qui iront jusqu’au minage des trois principaux ports du Nicaragua.

C’en est trop pour le Congrès américain qui interdit formellement toute intervention directe ou indirecte des services secrets au Nicaragua. Reagan fait semblant d’obtempérer, mais les livraisons et le soutien aux Contras vont continuer secrètement. D’abord via des pays alliés qui vont prendre le relais : Israël, Arabie Saoudite, Sultanat de Brunei, vont ainsi envoyer armes, argent et instructeurs. Puis via d’autres moyens, dont le financement par le trafic de drogue.

  • L’affaire Irangate ou Iran-Contra

Cette affaire, qui éclata au grand jour le 3 novembre 1986 après des révélations du journal libanais Ash Shiraa, résulte d’une double nécessité pour l’administration américaine :

  • libérer les otages au Liban
  • trouver de l’argent pour continuer de financer secrètement les Contras

Au Moyen-Orient la guerre fait rage depuis 1980 entre l’Irak et l’Iran, et Américains et Israéliens ont tout intérêt à ce que cette guerre entre deux de leurs ennemis s’éternise. La nouvelle République islamique ayant hérité de l’armement du Shah, la plupart du matériel militaire est d’origine américaine. Il faut donc trouver des pièces américaines de rechange et des munitions pour continuer les combats contre l’Irak de Saddam Hussein. Israël, également armé par les Etats-Unis, commence à vendre secrètement des pièces et des armes à l’Iran considérant à l’époque l’Iraq baasiste plus dangereuse que la République islamique pour ses intérêts.

L’idée américaine va donc être la suivante, en passant par leur allié Israéliens de « troquer » les otages contre des armes. Tout doit être fait dans le secret car officiellement il y a un embargo sur l’Iran. Le Congrès n’est évidemment pas informé et l’opération se fait en toute illégalité du point de vue du droit américain. Au mois août 1985 la première livraison de 100 missiles a lieu. Quelques semaines plus tard, en septembre, 400 autres suivent. En parallèle un otage est libéré, mais les autres restent captifs au Liban. Le Hezbollah ne les libérera qu’au compte goutte.

Un homme est très impliqué et joue un rôle majeur : le colonel Oliver North, en charge du dossier des Contras. C’est d’ailleurs notamment lui qui sera jugé et condamné (avant d’être gracié) une fois que l’affaire éclatera, laissant Ronald Reagan s’en tirer à bon compte. En échange ce sont plusieurs millions de dollars qui sont transmis aux Contras tandis que les livraisons d’armes continuent : 1000 missiles anti-chars en 1986, puis plusieurs pièces détachées.

Au mois d’octobre 1986 un avion de la CIA chargé de matériel est abattu par l’armée nicaraguayenne. Un pilote en réchappe et avoue tout. Quelques jours plus tard le 3 novembre 1986 le scandale éclatait révélant au grand jour les actions de l’administration américaine, contre ses propres lois, et contre le droit international.

 

Venezuela : fin du spectacle pour Guaido

Manifestation des partisans du président autoproclamé vénézuélien Juan Guaido à Maracaibo, le 12 février.
Les manifestants, favorables au putschiste Juan Guaido, utilisent dans leurs démonstrations des drapeaux des Etats-Unis, parfois aussi des drapeaux d’Israël. Une preuve de plus, s’il en fallait, de l’implication impérialiste dans ces actions politiques. ISAAC URRUTIA / REUTERS

La marionnette des Etats-Unis, qui s’était autoproclamé président de la République le 23 janvier dernier, n’a pas réussi son coup. Dans la nuit du 02 au 03 avril l’Assemblée constituante lui a retiré son immunité parlementaire. Avec lui, c’est tout un secteur d’une droite-extrême qui voit ses illusions tomber. Celles et ceux qui pensaient que la Révolution bolivarienne était finie se sont lourdement trompés.

Il faut, bien entendu, rester prudent. Les actualités évoluent rapidement et qui sait de quoi demain sera fait ? Mais pour l’heure le gouvernement légitime du Venezuela- validé par le peuple par l’élection présidentielle du mois de mai 2018- est toujours en place. En dépit des provocations, des menaces, et des sanctions économiques. Tout le monde aura d’ailleurs pu observer l’hypocrisie occidentale qui, tout en sanctionnant économiquement le Venezuela et en retenant son argent (voir : La Banque d’Angleterre refuse de rendre 1,2 milliard de dollars en or au Venezuela), le privant de milliards de dollars, souhaitait faire rentrer une prétendue aide humanitaire correspondant à quelques millions à peine.

Nul besoin de l’aide humanitaire américaine. La Yougoslavie, la Libye, l’Irak, la Syrie s’en seraient bien passés. On peut bien-sûr reprocher à Maduro sa gestion économique. Il est certain qu’il y a beaucoup à faire pour que la situation s’améliore, même si une bonne partie de la crise est en partie due aux sanctions économiques imposées de l’étranger. Aucun pays n’est parfait. En revanche ceux souhaitant mener une politique indépendante et différente, de la doxa néolibérale et néocoloniale, pourraient sans aucun doute mieux le faire s’ils n’étaient pas constamment déstabilisés.

Et quand on voit la situation actuelle du monde, et plus particulièrement de l’Amérique latine, on comprend mieux pourquoi et comment le Venezuela subit ce genre de déstabilisations depuis l’arrivée au pouvoir d’Hugo Chavez en 1999. Mais cette fois-ci leur plan a semble-t-il échouer. L’armée bolivarienne soutien le gouvernement, et l’union civico-militaire demeure stable au Venezuela. Les soutiens au gouvernement sont encore massifs, en témoignent les nombreuses manifestations en faveur du président et de la Révolution.

Surtout, si un temps la possibilité d’une intervention armée, qui aurait été dirigé contre Nicolas Maduro, a été craint, elle semble désormais loin depuis que la Russie et la Chine ont spécifié qu’ils ne toléreraient pas une attaque directe contre le Venezuela. D’ailleurs des conseillers militaires et du matériel, ainsi que des vivres, sont arrivés en provenance de la Russie. Guaido aura sans doute du mal à rebondir après ça. D’autant plus que désormais toute une partie de la population est indifférente à ses revendications et entend juste vivre en paix. Une paix rendue impossible par ces provocations et ces déstabilisations comme lors du probable sabotage qui avait causé une panne générale dans le pays.

Sans compter qu’il est dorénavant possible qu’il soit poursuivi par la justice de son pays après que l’Assemblée constituante ait levé son immunité de parlementaire (il demeurait le président de l’Assemblée nationale) dans la nuit du 02 au 03 avril. Auparavant le contrôleur général avait spécifié que Juan Guaido ne pourrait exercer de mandat public pendant 15 ans.

  • Résister face à l’impérialisme

Les Nord-Américains ont toujours souhaité faire de l’Amérique latine leur arrière cour, ne tolérant jamais la présence de gouvernements hostiles à leurs intérêts (Cuba, Chili, Grenade, Honduras, Nicaragua, Salvador, Equateur, Venezuela, Bolivie, Argentine, Paraguay, Brésil etc). Aujourd’hui, à l’heure de la contre-offensive menée par la droite partout sur ce continent, visible notamment par les exemples brésiliens, argentins, salvadoriens ou équatoriens, il faut que les pays progressistes puissent résister aux pressions impérialistes.

Et malheureusement, si au début des années 2000 les gouvernements de gauche étaient majoritaires en Amérique latine, force est de constater que ce n’est plus le cas aujourd’hui. Le Mexique a, certes, été une excellente surprise en élisant le premier président de gauche de son histoire, mais c’est bien l’exception qui confirme la règle. Car les pays progressistes ne sont plus qu’une poignée sur l’ensemble du continent (Mexique, Cuba, Venezuela, Bolivie, Nicaragua, Uruguay, Suriname, Guyana, République Dominicaine, soit neuf sur un total de vingt-quatre pays). Et quand on sait que Donald Trump a fait l’une de ses priorités de renverser le trio Venezuela-Cuba-Nicaragua (voir : Et maintenant le Nicaragua) il y a de quoi s’inquiéter.

Si pour l’heure ces trois états résistent, qu’en sera-t-il de la Bolivie où des élections auront lieu au mois d’octobre prochain ?

Élections brésiliennes : l’espoir d’un peuple

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Le 7 octobre prochain le peuple brésilien aura l’occasion de mettre fin à ce qui n’aurait jamais dû arriver. A savoir l’imposture du gouvernement, dirigé par la droite et arrivé au pouvoir après un coup d’état institutionnel, en 2016, contre la Présidente élue Dilma Rousseff, digne héritière de Lula. A eux deux, ils peuvent se targuer d’avoir sorti de la pauvreté des millions de personnes via les nombreux programmes sociaux, destinés entre autres à l’éducation, à la santé ou au logement, mis en place entre 2003 et 2016.

L’espoir aurait pu être de nouveau Lula. L’ancien président souhaitait, en effet, revenir. Et toute la gauche brésilienne n’attendait que lui pour repartir de l’avant avec le  progrès social. Mais voilà, devant son incontestable popularité, le pouvoir brésilien, pris de panique, n’a pas hésité à enfermer Lula en prison, sans aucune preuve ni fondement viable. Pour autant ce dernier n’a pas renoncé à son droit légitime à se présenter à l’élection de son pays. Une candidature rendue possible d’abord par les sondages, qui le donnaien largement en tête, mais aussi par l’ONU qui, le 17 août dernier, par le biais d’un comité d’experts, déclarait que Lula devait être autorisé à se présenter à l’élection. Mais le pouvoir de droite est tenace, et n’a pas cédé sur ce point.

Alors l’avenir du peuple brésilien passera par ce duo formé de Fernando Haddad et de Manuela d’Avila. Le premier est né en en 1963, membre du Parti des travailleurs et est le candidat déclaré depuis le 11 septembre dernier. Auparavant il fut Ministre de l’Education entre 2005 et 2012 sous les mandats de Lula et de Dilma Rousseff, puis maire de la ville de São Paulo entre 2013 et 2017. La seconde est journaliste, née en 1981, et membre du Parti communiste du Brésil. Ensemble il forme ce duo inédit représentant deux forces majeures de la gauche brésilienne. Un ticket qui pourrait bien raviver la flamme révolutionnaire dans un pays essentiel de l’Amérique latine de par sa taille, son économie et sa population.

Surtout une victoire de la gauche marquerait un coup d’arrêt à la contre-offensive impérialiste, réactionnaire et bourgeoise à l’oeuvre dans tous les pays où les forces progressistes et révolutionnaires ont pu accéder au pouvoir en Amérique centrale et en Amérique du Sud au cours de ces dernières années (voir : Et Maintenant le Nicaragua).

Face à eux se dresse le candidat de l’extrême-droite brésilienne, soutenu par tous les secteurs privés de l’économie ne souhaitant en aucun cas un retour de la gauche aux affaires politiques du pays. Mais Jair Bolsonaro, candidat du Parti social-libéral, a déjà vu une grande partie de son avance fondre depuis l’annonce de la candidature de Fernando Haddad et de Manuela d’Avila.                                                                                                            D’ailleurs, selon une récente enquête d’opinion publiée lundi dernier, Fernando Haddad sortirait vainqueur, au second tour, s’il était opposé au candidat de l’extrême-droite. Or, d’après ce même sondage, Jair Bolsonaro est donné en tête du premier tour, suivi de près par le candidat du Parti des travailleurs.

Pour rappel le premier tour des élections aura lieu le 7 octobre, et le second tour  le 28 octobre prochain. Rien n’est encore fait mais l’ascension fulgurante du successeur de Lula, parti de loin dans les intentions de vote en raison de son entrée tardive dans la campagne, ne peut qu’être de bon augure pour la suite.

Poursuivre les processus révolutionnaires

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La victoire du peuple vénézuélien le 15 octobre dernier lors des élections régionales du pays a soulagé une grande partie du mouvement révolutionnaire, notamment d’Amérique latine, qui essuyait depuis quelques temps des défaites au profit d’une droite revancharde financée par les Etats-Unis. En donnant une large majorité au Parti socialiste unifié du Venezuela (PSUV- Parti du président Nicolas Maduro) le peuple vénézuélien donne par la même un nouveau souffle à la Révolution bolivarienne. Ainsi, sur les 23 Etats qui composent le Venezuela, 18 ont été remportés par le PSUV, contre 5 pour la droite, dont une partie n’a pas manqué, comme à son habitude, de contester les résultats.

La question de la couverture médiatique

Une fois n’est pas coutume, les principaux médias français, et européens, qui avaient dépeint le régime vénézuélien comme autoritaire et dictatorial, n’ont cette fois-ci pas émis de trop sévères critiques vis à vis de cette élection. Certes, certains « bien-pensants » y sont allés de leurs petits mots pour critiquer la Révolution, mais si l’on compare aux élections de l’Assemblée Constituante (voir : Venezuela, poursuivre la Révolution) la couverture médiatique a été totalement différente.

Pourquoi deux élections, dans le même pays, et remportées par le même Parti, ont-t-elles été traitées de manière différente ? La réponse est simple. Lors de l’élection de l’Assemblée Constituante, la droite vénézuélienne, soutenue par tous les médias dominants, malgré le fait qu’elle soit à l’origine des violences dans le pays, avait appelé à ne pas prendre part au vote. A partir de ce moment là, il était donc évident que, n’appelant pas à voter, la droite ne pouvait être que perdante, et donc les médias avaient tout le loisir à dépeindre ce vote populaire en plébiscite pour le gouvernement socialiste vénézuélien.

La différence notable avec ces élections régionales, est que lors de cette échéance électorale, la droite participait activement au processus. Pire, quelques jours à peine, avant les élections, elle était sûre de l’emporter, portée par des sondages qui prédisaient une rafle des Etats par l’opposition. Quelle ne fut pas la désillusion pour la contre-révolution à l’annonce des résultats, quand le mouvement populaire semblait reprendre de toute sa vigueur et infligeait une claque à tous ceux voyant avec enthousiasme la fin du « chavisme ».

Problème, comme une partie de la droite, a reconnu la défaite, il est de fait plus dur de porter un jugement négatif sur ces élections, d’autant plus que de nombreux observateurs internationaux avaient été conviés pour garantir le bon déroulement du scrutin.

Une victoire porteuse d’un nouveau souffle

Bien que concernant en premier lieu le Venezuela, cette victoire de la gauche est signe d’un nouvel espoir pour toute l’Amérique latine qui voit un retour aux affaires des forces de la finance, n’hésitant pas à user de tous les moyens possibles pour retrouver le pouvoir. Violences au Venezuela, destitution illégale au Brésil, répression du mouvement ouvrier en Argentine, aucun pays voulant mener une autre politique n’échappe au giron de l’impérialisme américain, toujours persuadé que cette région du monde constitue son « arrière-cour », selon la théorie de Monroe de 1823.

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Fort heureusement, certains pays résistent toujours à ces déstabilisations et entendent continuer à mener les politiques bénéfiques pour leur peuple. Une volonté qui leur vaut d’ailleurs le privilège d’être vus comme des pays dangereux par l’impérialisme. La Bolivie d’Evo Morales, le Venezuela de Maduro ou encore le Nicaragua d’Ortega poursuivent ce rêve d’une Amérique latine où les peuples seraient souverains, libérés de la finance internationale.

Malgré les déstabilisations, qui rappellent des heures sombres de l’histoire du Nicaragua, notamment lorsque les Etats-Unis finançaient les ignobles « contras », le gouvernement populaire, soutenu par le peuple dans les diverses élections, a toujours su répondre de manière démocratique aux menaces américaines. C’est fort d’un bilan social qui a sorti des millions de Nicaraguayens de la pauvreté, développant éducation et infrastructures médicales, que le Front Sandiniste de Libération Nationale (FSLN) à remporté, dimanche 5 novembre, les élections municipales du pays, à une très forte majorité.

Une victoire que d’autres peuples n’ont pas eu la chance de connaître. En Argentine, malgré le désastre du néolibéralisme mis en place par le président Mauricio Macri, et les graves atteintes au droit de l’homme, commises depuis son arrivée au pouvoir, sa coalition a remporté, le 22 octobre dernier, les élections législatives du pays. Malgré l’élection de l’ancienne président Cristina Kirchner au Sénat, l’opposition de gauche n’a pas réussie à surfer sur la vague de protestation qui traverse la pays.

Inculquer une conscience de classe

L’occasion de s’interroger sur les millions de personnes qui, en bénéficiant des programmes sociaux des gouvernements progressistes, ont vu leur niveau de vie s’élever et n’ont par la suite plus accordé leur vote à ceux qui leur ont permis de vivre mieux.

Marx avait défini  la conscience de classe comme le fait d’être conscient d’appartenir à une classe sociale, le prolétariat pour la majorité de la population. D’ailleurs cette conscience, et la lutte des classes, sont deux théories très bien assimilées par la classe des possédants. Warren Buffet avait déclaré, à ce sujet, il y quelques années : « c’est ma classe, la classe des riches, qui mène cette guerre et qui est en train de la gagner ». Preuve en est, s’il en fallait une, de la réalité de la lutte de classe, et de la nécessité de la conscience de classe.

Problème : comment des personnes ayant participé avec enthousiasme aux différents processus populaires et progressistes d’Amérique Latine, et ayant largement profité des mesures des gouvernements, ont-ils pu à un moment donné changer de fusil d’épaule et passer du côté obscur ?

Sans doute influencés par une désinformation constante, cela montre aussi l’importance de l’éducation d’un peuple. La conscience d’appartenir à une classe sociale, celle des opprimés, celle des travailleurs, et donc la nécessité de mener la lutte des classes ne doit pas disparaître dès lors que sa situation personnelle s’améliore. Or, à l’image de ce qui s’est passé au Brésil, en Argentine, ou au Venezuela, certains ont très vite oublié la situation économique et sociale dans laquelle ils se trouvaient, avant les réformes des gouvernements progressistes, pour donner leur voix, ou soutenir, le retour au pouvoir d’une droite hystérique.

Le mouvement populaire révolutionnaire n’est pas mort en Amérique latine, bien au contraire les partis et mouvements de gauche continuent d’être présents, sur tous les fronts. Mais ces dernières années ont bel et bien été marquées par le retour de la droite, aidée, et financée par les Etats-Unis, dans le seul but de faire tomber les pays ne souhaitant pas revenir dans l’orbite nord-américain.