Européennes : la fausse opposition libéraux/nationalistes

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AFP

C’est un piège qui nous tend les bras un peu plus chaque jour. Ce piège que nous voyons venir depuis des mois maintenant, mais dont les griffes devraient en attraper plus d’un. A moins que nous soyons déjà tous tombés dedans lors du second tour de la dernière élection présidentielle. Ce piège c’est celui qui consiste à réduire le vote à un prétendu duel entre les nationalistes d’un côté, et les libéraux, soit-disant progressistes, de l’autre. 

Autrement dit, Macron, et le clan européen des ultralibéraux, incarneraient le progrès social, et le seul rempart face à l’extrême-droite. Alors que c’est précisément tout l’inverse. C’est justement cette politique ultralibérale menée depuis plusieurs années en Europe, dans presque tous les pays, qui a conduit certains peuples à se tourner vers des parties nationalistes, voire xénophobes. Italie, Pologne, Hongrie (voir : Allemagne, Suède, revoilà l’extrême-droite ) les exemples sont bien trop nombreux.

Mais pourquoi n’est-ce pas le cas ? Prenons simplement l’exemple de la France. Entre les élections, c’est tout une entreprise de dédiabolisation du Rassemblement National qui est menée. L’exemple le plus récent étant les propos de Nathalie Saint-Cricq qui débriefait le passage de Marine le Pen sur France 2 :

« Je l’ai trouvée assez efficace. J’ai trouvé qu’elle avait travaillé par rapport au débat de l’entre-deux tours. J’ai trouvé qu’elle était dans le constat, ce qui lui permet plus facilement d’arrondir les angles. Elle n’est pas contre les riches, elle est contre les pauvres. Elle aime bien les bons Gilets jaunes, mais elle défend aussi les policiers, tout est de la faute du gouvernement. Donc pendant toute la première partie on a eu quelqu’un d’assez consensuel, qui était dans le contrôle et finalement son constat on pourrait le partager. Après les choses se sont un petit peu gâtées avec Nathalie Loiseau et Matteo Renzi. Parce que là on n’était plus dans le constat, on lui demandait des solutions. Du genre : si vous étiez, si vous deviez vous mêler de la direction des travailleurs détachés, vous feriez quoi ? Et là ça a patiné un petit peu plus. Mais globalement elle est hyper-dédiabolisée, et elle a travaillé. Elle n’est plus excessive comme elle pouvait l’être avant, ni pas très professionnelle. »

Mais, dès lors que l’élection devient immédiate, comme cela sera le cas dans quelques semaines, tout sera fait pour montrer son danger. Et les appels à faire barrage se feront entendre de toute part afin de nous orienter vers leur vote utile, prétendument le seul rempart contre la peste brune. Mais en réalité le pouvoir- entendons par pouvoir ceux qui gouvernent, c’est à dire le monde de la finance- a besoin d’un tel ennemi, dans le cas où il serait à court d’argument. En fait, globalement, chaque camp- libéraux ou nationalistes- ne peut pas se passer de l’autre. De cette manière ils argumentent leur propre programme en fonction de l’autre camp.

Pourtant, si on regarde de plus près, il n’y a guère de divergence économique. Et tous, plus ou moins, s’évertuent à appliquer les préceptes du libéralisme prôné par les hautes instances de l’Union européenne. Sans remettre en cause le système capitaliste ultra-financiarisé, source de tous les problèmes. Sans remettre en cause la dégradation des conditions de travail, les délocalisations et la paupérisation de plus en plus générale du plus grand nombre.

Au fond, en mettant côte-à-côte les politiques économiques de Orban, en Hongrie, Merkel, en Allemagne, ou Macron, en France, on s’aperçoit rapidement que, s’il y a des différences dans les discours, dans les faits leurs décisions sont relativement similaires. Il ne faut donc pas se tromper. L’opposition libéraux-nationalistes n’est qu’un leurre. Un leurre qu’il convient de dépasser en agissant pour sortir des traités européens actuels et en tournant le dos au dogme libéral.

A propos des élections européennes, voir : Européennes : l’union impossible ?

Angela Merkel échoue à former une coalition

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Les électeurs allemands devront, sans doute, retourner aux urnes au début de l’année 2018. Incapable de s’entendre avec les libéraux du FDP, et les verts, Angela Merkel a donc échoué à former une coalition pour gouverner le pays. Une situation qui place la chancelière dans une situation délicate mais qui confirme aussi l’échec de sa politique.

  • Une victoire sans majorité absolue

Avec 32,93% des suffrages, et 246 sièges de députés, certes le parti de la chancelière, la CDU-CSU, était arrivé largement en tête des élections du 24 septembre dernier. Mais la perte du nombre de siège est considérable, 65 par rapport à la précédente législature, si bien que ce score, bien que relativement élevé, est le plus faible de la CDU-CSU depuis l’après guerre.

Mais mis à part cet affaiblissement des partis classiques de gouvernement (voir : Vers la fin de la sociale-démocratie en Europe ? ), Angela Merkel paye aussi sa politique libérale d’austérité. Car loin du modèle économique, vanté par tant d’autoproclamés « experts », la situation économique de l’Allemagne est préoccupante. A tel point que même le FMI, pourtant peu partisan du sort des classes laborieuses, s’en est alerté. Dans son rapport annuel, publié en mai dernier, l’organisme mondial déclarait :

« Malgré un filet de sécurité sociale bien développé et une forte progression de l’emploi, le risque de pauvreté relative en Allemagne demande une attention constate. » (voir l’article de Marianne : Risque de pauvreté en Allemagne, même le FMI met en garde Berlin).

Avec un taux de pauvreté de 17%- contre 14% en France- l’Allemagne n’est certainement pas un « modèle économique ». Au contraire les emplois, payés une misère, sont monnaie courant en Allemagne, et 9,7% des personnes possédant un emploi vivent toujours sous le seuil de pauvreté. En revanche l’Allemagne figure en véritable modèle des politiques imposées par la commission européenne, c’est-à-dire des politiques néolibérales visant à rendre entreprises et économies plus compétitives, ce qui, en langage courant, et pour la majorité d’entre nous, signifie la détérioration des conditions de travail et de vie, la baisse des salaires, l’augmentation des horaires, et une sécurité de l’emploi quasi-nulle.

C’est cette logique de profit au nom de la sacro-Sainte compétitivité qui est en train de changer. Les diverses élections l’ont prouvé, à la fois en Espagne, en France, et en Allemagne, les peuples européens relèvent la tête, petit à petit certes, mais la patience est une vertu révolutionnaire et le changement viendra inexorablement.

  • Une crise qui ne profite pas au SPD

Autre parti classique de gouvernement, le Parti social-démocrate allemand n’a pas su tirer son épingle du jeu lors de cette élection. Avec 20,51% des voix, il est lui aussi en chute et perd 20 députés au Bundestag. Est-ce vraiment une surprise ? Non si l’on suit le cours logique des choses et que l’on comprend que, comme ses homologues français, grecs, espagnols, le SPD allemand s’est engagé, depuis plusieurs années, dans une politique profondément libérale.

CDU-CSU et SPD formaient d’ailleurs une coalition sous le précédent mandat d’Angela Merkel et gouvernaient le pays ensemble. Et ce n’est pas avec Martin Schulz, et son (très) léger revirement à gauche que la sociale-démocratie allemande allait redorer son blason et se faire pardonner les innombrables trahisons sociales qu’elle a réalisées au cours des dernières années. D’ailleurs le peuple allemand ne s’y est pas trompé, et, comme le Parti de la chancelière, le SPD réalise son pire score depuis les élections d’après guerre.

  • L’entrée au Parlement de l’extrême-droite

Si le dernier suffrage n’a pas profité au SPD, il a en revanche vu l’émergence d’une nouvelle force, à l’extrême-droite de l’échiquier politique. Alternative für Deutschland est le nom de cette formation politique, qui a réalisé son entrée au Parlement après les dernières élections. Obtenant 12,64% des voix, contre 4,7% en 2013, et 94 députés, la formation de Jörg Meuthen se positionne en tant que troisième force du pays.

Pour la première fois depuis la fin de la guerre, des députés membres d’un parti d’extrême-droite siègent donc en nombre à la Chambre allemande. Connue pour ses prises de positions anti-islam, anti-immigration, mais aussi très libérale, l’AfD a parfaitement su tirer son épingle du jeu en remettant en cause les deux partis de gouvernement que sont le SPD et la CDU-CSU. Une stratégie payante, certes, mais qui interroge sur le futur de cette formation. A l’heure où les nationalismes européens connaissent une flambée en Europe de l’Est, principalement en Ukraine, en Pologne, et en Hongrie, l’Allemagne basculera-t-elle, dans un futur proche, dans une gouvernance d’extrême-droite ?

Si la réponse est oui , alors il y a de quoi s’inquiéter, car les partis ultras-conservateurs des pays précédemment cités n’éprouvent aucun balbutiement à appliquer leur programme à la lettre. Un programme constitué de prises de positions très réactionnaires sur des sujets comme le droit à l’avortement, d’un libéralisme à outrance, d’une chasse aux pauvres, et aux immigrés. La Pologne, comme l’Ukraine, ont, par ailleurs, entamé un travail de « décommunisation » du pays, visant à enlever tous les symboles des démocraties populaires et du socialisme en Europe qui avaient contribué à créer de nombreuses avancées sociales dans cette région de l’Europe, en dépit de toutes les critiques que l’on peut exercer à leur encontre.

  • Quelles perspectives pour Die Linke ? 

Seule force de gauche, qui peut se revendiquer en tant que telle, nos camarades de Die Linke n’ont pas réalisé un score synonyme de pouvoir faire bouger les choses. Certes ils gagnent 5 députés par rapport à 2013- avec 9,24% des voix contre 8,60%- mais depuis plusieurs années Die Linke stagne et n’arrive pas à canaliser l’énergie populaire qui existe indéniablement en Allemagne.

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Sans surprise Die Linke a réalisé ses meilleurs scores dans les territoires de l’ancienne RDA (République démocratique allemande), preuve que le socialisme allemand n’était pas l’abomination décrite par certains et qu’il offrait bien des avantages sociaux. Mais c’est à l’ouest que la formation de gauche radicale devra faire des progrès et réaliser sans doute un travail d’ancrage plus profond. Car Die Linke aurait dû capter le mécontentement produit par des années de politiques libérales et par les accords nationaux du SPD avec la droite allemande. Pourtant rien de tout cela ne s’est produit et Die Linke reste au même niveau depuis plusieurs années sans pouvoir passer ce cap qui ferait passer le parti de simple opposition, à une force capable de prendre le pouvoir.

Pour l’heure, devant l’impossibilité pour quiconque d’obtenir une majorité absolue, Die Linke souhaite que de nouvelles élections soient organisées. Ce serait la « seule voie démocratiquement praticable » résume Katja Kipping, coprésidente de Die Linke.

Mais ce pouvoir [de convoquer de nouvelles élections] seul le président allemand (Frank-Walter Steinmeier- SPD) le possède, et sa décision devrait être connue dans les semaines à venir. D’ici là, Die Linke a tout le temps de préparer sa nouvelle campagne et sa nouvelle stratégie pour tenter de sortir de l’impasse dans laquelle elle se trouve.