Un peu d’histoire #1 : L’aide cubaine à l’Afrique- partie 2

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Le président de l’Angola Agostinho Neto aux côtés du leader de la Révolution cubaine © Cubadebate

L’Histoire nous permet d’apprendre ce qui nous a précédé. En son temps, Karl Marx avait averti que « celui qui ne connaît pas l’histoire est condamné à la revivre », démontrant ainsi la nécessité pour chacun de connaître les événements passés qui, bien souvent, fournissent une source d’explication pour les événements présents et futurs. Mais connaître l’histoire c’est aussi raconter ce qui est passé sous silence, ou volontairement oublié par certains. Au travers de cette série d’articles, je vais m’efforcer de mettre à jour des faits ignorés aujourd’hui mais ô combien importants.

Pour cette deuxième partie consacrée à l’aide cubaine à l’Afrique, j’ai choisi de me concentrer plus particulièrement sur la solidarité envers l’Angola.

La situation de l’Angola, avant son indépendance est particulière. Trois mouvements de libération ont émergé, et s’opposent plus ou moins les uns les autres. Plus ou moins car deux sont soutenus par le camp occidental, tandis que le troisième est lui soutenu par le camp socialiste, puis par Cuba. Le leader de ce dernier mouvement (MPLA : Mouvement populaire de libération de l’Angola), Agostinho Neto s’est, dès les années 60 rapproché de l’URSS. Et pour cause, il prône en effet comme idéal politique le socialisme. Mais un socialisme pour et par les Angolais, à la manière de Cuba.

UNITA (Union nationale pour l’indépendance totale de l’Angola) et FNLA (Front national de libération de l’Angola) sont les deux autres mouvements indépendantistes. Le premier est soutenu par les Etats-Unis, via le régime d’apartheid sud-Africain, le second par le Zaïre de Mobutu- celui qui a trahit Patrice Lumumba- (voir : Un peu d’histoire #0 : L’aide cubaine à l’Afrique- partie 1).

Les trois mouvements ne s’apprécient pas et ne se font pas confiance. Mais ils sont obligés tout de même de se rendre ensemble au Portugal afin de négocier l’indépendance de leur pays. Cette conférence a lieu au mois de janvier 1975. Problème : les trois mouvements veulent prendre le contrôle avant les élections. Le but étant de s’emparer de la capitale avant le 11 novembre 1975, date prévue de l’indépendance de l’Angola. Hors de question pour l’Afrique du Sud et les Etats-Unis de voir le MPLA diriger le pays. Les premiers vont soutenir l’UNITA et entrer en Angola le 23 octobre 1975 (alors même que les noirs d’Afrique du Sud subissent les lois racistes de l’Apartheid). Les seconds vont aider le FNLA via le régime de Moboutu, fournissant armes, mercenaires, essence.

De son côté le MPLA est largement en infériorité, et l’aide soviétique tarde à venir. Les Angolais sont avertis qu’elle ne pourrait pas arriver avant la date fatidique du 11 novembre. Alors, Agostinho Neto se tourne vers Cuba. La réponse de Fidel Castro ne se fait pas attendre et dépasse toutes les espérances.

« Vous allez être écrasés, vous avez besoin de beaucoup plus que cela » Fidel Castro.

L’internationalisme cubain prend ici tout son sens. Cette fois-ci il ne s’agit pas d’une opération clandestine comme durant les années 60′. C’est une intervention ouverte. Cuba envoie ses forces spéciales, de l’artillerie, des armes, du matériel, et près de 35 000 soldats d’infanterie.

« Certains impérialistes se demandent pourquoi nous aidons les Angolais, et quels intérêts nous avons là-bas. Ils pensent que, si un pays fait quelque chose c’est qu’il veut du pétrole, ou du cuivre, ou des diamants, ou une ressource naturelle. Non. Nous ne recherchons aucun intérêt matériel. Et, logiquement, cela ne rentre pas dans les critères des impérialistes. Parce qu’ils n’ont que des critères chauvins, nationalistes, égoïstes. Mais nous, nous accomplissons un devoir élémentaire et internationaliste quand nous aidons le peuple d’Angola » Fidel Castro.

L’intervention salvatrice des cubains permet au MPLA de s’emparer de Luanda, la capitale, et de proclamer l’indépendance le 11 novembre 1975. Agostinho Neto devient le premier président de l’Angola. Mais la guerre continue. A tel point que Neto demande à ce qu’un contingent cubain reste sur place pour aider le MPLA.

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Nelson Mandela rendant visite à Fidel Castro pour le remercier de sa contribution © OMAR TORRES / AFP FILES / AFP

A partir de la fin des années 70′, plusieurs changements se produisent. D’abord Agostinho Neto décède à Moscou le 10 septembre 1979. Et puis le 20 janvier 1981 Ronald Reagan accède à la Maison Blanche. Avec lui les Etats-Unis s’engagent sur une nouvelle voie. Il veut contraire Cuba à quitter l’Angola. Dans le même temps le SWAPO (Organisation du peuple du Sud-Ouest Africain) mène la lutte pour l’indépendance de la Namibie depuis l’Angola, contre les troupes de l’Afrique du Sud.

Pendant six ans des négociations vont avoir lieu. Leur but ? Faire en sorte que l’Afrique du Sud quitte la Namibie, et que dans le même temps les Cubains quittent l’Angola. Fidel Castro va alors prendre une initiative le 15 novembre 1987 : il souhaite repousser les troupes du régime d’apartheid hors d’Angola. Pour parvenir à cet objectif Cuba envoie d’autres soldats, mais aussi des tanks, de l’artillerie. Une aide bienvenue pour l’Angola. Car depuis l’arrivée de Gorbatchev, l’URSS ne s’occupe plus d’aider les pays proches idéologiquement, et a complètement délaissé le peu d’internationalisme qui lui restait.

Finalement, le 22 décembre 1988 des accords de paix sont signés. Et en 1990 la Namibie devient indépendante de l’Afrique du Sud, tandis que le régime d’apartheid libère Nelson Mandela. Deux décisions majeures obtenues de force par Cuba qui, de son côté, quitte l’Angola. Au total ce seront près de 450 000 Cubains qui auront participé à l’épopée cubaine en Afrique, et près de 10 000 seront tombés au combat.

L’aide cubaine à l’Afrique aura été déterminante dans l’indépendance de plusieurs pays. Une aide sans aucune contrepartie, si ce n’est une contrepartie morale, celle d’avoir le sentiment d’avoir aidé des peuples pour leur libération.


Pour en savoir plus : Cuba, une Odyssée Africaine partie 2/2 

Shimon Peres était-il vraiment un homme de paix ?

 

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Le 28 septembre dernier, l’ancien dirigeant israélien Shimon Peres décédait  à l’âge de 93 ans, l’occasion pour une grande majorité des médias de rappeler l’homme de « paix » qu’il était et de le remercier pour son oeuvre. Une vision totalement erronée de la réalité qui traduit l’ambiance générale qui règne lorsqu’on parle d’Israël, un pays qui continue d’être assimilé à la « seule démocratie du Proche-orient ».

De fait, un dirigeant israélien ne peut être un homme de paix, non pas en raison de sa religion comme certains racistes le diraient, mais bien parce que l’Etat d’Israël continue de bombarder le peuple palestinien et poursuit sa politique de colonisation contre les territoires palestiniens.

Ainsi, celui que tout le monde- tout du moins la grande majorité de ceux ayant eu la chance de s’exprimer sur les principaux médias- s’accorde à présenter comme un artisan de la paix israélo-palestinienne ne fut en réalité qu’un dirigeant parmi d’autres, soucieux de l’expansion de son pays. Faut-il rappeler qu’il était un fervent partisan du nucléaire et qu’il souhaitait qu’Israël acquière une forte puissance militaire ? Lorsqu’en 2009, alors en exercice au poste de Président d’Israël, il approuve l’opération « plomb durci », véritable massacre de la population de Gaza par l’armée israélienne, était-ce là un signe de paix ?

Plus généralement, comme l’a très bien exprimé le Parti communiste français, il fut « l’homme des rendez-vous manqués avec la paix ». Car même s’il fut décoré du prix Nobel de paix en 1994, au même titre que Yasser Arafat et Yitzhak Rabin pour les accords d’Oslo, tout le monde sait que ces derniers ne furent pas respectés. Alors même que ces accords étaient voulus par les palestiniens qui avaient dû faire pour cela de lourdes concessions. Mais pire que cela à mon sens, en quittant le Parti travailliste pour rejoindre le parti d’Ariel Sharon, que l’on savait hostile à ces accords, Shimon Peres a contribué à leur échec et de fait a favorisé l’ascension au pouvoir de Netanyahu.

D’ailleurs pour l’ex-ambassadrice palestinienne de l’UE, Leila Shahid, il était surtout le « champion des belles paroles », pas des actes. Il est évident que ses admirateurs trouveront toujours quelque chose à redire afin de démontrer son action en faveur de la paix, comme par exemple la fondation du centre Peres pour la paix, ce qu’ils ne vous diront pas c’est qu’elle fut érigée sur une propriété appartenant à des réfugiés palestiniens.

En réalité on ne peut considérer Shimon Peres comme un acteur de la paix israélo-palestinienne. Lui qui percevait les palestiniens comme une menace démographique, lui qui a joué un rôle important dans la colonisation, lui qui a, à maintes reprises,  justifié le blocus inhumain imposé au peuple de Gaza.

L’odieux parallèle avec Nelson Mandela 

Dans son discours lors des obsèques de Shimon Peres, le président américain, Barack Obama, a comparé l’ex premier ministre israélien avec le combattant de la liberté sud-africaine que fut  Nelson Mandela. Barack Obama aurait pourtant dû savoir que Nelson Mandela était un militant, de la première heure, de la cause palestinienne, il avait d’ailleurs déclaré à ce sujet : « notre liberté est incomplète sans la liberté du peuple palestinien ». De plus, il ne faut pas oublier que Shimon Peres soutenait en son temps le régime d’apartheid sud-africain en allant jusqu’à proposer l’arme nucléaire au gouvernement raciste d’Afrique du sud.

Comment, en ayant connaissance de tels faits peut-on oser comparer un homme, qui s’est battu pour la liberté des siens, contre le racisme et pour la liberté des opprimés, à une personne qui, en tant que chef d’Etat, a donné l’ordre de bombarder des populations civiles et de continuer une politique d’expansion au dépend d’un peuple tout entier ?

L’incompréhensible présence de Mahmoud Abbas 

Seul chef d’Etat arabe présent lors des funérailles de Shimon Peres, Mahmoud Abbas en aura étonné plus d’un. En effet, le chef de l’autorité palestinienne était sans doute la dernière personne que l’on aurait imaginé voir aux obsèques. Sans doute voulait-il marquer, de par sa visite, sa volonté d’établir une paix durable avec Israël. Or pour la majorité du peuple palestinien, qui d’ailleurs n’a plus vraiment confiance en Abbas, une paix avec l’Etat d’Israël ne sera possible que lorsque ce dernier cessera sa politique colonisatrice, cessera la discrimination envers les palestiniens, cessera les raids aériens et libérera les nombreux prisonniers politiques.

Se pose aussi la question du massacre de Cana, massacre auquel Shimon Peres n’est pas étranger. Ainsi le 18 avril 1996, arguant du fait de vouloir frapper le Hezbollah libanais, l’armée israélienne attaque en réalité des civils du village de Cana. L’opération baptisée « Raisins de la colère » fera plus d’une centaine de morts civils, ainsi que des casques bleus fidjiens, alors que nombre de civils avaient trouvé refuge dans ce camp de casque bleus, chargé de garantir la paix. Selon les faits établis, et selon le rapport officiel de l’ONU qui en a découlé, il semble qu’Israël avait attaqué ce camp en toute connaissance de cause. Ce fait majeur prouve à lui tout seul la nature de l’homme d’état qu’était Shimon Peres.

Shimon Peres n’était donc sans doute pas l’homme de paix qu’on veut nous présenter même s’il est vrai que lors des bombardements de Gaza par l’armée israélienne en 2014, il avait appelé la cessation des hostilités, mais cela semble désormais tant dérisoire face aux nombreuses victimes civiles palestinienne et arabes.