Si Julian Assange avait été vénézuélien…

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Julian Assange au balcon de l’ambassade équatorienne à Londres, en 2012. Photo Olivia Harris. Reuters

Le 11 avril dernier Julian Assange, fondateur du site Wikileaks, était arrêté par la police du Royaume-Uni alors qu’il était réfugié dans l’ambassade de l’Equateur à Londres depuis août 2012. Plus récemment le gouvernement anglais a ratifié l’ordonnance autorisant l’extradition de Julian Assange vers les Etats-Unis. L’audience qui sera consacrée à l’examen de celle-ci a été fixée au 24 février prochain. 

Julian Assange a vécu dans l’ambassade équatorienne à Londres pendant près de sept ans, après que le gouvernement progressiste de Rafael Correa lui a accordé l’asile politique en 2012, et qu’il a obtenu la nationalité équatorienne en 2018 sous le gouvernement de Lénin Moreno. Pourtant c’est ce dernier qui l’a trahi, après avoir renié ses promesses de campagne en faisant volte-face et en tournant le dos aux années Correa, y compris au niveau international puisque le président équatorien a remis au goût du jour l’alliance avec les Etats-Unis. 

Sitôt arrêté par la police, Assange a été placé dans une prison de haute-sécurité, tel un vulgaire terroriste. Par cet acte, l’exécutif britannique se couvre de honteUne honte que partagent des pays comme la France qui, en dépit des discours moralisateurs, se refusent à accueillir sur leur territoire et à accorder l’asile politique à celui à qui nous devons tant. D’autant plus que jusqu’à preuve du contraire Julian Assange est innocent. Ni lui, ni Wikileaks n’ont volé de documents confidentiels ou n’ont piraté d’ordinateurs. En revanche ils se sont fait le relais des lanceurs qui ont réussi à obtenir ces dits documents en travaillant avec de grands quotidiens occidentaux dont le New-York Times, le Monde, ou El Païs. Ces derniers ont d’abord profité des publications de Wikileaks, en les publiant. Mais très vite ils ont étrangement détourné le regard, au point de ne pas trouver scandaleux ce qu’il est en train de se produire et de cautionner ces accusations. 

Pourtant, il y a fort à parier que si Julian Assange avait été russe, chinois, cubain, iranien, nord-coréen, ou vénézuélien il aurait été adulé et érigé en chantre de la liberté par ceux qui aujourd’hui le condamnent.  Pourquoi ? Parce qu’il a révélé au monde entier ce que personne n’a osé faire. Parce qu’il a notamment montré que les Etats-Unis ont été coupables des pires actes de barbarie. A l’image des cas de tortures en Irak, ou de ce funeste raid aérien du 12 juillet 2007, toujours en Irak, où l’on voit des soldats américains tirer sur un groupe de civils tuant au passage deux journalistes de l’agence Reuteurs.

Au travers de Julian Assange ce sont les libertés d’expression et d’information qui sont directement menacées par ceux qui se proclament pourtant leurs défenseurs. Il est clair qu’une condamnation d’Assange servirait d’exemple et d’avertissement à tous ceux souhaitant informer librement. 


Pour aller plus loin :

 

Grèce : entre austérité, répression et trahison

Alexis Tsipras & Jean-Claude Juncker

Depuis le mois de juillet 2015 et la trahison d’Alexis Tsipras la Grèce va mal. Elle était déjà dans une situation catastrophique suite aux divers plans d’austérité des gouvernements successifs de droite ou sociaux-démocrates. Mais l’élection de Syriza et de Tsipras aurait pu être source d’un renouveau. Une chose inédite en Europe où pour la première fois, si l’on excepte l’expérience chypriote de l’AKEL, un parti de la gauche dite radicale accédait au pouvoir et générait un immense espoir, non seulement en Grèce, mais dans toute l’Europe.

C’était pour toutes les forces progressistes la vision, enfin, d’un verrou qui cède, du premier domino qui tombe dans cette Europe ultralibérale minée de partout par l’austérité. Mais il n’en fut pas ainsi. Après quelques mois de révoltes et de bras de fer contre la Troïka (commission européenne, FMI, et BCE) le gouvernement grec cédait et se couchait, juste après avoir convoqué un référendum où le peuple grec s’était exprimé en majorité pour- justement- ne pas céder.

Depuis Alexis Tsipras est devenu un élève sérieux des institutions européennes appliquant les cures libérales qui sont imposées au peuple grec sans jamais parvenir à une amélioration de la situation pour le peuple grec. Le gouvernement d’Alexis Tsipras a ainsi continué à appliquer docilement les politiques de privatisation des entreprises grecques. Mais les salaires et les pensions diminuent et la pauvreté et l’extrême pauvreté continuent d’augmenter. C’est le résultat normal d’une telle politique.

Or, désormais ce libéralisme, voir cet ultralibéralisme, s’accompagne d’une politique de plus en plus répressive à l’égard des opposants. Et notamment à l’égard des opposants de gauche qui s’offusquent, à juste titre, de ces choix. Ainsi, des lois spéciales ont été votées, la police anti-émeute est de plus en plus déployée et des manifestations sont également interdites. Alors qu’avant les élections de 2015 les militants et les élus de Syriza s’opposaient aux ventes aux enchères des logements de ceux ne pouvant payer leur loyer, ce gouvernement, issu des rangs de Syriza organise désormais la répression contre ceux continuant à s’opposer à de telles pratiques.

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Panayiótis Lafazánis lors d’une manifestation

Figure de la gauche grecque,  Panayiotis Lafazanis n’a pas été épargné par la répression de ces anciens camarades. Lui qui a, dans sa jeunesse, résisté à la dictature des colonels, puis a été élu député sous l’étiquette Syriza avant de faire partie du premier gouvernement d’Alexis Tsipras, en tant que ministre de la Restructuration de la production, de l’Environnement et de l’Énergie, s’était ensuite éloigné de Syriza après la trahison du gouvernement. Il créait alors le Parti Unité Populaire en en août 2015.

Lui n’a pas trahi ses engagements. Et pour cela il est poursuivi par le gouvernement grec pour pas moins de seize motifs différents. En tout, Panayiotis Lafazanis risque neuf ans de prison si les différentes peines sont cumulées.

  • La fin de la crise, vraiment ? 

Et pourtant, le 20 août dernier, le pays sortait officiellement de la période des plans de sauvetage, conduisant, quelques mois plus tôt, Pierre Moscovici, l’ancien ministre de l’Économie et des Finances entre 2012 et 2014 sous Hollande, a déclarer « Pour la Grèce, ce sont huit ans d’efforts et de sacrifices qui s’achèvent ». Des efforts et des sacrifices qui auront touché les classes populaires et moyennes, comme toujours, tandis que les vrais responsables de la crise, eux, s’en sortent indemnes. Fallait-il arriver à ce niveau d’austérité, de pauvreté, de chômage pour, soi disant relancer l’économie grecque ? L’exemple récent du Portugal (Portugal : une autre voie pour l’Europe) nous montre qu’une politique préconisant l’inverse de ce que Bruxelles prévoit et ordonne a conduit le pays a des résultats économiques plus que satisfaisants.

Mais le peuple grec ne s’y trompe pas, et les prochaines élections législatives s’annoncent terribles pour Syriza. D’autant plus qu’Alexis Tsipras a intégré, dans son nouveau gouvernement, des personnes issues de l’ancien Pasok et d’autres issues de Nouvelle Démocratie, le parti de droite. Pour le moment Syriza se place derrière la droite, selon un écart qui oscillerait entre 5 et 11 %. D’ailleurs le premier ministre grec est lui aussi au plus bas dans les sondages.

Les parties et personnes se réclamant de gauche ne peuvent désormais plus soutenir le gouvernement grec. Depuis juillet 2015, et son renoncement, Alexis Tsipras et Syriza ne sont plus dignes de notre confiance. Et d’autres forces de gauche grecques méritent, et attendent notre soutien. Les prochaines élections, qui auront lieu en septembre prochain, seront un vrai indicateur pour savoir dans quelle direction ira la Grèce ces prochaines années.

Pour approfondir le sujet :

Sanofi : un scandale sans perquisition

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30 000 enfants seraient nés autistes à cause de la Depakine, ce médicament prescrit auprès des personnes souffrant d’épilepsie mais formellement interdit aux femmes enceintes. Sanofi le savait, semble-t-il depuis les années 80, mais n’a rien fait pour empêcher sa distribution auprès des femmes enceintes. Et aujourd’hui, les familles réclament justice.

C’est ce qu’a mis en exergue François Ruffin lors des derniers jours, après avoir été à la rencontre de personnes victimes de la Depakine. Son livre, écrit avec Cyril Pocréaux, Un député et son collab chez Big Pharma, traite longuement de cette question et permet d’y voir plus clair dans une affaire qui mériterait un meilleur et un plus ample traitement médiatique.

En 2017 Sanofi a versé 3,5 milliards d’euros à ses actionnaires, tout en supprimant 6 200 postes entre 2009 et 2015. Mais les pouvoirs publics ne réagissent pas. Pire, lors d’un d’un débat à l’Assemblée nationale, en octobre 2017, suite à une question de François Ruffin, le premier ministre rétorquait :

« Vous êtes en train de considérer qu’il serait normal pour la représentation nationale, normal pour le chef du gouvernement de ce pays, dans toute la mesure du possible, de dénigrer une entreprise française, une entreprise qui fonctionne bien ».

Voilà la réelle problématique de ce gouvernement. Les victimes des agissements de Sanofi ne pourront obtenir réparation tant qu’un gouvernement allié de la finance officiera en France. Emmanuel Macron ne se cache d’ailleurs pas de sa proximité avec ces financiers. Sinon comment expliquer autrement la suppression de l’ISF ? Comment expliquer la mollesse de ce gouvernement dans la lutte contre l’évasion fiscale ?

Et tandis qu’une partie de l’opposition se fait perquisitionner simultanément, sur des bases douteuses, et avec certains vices de procédures révélés (Pourquoi Jean-Luc Mélenchon a-t-il été perquisitionné ?), dirigeants et actionnaires d’entreprises coupables peuvent continuer leurs magouilles en toute impunité.

Les nombreuses victimes ont trouvé en François Ruffin un porte parole idéal, certes. Mais ce qui est inquiétant c’est que sans ses révélations, et son enquête, qui aurait parlé de tels agissements ? Les journaux tenus par les propriétaires de ces grands groupes financiers ? Ou les chaînes de télévisions soumises aux mêmes personnes ?

Beaucoup de choses restent à faire en la matière. Quasiment tout en fait, tant ces grands groupes bénéficient d’une quasi totale impunité malgré leurs agissements. Sanofi n’est ni le premier, ni le dernier scandale que connaîtra le pays. Mais le fait que ce soit cette entreprise qui produit des médicaments pour notre santé pose un sérieux problème. Qui de notre santé ou de leurs profits sont leur priorité ? La réponse se trouve sans doute dans le nombre de personnes licenciées entre 2009 et 2015 où, sur les 6 200 personnes ayant perdu leur emploi, 4 000 étaient des chercheurs.

Pour approfondir la question voir l’interview de François Ruffin dans Libération.

Pourquoi Jean-Luc Mélenchon a été perquisitionné ?

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Capture d’écran Facebook/Jean-Luc Mélenchon

Ce mardi 16 octobre, à 7 heures du matin, des perquisitions ont visé les domiciles de , Jean-Luc Mélenchon, ainsi que les sièges de la France Insoumise, et du Parti de Gauche. Toute personne consciente et réfléchissant juste quelques instants à la situation verra que ces perquisitions sont de l’ordre du politique, et non pas du juridique.

Pourquoi ? Parce que la France Insoumise, au même titre que le Parti communiste d’ailleurs, représente l’opposition aujourd’hui. Jean-Luc Mélenchon et les parlementaires de la FI, dont François Ruffin en premier lieu, ne cessent de pointer du doigt les magouilles, les manigances et les arrangements du gouvernement.

Le contraste est, d’ailleurs, saisissant entre le traitement réservé à Alexandre Benalla et celui réservé dans la matinée à Jean-Luc Mélenchon. De même qu’aucun ministre ou député de la République en marche, impliqué dans des affaires judiciaires, n’a eu à subir ce même traitement.

Quels sont les motifs officiellement invoqués ? Ils sont au nombre de deux. Le premier concerne les assistants parlementaires européens. Je reprends ici les propos du journal Le Monde.  » Les enquêteurs veulent savoir si des fonds européens destinés à l’emploi d’assistant eurodéputé ont été utilisés pour rémunérer des collaborateurs du parti politique ». Tout part d’une plainte déposée par une élue d’extrême-droite, Sophie Montel. Cette dernière a d’ailleurs déclaré, elle-même, que sa plainte était une plaisanterie.

Le second motif est celui des comptes de campagne. Alors même que les comptes de la France insoumise avaient été validés par la commission nationale des comptes de campagne le 13 février dernier, sans aucune irrégularité. En revanche il est bon de rappeler que les comptes de notre actuel président ont été entachés d’irrégularités, avec des rabais et des tarifs préférentiels. Mais lui, comme les autres, ne devraient pas être inquiétés par des perquisitions à 7 heures du matin. Il est aussi bon de rappeler que c’est Jean-Luc Mélenchon qui avait demandé le 8 juin dernier un réexamen de tous les comptes de campagne.

Reste à savoir désormais quelles seront les suites de tels agissements politiques. Durant les heures de perquisitions les policiers ont mis la main sur plusieurs fichiers relatifs au mouvement de la France insoumise et au Parti de gauche. Aucun procès-verbal n’a été réalisé si bien que personne ne peut dire ce qu’ils ont réellement pris. Ce qui est sûr c’est que ces perquisitions interviennent alors que le gouvernement connaît une crise…

Maurice Audin : la reconnaissance d’un crime d’Etat

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Il y a un peu plus de soixante et un ans, le 21 juin 1957, Maurice Audin, jeune mathématicien, arrêté dix jours plus tôt par l’armée française en Algérie- alors encore territoire français- disparaissait. Il ne réapparaîtrait plus jamais. Par son geste, et sa décision de reconnaître le crime de l’Etat français, Emmanuel Macron évoque un sujet encore tabou pour la France.

  • Contexte historique 

En 1957, le monde connaît de nombreux changements. Les Etats-Unis et l’Union Soviétique se livrent une guerre indirecte, et le Tiers-Monde commence à émerger sur le devant de la scène internationale. Deux ans plus tôt la première conférence des pays non-alignés avait lieu à Bandung, en Indonésie. En 1956, l’Egypte de Nasser s’affirme en nationalisant le canal de Suez. Partout dans le monde les nouvelles nations essayent de se faire une place, et celles encore sous domination européenne cherchent leur indépendance. Les mouvements de libération nationale, et d’indépendance se multiplient, notamment en Afrique.

La France, en tant que puissance coloniale, n’échappe pas à cette règle. L’Algérie souhaite son indépendance. Le Front de libération nationale (FLN) mène cette lutte, mais nombreux sont les Français à soutenir la cause indépendantiste. Des militants de gauche, notamment du Parti communiste français, appelés « porteurs de valises », mais aussi ceux habitants en Algérie. C’est le cas de Maurice Audin. En 1957, habitant à Alger, et âgé de 25 ans, Maurice Audin est un jeune mathématicien brillant. Il est membre du Parti communiste algérien, théoriquement interdit depuis 1955.

Tout bascule le 10 juin 1957 lorsque, soupçonné d’aider les indépendantistes algériens, Maurice Audin est arrêté par l’armée française. Quelques jours plus tard, le 21 juin, il disparaît définitivement. Très vite le récit de l’armée, attestant qu’il se serait évadé, est mis à mal par des témoins. Dès le mois de juillet, Josette Audin, sa femme, porte plainte pour homicide. Mais l’affaire est classée sans suite. Dès lors elle n’aura de cesse, jusqu’à aujourd’hui, de réclamer justice pour son mari défunt. C’est chez elle que s’est rendu Emmanuel Macron ce jeudi 13 septembre. Reconnaissant, enfin, que Maurice Audin est :

« mort sous la torture, du fait du système institué alors en Algérie par la France ».

  • Des réactions variées

La famille de Maurice Audin a évidemment salué cette décision historique. De même que beaucoup de militants et de dirigeants de gauche. La fête de l’humanité a, d’ailleurs, été l’occasion de revenir sur ces temps sombres de notre histoire.

Mais d’autres se sont illustrés, comme ils savent le faire, par des propos stupides, correspondant à leur niveau intellectuel. C’est ainsi qu’Eric Zemmour, dont on se demande encore comment peut-il être invité sur les plateaux télévisés, a déclaré que « Maurice Audin aurait mérité douze balles dans la peau ».

De son côté, bien que discret à ce sujet, le gouvernement algérien a tout de même salué ce geste et a qualifié la décision du président français de « pas positif ». C’est en effet un pas, mais d’autres restent à parcourir. Car il y a, encore aujourd’hui, de nombreuses zones d’ombre sur cette période, et d’autres personnes méritent justice, à l’image de Mehdi Ben Barka, militant socialiste marocain, enlevé le 20 octobre 1965 et dont on n’a jamais retrouvé la trace.