Les résultats de la gauche radicale, communiste, et apparentés, aux européennes pays par pays (2019)

parlement européen
Le groupe de la GUE/NGL sera très minoritaire. Source : parlement européen

En un mandat européen beaucoup de choses peuvent changer, et parfois pour le pire. En 2014 le groupe européen de la Gauche unitaire européenne / Gauche verte nordique (GUE/NGL) comptait 52 députés. Cinq ans plus tard ce nombre s’est bien réduit. J’ai essayé de recenser, pays par pays, les résultats des partis siégeant dans ce groupe, susceptibles de le faire ou aux idées similaires. Pour certains pays, notamment en Europe de l’Est il est très difficile de collecter de tels résultats, bien souvent car des listes proches idéologiquement de la GUE/NGL sont inexistantes ou très faibles électoralement.

  • Allemagne

Die Linke (la gauche) avait obtenu 7,57% des suffrages et 7 députés en 2014. Cinq ans plus tard les résultats européens confirment les résultats nationaux. Die Linke obtient 5,40% des voix et 5 sièges. De son côté le Parti communiste allemand (KDP) ne réalise que 0,05% des suffrages.

  • Autriche

En 2014 la liste Europa Anders, obtenait 2,1% des votes. Cette année cette liste n’était pas présente, en revanche celle regroupant le Parti communiste et l’ex mouvement de jeunesse des verts n’obtient que 0,7%.

  • Belgique

L’une des bonnes surprises de ce scrutin vient de Belgique. Le Parti du travail de Belgique (PTB) augmente son score par rapport de 2014 en passant de 3,51% des voix et aucun député à 5,74% et 1 député. Mais surtout les élections fédérales et régionales, qui se déroulaient le même jour, ont permis au PTB de passer, dans les diverses Assemblées de Belgique, de 8 à 42 élus.

Pour voir le détails des résultats : Le PTB perce dans tout le pays.

  • Bulgarie

En Bulgarie il n’y a pas de forces de gauche indépendante qui peuvent représenter une alternative crédible d’un point de vue électoral. En 2014 le parti  Gauche bulgare, affilié au Parti de la gauche européenne, n’avait obtenu que 0,64% des suffrages. Cette année je n’ai pas réussi à trouver leur score, et je ne sais pas s’ils ont représenté une liste.

En revanche la Coalition pour la Bulgarie qui regroupe six formations, dont le Parti socialiste bulgare (réformiste), mais aussi le Parti communiste bulgare, obtient 24,33% des voix, et 2  députés de plus que lors de la précédente mandature pour arriver à 5. Toutefois tous devraient siéger dans le groupe socialiste au Parlement européen.

  • Chypre

L’AKEL, le Parti progressiste des travailleurs, réalise un haut score et demeure le Parti communiste le plus puissant électoralement de l’Union européenne. Il passe d’ailleurs de  26,4% à 27,49% des voix et garde donc ses 2 députés.

  • Croatie

Comme en 2014 aucune liste qui aurait pu prétendre à siéger dans le groupe de la GUE/NGL n’a fait élire de député.

  • Danemark

L’Alliance rouge verte est parvenu à sauver son siège qu’elle avait en 2014. Cette année là l’Alliance rouge verte était membre de la coalition du Mouvement populaire contre l’UE qui avait recueilli 8% des voix et donc 1 député.

En 2019 ces deux formations ont fait bande à part. L’Alliance rouge verte atteint les 5,5% et obtient 1 siège. En revanche le Mouvement populaire contre l’UE chute à 3,7% et n’obtient donc aucun siège.

  • Espagne

Quelques semaines à peine après les élections générales espagnoles qui avaient vu le PSOE l’emporté, l’Espagne se votait à nouveau. Elections européennes, régionales et municipales étaient programmés le même jour. Pour le scrutin européen, comme pour les élections générales, le PSOE est arrivé largement en tête.

En 2014 Izquierda Unida (Gauche Unie) coalition qui regroupait sept formations de gauche, dont le Parti communiste espagnol, avait obtenu 9,99% des voix et 6 députés, en se positionnant en troisième position. De son côté le tout jeune parti Podemos, issu du mouvement des Indignés, obtenait lui 7,97% des voix et 5 députés.

Cinq ans plus tard le paysage politique espagnol n’est pas le même. Les deux formations n’ont pas réussi à concrétiser ces bons scores. Résultat : l’alliance qu’elles ont formé, baptisé Unidos-Podemos, n’obtient que 10,05% des suffrages et 6 sièges.

Toutefois d’autres partis qui ont obtenu des sièges d’eurodéputés pourraient rejoindre le groupe de la GUE/NGL, comme la coalition qui rassemblait notamment la Gauche républicaine de Catalogne et le Bloc nationaliste de Galicie qui obtient 5,61% des voix et 3 députés.

  • Estonie

En 2014 le site Espaces Marx recensait 0,89% pour la liste affilié au Parti de la gauche européenne. Cinq ans plus tard une liste similaire aurait a priori fait à peine 0,1% des suffrages.

  • Finlande

Comme au Danemark, l’Alliance de gauche avait 1 siège de député à conserver. Malgré une chute dans les résultats, passant de 9,3% en 2014 à 6,9% en 2019, l’Alliance de gauche parvient à garder son unique siège.

  • France

En France les résultats n’ont pas été à la hauteur des espérances du côté de la France insoumise, comme du côté du Parti communiste français. En 2014 le Front de gauche (qui rassemblait à l’époque plusieurs formations de gauche dont le Parti de gauche et le Parti communiste français) récoltait 6,61% des voix et obtenait 4 sièges.

La France insoumise s’en sort mieux que le Front de gauche puisqu’elle comptera 2 élus de plus. Mais il faut voir plus loin que ça. La France insoumise n’a pour le moment pas concrétisé les espoirs soulevés lors de la dernière présidentielle. De son côté le Parti communiste français réalise un bien faible score avec 2,49% des voix. Il n’y aura donc plus d’eurodéputés communistes français au Parlement européen, une première depuis 1979. Même son de cloche pour Benoit Hamon et son mouvement qui ne recueille, en France, que 3,27% des suffrages.

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Manifestation du Parti communiste grec (KKE). Source : Initiative communiste
  • Grèce

En 2014, la victoire de Syriza aux élections européenne portait un souffle d’espoir sur toute l’Europe. Pour la première fois depuis longtemps, si l’on excepte Chypre, un parti de la gauche radicale pouvait accéder au pouvoir. En janvier 2015, effectivement, Syriza remportait les élections en Grèce et Alexis Tsipras devenait premier ministre. Mais les espérances que Syriza avait donné aux autres forces similaires dans l’UE se sont vites dissipées. Dès le mois de juillet 2015 s’en était fini du rêve d’une alternative crédible.

Depuis Alexis Tsipras a appliqué? comme ses prédécesseurs, de droite et sociaux-démocrates les mémorandums dictés par Bruxelles (voir : Grèce : entre austérité, répression et trahison). Pourtant les députés de Syriza ont continué, et vont sans doute continuer, de siéger dans le groupe de la GUE/NGL.

 Ainsi avec 23,8% des votes, Syriza fait moins bien qu’en 2014 puisque la formation avait alors recueilli 26,55% des voix. Toutefois le parti d’Alexis Tsipras maintient ses 6 députés. 

Quant au Parti communiste grec (KKE), qui ne siège plus dans le groupe de la GUE/NGL il parvient, lui aussi, à sauver ses 2 députés en connaissant également une légère chute dans son score électoral, passant de 6,11% des suffrages en 2014 à 5,41% en 2019.

Les autres forces de gauche n’auront aucun député et font des scores extrêmement bas. C’est le cas du le Mouvement pour la démocratie en Europe 2025, de Yanis Varoufakis, l’ancien ministre des finances de Syriza durant les premiers mois du gouvernement de Tsipras, et l’allié de Benoit Hamon au niveau européen, de la liste rassemblant l’Unité populaire et le Parti pirate ou encore de celle d’Antarsya (Front de gauche anticapitaliste).

  • Hongrie

Comme dans d’autres pays de l’Est les forces de gauche, non sociaux-démocrates, sont inexistantes. D’après le site Espaces Marx il n’y avait aucune liste qui pouvait s’apparenter à la GUE/NGL en 2014.

Cinq ans plus tard le Parti ouvrier hongrois, l’un des héritiers du Parti socialiste ouvrier hongrois, n’obtient que 0,42% des votes.

  • Irlande

Le Sinn Féin avait obtenu 17% des voix en 2014 et 3 sièges. En 2019 les choses ont évolué. Le Sinn Féin perd un siège et quatre points dans son score en obtenant 13% des voix.

En revanche la liste Indépendance pour le changement créée une petite surprise. Cette formation formée en 2014 réalise 15% des suffrages et gagne 2 députés. Toutefois rien ne certifie qu’ils siégeront avec le Sinn Féin dans le groupe de la GUE/NGL.

  • Italie

La situation de la gauche italienne est catastrophique. Elle l’était déjà en 2014 et cela se confirme en 2019.

Pourtant il y a cinq ans 3 députés avaient été élus sur la liste l’Altra Europa con Tsipras, qui avait récolté 4,07% des voix. Cette année la GUE/NGL ne sera plus représentée en Italie. Les diverses formations qui auraient pu y siéger ont réalisé des scores extrêmement faibles, preuve que tout est à reconstruire.

La liste La Gauche, qui rassemble l’Autre Europe avec Tsipras, La Gauche italienne, le Parti de la refondation communiste et le Parti du Sud (régionaliste), n’obtient que 1,75% des voix.

Parti communiste, avec 0,88% des suffrages atteint lui aussi un score ridicule.

A noter que la formation Potere al popolo (le pouvoir au peuple), soutenu par la France insoumise, avait renoncé à se présenter lors de ce scrutin.

  • Lettonie

En 2014 le site Espaces Marx recensait 1,55% pour une liste affiliée au GUE/NGL. Il est difficile de savoir si une telle liste a fait un score similaire en 2019. Mais ce qui est certain c’est qu’il n’y aura aucun député provenant de Lettonie qui siégera dans le groupe de la GUE/NGL.

  • Lituanie

Comme les autres pays Baltes les forces de gauche sont quasiment inexistantes en Lituanie. Aucun député de ce pays ne siégera donc dans le groupe de la GUE/NGL.

  • Luxembourg

Il est difficile pour des partis de gauche de réaliser des scores conséquents dans un pays comme le Luxembourg, paradis fiscal par excellence.

En 2014 Dei Lénk (La Gauche) obtenait 5,76% des voix, mais aucun siège. De même que le Parti communiste luxembourgeois (PCL) qui réalisait un score de 1,49% il y a cinq ans.

En 2019 les scores de ces deux formations sont presque similaires, même s’ils  sont en baisse. Dei Lénk n’obtient que 4,83% et le PCL 1,14%.

  • Malte

Il est difficile de savoir quels scores ont pu faire des listes affiliées à la GUE/NGL. Mais aucun député Maltais ne siégera dans ce groupe.

  • Pays-Bas

En 2014 le Parti socialiste avait créé une petite surprise avec 9,65% des voix et 2 députés. Il ne conservera pas ses sièges puisqu’il n’obtient cette fois-ci que 3,4% des votes.

En revanche le Parti pour les animaux, qui siège dans le groupe de la GUE/NGL, avait obtenu 4% des voix et 1 député en 2014. Il obtient le même score cette année et conserve donc son siège.

  • Pologne

Aucune liste affilié au Parti de la gauche européenne (PGE) ou à la GUE/NGL ne s’était présentée en 2014. En 2019 soit la situation est identique soit il est difficile de savoir ce qu’il en est. Toujours est-il que la situation politique pour la gauche polonaise est extrêmement difficile, et l’anti-communiste viscéral du pouvoir en place et la criminalisation de ceux-ci n’arrangent pas les choses (voir : Pologne : nouvelle terre de l’anticommunisme).

  • Portugal

Le Parti communiste portugais (PCP) et le Bloc de gauche ont fait le choix en 2015 d’appuyer le Parti socialiste portugais au parlement pour chasser la droite du pouvoir (voir : Portugal : une autre voie pour l’Europe).  Toutefois ces deux forces ne sont pas entrées au gouvernement et se sont présentées indépendamment aux élections européennes.

C’était déjà le cas en 2014. A l’époque la coalition de la CDU, qui regroupe le Parti communiste et les écologistes, avait obtenu 12,69% et 3 députés. De son côté le Bloc de gauche lui, avec 4,56% des voix avait 1 siège. Cinq plus tard les scores se sont inversés. Le Bloc de gauche obtient 9,82% des voix et 2 sièges tandis que le PCP avec 6,88% des suffrages perd un siège et en conserve 2.

  • République Tchèque 

La République Tchèque est l’un des seuls pays de l’Est de l’Europe où il y a encore un parti communiste assez puissant. En 2014 le Parti communiste de Bohême-Moravie obtenait ainsi 3 députés en récoltant 10,98% des voix. Mais cette année, comme beaucoup d’autres formations européennes similaires, ses voix sont en baisse. Avec 6,94 des voix les communistes de la République Tchèque ne sauvent qu’un seul siège de député.

  • Roumanie 

Comme ses voisins les listes de gauche qui auraient pu siéger dans le groupe de la GUE/NGL sont inexistantes en Roumanie.

  • Royaume-Uni

La situation britannique est délicate en raison du Brexit. En cas de sortie de l’UE du Royaume-Uni tous les députés élus il y a peu céderont leur siège. La campagne a été presque inexistante dans le pays car tous s’attendent à ne siéger que quelques mois au mieux.

Néanmoins le scrutin a bien eu lieu. Au terme de celui-ci le Labour Party, dont les députés actuels siègent avec le groupe socialiste européen, mais qui a connu un virage à gauche avec Jeremy Corbyn, obtient 10 députés et 14,08% des voix. Les travaillistes perdent donc 10 députés puisqu’en 2014 avec 24,43% des voix en 2014 ils avaient eu 20 députés.

Dans le même temps la branche britannique du Sinn Féin, qui avait eu 1 député et 0,97% conserve son siège malgré une légère chute de son score (0,63%).

  • Slovaquie 

En 2014 une liste affiliée à la GUE/NGL avait obtenu 1,83% des voix. En 2019 il n’y avait pas de liste similaire.

  • Slovénie 

En 2014 la Gauche unie n’avait aucun député mais obtenait 5,5% des voix. Cette année malgré une augmentation, puisque la liste de la Gauche obtient 6,34% des voix, elle n’aura toujours pas de député.

  • Suède 

Le Parti de gauche de Suède avait 1 siège d’eurodéputé à défendre. Ils avaient réalisé le score de 6,3% en 2014. Le siège est conservé en 2019 avec une légère augmentation du score (6,7%).

  • Bilan 

Au total les membres du groupe GUE/NGL, qui n’étaient déjà pas nombreux lors de la mandature 2014-2019, puisque le groupe comptait 52 eurodéputés lors de cette période, le seront encore moins pour la période qui arrive.

De son côté le mouvement européen Maintenant le peuple ne pourra sans doute pas créer un autre groupe européen. Il faut en effet 25 eurodéputés or les divers mouvements partis signataires de l’appel ne les possèdent pas :

  • 6 députés pour la France insoumise, et la Gauche républicaine et socialiste (France)
  • 6 députés pour Podemos- dans la coalition Unidos-Podemos (Espagne)
  • 2 députés pour le Blog de gauche (Portugal)
  • 1 député pour l’Alliance rouge et verte (Danemark)
  • 1 député pour l’Alliance de gauche (Finlande)
  • 1 député pour le Parti de gauche (Suède)

Au total ce sont donc 17 eurodéputés qui devraient siéger dans le groupe de la GUE/NGL. Il faut ajouter à cela :

  • 5 députés pour die Linke (Allemagne)
  • 1 député pour le PTB (Belgique)
  • 2 députés pour l’AKEL (Chypre)
  • 6 députés pour Syriza (Grèce)
  • 2  députés pour le Sinn Féin (Irlande)
  • 1 député pour le Parti pour les animaux (Pays-Bas)
  • 2 députés pour  la coalition CDU (Portugal)
  • 1 député pour le Parti communiste de Bohême Moravie (République Tchèque)
  • 1 député pour le Sinn Féin (Royaume-Uni)

Tous ces partis et mouvements totalisent 38 eurodéputés, même si rien ne certifie que tous acceptent de siéger avec les députés de Syriza.

Enfin il faudra déterminer si les formations suivantes siégeront dans le groupe de la GUE/NGL ou resteront indépendants :

  • les 3 députés de la coalition regroupant notamment la Gauche républicaine de Catalogne et le Bloc nationaliste de Galicie (Espagne)
  • les 2 députés du KKE (Grèce)
  • les 2 députés de la liste Indépendance pour le changement (Irlande)
  • quelques députés élus avec le Labour Party (Royaume-Uni)

Mais même en élargissant au maximum le groupe ne devrait donc pas atteindre les 50 eurodéputés. L’absence d’un groupe signifiant pour la gauche radicale démontre sur un plan européen la victoire des forces conservatrices. Les petites guerres entre partis et mouvement et l’absence de lignes claires peuvent expliquer en partie ce déclin dans la plupart des pays pour les formations de gauche radicale.

Européennes : l’abstention n’est pas la solution (et favorise Macron)

Ballot box on a european union flag background. 3d illustration
Les élections européennes auront lieu le 26 mai prochain. Source : RAWF8 – STOCK.ADOBE.COM

Le scrutin des élections européennes s’approche à grand pas. Pourtant les Français tardent à se mobiliser. Près de six électeurs sur dix pourraient ne pas aller voter selon divers sondages. Parmi eux : les jeunes et les classes populaires. Autrement dit ceux qui ont tout à perdre en ne se prononçant pas. 

Nombre de personnes expriment,en ne se rendant pas aux urnes depuis des années, leur désaccord avec les politiques menées. Or notre système électoral est conçu de telle façon que même si 99,99% de la population s’abstenaient, les 0,01% restant décideraient de l’avenir du pays. Il en va de même pour les votes nuls et les votes blancs. qui, dans le système actuel, ne servent à rien. Donc d’un point de vue stratégique s’abstenir n’a aucune valeur et aucune utilité.

Mais surtout, ces élections européennes peuvent être un véritable référendum anti-Macron. Ce sera en effet la première élection depuis son arrivée au pouvoir et donc l’occasion d’exprimer un profond désaccord avec sa politique, d’autant plus que la campagne de LREM pâtit de sa tête de liste (voir : Nathalie Loiseau : une campagne qui bat de l’aile). Or, si le vote était obligatoire, ceux qui s’abstiennent n’iraient sans doute pas voter LREM. Donc ne pas voter c’est prendre le risque de laisser des voix au camp du président, mais aussi laisser le Rassemblement national lui disputer sa politique.

C’est précisément ce qu’il faut éviter. Depuis quelques semaines les médias nous poussent à imaginer un duel opposant seulement les populistes aux progressistes, comprenez l’extrême-droite aux libéraux (voir : Européennes : la fausse opposition libéraux/nationalistes) alors même que les deux s’auto-alimentent. Ce ne sont que les deux faces d’une même pièce et pourtant tout est fait pour nous réduire à ce choix entre la peste brune et le choléra libéral. 

Mais que ce soit un camp ou l’autre, leurs partisans iront voter. Les banquiers, les actionnaires, les grands patrons, ou ceux tenant un discours de haine et de rejet de l’autre, ainsi que tous ceux souhaitant détruire nos acquis sociaux iront voter. L’abstention n’est pas la solution car en réalité elle légitime ces politiques en leur donnant une justification par les urnes. 

  • Voter pour inverser l’ordre du Parlement européen 

Certes l’UE n’est pas l’instance démocratique qu’on nous présente, loin de là. Certes les pouvoirs du Parlement européen sont limités. Mais il reste néanmoins un organe législatif important.

Les partis de droite, regroupés au sein du Parti populaire européen (PPE) et les sociaux-démocrates, regroupés dans l’Alliance progressiste des socialistes et démocrates au Parlement européen (S&D), s’entendent depuis des années. Votant les lois ensemble, et s’arrangeant pour l’élection du président du Parlement ainsi que pour la commission européenne. Ces deux groupes parlementaires représentent 401 députés. A ces libéraux, les sociaux-démocrates européens n’osant plus, dans leur grande majorité, remettre en cause cette doctrine, s’ajoute l’Alliance des démocrates et des libéraux pour l’Europe (ADLE) et ses 69 sièges. Les tenants, officiels, d’un discours libéral sont donc ultra-majoritaires au sein du Parlement. 

Et ils ne sont pas seuls. Le groupe des Verts (52 sièges) est pour sa grande majorité acquis à la cause libérale, pourtant incompatible avec l’idéal environnemental qu’ils prônent. Quant aux trois groupes classés à droite du Parlement européen,  Conservateurs et réformistes européens (77 sièges), Europe de la liberté et de la démocratie directe (42 sièges), Europe des nations et des libertés (36 sièges), oscillant entre droite-extrême et extrême-droite ils sont eux aussi des partisans farouches du libéralisme, malgré leur discours qui tend à faire penser le contraire. Que ce soit en Italie, en Autriche, ou en Hongrie, les alliés du Rassemblement national mènent des politiques similaires à celle de Macron en France. Autrement dit opposer libéraux et extrême-droite n’a aucune valeur puisque in fine leurs politiques économiques sont relativement semblables. 

Enfin, en enlevant les 20 députés non-inscrits, il ne reste que le groupe où siégeait les députés apparentés Front de gauche : celui de la Gauche unitaire européenne/ Gauche verte nordique (GUE/NGL) qui compte 52 députés. C’est ce groupe que les abstentionnistes vont ,de fait, sanctionner en n’allant pas voter, alors que c’est celui qui constitue la meilleure opposition à cette Europe antidémocratique.

Les différents scores le 26 mai prochain pourraient faire en sorte qu’un autre groupe similaire émerge autour de la coalition Maintenant le peuple. Cette dernière rassemble divers partis, aujourd’hui siégeant au sein de la GUE/NGL, mais qui pourraient créer leur propres groupes s’ils obtenaient assez de parlementaires (1).

Qu’importe que les députés antilibéraux soient dans un même groupe uni ou dans deux groupes distincts, du moment qu’ils travaillent ensemble. D’un point de vue stratégique avoir deux groupes seraient d’ailleurs peut-être plus intéressant afin de bénéficier d’un meilleur temps de parole. Le problème n’est pas là. Si les Européens, à commencer par les Français ne se mobilisent pas le 26 mai prochain, cela ouvrira la porte à une nouvelle législature contre l’intérêt général et à des directives toutes plus ultralibérales les unes que les autres. 


(1) : les membres de la coalition Maintenant le peuple : Alliance rouge et verte (Danemark), Podemos (Espagne), Alliance de gauche (Finlande), France insoumise et Gauche républicaine et socialiste (France), Bloc de Gauche (Portugal) et Parti de gauche (Suède).  

Européennes : l’union impossible ?

Quand élection rime avec division. Une nouvelle fois, la gauche sera divisée lors des prochaines échéances européennes, au moment où, sans doute, il y a le plus besoin d’union. Le mouvement des Gilets Jaunes aurait dû faire prendre conscience à tous de l’importance d’une large union afin de faire émerger une voix claire et porteuse de revendications fortes. Il n’en sera rien, et ces divisions profiterons autant au Rassemblement national, qu’à Emmanuel Macron et son parti. 

Si on fait un rapide tour d’horizon des forces de gauche qui seront présentes aux élections européennes, elles devraient être au nombre de sept, sans compter une possible liste des Gilets Jaunes.

  • D’abord, la France insoumise qui est, soyons clairs, la meilleure chance pour la gauche de réaliser le meilleur score. La tête de liste sera une jeune militante, provenant de la société civile, Manon Aubry. D’autres personnalités comme Manuel Bompard, ou bien l’ancien socialiste Emmanuel Maurel y figureront aussi.
  • Le Parti communiste français a lui aussi décidé de présenter sa propre liste avec Ian Brossat, l’adjoint à la mairie de Paris, en charge du logement où il a notamment permis la construction de nombreux logements sociaux lors de son mandat.
  • Les deux partis, à l’extrême-gauche de l’échiquier politique, Lutte ouvrière (LO) et le Nouveau parti anticapitaliste (NPA) devraient, sans doute, présentés chacun une liste, après l’échec de négociations visant à la formation d’une liste commune pour ces deux formations
  • Le mouvement Génération.s de Benoît Hamon aura également une liste autonome, avec ce dernier comme tête de liste. Et après l’échec des négociations avec la France insoumise et le Parti communiste.

Viennent ensuite les cas plus litigieux du Parti socialiste et des Verts. Litigieux dans le sens où on ne peut plus vraiment qualifier ces partis de gauche, dans la mesure où, avec leur politique, ils sont rentrés dans le champ libéral de la social-démocratie classique européenne. En témoigne notamment la volonté de certains leaders des Verts de s’allier à la République en marche, comme Pascal Durand, ou bien comme Yannick Jadot qui déclarait, lui, que l’écologie était compatible avec l’économie de marché. Chose que tout ceux s’intéressant à la protection de l’environnement et du climat savent pertinemment fausse dans la mesure où, comme l’expliquait Karl Marx en son temps :

« le capital épuise deux choses : le travailleur et la nature »

Si nous mettons de côté le cas de ces deux partis, il reste donc plus ou moins cinq listes qui auraient pu prétendre à une alliance commune. Même si dans les faits, jamais LO n’accepterait une alliance avec d’autres forces politiques, si ce n’est le NPA. Quoiqu’il en soit Génération.s, France insoumise et Parti communiste auraient en revanche pu s’entendre sur un programme et une liste commune. Je ne rejette la faute sur personne, je constate juste, comme tant d’autres personnes ayant voté Jean-Luc Mélenchon aux dernières présidentielles, que ces divisions risquent de nous coûter cher.

Surtout que, comme je l’ai dit plus haut, il y aura peut-être également une liste estampillée Gilets Jaunes. Loin de moi l’idée de critiquer cela, au contraire si elle porte de justes revendications. Simplement, une fois encore, cela risque de diviser les voix de ceux souhaitant un vrai changement pour cette Europe. Une Europe qui ne peut plus fonctionner de cette manière antisociale et antidémocratique.

Nous devons sortir des traités européens actuels, c’est une certitude. Une certitude qui ne deviendra réalité qu’avec un rapport de force inversé. Le 26 mai prochain sera, peut-être, décisif pour les années à venir. Partout, en Europe, les forces de gauche devront envoyer le maximum de députés européens pour contrecarrer les plans de cette clique de néolibéraux, et pour ne pas laisser le champ libre aux forces d’extrême-droite et réactionnaires.

Quel avenir pour les gilets jaunes ?

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© Compte Twitter de François Ruffin

Le mouvement des gilets jaunes constitue, à n’en pas douter, un mouvement populaire de contestation par rapport à la politique menée par Emmanuel Macron et son gouvernement. Mais que penser de ce mouvement ? Tant les personnes, et les soutiens, proviennent d’horizons divers et ont, parfois, des revendications totalement différentes.

La première chose à dire c’est que ce mouvement est parti pour durer. Débuté il y a maintenant plus de deux semaines, les gilets jaunes semblent poursuivre sur leur lancée. S’installant un peu partout en France, aux péages ou aux ronds-points, et manifestant à intervalle régulier avec le soutien majoritaire des Français.

A titre personnel, et sans doute comme beaucoup d’autres militants de gauche, je dois avouer avoir été sceptique face à ce mouvement. D’abord gêné par la diversité des opinions politique qui s’y retrouvait, mais aussi par l’absence de revendications claires au départ de la mobilisation. La colère est légitime, elle est même vitale et cruciale tant la situation de notre pays ne cesse de se détériorer. Mais elle aurait dû se manifester lorsque d’autres se mobilisaient pour les salaires, les retraites, l’emploi, où plus récemment lorsque les cheminots menaient une grève admirable pour défendre le service public ferroviaire.

Mais depuis quelques jours, suite à la publication d’une liste de revendications sur des dizaines de points, essentiels, ce scepticisme s’est effacé, pour moi, comme pour beaucoup d’autres camarades. En effet, sur près de quarante point publiés, dans un communiqué, la majorité font partie des programmes des forces de gauche comme la France Insoumise ou le Parti communiste. Retour à la retraite à 60 ans, augmentation du SMIC, instauration d’un salaire maximum, retour dans le giron de l’Etat des sociétés stratégiques toutes ses propositions constituent un bon début pour enrayer la crise dans laquelle nous nous trouvons.

Bien sûr tout n’est pas parfait, loin de là. On pourrait s’attarder sur les violences qui ont émaillé certaines mobilisations. Même si, là encore, le rôle des médias est bien de nous montrer uniquement cet aspect et non pas la majorité des manifestants défilant dans le calme où bien, comme ce fut le cas dans plusieurs villes de France, l’union des défilés des gilets jaunes et de ceux composés des militants de la CGT. C’est d’ailleurs là aussi un point essentiel de ce mouvement. La ralliement des forces de gauches, de la CGT, et de plusieurs personnalités est non seulement une bonne chose, mais surtout permet d’apporter un nouveau souffle. A l’image d’un François Ruffin exhortant les parisiens à se mobiliser sur le modèle de Nuit Debout, afin de venir soutenir un mouvement qui pour l’essentiel est venu des personnes des petites et moyennes villes.

L’avenir nous dire comment se poursuivra ce mouvement. Pour l’heure le gouvernement ne semble pas décidé à reculer. Et il apparaît clair qu’il ne le fera que si des grèves massives prennent le relais, appuyées par une forte solidarité des travailleurs, des étudiants, des retraités etc. Car la question n’est plus uniquement le prix de l’essence. Désormais c’est un tout qu’il faut revendiquer.

Pourquoi Jean-Luc Mélenchon a été perquisitionné ?

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Capture d’écran Facebook/Jean-Luc Mélenchon

Ce mardi 16 octobre, à 7 heures du matin, des perquisitions ont visé les domiciles de , Jean-Luc Mélenchon, ainsi que les sièges de la France Insoumise, et du Parti de Gauche. Toute personne consciente et réfléchissant juste quelques instants à la situation verra que ces perquisitions sont de l’ordre du politique, et non pas du juridique.

Pourquoi ? Parce que la France Insoumise, au même titre que le Parti communiste d’ailleurs, représente l’opposition aujourd’hui. Jean-Luc Mélenchon et les parlementaires de la FI, dont François Ruffin en premier lieu, ne cessent de pointer du doigt les magouilles, les manigances et les arrangements du gouvernement.

Le contraste est, d’ailleurs, saisissant entre le traitement réservé à Alexandre Benalla et celui réservé dans la matinée à Jean-Luc Mélenchon. De même qu’aucun ministre ou député de la République en marche, impliqué dans des affaires judiciaires, n’a eu à subir ce même traitement.

Quels sont les motifs officiellement invoqués ? Ils sont au nombre de deux. Le premier concerne les assistants parlementaires européens. Je reprends ici les propos du journal Le Monde.  » Les enquêteurs veulent savoir si des fonds européens destinés à l’emploi d’assistant eurodéputé ont été utilisés pour rémunérer des collaborateurs du parti politique ». Tout part d’une plainte déposée par une élue d’extrême-droite, Sophie Montel. Cette dernière a d’ailleurs déclaré, elle-même, que sa plainte était une plaisanterie.

Le second motif est celui des comptes de campagne. Alors même que les comptes de la France insoumise avaient été validés par la commission nationale des comptes de campagne le 13 février dernier, sans aucune irrégularité. En revanche il est bon de rappeler que les comptes de notre actuel président ont été entachés d’irrégularités, avec des rabais et des tarifs préférentiels. Mais lui, comme les autres, ne devraient pas être inquiétés par des perquisitions à 7 heures du matin. Il est aussi bon de rappeler que c’est Jean-Luc Mélenchon qui avait demandé le 8 juin dernier un réexamen de tous les comptes de campagne.

Reste à savoir désormais quelles seront les suites de tels agissements politiques. Durant les heures de perquisitions les policiers ont mis la main sur plusieurs fichiers relatifs au mouvement de la France insoumise et au Parti de gauche. Aucun procès-verbal n’a été réalisé si bien que personne ne peut dire ce qu’ils ont réellement pris. Ce qui est sûr c’est que ces perquisitions interviennent alors que le gouvernement connaît une crise…

Mélenchon et l’émission polémique

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Jeudi 30 novembre, Jean-Luc Mélenchon était l’invité de l’émission politique sur France 2. Si la situation a pu en faire sourire certains, elle relève clairement l’orientation des médias visant à rendre toute opposition de gauche irréalisable, dérisoire et peu sérieuse. 

Que personne ne s’y trompe, ce n’est pas le fait de la personne, ou de la personnalité de Jean-Luc Mélenchon, qui était en jeu, mais c’est ce qu’il représente et ce qu’il défend qui dérange ces gens là. Toute cette gauche, attachée à la défense des classes laborieuses, doit se sentir concerner par la manière dont nos représentants sont traités par les médias. Georges Marchais subissait, en son temps, les mêmes railleries, les mêmes moqueries.

  • Le Venezuela, comme toujours

Parce que c’est le sujet qui passionne tous les français, le Venezuela était une fois de plus l’un des thèmes de prédilection de l’émission. Face à Jean-Luc Mélenchon, Laurence Debray, ex-banquière, macroniste, et aux positions politiques allant à l’opposé de ses parents, Régis Debray et Elizabeth Burgos, marxistes et compagnons de route du Che. Qui pouvait s’attendre à ce qu’elle présente une critique construite et objective de la situation vénézuélienne ?

Non, en bonne représentante de l’ordre établi, elle a attaqué de toute part le Venezuela, et la Révolution bolivarienne, n’évoquant ni ses réussites, ni la solidarité internationaliste du Venezuela, notamment jusqu’à récemment envers les sinistrés français de l’île de Saint-Martin.

La vérité est que le Venezuela dérange, il dérange par son orientation socialiste et anti-impérialiste, il dérange les bien-pensants de notre société, et chaque débat télévisé, où est présent un représentant de la gauche, est sujet à attaqué la Révolution bolivarienne. La polémique à propos de l’ALBA- Alliance Bolivarienne pour les peuples de notre Amérique- lors de la récente élection présidentielle, n’est là que pour confirmer ce constat. Le but de cette intervention était simple : faire avouer à un représentant de la gauche, ami du Venezuela et des pays progressistes d’Amérique latine, l’échec du socialisme et de l’expérience bolivarienne.

Le peuple vénézuélien a pourtant pu voter à deux reprises en quelques mois d’intervalle, des votes qui ont permis de confirmer le soutien du peuple à son gouvernement : Venezuela : poursuivre la RévolutionPoursuivre les processus révolutionnaires.

Seulement voilà, Jean-Luc Mélenchon n’est pas tombé dans le piège, mais à surenchéri en répliquant que la cause principale des problèmes du Venezuela et de l’Amérique latine était l’impérialisme nord-américain, ce qui, à défaut d’en choquer certains, est parfaitement vraie. Grand moment de solitude pour Léa Salamé et Laurence Debray, grand moment de satisfaction pour tout militant de gauche solidaire avec le Venezuela.

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  • Soumettre les autres invités au même traitement médiatique

Que les médias parlent du Venezuela, de Cuba, du Nicaragua, à des représentants de la gauche, soit. Même si c’est systématique et que ça ne permet pas un débat de fond, ça permet aussi de rétablir certaines vérités sur les succès des gouvernements populaires. En suivant cette logique il est normal de se demander, pourquoi les autres invités ne sont pas questionnés sur les Etats du Golfe, nos principaux alliés de la région ? Sur Israël qui détient des milliers de prisonniers politique, et bombarde régulièrement la bande de Gaza et qui, récemment, a interdit à une délégation de parlementaires français (communistes, insoumis, écologistes), l’entrée sur son territoire ?

La situation Yéménite n’attire pas non plus l’attention alors que nos alliés saoudiens se livrent à des bombardements systématiques des civils yéménites, mais qu’à cela ne tienne, puisque ce sont nos amis et que leurs actions sont donc certainement légitimes.

Mais alors, si la question des droits de l’Homme en Amérique latine préoccupe tant que cela Léa Salamé et autres journalistes, que dire de la Colombie ? Où les militants sociaux, associatifs, syndicaux, politique sont menacés et assassinés. Que dire du Honduras ? Où le pouvoir en place, soutenu par les Etats-Unis, vient de confisquer la victoire à l’opposant de gauche Salvador Nasralla.

  • Pour un conseil de déontologie 

Appuyant la démarche du leader de la France Insoumise, j’ai signé la pétition visant à la création d’un conseil de déontologie du journalisme en France. La question du journalisme et de l’indépendance de cette profession vis à vis de la finance pose de plus en plus problème. Comment ne pas s’alarmer lorsque la grande majorité des journaux, radios, chaînes télévisées, sont détenus par une poignée de milliardaires ?

Certains journaux, comme l’Humanité, ne sont pas tombés dans les griffes de la finance. Mais ils sont trop rares aujourd’hui pour permettre un rééquilibrage des médias et des opinions.

Une Assemblée en marche arrière

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Avec près de 376 députés, dont une quarantaine pour le Modem, le mouvement d’Emmanuel Macron obtient sans difficulté la majorité absolue. Certes elle est moins large que prévue, puisque les premières estimations, après le premier tour, annonçaient plus de 400 députés en Marche. Preuve en est que les français n’ont pas voulu donner un pouvoir total au président, qui ne devrait toutefois pas se priver de gouverner par ordonnance avec une telle majorité.

La société civile au Parlement ?

C’était une des promesses du candidat Macron, faire rentrer au Parlement ce qu’il appelle la société civile, c’est à dire des gens nouveaux provenant de toutes les catégories de la population. Pourtant loin du renouveau annoncé, ce nouveau Parlement s’annonce moins représentatif qu’auparavant. D’abord parce que, si une bonne partie d’entre eux n’avaient jamais été élu, ils n’étaient pas non plus novices en politiques. Ensuite parce que bien que se proclamant de la société civile, une grande majorité d’entre eux sont des cadres où exercent des professions libérales, même si d’une manière générale ce problème concerne tous les élus.

Ainsi sur 577 députés : 185 sont des cadres, 130 des fonctionnaires et 87 sont issus des professions libérales, soit 402 députés, laissant de fait une part minime voir inexistantes à ce qui constitue la majorité de la population française : employés, ouvriers, agriculteurs, artisans, retraités. L’Assemblée Nationale a pourtant pour vocation de représenter le peuple dans ses différences. Les ouvriers, à la base de toutes les productions, n’ont, par exemple, aucun député élu.

En revanche ce qui est certains c’est que l’Assemblée Nationale sera plus jeune durant ce quinquennat puisque la moyenne d’âge baisse de 5 ans. On passe ainsi d’une moyenne d’âge de 54 ans à 48 ans et 8 mois. Autre satisfaction, la part de femmes présentent au Parlement, puisque qu’avec 223 femmes élus sur 577 députés, jamais la part de représentation féminine n’aura été aussi importante. 38,7% c’est certes un énorme pas en avant, mais notre pays a encore du chemin à faire pour rivaliser avec d’autres Nations au premier rang duquel des Etats progressistes et socialistes. Ainsi en Bolivie le pourcentage de femmes élues au Parlement est de 53,1%. A Cuba il est de 48,9%, tandis qu’au Nicaragua il atteint 45,7%.

2 groupes pour représenter nos intérêts

Au milieu de cette Assemblée libérale, puisque en plus des députés en Marche et Modem, la droite, le centre-droit ainsi que quelques sociaux-libéraux disposent de nombreux sièges, nous sommes parvenu à faire élire des parlementaires qui, à coup sûr, porteront nos revendications et les intérêts de la majorité de la population.

Faute d’entente, communistes et insoumis siégeront à part dans l’Hémicycle. Toutefois c’est peut-être un mal pour un bien. En effet disposer de deux groupes permettra de multiplier par 2 le temps de parole à l’Assemblé, tout en convergeant et en proposant ensemble des projets de loi. Une manière également d’éviter de nouvelles disputes concernant le chef de groupe ou une quelconque discipline de vote. Pour ma part je me réjouis que le nombre de députés de la gauche radicale est doublé en l’espace d’une élection. Nos parlementaires du PCF reconduiront vraisemblablement le groupe de la Gauche républicaine et démocrate avec 4 députés ultramarins. Tandis que nos camarades insoumis auront de leur côté aussi un groupe.

Une des satisfaction de cette échéance électorale aura été l’élection de François Ruffin, rédacteur en chef du journal Fakir, et réalisateur du film Merci Patron. Soutenu par le Parti communiste, Ensemble, la France insoumise et les Verts, il aura réussi une remontée formidable entre les deux tours pour emporter la victoire face à un candidat en Marche. Puisque Macron n’a de cesse d’évoquer la moralisation de la vie politique, peut-être devrait-il prendre exemple sur François Ruffin qui a annoncé qu’il réduirait son indemnité parlementaire au SMIC, reversant le reste à des « bonnes oeuvres ». Il a également déclaré qu’il disposerait d’un mandat révocable, à savoir que si 25% des gens l’ayant élu décidaient qu’il n’a pas rempli son contrat il s’en irait. De même les députés de la majorité pourrait prendre exemple sur les députés communistes qui reversent leur indemnités au Parti et ne touchent qu’un salaire correspondant à leur anciens salaire professionnels.

Enfin, rien n’indique que la majorité, que possède actuellement le président, tiendra durant 5 ans tant la diversité des horizons politiques d’où proviennent les parlementaires peuvent être différents. Et avec un gouvernement qui a déjà vu 4 de ces ministres démissionner, notamment à cause de certaines implications dans des affaires, ce quinquennat s’annonce des plus flou.