Un peu d’histoire #3 : la Tricontinentale (janvier 1966)

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En janvier 1966 s’ouvrait la conférence de solidarité des peuples d’Afrique, d’Asie et d’Amérique latine. Source : l’Humanité.

L’Histoire nous permet d’apprendre ce qui nous a précédé. En son temps, Karl Marx avait averti que « celui qui ne connaît pas l’histoire est condamné à la revivre », démontrant ainsi la nécessité pour chacun de connaître les événements passés qui, bien souvent, fournissent une source d’explication pour les événements présents et futurs. Mais connaître l’histoire c’est aussi raconter ce qui est passé sous silence, ou volontairement oublié par certains. Au travers de cette série d’articles, je vais m’efforcer de mettre à jour des faits ignorés aujourd’hui mais ô combien importants.

Suite presque logique des deux premiers épisodes, consacrés à l’aide cubaine à l’Afrique et plus particulièrement à l’Angola, nous allons à présent évoquer ce qui est l’une des bases de ce soutien internationaliste : la Tricontinentale. Cette conférence, qui se déroula à la Havane, la capitale cubaine, en janvier 1966 avait réussi l’exploit de réunir l’ensemble des mouvements de libération nationale et/ou anti-impérialistes des trois continents les plus pauvres : l’Afrique, l’Asie, et l’Amérique latine. Le but ? Faire converger la lutte de tous ces révolutionnaires. 

  • La conférence

L’idée de cette conférence découle directement de celle de Bandung (avril 1955) qui avait réuni les pays asiatiques et africains nouvellement indépendants. Mais si l’on remonte plus loin la Tricontinentale tire aussi ses origines du Congrès international des peuples de Bruxelles en 1927, à l’initiative de l’International communiste.

C’est « l’espoir d’un monde meilleur » qui réunissait tous ces révolutionnaires, selon les paroles du Che, l’une des figures de ces mouvements. Pourtant, lui, comme Ben Barka, comme Ben Balla ne seront pas présents à ce grand rendez-vous qu’ils ont pourtant contribué à faire émerger. Et pour cause, le Che vient de quitter le Congo et se prépare à aller en Bolivie. Ben Barka a été enlevé depuis le 29 octobre 1965, avec les tragiques conséquences que l’on connaît. Et Ben Bella a été renversé en Algérie en 1965. La Tricontinentale est donc privée de trois des principaux révolutionnaires de l’époque.

Toutefois le casting a de quoi faire rêver. Ils sont 500 délégués venus de 82 pays différents à converger vers la Havane. Parmi eux Amilcar Cabral, mais aussi Salvador Allende, qui défend déjà une voie électorale pour le socialisme au Chili. Les partis communistes chinois et soviétiques sont également présents, mais simplement en tant qu’observateurs, à ce titre ils n’ont donc pas le droit de vote. 

La Tricontinentale s’ouvre le 6 janvier 1966 et met à l’honneur la délégation du Vietnam dont le pays est déjà en guerre contre les Américains. Pendant douze jours le gratin de la Révolution mondiale discute de comment fédérer sa lutte sur les trois continents. Mais, dans ces moments d’intenses débats, on parle aussi d’éducation, d’annulation de la dette des pays pauvres, d’écologie aussi, ou encore d’égalité entre les hommes et les femmes. 

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  • Les résolutions 

Baptisée « année de la solidarité » par Fidel Castro, 1966 voit la solidarité internationaliste de tous les mouvements présents atteindre son apogée. Car, si ces douze jours de conférence sont certes un temps d’âpres discussions, ils sont aussi un temps de fêtes, de mélange de cultures, de partage. 

Pourtant, dans l’ombre de la fête qui se déroule dans le rues de la capitale cubaine, la menace veille. Les Etats-Unis, principal ennemi désigné par la plupart des délégations, s’inquiètent d’une telle réunion à quelques kilomètres de leurs côtes. A tel point qu’ils tentent d’assassiner Fidel Castro pendant la conférence. S’ils n’y parviennent pas, nombre de leaders révolutionnaires seront en revanche supprimés quelques temps après la Tricontinentale. Che Guevara et Amilcar Cabral seront respectivement tués en 1967 et en 1973. Cette dernière année voit aussi le coup d’état et le renversement de Salvador Allende au Chili.

Plusieurs résolutions sont néanmoins prises. Il est notamment décidé que, pour lutter efficacement contre l’impérialisme et le néocolonialisme il faut faire plus. Dans son message adressé aux participants de la Tricontinentale, publié un an plus tard en 1967, Che Guevara prononce sa fameuse formule : 

« créer deux, trois, plusieurs Vietnam ».

La stratégie préconisée par les délégations révolutionnaires est la suivante : multiplier les foyers de luttes afin d’éparpiller les forces impérialistes. Il est aussi décidé d’apporter non plus une simple aide morale, mais un vrai soutien matériel, financier, voire militaire aux pays en lutte.

De plus, un journal est créé à cette occasion. Nommé Tricontinentale sa publication démarre en 1966 et est publiée dans quatre langues : l’arabe, le français, l’espagnol et l’anglais. Après vingt ans de parution, celle-ci s’arrête un temps avant de reprendre en 1995. 

La Tricontinentale restera comme un événement unique en son genre. Pendant ces douze jours des centaines de militants venus de trois continents différents ont fait trembler les grandes puissances de ce monde. Et, si d’un point de vue stratégique la conférence n’aura peut-être pas eu les effets escomptés, la solidarité entre ces mouvements aura été effective plusieurs années après.

Venezuela : fin du spectacle pour Guaido

Manifestation des partisans du président autoproclamé vénézuélien Juan Guaido à Maracaibo, le 12 février.
Les manifestants, favorables au putschiste Juan Guaido, utilisent dans leurs démonstrations des drapeaux des Etats-Unis, parfois aussi des drapeaux d’Israël. Une preuve de plus, s’il en fallait, de l’implication impérialiste dans ces actions politiques. ISAAC URRUTIA / REUTERS

La marionnette des Etats-Unis, qui s’était autoproclamé président de la République le 23 janvier dernier, n’a pas réussi son coup. Dans la nuit du 02 au 03 avril l’Assemblée constituante lui a retiré son immunité parlementaire. Avec lui, c’est tout un secteur d’une droite-extrême qui voit ses illusions tomber. Celles et ceux qui pensaient que la Révolution bolivarienne était finie se sont lourdement trompés.

Il faut, bien entendu, rester prudent. Les actualités évoluent rapidement et qui sait de quoi demain sera fait ? Mais pour l’heure le gouvernement légitime du Venezuela- validé par le peuple par l’élection présidentielle du mois de mai 2018- est toujours en place. En dépit des provocations, des menaces, et des sanctions économiques. Tout le monde aura d’ailleurs pu observer l’hypocrisie occidentale qui, tout en sanctionnant économiquement le Venezuela et en retenant son argent (voir : La Banque d’Angleterre refuse de rendre 1,2 milliard de dollars en or au Venezuela), le privant de milliards de dollars, souhaitait faire rentrer une prétendue aide humanitaire correspondant à quelques millions à peine.

Nul besoin de l’aide humanitaire américaine. La Yougoslavie, la Libye, l’Irak, la Syrie s’en seraient bien passés. On peut bien-sûr reprocher à Maduro sa gestion économique. Il est certain qu’il y a beaucoup à faire pour que la situation s’améliore, même si une bonne partie de la crise est en partie due aux sanctions économiques imposées de l’étranger. Aucun pays n’est parfait. En revanche ceux souhaitant mener une politique indépendante et différente, de la doxa néolibérale et néocoloniale, pourraient sans aucun doute mieux le faire s’ils n’étaient pas constamment déstabilisés.

Et quand on voit la situation actuelle du monde, et plus particulièrement de l’Amérique latine, on comprend mieux pourquoi et comment le Venezuela subit ce genre de déstabilisations depuis l’arrivée au pouvoir d’Hugo Chavez en 1999. Mais cette fois-ci leur plan a semble-t-il échouer. L’armée bolivarienne soutien le gouvernement, et l’union civico-militaire demeure stable au Venezuela. Les soutiens au gouvernement sont encore massifs, en témoignent les nombreuses manifestations en faveur du président et de la Révolution.

Surtout, si un temps la possibilité d’une intervention armée, qui aurait été dirigé contre Nicolas Maduro, a été craint, elle semble désormais loin depuis que la Russie et la Chine ont spécifié qu’ils ne toléreraient pas une attaque directe contre le Venezuela. D’ailleurs des conseillers militaires et du matériel, ainsi que des vivres, sont arrivés en provenance de la Russie. Guaido aura sans doute du mal à rebondir après ça. D’autant plus que désormais toute une partie de la population est indifférente à ses revendications et entend juste vivre en paix. Une paix rendue impossible par ces provocations et ces déstabilisations comme lors du probable sabotage qui avait causé une panne générale dans le pays.

Sans compter qu’il est dorénavant possible qu’il soit poursuivi par la justice de son pays après que l’Assemblée constituante ait levé son immunité de parlementaire (il demeurait le président de l’Assemblée nationale) dans la nuit du 02 au 03 avril. Auparavant le contrôleur général avait spécifié que Juan Guaido ne pourrait exercer de mandat public pendant 15 ans.

  • Résister face à l’impérialisme

Les Nord-Américains ont toujours souhaité faire de l’Amérique latine leur arrière cour, ne tolérant jamais la présence de gouvernements hostiles à leurs intérêts (Cuba, Chili, Grenade, Honduras, Nicaragua, Salvador, Equateur, Venezuela, Bolivie, Argentine, Paraguay, Brésil etc). Aujourd’hui, à l’heure de la contre-offensive menée par la droite partout sur ce continent, visible notamment par les exemples brésiliens, argentins, salvadoriens ou équatoriens, il faut que les pays progressistes puissent résister aux pressions impérialistes.

Et malheureusement, si au début des années 2000 les gouvernements de gauche étaient majoritaires en Amérique latine, force est de constater que ce n’est plus le cas aujourd’hui. Le Mexique a, certes, été une excellente surprise en élisant le premier président de gauche de son histoire, mais c’est bien l’exception qui confirme la règle. Car les pays progressistes ne sont plus qu’une poignée sur l’ensemble du continent (Mexique, Cuba, Venezuela, Bolivie, Nicaragua, Uruguay, Suriname, Guyana, République Dominicaine, soit neuf sur un total de vingt-quatre pays). Et quand on sait que Donald Trump a fait l’une de ses priorités de renverser le trio Venezuela-Cuba-Nicaragua (voir : Et maintenant le Nicaragua) il y a de quoi s’inquiéter.

Si pour l’heure ces trois états résistent, qu’en sera-t-il de la Bolivie où des élections auront lieu au mois d’octobre prochain ?

Pauvre Brésil

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Manifestation de femmes contre le candidat d’extrême droite à la présidentielle au Brésil, Jair Bolsonaro, à Rio de Janeiro le 29 septembre 2018 Photo : AFP

Comme prévu le Brésil a basculé vers un avenir incertain. En élisant Jair Bolsonaro avec 55,1% des voix, le peuple brésilien ouvre la porte à un nostalgique de la dictature militaire aux propos qui font froid dans le dos. Lui qui promet de nettoyer le Brésil de ce qu’il nomme les « marginaux rouges » va donc pouvoir diriger le plus grand pays d’Amérique latine pendant quatre années.

Et elles vont être longues ces années pour tous ceux s’étant opposés au candidat de l’extrême-droite. Les militants syndicalistes, associatifs, politiques mais aussi les minorités, et bien-sûr les plus démunis. Bolsonaro est l’incarnation parfaite d’un nationalisme à outrance mais aussi d’un ultralibéralisme assumé. Ce n’est pas un hasard si les marchés financiers brésiliens se sont réjouis à l’annonce des résultats, ni qu’il soit soutenu par les élites économiques de ce pays. Et que dire des médias et des chefs de gouvernement qui désormais s’offusquent de l’élection de Jair Bolsonaro mais qui hier ne trouvaient rien à dire à l’emprisonnement de Lula et à la destitution de Dilma Rousseff. 

Avec Bolsonaro, allié de Washington et de Donald Trump, c’en est fini du Brésil qui, par le biais notamment des BRICS- groupement de pays réunissant le Brésil, la Russie, l’Inde, la Chine et l’Afrique du Sud- donnait un espoir d’un monde multipolaire, où la superpuissance des Etats-Unis, caractérisée notamment par la Banque mondiale et le FMI, prendrait fin. C’en est aussi fini de la solidarité avec les pays d’Amérique latine et tout un processus qui avait été mis en oeuvre visant à la coopération entre les Nations progressistes de ce continent. 

La sécurité fut l’une des obsessions de cette campagne. Et nul doute que ce thème sera l’un des principaux durant la durée de son mandat. En effet, Jair Bolsonaro, veut mettre au pas les gangs qui sévissent dans les favelas. Mais ce n’est pas en autorisant les citoyens à avoir des armes, ni en autorisant la police à tuer que le problème se réglera. Or avec ses solutions très radicales et directes Bolsonaro risque d’embraser un pays qui, avec près de 60 000 homicides par an, n’a pas besoin de cela. 

De son côté, avec plus de 45 millions d’électeurs, Fernando Haddad, candidat du Parti des travailleurs (PT) n’a pas à rougir de sa campagne. Au contraire. Débutée très tardivement, le 11 septembre dernier, il aura tenté, en vain, d’inverser la courbe, s’appuyant notamment sur le bilan social du PT qui, sous les mandats de Lula et de Dilma Rousseff, aura permis à des millions de personnes de sortir de la pauvreté. Dans sa déclaration juste après la proclamation des résultats, Fernando Haddad a appelé le nouveau pouvoir à respecter ses électeurs et donc la démocratie. Une démocratie désormais fébrile. 

Venezuela : poursuivre la Révolution

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C’est une claque magistrale que vient d’infliger le peuple vénézuélien à tous ceux qui pensaient que la Révolution bolivarienne était sur le point de s’achever. Près de 8 millions de personnes se sont ainsi déplacés ce dimanche 30 juillet afin de voter pour le projet de l’Assemblée Nationale Constituante, convoqué par le Président Maduro. Avec cette victoire, le Parti socialiste unifié du Venezuela (PSUV), et ses alliés, ont montré leur maturité face à une opposition de plus en plus violente, et n’hésitant pas à user d’assassinats contre des militants et des élus de gauche. Plutôt que de tomber dans l’escalade de la violence, les dirigeants vénézuéliens ont choisi de remettre leur destin entre les mains du seul décisionnaire du pays : le peuple.

Cette victoire permet, certes, de consolider la Révolution, mais elle va surtout permettre d’ouvrir un large cadre de débats afin d’établir la prochaine Constitution et d’améliorer celle actuellement en place, instaurée par le Commandant Hugo Chavez. En somme, résoudre les erreurs qu’a pu commettre la Révolution bolivarienne, tout en garantissant une fin des conflits par la paix et la négociation. Bien-sûr il n’a pas fallu longtemps pour que l’opposition d’extrême-droite et les Etats-Unis contestent ce résultat, ils l’avaient d’ailleurs déjà fait avant même le scrutin.

Malgré la fin de la guerre froide il y a près de 30 ans, jamais les Etats-Unis n’ont renoncé à renverser tout gouvernement progressiste ou socialiste d’Amérique Latine. Coup d’Etat, assassinats, déstabilisations, financement d’une opposition armée, attentats, tout moyen est bon pour obtenir la fin d’un dirigeant ayant choisi de placer les intérêts de son peuple avant ceux de la finance internationale. Déjà en 2002 l’opposition avait tenté un coup d’Etat militaire, mettant en prison le Président de l’époque Hugo Chavez. C’était sans compter sur la vigilance du peuple vénézuélien qui était parvenu à faire libérer Hugo Chavez en manifestant par millions dans les rues du pays.

Rien de surprenant donc à ce que les Etats-Unis aient pris de nouvelles sanctions à l’égard du pouvoir en place et ne cessent de soutenir une opposition violente et armée, qualifiée de démocratique, du moment qu’elles luttent contre un pouvoir ne partageant pas les mêmes intérêts que l’Oncle Sam. En France, lorsque qu’une personne prend les armes et tue civils, policiers ou militaires cela s’appelle du terrorisme, une définition semble-t-il variable suivant de quel bord se trouvent les dirigeants de tel ou tel pays. Pourtant les exemples sont nombreux, et le fait que le Venezuela soit la première puissance en terme de réserve de pétrole aurait dû en alerter plus d’un sur les volontés impérialistes du voisin Nord-Américain qui rêve de revenir à la situation d’avant Chavez, où les bénéfices du pétrole revenaient en grande partie aux multinationales américaines.

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Approfondir le processus révolutionnaire

Cette nouvelle étape dans la Révolution Bolivarienne doit amener dirigeants et base populaire à continuer dans cette voie révolutionnaire. Tout n’est pas parfait au Venezuela, loin de là, mais quel pays peut se vanter d’être parfait ? Certes le gouvernement vénézuélien a sans doute fait des erreurs, vouloir baser l’économie entière du pays sur le pétrole en était une, ne pas prendre au sérieux le désir de vengeance de l’oligarchie, après 18 ans de Révolution, en fut une autre.

Malgré les sanctions internationales et des déstabilisations, les avancées du Venezuela Bolivarien sont considérables et reconnues de tous. Des avancées démocratiques avec l’instauration du référendum révocatoire permettant de destituer tout élu- y compris le Président- si le peuple le souhaite, la mise en place d’une démocratie participative pour qu’à chaque échelon de décision, le peuple puisse exprimer ses revendications. Mais c’est surtout au niveau social que la Révolution Bolivarienne a agi en profondeur. Réduction drastique de la pauvreté, éradication de l’analphabétisme, augmentation des salaires, des retraites, construction de logements sociaux sur tout le territoire. De plus, l’entretien d’excellentes relations avec le pays frère Cuba a permis au peuple vénézuélien de bénéficier des soins et des aides des médecins cubains, souvent situés dans les zones les plus pauvres, là où les médecins locaux refusaient d’exercer. Pratiquant des soins gratuits, les médecins cubains ont également formé des milliers de vénézuéliens, améliorant de fait considérablement le système de santé de la Patrie de Chavez.

Avec cette nouvelle victoire dans les urnes, le gouvernement et le peuple vénézuélien se sont donnés les moyens d’approfondir la Révolution. N’en déplaise à ceux qui voulaient voir le gouvernement chuter, ou souhaitaient que la violence l’emporte sur la paix, cette victoire, saluée par tous les pays progressistes d’Amérique latine, montre que s’en remettre à une décision populaire est la plus révolutionnaire des décisions. Il est quand même incroyable qu’un pays soit diffamé de la sorte, pour avoir convoqué son peuple aux urnes, alors que dans le même temps, le gouvernement français use de la politique des ordonnances pour faire passer des lois antipopulaires sans débats.

Certains diront que la Révolution n’est pas allé assez vite, ni assez loin. Mais pour l’heure, face aux menaces putschistes de l’extrême-droite vénézuélienne, rappelant les pires heures de l’Amérique latine, celle de la dictature militaire argentine, ou celle de Pinochet, pantin de la CIA et qui avait renversé le gouvernement socialiste, démocratiquement élu, de Salvador Allende, les progressistes doivent affirmer leur solidarité envers le processus révolutionnaire bolivarien.

L’apport de Cuba à la paix mondiale

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Annoncé depuis plusieurs mois, un accord de paix a été trouvé entre d’une part le gouvernement colombien, et d’autre part l’une des plus vieilles guérilla d’Amérique latine les FARC-AP- Forces armées révolutionnaires de Colombie- Armée du peuple. Ses guérilleros sont parmi les plus anciens de l’Amérique latine, en effet la guérilla existe et combat depuis les années 60. Les FARC se revendiquent toujours du marxisme, malgré leur « séparation » avec le Parti communiste colombien, ce qui explique leur proximité idéologique avec l’ETA basque ou les kurdes du PKK.

Aujourd’hui la paix est plus proche que jamais; signé le 23 juin 2016, l’accord avec le gouvernement colombien devrait bientôt entrer en vigueur. S’il inclut que la guérilla doit déposer les armes, il comprend également plusieurs contre -parties qui seront, à n’en pas douter, favorables au peuple colombien. En effet, dans un pays où les assassinats politiques sont encore courants, le gouvernement colombien doit s’engager à assurer la sécurité des guérilleros qui voudront se reconvertir dans la vie politique. Nombreuses personnalités de gauches, de militants des droits de l’Homme, associatifs ou syndicaux ont déjà été tués ou on subi des violences. Un véritable processus de paix devra donc également régler cette question-ci, en désarmant les groupes paramilitaires.

Depuis toujours la guérilla est porteuse de revendications sociales, dont la principale est la mise en place d’une réforme agraire. Les habitants des campagnes colombiennes souffrent encore de la pauvreté, du manque d’éducation et de santé, et ceci explique parfaitement pourquoi la majorité des combattants des FARC sont issus des zones rurales, que la guérilla y est bien implantée, et qu’elle reçoit un soutien de ces populations. Depuis plusieurs années la guérilla a formulé d’autres propositions visant à sortir les populations colombiennes de la pauvreté. Ces propositions comprennent par exemple la modernisation de l’économie colombienne, et le développement du service public, l’affectation de 50% du budget national aux dépenses sociales, ou encore la protection des agriculteurs colombiens contre la concurrence internationale.

La fin des hostilités devraient également voir la naissance d’un débat visant à renvoyer les troupes américaines chez elles. La Colombie demeure toujours un valet de l’impérialisme américain et ce dernier dispose de nombreuses bases en Colombie. Si les FARC venaient à déposer les armes définitivement, leurs présences ne seraient plus justifiées, même si l’autre entité rebelle : l’Armée de Libération nationale n’a elle toujours pas déposé les armes. Quoi qu’il en soit, ce processus de paix permet une nouvelle fois de rappeler que Cuba est un acteur clé de la paix en Amérique latine et dans le monde.

Cuba : son rôle déterminant pour les peuples

Outre le fait que les négociations de paix soient placées sous l’égide de la Norvège et de Cuba, et que la signature des accords ait eu lieu à la Havane, la capitale cubaine, Cuba est depuis toujours partisan de la paix en Colombie. D’ailleurs depuis la Révolution cubaine et l’instauration de la République socialiste, Cuba demeure l’un pays acteur de la paix. Pour preuve la seule intervention étrangère cubaine, en Afrique, ne fut pas motivé par des intérêts économiques mais par la cause de l’indépendances des peuples et de la lutte contre le régime raciste de l’apartheid en Afrique du Sud. Plus récemment, Cuba a dès le début condamné les soi- disant « rebelles démocratiques et modérés » libyens et syriens en ne cessant d’appeler à la paix contre ceux qui voulaient renverser Kadhafi et ceux souhaitant toujours la mort d’El Assad.

Que ce soit au niveau de réglementation des armes à l’échelle mondiale, de la cessation de conflit, ou de la lutte contre le terrorisme, Cuba se trouve toujours parmi ceux qui défendent la paix et n’hésitent pas à condamner les Etats prônant la guerre et s’ingérant dans les affaires des autres pays. C’est donc tout naturellement que Cuba est le fer de lance de la lutte contre l’impérialisme américain, et se trouve également au premier plan de la cause palestinienne, ne cessant d’appeler à la création d’un Etat Palestinien indépendant et souverain.

La médecine cubaine est réputée de partout dans le monde. Lors de catastrophes majeurees ce sont souvent les médecins cubains les premiers sur place et les derniers à repartir, apportant avec eux tout leur savoir faire et prodiguant nombreux conseils aux médecins locaux. Dernier exemple en cas : l’envoi de médecins dans divers pays de l’Afrique de l’Ouest afin d’endiguer et d’éradiquer le virus Ebola.

Grâce à la coopération latino-américaine via les diverses organisations regroupant les Etats, telles que la CELAC, l’UNASUR, le MERCOSUR sans oublier l’ALBA, les pays bénéficient des compétences des médecins cubains qui, par internationalisme, n’hésitent pas à quitter leur famille et leur patrie pour aider des populations défavorisées dans des pays où les médecins locaux rechignent parfois à exercer dans les zones les plus reculées. Il y a quelques jours Cuba a été nommé présidente de l’Alliance des Associations de la Santé Publique des Amérique, une récompense à la hauteur du travail fourni par le gouvernement révolutionnaire de Cuba.

Dans le domaine de l’éducation, Cuba est également reconnu internationalement. D’abord parce que le système cubain est l’un des plus perfectionné au monde et de surcroît gratuit et ouvert à tous. Des milliers d’étudiants provenant ainsi de tous les continents viennent ainsi chaque année à Cuba afin d’étudier, notamment la médecine. Mais Cuba est aussi célèbre pour sa méthode d’alphabétisation « Yo si puedo »- oui je peux- qui a été exportée dans de nombreux pays d’Amérique latine, d’Asie ou d’Afrique. En Argentine, par exemple, ce sont 30 000 personnes qui ont pu apprendre à lire et à écrire grâce à Cuba. Le Nicaragua sandiniste, le Venezuela bolivarien, la Bolivie, ou encore Haïti ont aussi pu en profiter. Globalement; depuis 2002, ce sont près de 10 millions de personnes, réparties dans une trentaine de pays, qui ont pu bénéficier, gratuitement de la méthode d’alphabétisation cubaine.

L’aide et la contribution de Cuba pour la paix mondiale, et pour la solidarité entre les peuples est ancrée dans les mentalités cubaines depuis le triomphe de la Révolution et l’annonce de son caractère socialiste par Fidel Castro. Et malgré les nombreuses tentatives de déstabilisation, de renversements, les campagnes médiatiques de désinformation, les attentats sur le sol cubain, et le blocus en place depuis 1962, l’internationalisme continue de caractériser l’esprit cubain.

Brésil : coup d’Etat institutionnel

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Il fallait s’y attendre, la chambre des députés du Brésil a finalement votée la destitution de la Présidente, légitime et démocratiquement élue, Dilma Rouseff. Je ne vais pas revenir sur le contexte brésilien, et la division de la société brésilienne entre d’une part la droite, les élites, la bourgeoisie, la finance appuyés par l’impérialisme américain, et d’autre part les classes populaires, les forces syndicales, associatives, politiques de gauche, ainsi que les mouvements des sans-terres. Concernant cela j’avais rédigé un article il y a quelques jours : En défense de la démocratie brésilienne .

Je vais donc essayer de ne pas répéter ce qui a déjà été dis que ce soit sur ce blog où sur d’autres sites. A mon sens il est important de revenir sur ceux qui sont entrain d’organiser ce coup d’Etat institutionnel, parce que c’est bien de cela qu’il s’agit. C’est la droite brésilienne qui tente de renverser le gouvernement, et notamment le Parti du mouvement démocratique brésilien (PMDB) qui était jusqu’à récemment l’allié du Parti des travailleurs (PT), au gouvernement.

Qu’un Parti et des mouvements de droites veuillent critiquer un gouvernement et s’opposer à ses lois, c’est normal et ça s’appelle la démocratie. Le problème intervient lorsque ces mêmes mouvements tentent de renverser un gouvernement démocratiquement élu, il faut le marteler, et légitime de surcroît. D’autant plus lorsqu’on sait que ces personnes avaient soutenu les dictateurs brésiliens qui s’illustraient il y a encore quelques dizaines d’années par des crimes, des arrestations, et des tortures- l’actuelle présidente Dilma Rousseff avait d’ailleurs été torturé à l’époque alors qu’elle résistait à la dictature en 1970.

Mais tâchons de nous éloigner de la situation brésilienne à proprement parlé et de voir cela au vue de la situation internationale actuelle. Ainsi, le Brésil fait partie du groupe de pays qu’on appelle par leurs acronymes BRICS- pour Brasil, Russia, India, China, South Africa. Ces pays considérés pour la plupart comme des Nations émergentes représentent un réel d’espoir d’un monde multipolaire. Multipolaire dans le sens où les Etats-Unis ne domineraient pas et seraient soumis à une vive concurrence international, comme au temps de la guerre froide et de l’URSS.

Le Brésil est donc un membre important, de par sa taille, de par sa population et même de par de son économie- même si depuis quelques temps celle-ci est en difficulté. Il est  non seulement une puissance et un moteur régional, en Amérique latine avec les autres nations progressistes, mais également au niveau mondial. Ainsi, il y a peu les BRICS ont annoncé le lancement d’une Banque mondiale. Celle-ci étant principalement destinée à financer les projets des pays pauvres d’Afrique, d’Asie et d’Amérique latine et donc par extension à contrer l’influence de la Banque mondiale et du FMI.

On sait que ces pays commercent avec une multitude de pays en difficultés, et que, contrairement aux puissances occidentales, basent leurs échanges sur le principe du donnant-donnant. A titre d’exemple, malgré les critiques que l’on peut faire à l’encontre de la République populaire de Chine, elle oeuvre pour la construction de routes, d’écoles, de chemin de fer, d’infrastructures dans plusieurs pays défavorisés, notamment en Afrique.

C’est là que s’effectue le lien avec la possible destitution de Dilma Rousseff. Personne n’est naïf quant à l’implication de Washington dans ce coup d’Etat institutionnel, or déstabiliser un pays aussi important dans l’émergence d’un monde multipolaire n’est pas anodin. Il faudra donc surveiller avec attention le vote du Sénat et les suites de cette affaire de destitution de la Présidente. Il y a fort à parier qu’en cas de retour de la droite au pouvoir au Brésil, la coopération de ce dernier avec les autres pays composant les BRICS cesse.