Un peu d’histoire #7 : le (vrai) rôle de l’URSS durant la Seconde Guerre mondiale – partie 3/3

Victoire URSS sur Allemagne naziz
Le drapeau de l’URSS flottant au dessus de la ville de Berlin, signe que l’Allemagne vient de perdre la Seconde Guerre mondiale. Source https://blogs.mediapart.fr/danyves/blog/210515/annie-lacroix-riz-le-role-de-l-urss-dans-la-deuxieme-guerre-mondiale

L’Histoire nous permet d’apprendre ce qui nous a précédé. En son temps, Karl Marx avait averti que « celui qui ne connaît pas l’histoire est condamné à la revivre », démontrant ainsi la nécessité pour chacun de connaître les événements passés qui, bien souvent, fournissent une source d’explication pour les événements présents et futurs. Mais connaître l’histoire c’est aussi raconter ce qui est passé sous silence, ou volontairement oublié par certains. Au travers de cette série d’articles, je vais m’efforcer de mettre à jour des faits ignorés aujourd’hui mais ô combien importants.

Après la première partie, consacrée aux années 30′, et à la seconde qui revenait sur les Accords de Munich et le pacte germano-soviétique, je vais m’attarder, dans cette troisième partie, sur conflit à proprement parler, ainsi que sur la libération de l’Europe pour essayer de démontrer que toute l’Europe de l’Est, et donc une majorité de pays, fut libérée des nazis grâce à l’Union soviétique

  • L’attaque de l’Allemagne 

En effet, en dépit du pacte germano-soviétique de non-agression entre les deux pays, Hitler souhaite toujours envahir l’Union soviétique. D’abord pour appliquer sa doctrine du lebensraum– l’espace vital- pour la race aryenne. A cela s’ajoute le côté idéologique, et le IIIe Reich n’hésitera pas à parler de « croisade moderne » pour justifier sa guerre contre l’URSS et mobiliser ses troupes. Dès décembre 1940 Hitler souhaite faire de cette invasion une priorité absolue, et pense qu’il est possible de gagner en quelques mois en appliquant sa tactique de la Blitzkrieg, afin d’éviter l’hiver russe.

En face, Staline est persuadé que l’Allemagne respectera le pacte scellé quelques mois plus tôt. A tel point qu’il refuse, jusqu’au dernier moment, à croire ses espions basés en Allemagne et à la frontière qui l’avertissent des mouvements des troupes nazis, et de l’imminence de l’attaque. Les forces mobilisées pour l’occasion sont considérables : près de 4 millions d’hommes, 4 000 chars, 3 000 avions. Ce sont 153 divisions allemandes, mais aussi finlandaises (qui rêvent de prendre leur revanche sur l’URSS après la courte guerre qui a opposé les deux pays entre le 30 novembre 1939 et le 13 mars 1940, et qui intègre de fait l’Axe), roumaines, hongroises, bulgares, italiennes, mais aussi la division Azul, formée de volontaires franquistes espagnols. 

L’invasion débute officiellement le 22 juin 1941, sous le nom de code « Barbarossa », en référence à l’Empereur du Saint-Empire romain germanique Frédéric Barberousse (1122-110). La surprise est totale pour les militaires soviétiques, et dans les premières heures du conflit l’aviation de l’URSS perd près de 2 000 avions. 

L’offensive se déroule sur plusieurs milliers de kilomètres, et sur trois fronts :

  • au nord avec pour objectif la prise de Leningrad, berceau de la Révolution russe 
  • au centre avec pour objectif Moscou, la capitale de l’Union soviétique 
  • au sud avec pour objectif la ville de Kiev et sa région, grenier à blé de l’URSS

Les premiers mois de l’attaque se déroulent parfaitement pour les Allemands, profitant de la désorganisation complète de l’Armée rouge qui n’a d’autres choix que de se replier partout. A la fin de l’année 1941 ils sont à proximité de Moscou, et en septembre le siège de Leningrad débute, il durera jusqu’au 27 janvier 1944. Mais les soviétiques organisent peu à peu la riposte. Et deux événements majeurs surviennent à la fin de l’année 1941. 

Hitler a échoué dans son plan initial qui était de boucler ce front avant l’hiver. L’arrivée de celui-ci marque une pause dans l’avancée allemande. Et, en décembre 1941, l’attaque surprise de Pearl Harbor par le Japon marque l’entrée en guerre des Etats-Unis. 

  • Le tournant de la bataille de Stalingrad 

Le 17 juillet 1942 débute la bataille de Stalingrad. Hitler a fait de la prise de la ville portant le nom de Staline un objectif personnel. Mais les Soviétiques peuvent compter sur des centaines de milliers d’hommes qui viennent en renforts pour tenir la ville, notamment de troupes massées à la frontière japonaise, qui reviennent à l’hiver 1943, après que Staline a eu la certitude par ses espions que la Japon n’attaquerait pas l’URSS et respecterait le pacte nippo-soviétique de neutralité signé le 13 avril 1941. 

En dépit des renforts massifs les pertes de l’Armée rouge sont considérables, plus de 1,2 millions de soldats sont tués, blessés ou prisonniers, à cela s’ajoute la mort de 300 000 civils. Mais à force de conquête et de reconquêtes, de batailles rues par rues et quartiers par quartiers, et d’un encerclement des forces allemandes, profitant que les flans des forces de l’Axe étaient tenus par les divisions hongroises et roumaines, bien moins performantes que leurs homologues allemandes, les troupes soviétiques parviennent à faire abdiquer le maréchal Von Paulus, contre les ordres d’Hitler, le 3 février 1943. 

Cette victoire, la première défaite militaire de l’Allemagne nazie en Europe est un tournant majeur de la Seconde Guerre mondiale. D’autant plus qu’avec l’entrée en guerre des Etats-Unis, Hitler se voit forcé de combattre sur deux fronts avec le débarquement en Sicile en juillet 1943 et le revirement de l’Italie qui dépose et arrête Mussolini (celui-ci sera libéré par un commando allemand et sera mis à la tête d’un état fantoche créé au nord de l’Italie : la République sociale italienne). 

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Carte réalisée avec le site : https://historicalmapchart.net/. Crédits : République sociale 

Notes pour cette carte : 

  • La Tchécoslovaquie est ici représentée en un seul pays, or si la Slovaquie constituait en effet une nation pendant la guerre, bien que totalement inféodée au IIIe Reich, l’autre partie de ce pays était intégrée à l’Allemagne depuis 1939 
  • La Finlande changea de camp et signa l’armistice avec l’URSS avant que celle-ci ne l’envahisse entièrement 
  • L’Armée rouge entra au nord de la Norvège, et le 25 octobre 1944 des forces de l’armée régulière norvégienne, exilées, reçurent l’ordre de rejoindre la Norvège pour libérer leur pays 
  • Les pays Baltes représentés ici étaient en réalité inclus dans l’URSS comme les autres Républiques socialistes soviétiques 

 

  • La reconquête de l’Europe 

Quelques jours après la reddition des divisions allemandes situées à Stalingrad, le 16 février 1943, l’Armée rouge reprend la ville de Kharkov, en Ukraine actuelle. Les événements vont ensuite s’accélérer au cours de l’année 1944. 

En effet, dès  janvier 1944 les troupes soviétiques parviennent à briser le siège de Leningrad et à entrer sur le territoire polonais. La libération de pays de l’Europe de l’Est a débuté : 

  • Les villes de Minsk (Biélorussie) et de Vilnius (Lituanie) sont respectivement libérées les 3 et 13 juillet 1944
  • le 15 mars 1944 l’Armée rouge pénètre en Roumanie, alors alliée de l’Allemagne. Mais, le gouvernement est renversé, et le nouveau en place ne tarde pas à changer de camp le 23 août 1944 il propose un armistice, qui ne sera signé que le 12 septembre 1944.
  • Le 6 septembre 1944 l’URSS entre en Bulgarie. Cette dernière, voyant son voisin roumain opérer un changement d’alliance, ne tarde pas à l’imiter. Cinq jours plus tard, le 11 septembre 1944 un armistice est ratifié entre la Bulgarie et l’Union soviétique. 
  • Le 12 septembre 1944 un autre armistice est signé entre la Finlande et l’URSS 
  • En janvier 1945 les Allemands évacuent les villes de Varsovie, Cracovie ainsi que le camp d’Autschwitz (épisode connu sous le nom de la « Marche de la mort ») car les forces de l’Armée rouge approchent 
  • Le 28 janvier 1945 l’ensemble de la Lituanie est libérée 
  • Le 13 février 1945 l’URSS prend la ville de Budapest, et libère l’ensemble de la Hongrie au début du mois d’avril 
  • En mars 1945 l’Armée rouge atteint l’Autriche et prend Vienne le 13 avril 1945
  • La Slovaquie, pays fantoche de l’Allemagne abandonne le combat au cours du mois d’avril 1945 
  • Le 16 avril 1945 l’offensive sur Berlin est lancée par les forces soviétiques 
  • Le 20 avril Berlin est encerclée 

Dans le reste de l’Europe l’Italie et la France ont été entièrement libérées à la fois par les Alliés, et par les résistances intérieures, Tito et ses partisans communistes libèrent la Yougoslavie tandis qu’en Grèce les forces de la résistance, aidées par le Royaume-Uni, où les communistes jouent là aussi un rôle important chassent les occupants. La fin de la Seconde guerre mondiale en Europe est alors imminente, et prend fin le 8 mai 1945.Mais le conflit continue en Asie car le Japon refuse de rendre les armes. Rompant le pacte de neutralité l’URSS déclare la guerre au Japon le 8 août 1945. Elle occupe les îles Sakhaline et Kouriles, et la Mandchourie est envahie. 

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Au sortir de la guerre le bilan est lourd pour tous les pays. Mais c’est bien l’Union soviétique qui a payé le plus lourd tribut. Avec plus de 26 millions de morts, dont plus de 15 millions de civils. Pourtant, pour une majorité de Français et d’Européens, ce sont les Etats-Unis qui ont le plus contribué à la libération de l’Europe. Il est certain que la guerre froide qui allait s’engager quelques mois plus tard, et l’opposition idéologique entre les deux blocs a favorisé cette vision que nous avons du conflit. Films et reportages sur le rôle de l’armée américaines ont fleuri par dizaines, négligeant parfois (souvent) le rôle joué par l’URSS. 

 

 

Un peu d’histoire #6 : le (vrai) rôle de l’URSS durant la Seconde Guerre mondiale – partie 2/3

Accords de Munich
Le 30  septembre 1938 l’Italie fasciste, l’Allemagne nazie, la France et la Grande-Bretagne signent les Accords de Munich qui scellent le sort de la Tchécoslovaquie. Ces accords sont signés sans les Tchécoslovaques, ni les Soviétiques. 

L’Histoire nous permet d’apprendre ce qui nous a précédé. En son temps, Karl Marx avait averti que « celui qui ne connaît pas l’histoire est condamné à la revivre », démontrant ainsi la nécessité pour chacun de connaître les événements passés qui, bien souvent, fournissent une source d’explication pour les événements présents et futurs. Mais connaître l’histoire c’est aussi raconter ce qui est passé sous silence, ou volontairement oublié par certains. Au travers de cette série d’articles, je vais m’efforcer de mettre à jour des faits ignorés aujourd’hui mais ô combien importants.

Après la première partie, qui traitait des années 30′ avant les Accords de Munich, lorsque l’URSS tenta d’obtenir une alliance avec la France et la Grande-Bretagne, cette seconde partie parlera à la fois des Accords de Munich, et de leurs conséquences, de l’obstination de la Pologne à réfuter l’accès à son territoire à l’Armée rouge, mais aussi du refus des occidentaux à établir une alliance militaire avec les Soviétiques. Refus qui aura pour conséquence directe le pacte germano-soviétique abordé à la fin de cet article. 

  • Prémices aux Accords de Munich 

Très vite la question de la Tchécoslovaquie arrive sur la table des négociations. Hitler se sert du prétexte de la région des Sudètes, à majorité germanophone, afin de conquérir l’ensemble du pays. Problème ? La Tchécoslovaquie bénéficie d’une double protection : celle de la France, et celle de l’Union soviétique. 

Peu avant les Accords de Munich, Neville Chamberlain, qui souhaite toujours mener une politique d’apaisement avec l’Allemagne nazie rencontre une première fois Hitler. Au terme de cet entretien le premier ministre britannique évoque lui-même un entretien « franc, mais amical »

Pourtant, quelques jours plus tard, Maxime Litvinov, le ministre des Affaires étrangères soviétique réaffirme à la Société des Nations (SDN) que l’URSS souhaite depuis des années arriver à un accord de sécurité collective avec les pays européens, contre l’Allemagne. Surtout, l’URSS précise bien qu’elle est toujours prête à défendre la Tchécoslovaquie, en vertu du traité qu’elle a avec elle mais que pour cela la France doit aussi tenir ses engagements. A cela s’ajoute un autre problème :  l’Union soviétique n’a pas de frontière commune avec la Tchécoslovaquie et pour atteindre ce territoire doit passer soit par la Roumanie, ce qui d’un point de vue stratégique est loin d’être la meilleure solution, soit par la Pologne qui offre le plus de facilité. 

Or la Pologne refuse catégoriquement que l’Armée rouge traverse son territoire, pour plusieurs raisons : 

  • son leader, Josef Beck, un militaire, est un farouche anticommuniste, ayant par ailleurs combattu contre l’Armée rouge en 1918 
  • en 1934 il a signé un pacte de non-agression avec l’Allemagne, il pense donc encore qu’Hitler respectera ce pacte 
  • Par ailleurs le chancelier allemand encourage le colonel Beck a revendiquer une partie du territoire tchécoslovaque, la Zaolzie 

Autrement dit la Pologne n’a aucune raison de laisser entrer sur son territoire l’Armée rouge. De plus Français et Anglais refusent de faire pression sur leur allié polonais, estimant qu’ils sauveront la paix en accordant à Hitler cette dernière concession. 

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Persuadés d’avoir préservé la paix, les dirigeants français et britanniques sont accueillis comme des héros dans leur pays.
  • Le démembrement de la Tchécoslovaquie

Le 29 septembre 1938 sont donc signés les Accords de Munich, sans les Tchécoslovaques, ni les Soviétiques. Aux termes de ceux-ci, et dans les mois qui suivent :

  • l’Allemagne s’empare de la région des Sudètes
  • la Pologne récupère la Zaolzie (octobre 1938)
  • la Hongrie s’empare du sud de la Slovaquie (novembre 1938)
  • la région de la Ruthénie subcarpatique est rattachée à la Hongrie en deux temps, une partie en novembre 1938, l’autre en mars 1939 (Premier arbitrage de Vienne) 

Pendant ce temps là à Londres, Ivan Maïski, l’ambassadeur soviétique, rend visite à son homologue Tchécoslovaque, Masaryk, qui, ayant appris la nouvelle des Accords de Munich  lance, :  » Ils nous ont vendus comme des esclaves »

Grande-Bretagne et France pensent avoir sauvé la paix. Ils se trompent lourdement. Mais en refusant ouvertement la paix tendue par l’URSS qui n’a eu de cesse de vouloir un accord avec les occidentaux, les deux pays ouvrent indirectement la voie à un accord entre l’Allemagne et l’URSS. Mais c’est bien la France qui, le 6 décembre 1938 à l’occasion d’une visite de Joachim Von Ribbentrop, le ministre des Affaires étrangères du IIIe Reich, signe un pacte d’amitié avec les nazis. Un banquet, auquel ne sont pas conviés les trois ministres juifs du gouvernement français, est même organisé en l’honneur de l’invité Allemand. 

En dépit de ses promesses Hitler ne s’arrête pas à la région des Sudètes. Dès le mois de mars 1939 l’Allemagne envahit l’ensemble de la Tchécoslovaquie, en en intégrant une partie au Reich et en créant une Slovaquie satellite. Puis au cours du même mois il s’empare du port stratégique de Memel, en Lituanie. Et bientôt c’est la Pologne qu’Hitler va lorgner. 

  • Avant l’invasion de la Pologne, les dernières tentatives de l’URSS pour parvenir à un accord avec la France et la Grande-Bretagne 

L’invasion du reste de la Tchécoslovaquie et de Memel n’entraînent aucune réaction de la part des occidentaux, toujours aveuglés par leur politique d’apaisement. Pourtant, tout le monde commence à comprendre que Français et Anglais ont abandonné leur allié tchécoslovaque pour rien et que la guerre se rapproche. 

Le Royaume-Uni décide ainsi de donner sa garantie à la Pologne, le 31 mars 1939, imité par la France. De plus l’opinion publique britannique, consciente que l’affrontement est inévitable, souhaite en majorité une alliance de leur pays avec l’URSS. Et une nouvelle fois ce sont les Soviétiques qui font la démarche. Staline ordonne en effet à Litvinov, le 17 avril 1939, de faire le premier pas envers les occidentaux. Ce dernier ne tarde pas à proposer de nouveau une alliance militaire à la France et à la Grande-Bretagne incluant la défense de la Finlande, des pays Baltes et de la Roumanie contre l’Allemagne. 

Lord Halifax, le ministre des Affaires étrangères du Royaume-Uni, est embarrassé car lui ne souhaite que protéger la Pologne, et demande encore du temps. Mais c’est justement de temps qu’il manque car les plans d’Hitler pour envahir la Pologne sont déjà prêts. D’ailleurs en dépit du danger imminent qui guette la Pologne, le colonel Beck se refuse toujours à laisser entrer sur son territoire l’Armée rouge, même pour assurer sa défense. Encore plus incroyable, il se rend à Londres au mois d’avril 1939, mais repart de la capitale britannique sans que cette question ne soit résolue.

Commençant à être las de tout ce cinéma, Staline nomme Molotov au poste occupé par Litvinov. Néanmoins la proposition d’alliance reste toujours valable, d’autant plus qu’Hitler n’est toujours pas convaincu qu’un pacte avec l’Union soviétique soit une bonne idée. 

Après l’opinion publique, c’est l’armée britannique qui, à son tour, souhaite une alliance avec l’URSS avant que ce ne soit trop tard. Chamberlain et Daladier se décident alors à envoyer une délégation en Union Soviétique en août 1939. Mais alors que Staline a bien spécifié qu’il était urgent de parvenir à un accord, les occidentaux prennent une fois de plus leur temps. Plutôt que d’affréter un avion pour leur délégations respectives, ils choisissent le bateau comme moyen de transport. Le voyage dure une semaine, sans compter les douze jours mis par les Anglais pour désigner les personnes qui allaient prendre part à cette visite. Et que dire des membres des délégations qui ne sont, ni du côté français, ni du côté britannique,  des personnalités très importantes, alors qu’à leur arrivée, le 12 août 1939, ils sont reçus par un proche parmi les proches de Staline : le ministre de la Défense : Kliment Vorochilov. 

Pire, le chef de la délégation britannique, l’amiral Drax n’a aucun papier de son gouvernement spécifiant qu’il a les pouvoirs diplomatiques pour mener à bien ces négociations. Et lorsque Vorochilov demande si la Pologne accepte d’ouvrir ses frontières à l’Armée rouge, il comprend que ces négociations ne servent à rien puisque les occidentaux n’ont pas été capables, ou n’ont pas voulu, convaincre leur allié polonais. La réunion s’arrête donc sur ce point et le ministre de la Défense soviétique précise qu’elles ne pourront reprendre que lorsque la Pologne acceptera l’Armée rouge sur son territoire. 

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La signature du pacte germano-soviétique.
  • Le pacte germano-soviétique 

Peu avant que les délégations française et britanniques n’arrivent en Union soviétique, Hitler commence à changer d’avis, sous les conseils de Ribbentrop, quant à une prétendue alliance avec l’URSS. Ne pas avoir de second front lui laisserait en effet les mains libres pour mener à bien ses plans, et préparer au mieux la future invasion de cette même Union soviétique. 

Dans le secret le plus total, dans un petit restaurant de Berlin, Karl Schnurre, diplomate allemand, et Georgy Astakhov, conseiller économique soviétique, mais surtout agent du NKVD, se rencontrent et évoquent un- possible- accord. Deux jours plus tard ils transmettent à leur dirigeants respectifs les paroles de l’autre, faisant comprendre que la voie est ouverte. L’Allemagne spécifie au passage que la situation est urgente. 

Le 15 août 1939, soit deux semaines avant l’invasion de la Pologne, les discussions entre l’URSS et l’Allemagne s’accentuent, et Moscou veut avoir la certitude que jamais le IIIe Reich n’attaquera son territoire. Et c’est ainsi que quelques jours plus tard, le 23 août 1939, est ratifié par Molotov pour les Soviétiques, et Ribbentrop pour les Allemands, le pacte germano-soviétique. Il comprenait la non-agression des deux pays mais également une annexe secrète, garantissant à l’URSS d’avoir les mains libres pour reprendre tous les territoires qu’elle avait perdus au terme de la Première guerre mondiale. 

L’invasion de la Pologne est imminente, et par leur bêtises les occidentaux se retrouvent désormais seuls contre Hitler et ses alliés. A suivre… 


Pour approfondir le sujet : Carnets d’un ambassadeur soviétique à Londres, par Ivan Maïski 

Un peu d’histoire #5 : le (vrai) rôle de l’URSS durant la Seconde Guerre mondiale – partie 1/3

Victoire URSS sur Allemagne naziz
Le drapeau de l’URSS flottant au dessus de la ville de Berlin, signe que l’Allemagne vient de perdre la Seconde Guerre mondiale. Source : https://blogs.mediapart.fr/danyves/blog/210515/annie-lacroix-riz-le-role-de-l-urss-dans-la-deuxieme-guerre-mondiale

L’Histoire nous permet d’apprendre ce qui nous a précédé. En son temps, Karl Marx avait averti que « celui qui ne connaît pas l’histoire est condamné à la revivre », démontrant ainsi la nécessité pour chacun de connaître les événements passés qui, bien souvent, fournissent une source d’explication pour les événements présents et futurs. Mais connaître l’histoire c’est aussi raconter ce qui est passé sous silence, ou volontairement oublié par certains. Au travers de cette série d’articles, je vais m’efforcer de mettre à jour des faits ignorés aujourd’hui mais ô combien importants.

Pour ce cinquième épisode de cette série historique il me semblait important de mettre l’accent sur le rôle joué par l’Union soviétique durant la Seconde Guerre mondiale. En effet depuis plusieurs années en France, et plus généralement dans les pays de l’Europe de l’Ouest, il y a une tendance qui vise à minimiser, voire à oublier la lutte déterminante de l’Armée rouge et le rôle de celle-ci dans la chute du IIIe Reich. 

D’ailleurs la non-invitation de Vladimir Poutine pour commémorer le 75e anniversaire du D-Day, alors qu’Angela Merkel était elle bel et bien présente,  par Emmanuel Macron reflète parfaitement cela. Pourtant il est bon de rappeler que sans l’URSS la victoire des Alliés aurait été fortement compromise, voire impossible. Il est aussi bon, et nécessaire, de rappeler et de se souvenir que c’est l’URSS qui a payé le plus lourd tribut lors de ce conflit  avec plus de 25 millions de pertes. 

Pour rétablir des faits il faut s’appuyer sur les vérités historiques. Il y a un peu plus de deux ans j’avais déjà rédigé un article sur les faits oubliés de la Révolution russe, qui traitait des avancées pour les femmes, de l’aide internationale pour divers mouvements et pays, mais aussi de sa contribution pendant la seconde guerre mondiale (voir : 100 ans après certains faits oubliés de la Révolution russe). 

Ce sujet important nécessitera trois parties réparties en trois articles distincts. Les deux premières parties montreront comment et pourquoi l’URSS et l’Allemagne nazie en sont venus à signer un pacte de non-agression. En réalité nous verrons que la responsabilité des gouvernements français et britannique est importante puisqu’au cours des années 30′ ils n’ont eu de cesse de rejeter toute velléité d’accords avec l’URSS, malgré l’insistance du ministre soviétique de la Défense, et ont cherché en partie à s’entendre avec Hitler. 

Cette première partie traitera donc d’abord de la non-possibilité d’un accord entre la France, la Grande-Bretagne et l’Union soviétique au cours des années 30′ . La deuxième partie sera consacrée aux scandaleux Accords de Munich qui entérinent la dislocation de la Tchécoslovaquie ainsi qu’à la dernière tentative d’une alliance dirigée contre Hitler avant le déclenchement de la seconde guerre mondiale. C’est aussi dans cette partie qu’il sera question du Pacte Germano-soviétique car entre temps nous aurons fait la démonstration qu’avec un peu plus de bonne volonté de la part des Occidentaux ce Pacte n’aurait jamais vu le jour. 

Enfin dans la troisième et dernière partie il sera question de la guerre à proprement parler et du rôle militaire joué par l’Union soviétique dans la libération de l’Europe du joug nazi.

  • L’URSS : un pays isolé qui cherche des alliances 

Le 23 août 1939, à la stupeur générale, l’Allemagne nazie et l’Union soviétique signent le pacte Germano-soviétique qui garantit la non-agression entre les deux pays, du moins pour un temps, mais comporte aussi des annexes secrètes sur des revendications territoriales. Pourtant tout oppose ces deux nations qui signent là un accord après s’être affrontées idéologiquement, et d’une manière indirecte militairement pendant la guerre d’Espagne, durant des années. 

Pourquoi un tel pacte a pu être possible ? Surtout, ce dernier aurait-il pu être évité si les pays occidentaux avaient consenti à un accord avec Staline et ne s’étaient pas été entêtés par leur anticommunisme primaire ? Sans doute que oui, et voici pourquoi. 

L’URSS fut le premier état de la planète à se proclamer « socialiste », et cette situation ne plaisait évidemment pas aux pays de l’Europe de l’Ouest qui voyaient d’un très mauvais oeil le fait que le plus grand pays du monde soit gouverné par un parti communiste. L’Union soviétique était donc traitée en paria sur la scène internationale. 

Pourtant, dans les années 30′, un autre phénomène commence à inquiéter bien des pays : la montée des mouvements fascistes en Europe, et des nazis en Allemagne. En France l’opinion publique voit au grand jour ce que souhaite l’extrême-droite lors de la crise du 6 février 1934, prélude à l’union des forces de gauche dans le Front populaire. En Espagne, à partir de 1936 la guerre civile éclate opposant Franco, soutenu par l’Italie et l’Allemagne, aux républicains, soutenus par les Brigades internationales et l’URSS. Cette dernière voit bien tout le danger des forces fascistes, d’autant qu’à sa frontière orientale, le Japon commence à manifester ses intentions expansionnistes et impérialistes. 

C’est donc tout logiquement que l’URSS essaye à nouveau de se rapprocher de la France, et de la Grande-Bretagne afin de récréer l’alliance effective durant la première guerre mondiale, celle d’avant la Révolution russe. 

  • L’action de Maxime Litvinov 

Maxime Litvinov occupe un poste clé au sein du gouvernement soviétique puisqu’il en est le ministre des Affaires étrangères. Juif, et communiste de la première heure, il affiche dès le début son antinazisme et va œuvrer pour lutter contre l’Allemagne en tentant de bâtir une sécurité collective afin que les pays européens soient solidaires contre Hitler. Parmi ses faits d’armes, il a notamment réussi à convaincre les Etats-Unis de reconnaître, officiellement, l’Union soviétique. 

Dans son combat Litvinov peut s’appuyer sur Louis Barthou, le ministre des Affaires étrangères du gouvernement français (9 février 1934 – 9 octobre 1934) qui, bien qu’étant lui-même anticommuniste, est aussi un homme d’état pragmatique. D’abord c’est lui qui arrive à faire rentrer l’URSS à la Société des Nations (SDN). Mais surtout il souhaite qu’une alliance voit le jour entre les différents pays européens, dont la Grande-Bretagne et l’Union soviétique contre l’Allemagne. Les deux ministres s’entendent donc sur un possible accord. 

Mais sa charge de ministre des Affaires étrangère le conduit à accueillir le 9 octobre 1934 le roi Alexandre 1er de Yougoslavie à Marseille. Et alors qu’ils sont dans la même voiture ce dernier est victime d’un attentat mortel. Dans la confusion un policier français tire et blesse accidentellement Louis Barthou qui, mal soigné, décède quelques heures plus tard, emportant avec lui l’idée d’un accord avec l’URSS. En effet son successeur, Pierre Laval, est lui fermement opposé à tout arrangement avec l’Union soviétique. 

De son côté la Grande-Bretagne semble ne pas s’inquiéter des tensions qui montent en Europe, exacerbées par les nazis. Pourtant, Ivan Maïski, ambassadeur à Londres du gouvernement soviétique, a la lourde tâche d’essayer d’arracher un accord avec le Royaume-Uni. Et le 29 mars 1935 Anthony Eden, un des futurs premiers ministres d’après-guerre, se rend à Moscou et rencontre personnellement Joseph Staline. En vain, l’idée d’un accord tombe une nouvelle fois à l’eau. 

Hitler profitant de ces tergiversations met peu à peu en place ses pions. :

  • En 1935 les lois raciales sont proclamées à Nuremberg
  • Le 7 mars 1936 la Rhénanie est remilitarisée

Qui réagit ? Ni la France, ni la Grande-Bretagne n’haussent réellement le ton même si l’idée d’une intervention armée effleure le gouvernement français après la remilitarisation de la Rhénanie, contraire au traité de Versailles. Mais les généraux français, dont Gamelin, ne veulent pas s’engager dans un conflit si le Royaume-Uni ne suit pas. Et comme les Britanniques ne souhaitent pas intervenir militairement, Hitler n’est pas inquiété. 

  • Vers un accord avec l’Allemagne nazie ? 

Mais cet épisode a marqué Hitler. Celui-ci ne veut sous aucun prétexte que les autres pays puissent mener à bien ce projet de sécurité collective. Alors il tente lui aussi un rapprochement avec la Grande-Bretagne. En ce sens il est bien aidé par la nomination en 1937 au poste de premier ministre de Neville Chamberlain qui exècre les communistes. De plus le 21 février 1938, succédant à Anthony Eden qui ne veut pas d’accord avec l’Allemagne, Lord Halifax est nommé Secrétaire d’état du Foreign Office (ministre des Affaires étrangères). Ce dernier est un des tenants de la politique d’apaisement avec Hitler. Ce choix est un coup dur pour Maïski dans sa perspective d’accord avec la Grande- Bretagne. 

Cette volonté d’apaisement permet à Hitler de réaliser l’Anschluss (littéralement le rattachement, même s’il s’agit en réalité d’une annexion) de l’Autriche sans que les pays européens s’en émeuvent plus que cela. Un mois plus tard la nomination de Georges Bonnet, le 10 avril 1938 au poste de ministre des Affaires étrangères de la France, entérine un peu plus cette idée d’accord avec l’Allemagne. 

Les tragiques, et honteux, Accords de Munich en seront une conséquence directe. A suivre… 

Les résultats de la gauche radicale, communiste, et apparentés, aux européennes pays par pays (2019)

parlement européen
Le groupe de la GUE/NGL sera très minoritaire. Source : parlement européen

En un mandat européen beaucoup de choses peuvent changer, et parfois pour le pire. En 2014 le groupe européen de la Gauche unitaire européenne / Gauche verte nordique (GUE/NGL) comptait 52 députés. Cinq ans plus tard ce nombre s’est bien réduit. J’ai essayé de recenser, pays par pays, les résultats des partis siégeant dans ce groupe, susceptibles de le faire ou aux idées similaires. Pour certains pays, notamment en Europe de l’Est il est très difficile de collecter de tels résultats, bien souvent car des listes proches idéologiquement de la GUE/NGL sont inexistantes ou très faibles électoralement.

  • Allemagne

Die Linke (la gauche) avait obtenu 7,57% des suffrages et 7 députés en 2014. Cinq ans plus tard les résultats européens confirment les résultats nationaux. Die Linke obtient 5,40% des voix et 5 sièges. De son côté le Parti communiste allemand (KDP) ne réalise que 0,05% des suffrages.

  • Autriche

En 2014 la liste Europa Anders, obtenait 2,1% des votes. Cette année cette liste n’était pas présente, en revanche celle regroupant le Parti communiste et l’ex mouvement de jeunesse des verts n’obtient que 0,7%.

  • Belgique

L’une des bonnes surprises de ce scrutin vient de Belgique. Le Parti du travail de Belgique (PTB) augmente son score par rapport de 2014 en passant de 3,51% des voix et aucun député à 5,74% et 1 député. Mais surtout les élections fédérales et régionales, qui se déroulaient le même jour, ont permis au PTB de passer, dans les diverses Assemblées de Belgique, de 8 à 42 élus.

Pour voir le détails des résultats : Le PTB perce dans tout le pays.

  • Bulgarie

En Bulgarie il n’y a pas de forces de gauche indépendante qui peuvent représenter une alternative crédible d’un point de vue électoral. En 2014 le parti  Gauche bulgare, affilié au Parti de la gauche européenne, n’avait obtenu que 0,64% des suffrages. Cette année je n’ai pas réussi à trouver leur score, et je ne sais pas s’ils ont représenté une liste.

En revanche la Coalition pour la Bulgarie qui regroupe six formations, dont le Parti socialiste bulgare (réformiste), mais aussi le Parti communiste bulgare, obtient 24,33% des voix, et 2  députés de plus que lors de la précédente mandature pour arriver à 5. Toutefois tous devraient siéger dans le groupe socialiste au Parlement européen.

  • Chypre

L’AKEL, le Parti progressiste des travailleurs, réalise un haut score et demeure le Parti communiste le plus puissant électoralement de l’Union européenne. Il passe d’ailleurs de  26,4% à 27,49% des voix et garde donc ses 2 députés.

  • Croatie

Comme en 2014 aucune liste qui aurait pu prétendre à siéger dans le groupe de la GUE/NGL n’a fait élire de député.

  • Danemark

L’Alliance rouge verte est parvenu à sauver son siège qu’elle avait en 2014. Cette année là l’Alliance rouge verte était membre de la coalition du Mouvement populaire contre l’UE qui avait recueilli 8% des voix et donc 1 député.

En 2019 ces deux formations ont fait bande à part. L’Alliance rouge verte atteint les 5,5% et obtient 1 siège. En revanche le Mouvement populaire contre l’UE chute à 3,7% et n’obtient donc aucun siège.

  • Espagne

Quelques semaines à peine après les élections générales espagnoles qui avaient vu le PSOE l’emporté, l’Espagne se votait à nouveau. Elections européennes, régionales et municipales étaient programmés le même jour. Pour le scrutin européen, comme pour les élections générales, le PSOE est arrivé largement en tête.

En 2014 Izquierda Unida (Gauche Unie) coalition qui regroupait sept formations de gauche, dont le Parti communiste espagnol, avait obtenu 9,99% des voix et 6 députés, en se positionnant en troisième position. De son côté le tout jeune parti Podemos, issu du mouvement des Indignés, obtenait lui 7,97% des voix et 5 députés.

Cinq ans plus tard le paysage politique espagnol n’est pas le même. Les deux formations n’ont pas réussi à concrétiser ces bons scores. Résultat : l’alliance qu’elles ont formé, baptisé Unidos-Podemos, n’obtient que 10,05% des suffrages et 6 sièges.

Toutefois d’autres partis qui ont obtenu des sièges d’eurodéputés pourraient rejoindre le groupe de la GUE/NGL, comme la coalition qui rassemblait notamment la Gauche républicaine de Catalogne et le Bloc nationaliste de Galicie qui obtient 5,61% des voix et 3 députés.

  • Estonie

En 2014 le site Espaces Marx recensait 0,89% pour la liste affilié au Parti de la gauche européenne. Cinq ans plus tard une liste similaire aurait a priori fait à peine 0,1% des suffrages.

  • Finlande

Comme au Danemark, l’Alliance de gauche avait 1 siège de député à conserver. Malgré une chute dans les résultats, passant de 9,3% en 2014 à 6,9% en 2019, l’Alliance de gauche parvient à garder son unique siège.

  • France

En France les résultats n’ont pas été à la hauteur des espérances du côté de la France insoumise, comme du côté du Parti communiste français. En 2014 le Front de gauche (qui rassemblait à l’époque plusieurs formations de gauche dont le Parti de gauche et le Parti communiste français) récoltait 6,61% des voix et obtenait 4 sièges.

La France insoumise s’en sort mieux que le Front de gauche puisqu’elle comptera 2 élus de plus. Mais il faut voir plus loin que ça. La France insoumise n’a pour le moment pas concrétisé les espoirs soulevés lors de la dernière présidentielle. De son côté le Parti communiste français réalise un bien faible score avec 2,49% des voix. Il n’y aura donc plus d’eurodéputés communistes français au Parlement européen, une première depuis 1979. Même son de cloche pour Benoit Hamon et son mouvement qui ne recueille, en France, que 3,27% des suffrages.

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Manifestation du Parti communiste grec (KKE). Source : Initiative communiste
  • Grèce

En 2014, la victoire de Syriza aux élections européenne portait un souffle d’espoir sur toute l’Europe. Pour la première fois depuis longtemps, si l’on excepte Chypre, un parti de la gauche radicale pouvait accéder au pouvoir. En janvier 2015, effectivement, Syriza remportait les élections en Grèce et Alexis Tsipras devenait premier ministre. Mais les espérances que Syriza avait donné aux autres forces similaires dans l’UE se sont vites dissipées. Dès le mois de juillet 2015 s’en était fini du rêve d’une alternative crédible.

Depuis Alexis Tsipras a appliqué? comme ses prédécesseurs, de droite et sociaux-démocrates les mémorandums dictés par Bruxelles (voir : Grèce : entre austérité, répression et trahison). Pourtant les députés de Syriza ont continué, et vont sans doute continuer, de siéger dans le groupe de la GUE/NGL.

 Ainsi avec 23,8% des votes, Syriza fait moins bien qu’en 2014 puisque la formation avait alors recueilli 26,55% des voix. Toutefois le parti d’Alexis Tsipras maintient ses 6 députés. 

Quant au Parti communiste grec (KKE), qui ne siège plus dans le groupe de la GUE/NGL il parvient, lui aussi, à sauver ses 2 députés en connaissant également une légère chute dans son score électoral, passant de 6,11% des suffrages en 2014 à 5,41% en 2019.

Les autres forces de gauche n’auront aucun député et font des scores extrêmement bas. C’est le cas du le Mouvement pour la démocratie en Europe 2025, de Yanis Varoufakis, l’ancien ministre des finances de Syriza durant les premiers mois du gouvernement de Tsipras, et l’allié de Benoit Hamon au niveau européen, de la liste rassemblant l’Unité populaire et le Parti pirate ou encore de celle d’Antarsya (Front de gauche anticapitaliste).

  • Hongrie

Comme dans d’autres pays de l’Est les forces de gauche, non sociaux-démocrates, sont inexistantes. D’après le site Espaces Marx il n’y avait aucune liste qui pouvait s’apparenter à la GUE/NGL en 2014.

Cinq ans plus tard le Parti ouvrier hongrois, l’un des héritiers du Parti socialiste ouvrier hongrois, n’obtient que 0,42% des votes.

  • Irlande

Le Sinn Féin avait obtenu 17% des voix en 2014 et 3 sièges. En 2019 les choses ont évolué. Le Sinn Féin perd un siège et quatre points dans son score en obtenant 13% des voix.

En revanche la liste Indépendance pour le changement créée une petite surprise. Cette formation formée en 2014 réalise 15% des suffrages et gagne 2 députés. Toutefois rien ne certifie qu’ils siégeront avec le Sinn Féin dans le groupe de la GUE/NGL.

  • Italie

La situation de la gauche italienne est catastrophique. Elle l’était déjà en 2014 et cela se confirme en 2019.

Pourtant il y a cinq ans 3 députés avaient été élus sur la liste l’Altra Europa con Tsipras, qui avait récolté 4,07% des voix. Cette année la GUE/NGL ne sera plus représentée en Italie. Les diverses formations qui auraient pu y siéger ont réalisé des scores extrêmement faibles, preuve que tout est à reconstruire.

La liste La Gauche, qui rassemble l’Autre Europe avec Tsipras, La Gauche italienne, le Parti de la refondation communiste et le Parti du Sud (régionaliste), n’obtient que 1,75% des voix.

Parti communiste, avec 0,88% des suffrages atteint lui aussi un score ridicule.

A noter que la formation Potere al popolo (le pouvoir au peuple), soutenu par la France insoumise, avait renoncé à se présenter lors de ce scrutin.

  • Lettonie

En 2014 le site Espaces Marx recensait 1,55% pour une liste affiliée au GUE/NGL. Il est difficile de savoir si une telle liste a fait un score similaire en 2019. Mais ce qui est certain c’est qu’il n’y aura aucun député provenant de Lettonie qui siégera dans le groupe de la GUE/NGL.

  • Lituanie

Comme les autres pays Baltes les forces de gauche sont quasiment inexistantes en Lituanie. Aucun député de ce pays ne siégera donc dans le groupe de la GUE/NGL.

  • Luxembourg

Il est difficile pour des partis de gauche de réaliser des scores conséquents dans un pays comme le Luxembourg, paradis fiscal par excellence.

En 2014 Dei Lénk (La Gauche) obtenait 5,76% des voix, mais aucun siège. De même que le Parti communiste luxembourgeois (PCL) qui réalisait un score de 1,49% il y a cinq ans.

En 2019 les scores de ces deux formations sont presque similaires, même s’ils  sont en baisse. Dei Lénk n’obtient que 4,83% et le PCL 1,14%.

  • Malte

Il est difficile de savoir quels scores ont pu faire des listes affiliées à la GUE/NGL. Mais aucun député Maltais ne siégera dans ce groupe.

  • Pays-Bas

En 2014 le Parti socialiste avait créé une petite surprise avec 9,65% des voix et 2 députés. Il ne conservera pas ses sièges puisqu’il n’obtient cette fois-ci que 3,4% des votes.

En revanche le Parti pour les animaux, qui siège dans le groupe de la GUE/NGL, avait obtenu 4% des voix et 1 député en 2014. Il obtient le même score cette année et conserve donc son siège.

  • Pologne

Aucune liste affilié au Parti de la gauche européenne (PGE) ou à la GUE/NGL ne s’était présentée en 2014. En 2019 soit la situation est identique soit il est difficile de savoir ce qu’il en est. Toujours est-il que la situation politique pour la gauche polonaise est extrêmement difficile, et l’anti-communiste viscéral du pouvoir en place et la criminalisation de ceux-ci n’arrangent pas les choses (voir : Pologne : nouvelle terre de l’anticommunisme).

  • Portugal

Le Parti communiste portugais (PCP) et le Bloc de gauche ont fait le choix en 2015 d’appuyer le Parti socialiste portugais au parlement pour chasser la droite du pouvoir (voir : Portugal : une autre voie pour l’Europe).  Toutefois ces deux forces ne sont pas entrées au gouvernement et se sont présentées indépendamment aux élections européennes.

C’était déjà le cas en 2014. A l’époque la coalition de la CDU, qui regroupe le Parti communiste et les écologistes, avait obtenu 12,69% et 3 députés. De son côté le Bloc de gauche lui, avec 4,56% des voix avait 1 siège. Cinq plus tard les scores se sont inversés. Le Bloc de gauche obtient 9,82% des voix et 2 sièges tandis que le PCP avec 6,88% des suffrages perd un siège et en conserve 2.

  • République Tchèque 

La République Tchèque est l’un des seuls pays de l’Est de l’Europe où il y a encore un parti communiste assez puissant. En 2014 le Parti communiste de Bohême-Moravie obtenait ainsi 3 députés en récoltant 10,98% des voix. Mais cette année, comme beaucoup d’autres formations européennes similaires, ses voix sont en baisse. Avec 6,94 des voix les communistes de la République Tchèque ne sauvent qu’un seul siège de député.

  • Roumanie 

Comme ses voisins les listes de gauche qui auraient pu siéger dans le groupe de la GUE/NGL sont inexistantes en Roumanie.

  • Royaume-Uni

La situation britannique est délicate en raison du Brexit. En cas de sortie de l’UE du Royaume-Uni tous les députés élus il y a peu céderont leur siège. La campagne a été presque inexistante dans le pays car tous s’attendent à ne siéger que quelques mois au mieux.

Néanmoins le scrutin a bien eu lieu. Au terme de celui-ci le Labour Party, dont les députés actuels siègent avec le groupe socialiste européen, mais qui a connu un virage à gauche avec Jeremy Corbyn, obtient 10 députés et 14,08% des voix. Les travaillistes perdent donc 10 députés puisqu’en 2014 avec 24,43% des voix en 2014 ils avaient eu 20 députés.

Dans le même temps la branche britannique du Sinn Féin, qui avait eu 1 député et 0,97% conserve son siège malgré une légère chute de son score (0,63%).

  • Slovaquie 

En 2014 une liste affiliée à la GUE/NGL avait obtenu 1,83% des voix. En 2019 il n’y avait pas de liste similaire.

  • Slovénie 

En 2014 la Gauche unie n’avait aucun député mais obtenait 5,5% des voix. Cette année malgré une augmentation, puisque la liste de la Gauche obtient 6,34% des voix, elle n’aura toujours pas de député.

  • Suède 

Le Parti de gauche de Suède avait 1 siège d’eurodéputé à défendre. Ils avaient réalisé le score de 6,3% en 2014. Le siège est conservé en 2019 avec une légère augmentation du score (6,7%).

  • Bilan 

Au total les membres du groupe GUE/NGL, qui n’étaient déjà pas nombreux lors de la mandature 2014-2019, puisque le groupe comptait 52 eurodéputés lors de cette période, le seront encore moins pour la période qui arrive.

De son côté le mouvement européen Maintenant le peuple ne pourra sans doute pas créer un autre groupe européen. Il faut en effet 25 eurodéputés or les divers mouvements partis signataires de l’appel ne les possèdent pas :

  • 6 députés pour la France insoumise, et la Gauche républicaine et socialiste (France)
  • 6 députés pour Podemos- dans la coalition Unidos-Podemos (Espagne)
  • 2 députés pour le Blog de gauche (Portugal)
  • 1 député pour l’Alliance rouge et verte (Danemark)
  • 1 député pour l’Alliance de gauche (Finlande)
  • 1 député pour le Parti de gauche (Suède)

Au total ce sont donc 17 eurodéputés qui devraient siéger dans le groupe de la GUE/NGL. Il faut ajouter à cela :

  • 5 députés pour die Linke (Allemagne)
  • 1 député pour le PTB (Belgique)
  • 2 députés pour l’AKEL (Chypre)
  • 6 députés pour Syriza (Grèce)
  • 2  députés pour le Sinn Féin (Irlande)
  • 1 député pour le Parti pour les animaux (Pays-Bas)
  • 2 députés pour  la coalition CDU (Portugal)
  • 1 député pour le Parti communiste de Bohême Moravie (République Tchèque)
  • 1 député pour le Sinn Féin (Royaume-Uni)

Tous ces partis et mouvements totalisent 38 eurodéputés, même si rien ne certifie que tous acceptent de siéger avec les députés de Syriza.

Enfin il faudra déterminer si les formations suivantes siégeront dans le groupe de la GUE/NGL ou resteront indépendants :

  • les 3 députés de la coalition regroupant notamment la Gauche républicaine de Catalogne et le Bloc nationaliste de Galicie (Espagne)
  • les 2 députés du KKE (Grèce)
  • les 2 députés de la liste Indépendance pour le changement (Irlande)
  • quelques députés élus avec le Labour Party (Royaume-Uni)

Mais même en élargissant au maximum le groupe ne devrait donc pas atteindre les 50 eurodéputés. L’absence d’un groupe signifiant pour la gauche radicale démontre sur un plan européen la victoire des forces conservatrices. Les petites guerres entre partis et mouvement et l’absence de lignes claires peuvent expliquer en partie ce déclin dans la plupart des pays pour les formations de gauche radicale.

Angela Merkel échoue à former une coalition

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Les électeurs allemands devront, sans doute, retourner aux urnes au début de l’année 2018. Incapable de s’entendre avec les libéraux du FDP, et les verts, Angela Merkel a donc échoué à former une coalition pour gouverner le pays. Une situation qui place la chancelière dans une situation délicate mais qui confirme aussi l’échec de sa politique.

  • Une victoire sans majorité absolue

Avec 32,93% des suffrages, et 246 sièges de députés, certes le parti de la chancelière, la CDU-CSU, était arrivé largement en tête des élections du 24 septembre dernier. Mais la perte du nombre de siège est considérable, 65 par rapport à la précédente législature, si bien que ce score, bien que relativement élevé, est le plus faible de la CDU-CSU depuis l’après guerre.

Mais mis à part cet affaiblissement des partis classiques de gouvernement (voir : Vers la fin de la sociale-démocratie en Europe ? ), Angela Merkel paye aussi sa politique libérale d’austérité. Car loin du modèle économique, vanté par tant d’autoproclamés « experts », la situation économique de l’Allemagne est préoccupante. A tel point que même le FMI, pourtant peu partisan du sort des classes laborieuses, s’en est alerté. Dans son rapport annuel, publié en mai dernier, l’organisme mondial déclarait :

« Malgré un filet de sécurité sociale bien développé et une forte progression de l’emploi, le risque de pauvreté relative en Allemagne demande une attention constate. » (voir l’article de Marianne : Risque de pauvreté en Allemagne, même le FMI met en garde Berlin).

Avec un taux de pauvreté de 17%- contre 14% en France- l’Allemagne n’est certainement pas un « modèle économique ». Au contraire les emplois, payés une misère, sont monnaie courant en Allemagne, et 9,7% des personnes possédant un emploi vivent toujours sous le seuil de pauvreté. En revanche l’Allemagne figure en véritable modèle des politiques imposées par la commission européenne, c’est-à-dire des politiques néolibérales visant à rendre entreprises et économies plus compétitives, ce qui, en langage courant, et pour la majorité d’entre nous, signifie la détérioration des conditions de travail et de vie, la baisse des salaires, l’augmentation des horaires, et une sécurité de l’emploi quasi-nulle.

C’est cette logique de profit au nom de la sacro-Sainte compétitivité qui est en train de changer. Les diverses élections l’ont prouvé, à la fois en Espagne, en France, et en Allemagne, les peuples européens relèvent la tête, petit à petit certes, mais la patience est une vertu révolutionnaire et le changement viendra inexorablement.

  • Une crise qui ne profite pas au SPD

Autre parti classique de gouvernement, le Parti social-démocrate allemand n’a pas su tirer son épingle du jeu lors de cette élection. Avec 20,51% des voix, il est lui aussi en chute et perd 20 députés au Bundestag. Est-ce vraiment une surprise ? Non si l’on suit le cours logique des choses et que l’on comprend que, comme ses homologues français, grecs, espagnols, le SPD allemand s’est engagé, depuis plusieurs années, dans une politique profondément libérale.

CDU-CSU et SPD formaient d’ailleurs une coalition sous le précédent mandat d’Angela Merkel et gouvernaient le pays ensemble. Et ce n’est pas avec Martin Schulz, et son (très) léger revirement à gauche que la sociale-démocratie allemande allait redorer son blason et se faire pardonner les innombrables trahisons sociales qu’elle a réalisées au cours des dernières années. D’ailleurs le peuple allemand ne s’y est pas trompé, et, comme le Parti de la chancelière, le SPD réalise son pire score depuis les élections d’après guerre.

  • L’entrée au Parlement de l’extrême-droite

Si le dernier suffrage n’a pas profité au SPD, il a en revanche vu l’émergence d’une nouvelle force, à l’extrême-droite de l’échiquier politique. Alternative für Deutschland est le nom de cette formation politique, qui a réalisé son entrée au Parlement après les dernières élections. Obtenant 12,64% des voix, contre 4,7% en 2013, et 94 députés, la formation de Jörg Meuthen se positionne en tant que troisième force du pays.

Pour la première fois depuis la fin de la guerre, des députés membres d’un parti d’extrême-droite siègent donc en nombre à la Chambre allemande. Connue pour ses prises de positions anti-islam, anti-immigration, mais aussi très libérale, l’AfD a parfaitement su tirer son épingle du jeu en remettant en cause les deux partis de gouvernement que sont le SPD et la CDU-CSU. Une stratégie payante, certes, mais qui interroge sur le futur de cette formation. A l’heure où les nationalismes européens connaissent une flambée en Europe de l’Est, principalement en Ukraine, en Pologne, et en Hongrie, l’Allemagne basculera-t-elle, dans un futur proche, dans une gouvernance d’extrême-droite ?

Si la réponse est oui , alors il y a de quoi s’inquiéter, car les partis ultras-conservateurs des pays précédemment cités n’éprouvent aucun balbutiement à appliquer leur programme à la lettre. Un programme constitué de prises de positions très réactionnaires sur des sujets comme le droit à l’avortement, d’un libéralisme à outrance, d’une chasse aux pauvres, et aux immigrés. La Pologne, comme l’Ukraine, ont, par ailleurs, entamé un travail de « décommunisation » du pays, visant à enlever tous les symboles des démocraties populaires et du socialisme en Europe qui avaient contribué à créer de nombreuses avancées sociales dans cette région de l’Europe, en dépit de toutes les critiques que l’on peut exercer à leur encontre.

  • Quelles perspectives pour Die Linke ? 

Seule force de gauche, qui peut se revendiquer en tant que telle, nos camarades de Die Linke n’ont pas réalisé un score synonyme de pouvoir faire bouger les choses. Certes ils gagnent 5 députés par rapport à 2013- avec 9,24% des voix contre 8,60%- mais depuis plusieurs années Die Linke stagne et n’arrive pas à canaliser l’énergie populaire qui existe indéniablement en Allemagne.

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Sans surprise Die Linke a réalisé ses meilleurs scores dans les territoires de l’ancienne RDA (République démocratique allemande), preuve que le socialisme allemand n’était pas l’abomination décrite par certains et qu’il offrait bien des avantages sociaux. Mais c’est à l’ouest que la formation de gauche radicale devra faire des progrès et réaliser sans doute un travail d’ancrage plus profond. Car Die Linke aurait dû capter le mécontentement produit par des années de politiques libérales et par les accords nationaux du SPD avec la droite allemande. Pourtant rien de tout cela ne s’est produit et Die Linke reste au même niveau depuis plusieurs années sans pouvoir passer ce cap qui ferait passer le parti de simple opposition, à une force capable de prendre le pouvoir.

Pour l’heure, devant l’impossibilité pour quiconque d’obtenir une majorité absolue, Die Linke souhaite que de nouvelles élections soient organisées. Ce serait la « seule voie démocratiquement praticable » résume Katja Kipping, coprésidente de Die Linke.

Mais ce pouvoir [de convoquer de nouvelles élections] seul le président allemand (Frank-Walter Steinmeier- SPD) le possède, et sa décision devrait être connue dans les semaines à venir. D’ici là, Die Linke a tout le temps de préparer sa nouvelle campagne et sa nouvelle stratégie pour tenter de sortir de l’impasse dans laquelle elle se trouve.