Si Julian Assange avait été vénézuélien…

Julian Assange.jpg
Julian Assange au balcon de l’ambassade équatorienne à Londres, en 2012. Photo Olivia Harris. Reuters

Le 11 avril dernier Julian Assange, fondateur du site Wikileaks, était arrêté par la police du Royaume-Uni alors qu’il était réfugié dans l’ambassade de l’Equateur à Londres depuis août 2012. Plus récemment le gouvernement anglais a ratifié l’ordonnance autorisant l’extradition de Julian Assange vers les Etats-Unis. L’audience qui sera consacrée à l’examen de celle-ci a été fixée au 24 février prochain. 

Julian Assange a vécu dans l’ambassade équatorienne à Londres pendant près de sept ans, après que le gouvernement progressiste de Rafael Correa lui a accordé l’asile politique en 2012, et qu’il a obtenu la nationalité équatorienne en 2018 sous le gouvernement de Lénin Moreno. Pourtant c’est ce dernier qui l’a trahi, après avoir renié ses promesses de campagne en faisant volte-face et en tournant le dos aux années Correa, y compris au niveau international puisque le président équatorien a remis au goût du jour l’alliance avec les Etats-Unis. 

Sitôt arrêté par la police, Assange a été placé dans une prison de haute-sécurité, tel un vulgaire terroriste. Par cet acte, l’exécutif britannique se couvre de honteUne honte que partagent des pays comme la France qui, en dépit des discours moralisateurs, se refusent à accueillir sur leur territoire et à accorder l’asile politique à celui à qui nous devons tant. D’autant plus que jusqu’à preuve du contraire Julian Assange est innocent. Ni lui, ni Wikileaks n’ont volé de documents confidentiels ou n’ont piraté d’ordinateurs. En revanche ils se sont fait le relais des lanceurs qui ont réussi à obtenir ces dits documents en travaillant avec de grands quotidiens occidentaux dont le New-York Times, le Monde, ou El Païs. Ces derniers ont d’abord profité des publications de Wikileaks, en les publiant. Mais très vite ils ont étrangement détourné le regard, au point de ne pas trouver scandaleux ce qu’il est en train de se produire et de cautionner ces accusations. 

Pourtant, il y a fort à parier que si Julian Assange avait été russe, chinois, cubain, iranien, nord-coréen, ou vénézuélien il aurait été adulé et érigé en chantre de la liberté par ceux qui aujourd’hui le condamnent.  Pourquoi ? Parce qu’il a révélé au monde entier ce que personne n’a osé faire. Parce qu’il a notamment montré que les Etats-Unis ont été coupables des pires actes de barbarie. A l’image des cas de tortures en Irak, ou de ce funeste raid aérien du 12 juillet 2007, toujours en Irak, où l’on voit des soldats américains tirer sur un groupe de civils tuant au passage deux journalistes de l’agence Reuteurs.

Au travers de Julian Assange ce sont les libertés d’expression et d’information qui sont directement menacées par ceux qui se proclament pourtant leurs défenseurs. Il est clair qu’une condamnation d’Assange servirait d’exemple et d’avertissement à tous ceux souhaitant informer librement. 


Pour aller plus loin :

 

Un peu d’histoire #6 : le (vrai) rôle de l’URSS durant la Seconde Guerre mondiale – partie 2/3

Accords de Munich
Le 30  septembre 1938 l’Italie fasciste, l’Allemagne nazie, la France et la Grande-Bretagne signent les Accords de Munich qui scellent le sort de la Tchécoslovaquie. Ces accords sont signés sans les Tchécoslovaques, ni les Soviétiques. 

L’Histoire nous permet d’apprendre ce qui nous a précédé. En son temps, Karl Marx avait averti que « celui qui ne connaît pas l’histoire est condamné à la revivre », démontrant ainsi la nécessité pour chacun de connaître les événements passés qui, bien souvent, fournissent une source d’explication pour les événements présents et futurs. Mais connaître l’histoire c’est aussi raconter ce qui est passé sous silence, ou volontairement oublié par certains. Au travers de cette série d’articles, je vais m’efforcer de mettre à jour des faits ignorés aujourd’hui mais ô combien importants.

Après la première partie, qui traitait des années 30′ avant les Accords de Munich, lorsque l’URSS tenta d’obtenir une alliance avec la France et la Grande-Bretagne, cette seconde partie parlera à la fois des Accords de Munich, et de leurs conséquences, de l’obstination de la Pologne à réfuter l’accès à son territoire à l’Armée rouge, mais aussi du refus des occidentaux à établir une alliance militaire avec les Soviétiques. Refus qui aura pour conséquence directe le pacte germano-soviétique abordé à la fin de cet article. 

  • Prémices aux Accords de Munich 

Très vite la question de la Tchécoslovaquie arrive sur la table des négociations. Hitler se sert du prétexte de la région des Sudètes, à majorité germanophone, afin de conquérir l’ensemble du pays. Problème ? La Tchécoslovaquie bénéficie d’une double protection : celle de la France, et celle de l’Union soviétique. 

Peu avant les Accords de Munich, Neville Chamberlain, qui souhaite toujours mener une politique d’apaisement avec l’Allemagne nazie rencontre une première fois Hitler. Au terme de cet entretien le premier ministre britannique évoque lui-même un entretien « franc, mais amical »

Pourtant, quelques jours plus tard, Maxime Litvinov, le ministre des Affaires étrangères soviétique réaffirme à la Société des Nations (SDN) que l’URSS souhaite depuis des années arriver à un accord de sécurité collective avec les pays européens, contre l’Allemagne. Surtout, l’URSS précise bien qu’elle est toujours prête à défendre la Tchécoslovaquie, en vertu du traité qu’elle a avec elle mais que pour cela la France doit aussi tenir ses engagements. A cela s’ajoute un autre problème :  l’Union soviétique n’a pas de frontière commune avec la Tchécoslovaquie et pour atteindre ce territoire doit passer soit par la Roumanie, ce qui d’un point de vue stratégique est loin d’être la meilleure solution, soit par la Pologne qui offre le plus de facilité. 

Or la Pologne refuse catégoriquement que l’Armée rouge traverse son territoire, pour plusieurs raisons : 

  • son leader, Josef Beck, un militaire, est un farouche anticommuniste, ayant par ailleurs combattu contre l’Armée rouge en 1918 
  • en 1934 il a signé un pacte de non-agression avec l’Allemagne, il pense donc encore qu’Hitler respectera ce pacte 
  • Par ailleurs le chancelier allemand encourage le colonel Beck a revendiquer une partie du territoire tchécoslovaque, la Zaolzie 

Autrement dit la Pologne n’a aucune raison de laisser entrer sur son territoire l’Armée rouge. De plus Français et Anglais refusent de faire pression sur leur allié polonais, estimant qu’ils sauveront la paix en accordant à Hitler cette dernière concession. 

munich_figaro
Persuadés d’avoir préservé la paix, les dirigeants français et britanniques sont accueillis comme des héros dans leur pays.
  • Le démembrement de la Tchécoslovaquie

Le 29 septembre 1938 sont donc signés les Accords de Munich, sans les Tchécoslovaques, ni les Soviétiques. Aux termes de ceux-ci, et dans les mois qui suivent :

  • l’Allemagne s’empare de la région des Sudètes
  • la Pologne récupère la Zaolzie (octobre 1938)
  • la Hongrie s’empare du sud de la Slovaquie (novembre 1938)
  • la région de la Ruthénie subcarpatique est rattachée à la Hongrie en deux temps, une partie en novembre 1938, l’autre en mars 1939 (Premier arbitrage de Vienne) 

Pendant ce temps là à Londres, Ivan Maïski, l’ambassadeur soviétique, rend visite à son homologue Tchécoslovaque, Masaryk, qui, ayant appris la nouvelle des Accords de Munich  lance, :  » Ils nous ont vendus comme des esclaves »

Grande-Bretagne et France pensent avoir sauvé la paix. Ils se trompent lourdement. Mais en refusant ouvertement la paix tendue par l’URSS qui n’a eu de cesse de vouloir un accord avec les occidentaux, les deux pays ouvrent indirectement la voie à un accord entre l’Allemagne et l’URSS. Mais c’est bien la France qui, le 6 décembre 1938 à l’occasion d’une visite de Joachim Von Ribbentrop, le ministre des Affaires étrangères du IIIe Reich, signe un pacte d’amitié avec les nazis. Un banquet, auquel ne sont pas conviés les trois ministres juifs du gouvernement français, est même organisé en l’honneur de l’invité Allemand. 

En dépit de ses promesses Hitler ne s’arrête pas à la région des Sudètes. Dès le mois de mars 1939 l’Allemagne envahit l’ensemble de la Tchécoslovaquie, en en intégrant une partie au Reich et en créant une Slovaquie satellite. Puis au cours du même mois il s’empare du port stratégique de Memel, en Lituanie. Et bientôt c’est la Pologne qu’Hitler va lorgner. 

  • Avant l’invasion de la Pologne, les dernières tentatives de l’URSS pour parvenir à un accord avec la France et la Grande-Bretagne 

L’invasion du reste de la Tchécoslovaquie et de Memel n’entraînent aucune réaction de la part des occidentaux, toujours aveuglés par leur politique d’apaisement. Pourtant, tout le monde commence à comprendre que Français et Anglais ont abandonné leur allié tchécoslovaque pour rien et que la guerre se rapproche. 

Le Royaume-Uni décide ainsi de donner sa garantie à la Pologne, le 31 mars 1939, imité par la France. De plus l’opinion publique britannique, consciente que l’affrontement est inévitable, souhaite en majorité une alliance de leur pays avec l’URSS. Et une nouvelle fois ce sont les Soviétiques qui font la démarche. Staline ordonne en effet à Litvinov, le 17 avril 1939, de faire le premier pas envers les occidentaux. Ce dernier ne tarde pas à proposer de nouveau une alliance militaire à la France et à la Grande-Bretagne incluant la défense de la Finlande, des pays Baltes et de la Roumanie contre l’Allemagne. 

Lord Halifax, le ministre des Affaires étrangères du Royaume-Uni, est embarrassé car lui ne souhaite que protéger la Pologne, et demande encore du temps. Mais c’est justement de temps qu’il manque car les plans d’Hitler pour envahir la Pologne sont déjà prêts. D’ailleurs en dépit du danger imminent qui guette la Pologne, le colonel Beck se refuse toujours à laisser entrer sur son territoire l’Armée rouge, même pour assurer sa défense. Encore plus incroyable, il se rend à Londres au mois d’avril 1939, mais repart de la capitale britannique sans que cette question ne soit résolue.

Commençant à être las de tout ce cinéma, Staline nomme Molotov au poste occupé par Litvinov. Néanmoins la proposition d’alliance reste toujours valable, d’autant plus qu’Hitler n’est toujours pas convaincu qu’un pacte avec l’Union soviétique soit une bonne idée. 

Après l’opinion publique, c’est l’armée britannique qui, à son tour, souhaite une alliance avec l’URSS avant que ce ne soit trop tard. Chamberlain et Daladier se décident alors à envoyer une délégation en Union Soviétique en août 1939. Mais alors que Staline a bien spécifié qu’il était urgent de parvenir à un accord, les occidentaux prennent une fois de plus leur temps. Plutôt que d’affréter un avion pour leur délégations respectives, ils choisissent le bateau comme moyen de transport. Le voyage dure une semaine, sans compter les douze jours mis par les Anglais pour désigner les personnes qui allaient prendre part à cette visite. Et que dire des membres des délégations qui ne sont, ni du côté français, ni du côté britannique,  des personnalités très importantes, alors qu’à leur arrivée, le 12 août 1939, ils sont reçus par un proche parmi les proches de Staline : le ministre de la Défense : Kliment Vorochilov. 

Pire, le chef de la délégation britannique, l’amiral Drax n’a aucun papier de son gouvernement spécifiant qu’il a les pouvoirs diplomatiques pour mener à bien ces négociations. Et lorsque Vorochilov demande si la Pologne accepte d’ouvrir ses frontières à l’Armée rouge, il comprend que ces négociations ne servent à rien puisque les occidentaux n’ont pas été capables, ou n’ont pas voulu, convaincre leur allié polonais. La réunion s’arrête donc sur ce point et le ministre de la Défense soviétique précise qu’elles ne pourront reprendre que lorsque la Pologne acceptera l’Armée rouge sur son territoire. 

pacte germano-soviétique
La signature du pacte germano-soviétique.
  • Le pacte germano-soviétique 

Peu avant que les délégations française et britanniques n’arrivent en Union soviétique, Hitler commence à changer d’avis, sous les conseils de Ribbentrop, quant à une prétendue alliance avec l’URSS. Ne pas avoir de second front lui laisserait en effet les mains libres pour mener à bien ses plans, et préparer au mieux la future invasion de cette même Union soviétique. 

Dans le secret le plus total, dans un petit restaurant de Berlin, Karl Schnurre, diplomate allemand, et Georgy Astakhov, conseiller économique soviétique, mais surtout agent du NKVD, se rencontrent et évoquent un- possible- accord. Deux jours plus tard ils transmettent à leur dirigeants respectifs les paroles de l’autre, faisant comprendre que la voie est ouverte. L’Allemagne spécifie au passage que la situation est urgente. 

Le 15 août 1939, soit deux semaines avant l’invasion de la Pologne, les discussions entre l’URSS et l’Allemagne s’accentuent, et Moscou veut avoir la certitude que jamais le IIIe Reich n’attaquera son territoire. Et c’est ainsi que quelques jours plus tard, le 23 août 1939, est ratifié par Molotov pour les Soviétiques, et Ribbentrop pour les Allemands, le pacte germano-soviétique. Il comprenait la non-agression des deux pays mais également une annexe secrète, garantissant à l’URSS d’avoir les mains libres pour reprendre tous les territoires qu’elle avait perdus au terme de la Première guerre mondiale. 

L’invasion de la Pologne est imminente, et par leur bêtises les occidentaux se retrouvent désormais seuls contre Hitler et ses alliés. A suivre… 


Pour approfondir le sujet : Carnets d’un ambassadeur soviétique à Londres, par Ivan Maïski 

Un peu d’histoire #5 : le (vrai) rôle de l’URSS durant la Seconde Guerre mondiale – partie 1/3

Victoire URSS sur Allemagne naziz
Le drapeau de l’URSS flottant au dessus de la ville de Berlin, signe que l’Allemagne vient de perdre la Seconde Guerre mondiale. Source : https://blogs.mediapart.fr/danyves/blog/210515/annie-lacroix-riz-le-role-de-l-urss-dans-la-deuxieme-guerre-mondiale

L’Histoire nous permet d’apprendre ce qui nous a précédé. En son temps, Karl Marx avait averti que « celui qui ne connaît pas l’histoire est condamné à la revivre », démontrant ainsi la nécessité pour chacun de connaître les événements passés qui, bien souvent, fournissent une source d’explication pour les événements présents et futurs. Mais connaître l’histoire c’est aussi raconter ce qui est passé sous silence, ou volontairement oublié par certains. Au travers de cette série d’articles, je vais m’efforcer de mettre à jour des faits ignorés aujourd’hui mais ô combien importants.

Pour ce cinquième épisode de cette série historique il me semblait important de mettre l’accent sur le rôle joué par l’Union soviétique durant la Seconde Guerre mondiale. En effet depuis plusieurs années en France, et plus généralement dans les pays de l’Europe de l’Ouest, il y a une tendance qui vise à minimiser, voire à oublier la lutte déterminante de l’Armée rouge et le rôle de celle-ci dans la chute du IIIe Reich. 

D’ailleurs la non-invitation de Vladimir Poutine pour commémorer le 75e anniversaire du D-Day, alors qu’Angela Merkel était elle bel et bien présente,  par Emmanuel Macron reflète parfaitement cela. Pourtant il est bon de rappeler que sans l’URSS la victoire des Alliés aurait été fortement compromise, voire impossible. Il est aussi bon, et nécessaire, de rappeler et de se souvenir que c’est l’URSS qui a payé le plus lourd tribut lors de ce conflit  avec plus de 25 millions de pertes. 

Pour rétablir des faits il faut s’appuyer sur les vérités historiques. Il y a un peu plus de deux ans j’avais déjà rédigé un article sur les faits oubliés de la Révolution russe, qui traitait des avancées pour les femmes, de l’aide internationale pour divers mouvements et pays, mais aussi de sa contribution pendant la seconde guerre mondiale (voir : 100 ans après certains faits oubliés de la Révolution russe). 

Ce sujet important nécessitera trois parties réparties en trois articles distincts. Les deux premières parties montreront comment et pourquoi l’URSS et l’Allemagne nazie en sont venus à signer un pacte de non-agression. En réalité nous verrons que la responsabilité des gouvernements français et britannique est importante puisqu’au cours des années 30′ ils n’ont eu de cesse de rejeter toute velléité d’accords avec l’URSS, malgré l’insistance du ministre soviétique de la Défense, et ont cherché en partie à s’entendre avec Hitler. 

Cette première partie traitera donc d’abord de la non-possibilité d’un accord entre la France, la Grande-Bretagne et l’Union soviétique au cours des années 30′ . La deuxième partie sera consacrée aux scandaleux Accords de Munich qui entérinent la dislocation de la Tchécoslovaquie ainsi qu’à la dernière tentative d’une alliance dirigée contre Hitler avant le déclenchement de la seconde guerre mondiale. C’est aussi dans cette partie qu’il sera question du Pacte Germano-soviétique car entre temps nous aurons fait la démonstration qu’avec un peu plus de bonne volonté de la part des Occidentaux ce Pacte n’aurait jamais vu le jour. 

Enfin dans la troisième et dernière partie il sera question de la guerre à proprement parler et du rôle militaire joué par l’Union soviétique dans la libération de l’Europe du joug nazi.

  • L’URSS : un pays isolé qui cherche des alliances 

Le 23 août 1939, à la stupeur générale, l’Allemagne nazie et l’Union soviétique signent le pacte Germano-soviétique qui garantit la non-agression entre les deux pays, du moins pour un temps, mais comporte aussi des annexes secrètes sur des revendications territoriales. Pourtant tout oppose ces deux nations qui signent là un accord après s’être affrontées idéologiquement, et d’une manière indirecte militairement pendant la guerre d’Espagne, durant des années. 

Pourquoi un tel pacte a pu être possible ? Surtout, ce dernier aurait-il pu être évité si les pays occidentaux avaient consenti à un accord avec Staline et ne s’étaient pas été entêtés par leur anticommunisme primaire ? Sans doute que oui, et voici pourquoi. 

L’URSS fut le premier état de la planète à se proclamer « socialiste », et cette situation ne plaisait évidemment pas aux pays de l’Europe de l’Ouest qui voyaient d’un très mauvais oeil le fait que le plus grand pays du monde soit gouverné par un parti communiste. L’Union soviétique était donc traitée en paria sur la scène internationale. 

Pourtant, dans les années 30′, un autre phénomène commence à inquiéter bien des pays : la montée des mouvements fascistes en Europe, et des nazis en Allemagne. En France l’opinion publique voit au grand jour ce que souhaite l’extrême-droite lors de la crise du 6 février 1934, prélude à l’union des forces de gauche dans le Front populaire. En Espagne, à partir de 1936 la guerre civile éclate opposant Franco, soutenu par l’Italie et l’Allemagne, aux républicains, soutenus par les Brigades internationales et l’URSS. Cette dernière voit bien tout le danger des forces fascistes, d’autant qu’à sa frontière orientale, le Japon commence à manifester ses intentions expansionnistes et impérialistes. 

C’est donc tout logiquement que l’URSS essaye à nouveau de se rapprocher de la France, et de la Grande-Bretagne afin de récréer l’alliance effective durant la première guerre mondiale, celle d’avant la Révolution russe. 

  • L’action de Maxime Litvinov 

Maxime Litvinov occupe un poste clé au sein du gouvernement soviétique puisqu’il en est le ministre des Affaires étrangères. Juif, et communiste de la première heure, il affiche dès le début son antinazisme et va œuvrer pour lutter contre l’Allemagne en tentant de bâtir une sécurité collective afin que les pays européens soient solidaires contre Hitler. Parmi ses faits d’armes, il a notamment réussi à convaincre les Etats-Unis de reconnaître, officiellement, l’Union soviétique. 

Dans son combat Litvinov peut s’appuyer sur Louis Barthou, le ministre des Affaires étrangères du gouvernement français (9 février 1934 – 9 octobre 1934) qui, bien qu’étant lui-même anticommuniste, est aussi un homme d’état pragmatique. D’abord c’est lui qui arrive à faire rentrer l’URSS à la Société des Nations (SDN). Mais surtout il souhaite qu’une alliance voit le jour entre les différents pays européens, dont la Grande-Bretagne et l’Union soviétique contre l’Allemagne. Les deux ministres s’entendent donc sur un possible accord. 

Mais sa charge de ministre des Affaires étrangère le conduit à accueillir le 9 octobre 1934 le roi Alexandre 1er de Yougoslavie à Marseille. Et alors qu’ils sont dans la même voiture ce dernier est victime d’un attentat mortel. Dans la confusion un policier français tire et blesse accidentellement Louis Barthou qui, mal soigné, décède quelques heures plus tard, emportant avec lui l’idée d’un accord avec l’URSS. En effet son successeur, Pierre Laval, est lui fermement opposé à tout arrangement avec l’Union soviétique. 

De son côté la Grande-Bretagne semble ne pas s’inquiéter des tensions qui montent en Europe, exacerbées par les nazis. Pourtant, Ivan Maïski, ambassadeur à Londres du gouvernement soviétique, a la lourde tâche d’essayer d’arracher un accord avec le Royaume-Uni. Et le 29 mars 1935 Anthony Eden, un des futurs premiers ministres d’après-guerre, se rend à Moscou et rencontre personnellement Joseph Staline. En vain, l’idée d’un accord tombe une nouvelle fois à l’eau. 

Hitler profitant de ces tergiversations met peu à peu en place ses pions. :

  • En 1935 les lois raciales sont proclamées à Nuremberg
  • Le 7 mars 1936 la Rhénanie est remilitarisée

Qui réagit ? Ni la France, ni la Grande-Bretagne n’haussent réellement le ton même si l’idée d’une intervention armée effleure le gouvernement français après la remilitarisation de la Rhénanie, contraire au traité de Versailles. Mais les généraux français, dont Gamelin, ne veulent pas s’engager dans un conflit si le Royaume-Uni ne suit pas. Et comme les Britanniques ne souhaitent pas intervenir militairement, Hitler n’est pas inquiété. 

  • Vers un accord avec l’Allemagne nazie ? 

Mais cet épisode a marqué Hitler. Celui-ci ne veut sous aucun prétexte que les autres pays puissent mener à bien ce projet de sécurité collective. Alors il tente lui aussi un rapprochement avec la Grande-Bretagne. En ce sens il est bien aidé par la nomination en 1937 au poste de premier ministre de Neville Chamberlain qui exècre les communistes. De plus le 21 février 1938, succédant à Anthony Eden qui ne veut pas d’accord avec l’Allemagne, Lord Halifax est nommé Secrétaire d’état du Foreign Office (ministre des Affaires étrangères). Ce dernier est un des tenants de la politique d’apaisement avec Hitler. Ce choix est un coup dur pour Maïski dans sa perspective d’accord avec la Grande- Bretagne. 

Cette volonté d’apaisement permet à Hitler de réaliser l’Anschluss (littéralement le rattachement, même s’il s’agit en réalité d’une annexion) de l’Autriche sans que les pays européens s’en émeuvent plus que cela. Un mois plus tard la nomination de Georges Bonnet, le 10 avril 1938 au poste de ministre des Affaires étrangères de la France, entérine un peu plus cette idée d’accord avec l’Allemagne. 

Les tragiques, et honteux, Accords de Munich en seront une conséquence directe. A suivre… 

Brexit : quelles conséquences ?

brexit-800x500

Alors que les premières estimations donnaient une courte victoire au maintien du Royaume-Uni dans l’Union Européenne (UE), les votes ont finalement penché en faveur du Brexit. Un réel coup porté à l’Europe telle que nous la connaissons et qui pourrait conduire à une remise en cause de celle-ci.

Il est certain que cela va entraîner plusieurs changements économiques et politiques même si, le fait que le Royaume-Uni n’ait pas l’euro va sans doute permettre de simplifier les choses. Il va toutefois falloir s’attendre à de grands bouleversements ainsi qu’à d’importantes conséquences notamment pour les étudiants britanniques, qui n’auront sans doute plus aussi facilement accès aux études dans d’autres pays européens favorisés par le programme Erasmus, puisqu’il faudra en effet attendre la mise en place d’autres accords.

Néanmoins cela n’interviendra pas avant plusieurs mois, le temps que tous les précédents accords soient annulés ou renégociés, le temps aussi que le Royaume-Uni ait un nouveau premier ministre puisque David Cameron a annoncé sa démission. Comme les médias ne vont parler que de ce Brexit pendant plusieurs jours et de ses conséquences, il serait peut-être plus important d’essayer de voir quels changements politiques cela pourrait créer à terme ?

Ce vote va indéniablement mettre en cause la domination des banques et de la commission européenne sur les peuples constituant l’UE. Ces instances, non élues, gouvernent pourtant les pays membres de l’UE, y compris lorsque certains peuples montrent leur opposition  en élisant d’autres personnes que ceux à la solde de la finance.

Les exemples montrant un refus de la politique européennes sont nombreux. Le référendum en France de 2005 concernant la Constitution européenne en est l’un des plus frappant et peut-être l’un des plus explicites. A un point tel que, non seulement le même texte fut adopté en 2007 sous la dénomination du traité de Lisbonne, mais depuis cette année là, les traités ne sont plus ratifiés par référendum populaire mais par les Parlements nationaux, beaucoup plus dociles.

Plus récemment c’est la Grèce qui avait révélé l’imposture antidémocratique des hautes instances de l’UE. En effet, après avoir porté au pouvoir Syriza-parti de la gauche radicale- au pouvoir, le peuple grec a dû faire face aux déchaînements médiatiques, ainsi qu’à l’hostilité des banques, des autres gouvernements et de la Troïka (BCE, FMI, commission européenne). Toute ces pressions associées à l’arrêt de l’injection d’argent par la BCE avaient ensuite conduit à la soumission et à la trahison de Tsipras.

Cette fois-ci les choses sont différentes. Et même si nos camarades du Parti travailliste de Jeremy Corbyn avaient appelé à voter « Non » au Brexit ( comme l’avait fait la députée britannique travailliste, et amie de la Palestine, Jo Fox, lâchement assassinée par un membre de l’extrême-droite ) ce vote historique doit ravir ceux souhaitant une autre Europe. Car s’il est effectivement possible de la quitter, il est donc forcément possible de la changer et de la transformer de l’intérieur afin d’en faire un espace d’intégration et de coopération entre les peuples.

A l’heure actuelle ,l’UE ne fait qu’approfondir la crise économique en permettant aux financiers de s’enrichir sur notre dos et en forçant les pays à respecter des engagements impossibles à tenir, faisant de fait le lit de l’extrême-droite qui a déjà pris le pouvoir en Pologne et en Hongrie et qui pourrait être en passe de le prendre dans de nombreux pays dont le Royaume-Uni et la France. Transformer l’Europe n’est donc pas seulement une nécessité économique, politique et démocratique, c’est aussi un moyen essentiel pour sauver des idées que l’extrême-droite veut voir disparaître, comme celles d’accueil des réfugiés et de solidarité.

D’autres conséquences, que n’avaient peut-être pas envisagées un certains nombre de britanniques, vont sans doute avoir lieu. Même s’il est nécessaire de rappeler que le Brexit n’est pas encore acté, qu’il va falloir changer tous les traités passés avec l’UE, et que le Parlement britannique doit encore ratifier ce vote. Toutefois, quoiqu’il en soit, il apparaît clairement que le Royaume-Uni était divisé au moment du vote, car si l’Angleterre et le Pays de Galles ont voté en faveur du Brexit,les écossais et les irlandais du Nord ont eux largement voté en faveur du maintien dans l’UE. Ceci n’aura échappé à personne et surtout pas aux écossais qui ont déjà commencé à réfléchir à l’éventualité d’un référendum sur l’indépendance. Le cas de l’Irlande du Nord pourrait en revanche s’annoncer plus complexe notamment à cause des violents conflits entre irlandais qui pourraient resurgir à l’approche d’une éventuelle indépendance ou d’une possible réunification.

Ce vote actera surement la fin de l’Europe telle que nous la connaissons. Celle-ci pourrait changer pour le meilleur ou pour le pire car les partis de gauche comme d’extrême droite entendent la refonder avec des différences majeures. Si nous souhaitons une Europe progressiste, solidaire et protectrice des plus démunis, l’extrême droite souhaite elle une Europe fermée sur elle même, en mettant l’accent sur les différences. Certains iront même jusqu’à clamer leur volonté d’une Europe « blanche, et chrétienne » masquant à peine leur hostilité envers les populations arabes, africaines ou asiatiques. C’est cela qui risque d’arriver si les institutions européennes continuent de dicter ce que les pays membres doivent faire et si la souveraineté des Etat n’est pas respectée.