Brexit : quelles conséquences ?

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Alors que les premières estimations donnaient une courte victoire au maintien du Royaume-Uni dans l’Union Européenne (UE), les votes ont finalement penché en faveur du Brexit. Un réel coup porté à l’Europe telle que nous la connaissons et qui pourrait conduire à une remise en cause de celle-ci.

Il est certain que cela va entraîner plusieurs changements économiques et politiques même si, le fait que le Royaume-Uni n’ait pas l’euro va sans doute permettre de simplifier les choses. Il va toutefois falloir s’attendre à de grands bouleversements ainsi qu’à d’importantes conséquences notamment pour les étudiants britanniques, qui n’auront sans doute plus aussi facilement accès aux études dans d’autres pays européens favorisés par le programme Erasmus, puisqu’il faudra en effet attendre la mise en place d’autres accords.

Néanmoins cela n’interviendra pas avant plusieurs mois, le temps que tous les précédents accords soient annulés ou renégociés, le temps aussi que le Royaume-Uni ait un nouveau premier ministre puisque David Cameron a annoncé sa démission. Comme les médias ne vont parler que de ce Brexit pendant plusieurs jours et de ses conséquences, il serait peut-être plus important d’essayer de voir quels changements politiques cela pourrait créer à terme ?

Ce vote va indéniablement mettre en cause la domination des banques et de la commission européenne sur les peuples constituant l’UE. Ces instances, non élues, gouvernent pourtant les pays membres de l’UE, y compris lorsque certains peuples montrent leur opposition  en élisant d’autres personnes que ceux à la solde de la finance.

Les exemples montrant un refus de la politique européennes sont nombreux. Le référendum en France de 2005 concernant la Constitution européenne en est l’un des plus frappant et peut-être l’un des plus explicites. A un point tel que, non seulement le même texte fut adopté en 2007 sous la dénomination du traité de Lisbonne, mais depuis cette année là, les traités ne sont plus ratifiés par référendum populaire mais par les Parlements nationaux, beaucoup plus dociles.

Plus récemment c’est la Grèce qui avait révélé l’imposture antidémocratique des hautes instances de l’UE. En effet, après avoir porté au pouvoir Syriza-parti de la gauche radicale- au pouvoir, le peuple grec a dû faire face aux déchaînements médiatiques, ainsi qu’à l’hostilité des banques, des autres gouvernements et de la Troïka (BCE, FMI, commission européenne). Toute ces pressions associées à l’arrêt de l’injection d’argent par la BCE avaient ensuite conduit à la soumission et à la trahison de Tsipras.

Cette fois-ci les choses sont différentes. Et même si nos camarades du Parti travailliste de Jeremy Corbyn avaient appelé à voter « Non » au Brexit ( comme l’avait fait la députée britannique travailliste, et amie de la Palestine, Jo Fox, lâchement assassinée par un membre de l’extrême-droite ) ce vote historique doit ravir ceux souhaitant une autre Europe. Car s’il est effectivement possible de la quitter, il est donc forcément possible de la changer et de la transformer de l’intérieur afin d’en faire un espace d’intégration et de coopération entre les peuples.

A l’heure actuelle ,l’UE ne fait qu’approfondir la crise économique en permettant aux financiers de s’enrichir sur notre dos et en forçant les pays à respecter des engagements impossibles à tenir, faisant de fait le lit de l’extrême-droite qui a déjà pris le pouvoir en Pologne et en Hongrie et qui pourrait être en passe de le prendre dans de nombreux pays dont le Royaume-Uni et la France. Transformer l’Europe n’est donc pas seulement une nécessité économique, politique et démocratique, c’est aussi un moyen essentiel pour sauver des idées que l’extrême-droite veut voir disparaître, comme celles d’accueil des réfugiés et de solidarité.

D’autres conséquences, que n’avaient peut-être pas envisagées un certains nombre de britanniques, vont sans doute avoir lieu. Même s’il est nécessaire de rappeler que le Brexit n’est pas encore acté, qu’il va falloir changer tous les traités passés avec l’UE, et que le Parlement britannique doit encore ratifier ce vote. Toutefois, quoiqu’il en soit, il apparaît clairement que le Royaume-Uni était divisé au moment du vote, car si l’Angleterre et le Pays de Galles ont voté en faveur du Brexit,les écossais et les irlandais du Nord ont eux largement voté en faveur du maintien dans l’UE. Ceci n’aura échappé à personne et surtout pas aux écossais qui ont déjà commencé à réfléchir à l’éventualité d’un référendum sur l’indépendance. Le cas de l’Irlande du Nord pourrait en revanche s’annoncer plus complexe notamment à cause des violents conflits entre irlandais qui pourraient resurgir à l’approche d’une éventuelle indépendance ou d’une possible réunification.

Ce vote actera surement la fin de l’Europe telle que nous la connaissons. Celle-ci pourrait changer pour le meilleur ou pour le pire car les partis de gauche comme d’extrême droite entendent la refonder avec des différences majeures. Si nous souhaitons une Europe progressiste, solidaire et protectrice des plus démunis, l’extrême droite souhaite elle une Europe fermée sur elle même, en mettant l’accent sur les différences. Certains iront même jusqu’à clamer leur volonté d’une Europe « blanche, et chrétienne » masquant à peine leur hostilité envers les populations arabes, africaines ou asiatiques. C’est cela qui risque d’arriver si les institutions européennes continuent de dicter ce que les pays membres doivent faire et si la souveraineté des Etat n’est pas respectée.