Venezuela : fin du spectacle pour Guaido

Manifestation des partisans du président autoproclamé vénézuélien Juan Guaido à Maracaibo, le 12 février.
Les manifestants, favorables au putschiste Juan Guaido, utilisent dans leurs démonstrations des drapeaux des Etats-Unis, parfois aussi des drapeaux d’Israël. Une preuve de plus, s’il en fallait, de l’implication impérialiste dans ces actions politiques. ISAAC URRUTIA / REUTERS

La marionnette des Etats-Unis, qui s’était autoproclamé président de la République le 23 janvier dernier, n’a pas réussi son coup. Dans la nuit du 02 au 03 avril l’Assemblée constituante lui a retiré son immunité parlementaire. Avec lui, c’est tout un secteur d’une droite-extrême qui voit ses illusions tomber. Celles et ceux qui pensaient que la Révolution bolivarienne était finie se sont lourdement trompés.

Il faut, bien entendu, rester prudent. Les actualités évoluent rapidement et qui sait de quoi demain sera fait ? Mais pour l’heure le gouvernement légitime du Venezuela- validé par le peuple par l’élection présidentielle du mois de mai 2018- est toujours en place. En dépit des provocations, des menaces, et des sanctions économiques. Tout le monde aura d’ailleurs pu observer l’hypocrisie occidentale qui, tout en sanctionnant économiquement le Venezuela et en retenant son argent (voir : La Banque d’Angleterre refuse de rendre 1,2 milliard de dollars en or au Venezuela), le privant de milliards de dollars, souhaitait faire rentrer une prétendue aide humanitaire correspondant à quelques millions à peine.

Nul besoin de l’aide humanitaire américaine. La Yougoslavie, la Libye, l’Irak, la Syrie s’en seraient bien passés. On peut bien-sûr reprocher à Maduro sa gestion économique. Il est certain qu’il y a beaucoup à faire pour que la situation s’améliore, même si une bonne partie de la crise est en partie due aux sanctions économiques imposées de l’étranger. Aucun pays n’est parfait. En revanche ceux souhaitant mener une politique indépendante et différente, de la doxa néolibérale et néocoloniale, pourraient sans aucun doute mieux le faire s’ils n’étaient pas constamment déstabilisés.

Et quand on voit la situation actuelle du monde, et plus particulièrement de l’Amérique latine, on comprend mieux pourquoi et comment le Venezuela subit ce genre de déstabilisations depuis l’arrivée au pouvoir d’Hugo Chavez en 1999. Mais cette fois-ci leur plan a semble-t-il échouer. L’armée bolivarienne soutien le gouvernement, et l’union civico-militaire demeure stable au Venezuela. Les soutiens au gouvernement sont encore massifs, en témoignent les nombreuses manifestations en faveur du président et de la Révolution.

Surtout, si un temps la possibilité d’une intervention armée, qui aurait été dirigé contre Nicolas Maduro, a été craint, elle semble désormais loin depuis que la Russie et la Chine ont spécifié qu’ils ne toléreraient pas une attaque directe contre le Venezuela. D’ailleurs des conseillers militaires et du matériel, ainsi que des vivres, sont arrivés en provenance de la Russie. Guaido aura sans doute du mal à rebondir après ça. D’autant plus que désormais toute une partie de la population est indifférente à ses revendications et entend juste vivre en paix. Une paix rendue impossible par ces provocations et ces déstabilisations comme lors du probable sabotage qui avait causé une panne générale dans le pays.

Sans compter qu’il est dorénavant possible qu’il soit poursuivi par la justice de son pays après que l’Assemblée constituante ait levé son immunité de parlementaire (il demeurait le président de l’Assemblée nationale) dans la nuit du 02 au 03 avril. Auparavant le contrôleur général avait spécifié que Juan Guaido ne pourrait exercer de mandat public pendant 15 ans.

  • Résister face à l’impérialisme

Les Nord-Américains ont toujours souhaité faire de l’Amérique latine leur arrière cour, ne tolérant jamais la présence de gouvernements hostiles à leurs intérêts (Cuba, Chili, Grenade, Honduras, Nicaragua, Salvador, Equateur, Venezuela, Bolivie, Argentine, Paraguay, Brésil etc). Aujourd’hui, à l’heure de la contre-offensive menée par la droite partout sur ce continent, visible notamment par les exemples brésiliens, argentins, salvadoriens ou équatoriens, il faut que les pays progressistes puissent résister aux pressions impérialistes.

Et malheureusement, si au début des années 2000 les gouvernements de gauche étaient majoritaires en Amérique latine, force est de constater que ce n’est plus le cas aujourd’hui. Le Mexique a, certes, été une excellente surprise en élisant le premier président de gauche de son histoire, mais c’est bien l’exception qui confirme la règle. Car les pays progressistes ne sont plus qu’une poignée sur l’ensemble du continent (Mexique, Cuba, Venezuela, Bolivie, Nicaragua, Uruguay, Suriname, Guyana, République Dominicaine, soit neuf sur un total de vingt-quatre pays). Et quand on sait que Donald Trump a fait l’une de ses priorités de renverser le trio Venezuela-Cuba-Nicaragua (voir : Et maintenant le Nicaragua) il y a de quoi s’inquiéter.

Si pour l’heure ces trois états résistent, qu’en sera-t-il de la Bolivie où des élections auront lieu au mois d’octobre prochain ?

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Élections brésiliennes : l’espoir d’un peuple

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Le 7 octobre prochain le peuple brésilien aura l’occasion de mettre fin à ce qui n’aurait jamais dû arriver. A savoir l’imposture du gouvernement, dirigé par la droite et arrivé au pouvoir après un coup d’état institutionnel, en 2016, contre la Présidente élue Dilma Rousseff, digne héritière de Lula. A eux deux, ils peuvent se targuer d’avoir sorti de la pauvreté des millions de personnes via les nombreux programmes sociaux, destinés entre autres à l’éducation, à la santé ou au logement, mis en place entre 2003 et 2016.

L’espoir aurait pu être de nouveau Lula. L’ancien président souhaitait, en effet, revenir. Et toute la gauche brésilienne n’attendait que lui pour repartir de l’avant avec le  progrès social. Mais voilà, devant son incontestable popularité, le pouvoir brésilien, pris de panique, n’a pas hésité à enfermer Lula en prison, sans aucune preuve ni fondement viable. Pour autant ce dernier n’a pas renoncé à son droit légitime à se présenter à l’élection de son pays. Une candidature rendue possible d’abord par les sondages, qui le donnaien largement en tête, mais aussi par l’ONU qui, le 17 août dernier, par le biais d’un comité d’experts, déclarait que Lula devait être autorisé à se présenter à l’élection. Mais le pouvoir de droite est tenace, et n’a pas cédé sur ce point.

Alors l’avenir du peuple brésilien passera par ce duo formé de Fernando Haddad et de Manuela d’Avila. Le premier est né en en 1963, membre du Parti des travailleurs et est le candidat déclaré depuis le 11 septembre dernier. Auparavant il fut Ministre de l’Education entre 2005 et 2012 sous les mandats de Lula et de Dilma Rousseff, puis maire de la ville de São Paulo entre 2013 et 2017. La seconde est journaliste, née en 1981, et membre du Parti communiste du Brésil. Ensemble il forme ce duo inédit représentant deux forces majeures de la gauche brésilienne. Un ticket qui pourrait bien raviver la flamme révolutionnaire dans un pays essentiel de l’Amérique latine de par sa taille, son économie et sa population.

Surtout une victoire de la gauche marquerait un coup d’arrêt à la contre-offensive impérialiste, réactionnaire et bourgeoise à l’oeuvre dans tous les pays où les forces progressistes et révolutionnaires ont pu accéder au pouvoir en Amérique centrale et en Amérique du Sud au cours de ces dernières années (voir : Et Maintenant le Nicaragua).

Face à eux se dresse le candidat de l’extrême-droite brésilienne, soutenu par tous les secteurs privés de l’économie ne souhaitant en aucun cas un retour de la gauche aux affaires politiques du pays. Mais Jair Bolsonaro, candidat du Parti social-libéral, a déjà vu une grande partie de son avance fondre depuis l’annonce de la candidature de Fernando Haddad et de Manuela d’Avila.                                                                                                            D’ailleurs, selon une récente enquête d’opinion publiée lundi dernier, Fernando Haddad sortirait vainqueur, au second tour, s’il était opposé au candidat de l’extrême-droite. Or, d’après ce même sondage, Jair Bolsonaro est donné en tête du premier tour, suivi de près par le candidat du Parti des travailleurs.

Pour rappel le premier tour des élections aura lieu le 7 octobre, et le second tour  le 28 octobre prochain. Rien n’est encore fait mais l’ascension fulgurante du successeur de Lula, parti de loin dans les intentions de vote en raison de son entrée tardive dans la campagne, ne peut qu’être de bon augure pour la suite.

Et maintenant le Nicaragua

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Le scénario se répète. Inlassablement. A chaque fois ce sont des gouvernements de gauche, progressistes ou socialistes qui sont visés. Tandis que les régimes les plus obscurs, mais aussi les plus serviables vis à vis de l’Empire, continuent de jouir d’une totale impunité.
 
Cuba, Paraguay, Honduras, Brésil, Equateur, Venezuela, c’est maintenant au tour du Nicaragua d’être victime de violentes tentatives de déstabilisation n’ayant qu’un seul but : le renversement de Daniel Ortega, de son gouvernement, et de la Révolution sandiniste.
 
Une Révolution populaire qui a récemment fêté son 39ème anniversaire, célébré par des centaines de milliers de partisans dans les rues de Managua, la capitale.
Preuve de la popularité des dirigeants actuels, popularité qui s’était d’ailleurs traduite dans les urnes en novembre 2016,  le peuple nicaraguayen avait en effet redonné sa confiance pour un nouveau mandat au Front sandiniste de libération nationale (FSLN) et à Daniel Ortega.
 
Malheureusement, le Nicaragua ne découvre pas ces violences et ces crimes, commandés depuis Washington, qui ne cesse d’appuyer toute force, si violente soit-elle, s’opposant à un gouvernement de gauche. Aux premières heures de la Révolution sandiniste, lorsqu’en 1979 le Front sandiniste de libération nationale (FSNL) prend le pouvoir, en chassant la dictature dynastique des Somoza, la bourgeoisie et la droite ne tardent pas à réagir. 
Les Etats-Unis, qui ont alors pour unique obsession de stopper, partout dans le monde, les mouvements communistes, socialistes, ou se revendiquant comme tels, vont financer et armes ce qu’on appelle les « contras ». C’est à dire une milice contre-révolutionnaire qui, pour renverser le nouveau pouvoir populaire, va commettre de nombreux crimes, et provoquer une guerre civile qui coûtera la vie à 30 000 personnes.
Les contras n’hésiteront pas à détruire tout bâtiment utile au peuple : hôpitaux, écoles, routes, usines, récoltes, seront la cible des attaques contre-révolutionnaires. En 1990 après la fin de la guerre civile, les élections, qui avaient vu le triomphe en 1984 du FSLN, permettent à la droite de revenir au pouvoir. S’en suivent des années de recul social, de privatisations, et de destructions des acquis sociaux de la Révolution. 
 
Un retour en arrière auquel le peuple dit stop en 2006 en redonnant sa confiance à Daniel Ortega et au Front sandiniste. Une confiance réitérée en 2011 et en 2016. Depuis 2006, grâce à l’action du gouvernement le Nicaragua rattrape son retard. 
 
L’alphabétisation, les soins gratuits, et les nombreuses missions promues par le gouvernement pour le logement, la nourriture sont salués par les organismes de l’ONU. De même ce petit pays est le seul, au monde, à disposer d’un bataillon militaire, spécialement affecté à la préservation de l’environnement et à la lutte contre la déforestation (voir :  La réussite du Nicaragua).
La situation vécue en 1979 rappelle étrangement ce que le Nicaragua vit, de nouveau, aujourd’hui. Loin de l’image d’une révolte populaire et démocratique, ces excités détruisent les routes, les centres de santé, s’en prennent aux militants sandinistes, à la police et à l’armée. En France, les gens et la classe politique sont choqués de voir quelques énergumènes casser des vitrines lors de manifestations.
Mais ils érigent en héros ceux qui, au Nicaragua, au Venezuela, détruisent les biens publics qui appartiennent au peuple entier. En France, attaquer un policier ou un militaire est interdit, et peut s’apparenter à du terrorisme. Rien de plus normal. Dans ce cas pourquoi le meurtre ou l’attaque de policiers nicaraguayens est-il considéré comme un acte de révolte légitime et pacifique ? Lorsqu’on évoque le gouvernement du Nicaragua, de quoi parle-t-on ? D’un gouvernement populaire, sans aucune contestation possible de gauche, mais qui, il est vrai, a renoncé à certains aspects du sandinisme des origines.
 
Certains déploreront cela, d’autres applaudiront. Mais celui qui se prétend révolutionnaire, ou simplement de gauche se doit de soutenir le gouvernement de Daniel Ortega. Ceux qui voudraient faire croire que les violences orchestrées par les manifestants sont le fait de ceux souhaitant un retour au source du sandinisme se trompent. Quel révolutionnaire s’évertuerait à détruite justement les acquis de la Révolution pour montrer son opposition au gouvernement ? En réalité les violences orchestrées depuis Washington ne sont pas une surprise pour quiconque s’intéresse d’une manière objective à la géopolitique internationale. Tous les anciens pays qui avaient des liens, ou qui appartenaient au bloc socialiste, ou bien simplement revendiquent leur indépendance et leur anti-impérialisme sont, un jour ou l’autre, soumis au gourou des Etats-Unis et de leurs alliés serviles. 
 
Et l’Amérique latine, qui avait connu un souffle progressiste à partir des années 2000, ne déroge pas à la règle.
Nos amis brésiliens, honduriens, paraguayens, peuvent témoigner du dur retour à la réalité néolibérale. L’Equateur est aussi en passe de connaître ce sort après des années de Révolution citoyenne. Le nouveau président, bien qu’au prénom si évocateur de révolution [Lénin] ne semble pas avoir pour objectif la poursuite des acquis sociaux et lui préfère un retour en arrière. Alors même que ce Lénin Moreno fut élu par et avec le parti Allianza Pais, ainsi que Rafael Correa. 
Le socialisme ou l’impérialisme, Moreno a fait son choix en se tournant vers le voisin nord-américain et en tournant le dos à plusieurs années de Révolution. La Bolivie et le président Evo Morales devraient donc se méfier. Car elle pourrait bientôt être l’objet de déstabilisations similaires, qui ont déjà existé par le passé, mais qui pourraient revenir à la charge sitôt qu’ils se rendront compte que le peuple nicaraguayen reste fidèle à son gouvernement, à ses principes et à sa glorieuse révolution populaire.