Conseil de lecture #1 : ¡VENCEREMOS!

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Source : https://www.syllepse.net/venceremos–_r_74_i_580.html

La lecture est un outil indispensable pour se former, s’éduquer, s’émanciper et s’épanouir. Une arme d’autant plus importante aujourd’hui à l’heure où il est souvent difficile d’avoir accès à certaines vérités, notamment historiques. Au travers de cette nouvelle série d’articles je vais essayer de présenter certains ouvrages qui m’ont semblé importants. 

Le livre que je vais présenter aujourd’hui traite d’événements qui se sont déroulés au début des années 70′, mais qui peuvent se transposer à la situation actuelle. 

¡VENCEROMOS! Analyses et documents sur le Pouvoir populaire au Chili (1970-73) est un ouvrage qui revient sur l’expérience chilienne du socialisme lorsque Salvador Allende et l’Unité populaire arrivèrent à la tête du pays en 1970. Cette histoire est assez connue, tout comme sa fin tragique suite au coup d’état du général Pinochet, avec la bénédiction du voisin Nord-américain. Mais ce qui l’est moins c’est l’activité des militants de base, dans les usines notamment qui, au jour le jour, tentèrent de faire vivre le programme de l’Unité populaire. 

Que ce soit au sein des « Cordons industriels », des « Commandos communaux », ou des « Conseils paysans », le peuple chilien a tenté pendant cette période de s’organiser. Il avait compris que sans un appui de la base au gouvernement, jamais ce dernier ne pourrait réaliser son programme, ni aller au bout de ce pour quoi il fut élu. Hélas les multiples mobilisations n’auront pas suffi. Le livre se termine par une lettre de la Coordination provinciale des Cordons industriels de la ville de Santiago, destinée à Salvador Allende, et datée du 5 septembre 1973, déclarant que :

« Nous vous prévenons, camarade, avec tout le respect et la confiance que nous portons encore que si vous ne réalisez pas le programme de l’Unité populaire, si vous n’avez pas confiance dans les masses, vous perdrez l’unique appui réel que vous possédez comme personne et comme gouvernant, et vous serez responsable de porter le pays, non pas vers la guerre civile, qui est déjà en plein développement, mais à un massacre froid, planifié, de la classe ouvrière la plus consciente et la plus organisée d’Amérique latine »

Funeste présage. Quelques jours plus tard en effet, le 11 septembre 1973 avait lieu le coup d’Etat qui mettait définitivement fin à l’expérience socialiste chilienne. Au terme de cette journée Augusto Pinochet prenait le pouvoir et installait sa dictature militaire, tandis que Salvador Allende se donnait la mort. 

Ces événements ont plus de quarante ans. Pourtant, comment ne pas voir des similitudes entre ce qu’à vécu le Chili d’Allende et ce que vivent aujourd’hui les pays progressistes d’Amérique latine ? Les moyens de pression, de blocage et d’intimidation des Etats-Unis contre le gouvernement de l’Unité populaire sont les mêmes que ceux utilisés aujourd’hui contre le Venezuela, Cuba ou le Nicaragua. En 1971 Richard Nixon, le président américain de l’époque, lança à son secrétaire d’Etat, Henry Kissinger : « j’ai décidé de virer Allende, ce fils de pute ». Admirez l’élégance du langage. Nixon poursuit : « nous ne devons pas laisser l’Amérique latine penser qu’elle peut emprunter un autre chemin sans en subir les conséquences ». Et d’ajouter : « faites-moi hurler l’économie » (chilienne). Aujourd’hui c’est Donald Trump qui souhaite mettre fin aux pays progressistes de la région. Après avoir réussi à faire virer de bord l’Argentine, le Brésil, le Salvador et l’Equateur, l’administration américaine se tourne maintenant vers ceux qui résistent encore. 

Ce livre nous apprend que sans une solidarité infaillible, aucun gouvernement ne peut tenir contre l’Empire et ses valets. Les milliers de morts causés par la dictature chilienne  qui succéda à l’Unité populaire peuvent en témoigner. 

Fiche technique : 

Titre : ¡VENCEREMOS! Analyses et documents sur le Pouvoir populaire au Chili (1970-1973)

Auteur : GAUCHIDAUD Franck 

Nombre de pages : 190

Date de parution : Septembre 2013

Editions : Syllepse 

Prix : 10 euros 

Si Julian Assange avait été vénézuélien…

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Julian Assange au balcon de l’ambassade équatorienne à Londres, en 2012. Photo Olivia Harris. Reuters

Le 11 avril dernier Julian Assange, fondateur du site Wikileaks, était arrêté par la police du Royaume-Uni alors qu’il était réfugié dans l’ambassade de l’Equateur à Londres depuis août 2012. Plus récemment le gouvernement anglais a ratifié l’ordonnance autorisant l’extradition de Julian Assange vers les Etats-Unis. L’audience qui sera consacrée à l’examen de celle-ci a été fixée au 24 février prochain. 

Julian Assange a vécu dans l’ambassade équatorienne à Londres pendant près de sept ans, après que le gouvernement progressiste de Rafael Correa lui a accordé l’asile politique en 2012, et qu’il a obtenu la nationalité équatorienne en 2018 sous le gouvernement de Lénin Moreno. Pourtant c’est ce dernier qui l’a trahi, après avoir renié ses promesses de campagne en faisant volte-face et en tournant le dos aux années Correa, y compris au niveau international puisque le président équatorien a remis au goût du jour l’alliance avec les Etats-Unis. 

Sitôt arrêté par la police, Assange a été placé dans une prison de haute-sécurité, tel un vulgaire terroriste. Par cet acte, l’exécutif britannique se couvre de honteUne honte que partagent des pays comme la France qui, en dépit des discours moralisateurs, se refusent à accueillir sur leur territoire et à accorder l’asile politique à celui à qui nous devons tant. D’autant plus que jusqu’à preuve du contraire Julian Assange est innocent. Ni lui, ni Wikileaks n’ont volé de documents confidentiels ou n’ont piraté d’ordinateurs. En revanche ils se sont fait le relais des lanceurs qui ont réussi à obtenir ces dits documents en travaillant avec de grands quotidiens occidentaux dont le New-York Times, le Monde, ou El Païs. Ces derniers ont d’abord profité des publications de Wikileaks, en les publiant. Mais très vite ils ont étrangement détourné le regard, au point de ne pas trouver scandaleux ce qu’il est en train de se produire et de cautionner ces accusations. 

Pourtant, il y a fort à parier que si Julian Assange avait été russe, chinois, cubain, iranien, nord-coréen, ou vénézuélien il aurait été adulé et érigé en chantre de la liberté par ceux qui aujourd’hui le condamnent.  Pourquoi ? Parce qu’il a révélé au monde entier ce que personne n’a osé faire. Parce qu’il a notamment montré que les Etats-Unis ont été coupables des pires actes de barbarie. A l’image des cas de tortures en Irak, ou de ce funeste raid aérien du 12 juillet 2007, toujours en Irak, où l’on voit des soldats américains tirer sur un groupe de civils tuant au passage deux journalistes de l’agence Reuteurs.

Au travers de Julian Assange ce sont les libertés d’expression et d’information qui sont directement menacées par ceux qui se proclament pourtant leurs défenseurs. Il est clair qu’une condamnation d’Assange servirait d’exemple et d’avertissement à tous ceux souhaitant informer librement. 


Pour aller plus loin :

 

Venezuela : fin du spectacle pour Guaido

Manifestation des partisans du président autoproclamé vénézuélien Juan Guaido à Maracaibo, le 12 février.
Les manifestants, favorables au putschiste Juan Guaido, utilisent dans leurs démonstrations des drapeaux des Etats-Unis, parfois aussi des drapeaux d’Israël. Une preuve de plus, s’il en fallait, de l’implication impérialiste dans ces actions politiques. ISAAC URRUTIA / REUTERS

La marionnette des Etats-Unis, qui s’était autoproclamé président de la République le 23 janvier dernier, n’a pas réussi son coup. Dans la nuit du 02 au 03 avril l’Assemblée constituante lui a retiré son immunité parlementaire. Avec lui, c’est tout un secteur d’une droite-extrême qui voit ses illusions tomber. Celles et ceux qui pensaient que la Révolution bolivarienne était finie se sont lourdement trompés.

Il faut, bien entendu, rester prudent. Les actualités évoluent rapidement et qui sait de quoi demain sera fait ? Mais pour l’heure le gouvernement légitime du Venezuela- validé par le peuple par l’élection présidentielle du mois de mai 2018- est toujours en place. En dépit des provocations, des menaces, et des sanctions économiques. Tout le monde aura d’ailleurs pu observer l’hypocrisie occidentale qui, tout en sanctionnant économiquement le Venezuela et en retenant son argent (voir : La Banque d’Angleterre refuse de rendre 1,2 milliard de dollars en or au Venezuela), le privant de milliards de dollars, souhaitait faire rentrer une prétendue aide humanitaire correspondant à quelques millions à peine.

Nul besoin de l’aide humanitaire américaine. La Yougoslavie, la Libye, l’Irak, la Syrie s’en seraient bien passés. On peut bien-sûr reprocher à Maduro sa gestion économique. Il est certain qu’il y a beaucoup à faire pour que la situation s’améliore, même si une bonne partie de la crise est en partie due aux sanctions économiques imposées de l’étranger. Aucun pays n’est parfait. En revanche ceux souhaitant mener une politique indépendante et différente, de la doxa néolibérale et néocoloniale, pourraient sans aucun doute mieux le faire s’ils n’étaient pas constamment déstabilisés.

Et quand on voit la situation actuelle du monde, et plus particulièrement de l’Amérique latine, on comprend mieux pourquoi et comment le Venezuela subit ce genre de déstabilisations depuis l’arrivée au pouvoir d’Hugo Chavez en 1999. Mais cette fois-ci leur plan a semble-t-il échouer. L’armée bolivarienne soutien le gouvernement, et l’union civico-militaire demeure stable au Venezuela. Les soutiens au gouvernement sont encore massifs, en témoignent les nombreuses manifestations en faveur du président et de la Révolution.

Surtout, si un temps la possibilité d’une intervention armée, qui aurait été dirigé contre Nicolas Maduro, a été craint, elle semble désormais loin depuis que la Russie et la Chine ont spécifié qu’ils ne toléreraient pas une attaque directe contre le Venezuela. D’ailleurs des conseillers militaires et du matériel, ainsi que des vivres, sont arrivés en provenance de la Russie. Guaido aura sans doute du mal à rebondir après ça. D’autant plus que désormais toute une partie de la population est indifférente à ses revendications et entend juste vivre en paix. Une paix rendue impossible par ces provocations et ces déstabilisations comme lors du probable sabotage qui avait causé une panne générale dans le pays.

Sans compter qu’il est dorénavant possible qu’il soit poursuivi par la justice de son pays après que l’Assemblée constituante ait levé son immunité de parlementaire (il demeurait le président de l’Assemblée nationale) dans la nuit du 02 au 03 avril. Auparavant le contrôleur général avait spécifié que Juan Guaido ne pourrait exercer de mandat public pendant 15 ans.

  • Résister face à l’impérialisme

Les Nord-Américains ont toujours souhaité faire de l’Amérique latine leur arrière cour, ne tolérant jamais la présence de gouvernements hostiles à leurs intérêts (Cuba, Chili, Grenade, Honduras, Nicaragua, Salvador, Equateur, Venezuela, Bolivie, Argentine, Paraguay, Brésil etc). Aujourd’hui, à l’heure de la contre-offensive menée par la droite partout sur ce continent, visible notamment par les exemples brésiliens, argentins, salvadoriens ou équatoriens, il faut que les pays progressistes puissent résister aux pressions impérialistes.

Et malheureusement, si au début des années 2000 les gouvernements de gauche étaient majoritaires en Amérique latine, force est de constater que ce n’est plus le cas aujourd’hui. Le Mexique a, certes, été une excellente surprise en élisant le premier président de gauche de son histoire, mais c’est bien l’exception qui confirme la règle. Car les pays progressistes ne sont plus qu’une poignée sur l’ensemble du continent (Mexique, Cuba, Venezuela, Bolivie, Nicaragua, Uruguay, Suriname, Guyana, République Dominicaine, soit neuf sur un total de vingt-quatre pays). Et quand on sait que Donald Trump a fait l’une de ses priorités de renverser le trio Venezuela-Cuba-Nicaragua (voir : Et maintenant le Nicaragua) il y a de quoi s’inquiéter.

Si pour l’heure ces trois états résistent, qu’en sera-t-il de la Bolivie où des élections auront lieu au mois d’octobre prochain ?

Macron, vers une dérive autoritaire du pouvoir ?

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REUTERS/ Eric Gaillard

Et si, petit à petit, les prémices d’un régime autoritaire commençaient à pointer le bout de leur nez ? Et si Macron, malgré son jeune âge, et son sourire, ne nous réservait pas de biens mauvaises surprises ? 

Il faut l’avouer, il y a de quoi s’inquiéter. Outre l’omniprésence de caméras de surveillances dans les grandes villes, qui, tôt ou tard seront un frein à nos libertés, et le discours unitaire des médias, il y a maintenant la répression depuis le début du mouvement des Gilets Jaunes. Des milliers d’arrestations et de gardes à vue, des centaines de blessés- y compris du côté policier- des éborgnés, des mains arrachés, et puis,- chose que semble souvent oublier les médias, des morts. Certains sur les barrages, mais aussi une personne âgée, tuée alors qu’elle était chez elle par une grenade lacrymogène.

A cela s’est ajouté, lors de l’Acte XIX, la présence de l’armée voulu par le chef de l’Etat qui avait demandé aux militaires de l’opération sentinelle de protéger les lieux publics contre la manifestation. Quelle irresponsabilité ! Fort heureusement il n’y a eu aucune altercation entre des manifestants et des militaires. Sans doute aussi parce que le gouvernement a effectué un léger pas en arrière, se rendant compte de la bêtise de réquisitionner les militaires pour le maintien de l’ordre.

Doit-on rappeler que ce n’est en aucun cas le but et le devoir d’une armée ? L’armée est censée protéger et défendre la patrie, la France, donc le peuple. L’armée n’est-elle d’ailleurs pas composée d’hommes et de femmes du peuple ? Donc sauf à considérer que le peuple qui manifeste est un ennemi de la Nation, il n’y a aucun argument à utiliser l’opération Sentinelle contre les Gilets Jaunes. Et même certains militaires eux-mêmes, déclaraient qu’ils ne savaient pas faire du maintien de l’ordre. Et, que dire des propos du gouverneur militaire de Paris, le général Bruno Leray, qui déclarait à ce sujet que les militaires pourraient aller « jusqu’à l’ouverture du feu si leur vie est menacée ».

 Alors, doit-on vraiment s’inquiéter d’une dérive autoritaire ? 

Il est clair que l’on assiste à une remise en cause générale d’un ordre économique établi. Et pour une fois qui ne vient pas seulement des partis politiques de gauche ou de syndicats, mais de secteurs divers et variés de la société. Il ne fait nul doute que l’oligarchie voit et sent cette menace et qu’elle usera de tous les moyens dont elle dispose pour ne pas lâcher le pouvoir.

Finalement, on en revient toujours à la théorie marxiste. « L’histoire de toute société, jusqu’à nos jours, n’a été que l’histoire de la lutte des classes » écrivait Karl Marx. Et le mouvement des Gilets Jaunes s’inscrit lui aussi, parfaitement, dans cette lutte des classes.

  • La violence, ou les violences ? 

Sur les plateaux de télévisions on entend beaucoup de personnes s’insurger contre les violences des casseurs lors des manifestations. Des violences condamnables et qui, à mon sens, peuvent desservir le mouvement plus qu’autre chose. Même si, force est de constater, que c’est peut-être à ce prix là que le gouvernement se décide à écouter le peuple. Mais qu’importe. Car, si tout le monde semble unanime sur ce point, d’autres violences ne sont, elles, jamais critiquées, ni remises en cause.

L’Archevêque brésilien Helder Camara (1909-1999) avait parfaitement résumé cette situation dans une célèbre citation :

 » Il y a trois sortes de violence. La première, mère de toutes les autres, est la violence institutionnelle, celle qui légalise et perpétue les dominations, les oppressions et les exploitations, celle qui écrase et lamine des millions d’Hommes dans ses rouages silencieux et bien huilés.

La seconde est la violence révolutionnaire, qui naît de la volonté d’abolir la première.

La troisième est la violence répressive, qui a pour objet d’étouffer la seconde en se faisant l’auxiliaire et la complice de la première violence, celle qui engendre toutes les autres.

Il n’y a pas de pire hypocrisie de n’appeler violence que la seconde, en feignant d’oublier la première, qui la fait naître, et la troisième qui la tue. »

Pourtant, à la télévision se sont les mêmes images qui tournent en boucle. Avec des commentaires parfois aberrants où l’on s’indigne plus facilement de l’incendie du Fouquets que des 566 personnes mortes dans la rue en 2018  (http://www.mortsdelarue.org/).

Il n’y a pas qu’une seule et unique violence, qui serait celle du peuple. En revanche il y a bien une violence étatique et institutionnelle qui est, malheureusement, de plus en plus visible. A Nice, lors de l’Acte XIX des Gilets Jaunes, ce samedi 23 mars, une militante d’Attac, Geneviève Legay a été gravement blessé lors d’une charge de la police. Son crime ? Avoir manifester avec un drapeau floqué Paix.  Mais défendre la justice sociale ne semble pas être une raison suffisante pour Emmanuel Macron qui, bien que lui souhaitant un « prompt rétablissement » lui a également conseillé d’acquérir « un peu de sagesse ». Sans doute devrions tous adopter La Sagesse présidentielle consistant à fermer des hôpitaux, des écoles, des maternités et à faire la sourde oreille à un peuple qui s’éveille et qui gronde.

L’avenir nous dira comment évoluera la situation. Mais chaque démocrate de ce pays, attaché aux valeurs de notre République ne peut qu’espérer que la présence de l’armée pour maintenir l’ordre dans des manifestations n’était qu’une folie passagère.

Grèce : entre austérité, répression et trahison

Alexis Tsipras & Jean-Claude Juncker

Depuis le mois de juillet 2015 et la trahison d’Alexis Tsipras la Grèce va mal. Elle était déjà dans une situation catastrophique suite aux divers plans d’austérité des gouvernements successifs de droite ou sociaux-démocrates. Mais l’élection de Syriza et de Tsipras aurait pu être source d’un renouveau. Une chose inédite en Europe où pour la première fois, si l’on excepte l’expérience chypriote de l’AKEL, un parti de la gauche dite radicale accédait au pouvoir et générait un immense espoir, non seulement en Grèce, mais dans toute l’Europe.

C’était pour toutes les forces progressistes la vision, enfin, d’un verrou qui cède, du premier domino qui tombe dans cette Europe ultralibérale minée de partout par l’austérité. Mais il n’en fut pas ainsi. Après quelques mois de révoltes et de bras de fer contre la Troïka (commission européenne, FMI, et BCE) le gouvernement grec cédait et se couchait, juste après avoir convoqué un référendum où le peuple grec s’était exprimé en majorité pour- justement- ne pas céder.

Depuis Alexis Tsipras est devenu un élève sérieux des institutions européennes appliquant les cures libérales qui sont imposées au peuple grec sans jamais parvenir à une amélioration de la situation pour le peuple grec. Le gouvernement d’Alexis Tsipras a ainsi continué à appliquer docilement les politiques de privatisation des entreprises grecques. Mais les salaires et les pensions diminuent et la pauvreté et l’extrême pauvreté continuent d’augmenter. C’est le résultat normal d’une telle politique.

Or, désormais ce libéralisme, voir cet ultralibéralisme, s’accompagne d’une politique de plus en plus répressive à l’égard des opposants. Et notamment à l’égard des opposants de gauche qui s’offusquent, à juste titre, de ces choix. Ainsi, des lois spéciales ont été votées, la police anti-émeute est de plus en plus déployée et des manifestations sont également interdites. Alors qu’avant les élections de 2015 les militants et les élus de Syriza s’opposaient aux ventes aux enchères des logements de ceux ne pouvant payer leur loyer, ce gouvernement, issu des rangs de Syriza organise désormais la répression contre ceux continuant à s’opposer à de telles pratiques.

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Panayiótis Lafazánis lors d’une manifestation

Figure de la gauche grecque,  Panayiotis Lafazanis n’a pas été épargné par la répression de ces anciens camarades. Lui qui a, dans sa jeunesse, résisté à la dictature des colonels, puis a été élu député sous l’étiquette Syriza avant de faire partie du premier gouvernement d’Alexis Tsipras, en tant que ministre de la Restructuration de la production, de l’Environnement et de l’Énergie, s’était ensuite éloigné de Syriza après la trahison du gouvernement. Il créait alors le Parti Unité Populaire en en août 2015.

Lui n’a pas trahi ses engagements. Et pour cela il est poursuivi par le gouvernement grec pour pas moins de seize motifs différents. En tout, Panayiotis Lafazanis risque neuf ans de prison si les différentes peines sont cumulées.

  • La fin de la crise, vraiment ? 

Et pourtant, le 20 août dernier, le pays sortait officiellement de la période des plans de sauvetage, conduisant, quelques mois plus tôt, Pierre Moscovici, l’ancien ministre de l’Économie et des Finances entre 2012 et 2014 sous Hollande, a déclarer « Pour la Grèce, ce sont huit ans d’efforts et de sacrifices qui s’achèvent ». Des efforts et des sacrifices qui auront touché les classes populaires et moyennes, comme toujours, tandis que les vrais responsables de la crise, eux, s’en sortent indemnes. Fallait-il arriver à ce niveau d’austérité, de pauvreté, de chômage pour, soi disant relancer l’économie grecque ? L’exemple récent du Portugal (Portugal : une autre voie pour l’Europe) nous montre qu’une politique préconisant l’inverse de ce que Bruxelles prévoit et ordonne a conduit le pays a des résultats économiques plus que satisfaisants.

Mais le peuple grec ne s’y trompe pas, et les prochaines élections législatives s’annoncent terribles pour Syriza. D’autant plus qu’Alexis Tsipras a intégré, dans son nouveau gouvernement, des personnes issues de l’ancien Pasok et d’autres issues de Nouvelle Démocratie, le parti de droite. Pour le moment Syriza se place derrière la droite, selon un écart qui oscillerait entre 5 et 11 %. D’ailleurs le premier ministre grec est lui aussi au plus bas dans les sondages.

Les parties et personnes se réclamant de gauche ne peuvent désormais plus soutenir le gouvernement grec. Depuis juillet 2015, et son renoncement, Alexis Tsipras et Syriza ne sont plus dignes de notre confiance. Et d’autres forces de gauche grecques méritent, et attendent notre soutien. Les prochaines élections, qui auront lieu en septembre prochain, seront un vrai indicateur pour savoir dans quelle direction ira la Grèce ces prochaines années.

Pour approfondir le sujet :

Sanofi : un scandale sans perquisition

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30 000 enfants seraient nés autistes à cause de la Depakine, ce médicament prescrit auprès des personnes souffrant d’épilepsie mais formellement interdit aux femmes enceintes. Sanofi le savait, semble-t-il depuis les années 80, mais n’a rien fait pour empêcher sa distribution auprès des femmes enceintes. Et aujourd’hui, les familles réclament justice.

C’est ce qu’a mis en exergue François Ruffin lors des derniers jours, après avoir été à la rencontre de personnes victimes de la Depakine. Son livre, écrit avec Cyril Pocréaux, Un député et son collab chez Big Pharma, traite longuement de cette question et permet d’y voir plus clair dans une affaire qui mériterait un meilleur et un plus ample traitement médiatique.

En 2017 Sanofi a versé 3,5 milliards d’euros à ses actionnaires, tout en supprimant 6 200 postes entre 2009 et 2015. Mais les pouvoirs publics ne réagissent pas. Pire, lors d’un d’un débat à l’Assemblée nationale, en octobre 2017, suite à une question de François Ruffin, le premier ministre rétorquait :

« Vous êtes en train de considérer qu’il serait normal pour la représentation nationale, normal pour le chef du gouvernement de ce pays, dans toute la mesure du possible, de dénigrer une entreprise française, une entreprise qui fonctionne bien ».

Voilà la réelle problématique de ce gouvernement. Les victimes des agissements de Sanofi ne pourront obtenir réparation tant qu’un gouvernement allié de la finance officiera en France. Emmanuel Macron ne se cache d’ailleurs pas de sa proximité avec ces financiers. Sinon comment expliquer autrement la suppression de l’ISF ? Comment expliquer la mollesse de ce gouvernement dans la lutte contre l’évasion fiscale ?

Et tandis qu’une partie de l’opposition se fait perquisitionner simultanément, sur des bases douteuses, et avec certains vices de procédures révélés (Pourquoi Jean-Luc Mélenchon a-t-il été perquisitionné ?), dirigeants et actionnaires d’entreprises coupables peuvent continuer leurs magouilles en toute impunité.

Les nombreuses victimes ont trouvé en François Ruffin un porte parole idéal, certes. Mais ce qui est inquiétant c’est que sans ses révélations, et son enquête, qui aurait parlé de tels agissements ? Les journaux tenus par les propriétaires de ces grands groupes financiers ? Ou les chaînes de télévisions soumises aux mêmes personnes ?

Beaucoup de choses restent à faire en la matière. Quasiment tout en fait, tant ces grands groupes bénéficient d’une quasi totale impunité malgré leurs agissements. Sanofi n’est ni le premier, ni le dernier scandale que connaîtra le pays. Mais le fait que ce soit cette entreprise qui produit des médicaments pour notre santé pose un sérieux problème. Qui de notre santé ou de leurs profits sont leur priorité ? La réponse se trouve sans doute dans le nombre de personnes licenciées entre 2009 et 2015 où, sur les 6 200 personnes ayant perdu leur emploi, 4 000 étaient des chercheurs.

Pour approfondir la question voir l’interview de François Ruffin dans Libération.

Pourquoi Jean-Luc Mélenchon a été perquisitionné ?

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Capture d’écran Facebook/Jean-Luc Mélenchon

Ce mardi 16 octobre, à 7 heures du matin, des perquisitions ont visé les domiciles de , Jean-Luc Mélenchon, ainsi que les sièges de la France Insoumise, et du Parti de Gauche. Toute personne consciente et réfléchissant juste quelques instants à la situation verra que ces perquisitions sont de l’ordre du politique, et non pas du juridique.

Pourquoi ? Parce que la France Insoumise, au même titre que le Parti communiste d’ailleurs, représente l’opposition aujourd’hui. Jean-Luc Mélenchon et les parlementaires de la FI, dont François Ruffin en premier lieu, ne cessent de pointer du doigt les magouilles, les manigances et les arrangements du gouvernement.

Le contraste est, d’ailleurs, saisissant entre le traitement réservé à Alexandre Benalla et celui réservé dans la matinée à Jean-Luc Mélenchon. De même qu’aucun ministre ou député de la République en marche, impliqué dans des affaires judiciaires, n’a eu à subir ce même traitement.

Quels sont les motifs officiellement invoqués ? Ils sont au nombre de deux. Le premier concerne les assistants parlementaires européens. Je reprends ici les propos du journal Le Monde.  » Les enquêteurs veulent savoir si des fonds européens destinés à l’emploi d’assistant eurodéputé ont été utilisés pour rémunérer des collaborateurs du parti politique ». Tout part d’une plainte déposée par une élue d’extrême-droite, Sophie Montel. Cette dernière a d’ailleurs déclaré, elle-même, que sa plainte était une plaisanterie.

Le second motif est celui des comptes de campagne. Alors même que les comptes de la France insoumise avaient été validés par la commission nationale des comptes de campagne le 13 février dernier, sans aucune irrégularité. En revanche il est bon de rappeler que les comptes de notre actuel président ont été entachés d’irrégularités, avec des rabais et des tarifs préférentiels. Mais lui, comme les autres, ne devraient pas être inquiétés par des perquisitions à 7 heures du matin. Il est aussi bon de rappeler que c’est Jean-Luc Mélenchon qui avait demandé le 8 juin dernier un réexamen de tous les comptes de campagne.

Reste à savoir désormais quelles seront les suites de tels agissements politiques. Durant les heures de perquisitions les policiers ont mis la main sur plusieurs fichiers relatifs au mouvement de la France insoumise et au Parti de gauche. Aucun procès-verbal n’a été réalisé si bien que personne ne peut dire ce qu’ils ont réellement pris. Ce qui est sûr c’est que ces perquisitions interviennent alors que le gouvernement connaît une crise…