Tsipras est venu, a trahi, et a perdu (analyse des élections grecques)

Alexis Tsipras (crédits Reuteurs).jpg
Alexis Tsipras a reconnu sa défaite dimanche lors des élections législatives grecques. Crédits : Reuteurs

Les élections législatives grecques ont rendu leur verdict ce dimanche 7 juillet. Au terme du scrutin le parti Nouvelle-Démocratie (droite conservatrice) l’emporte largement avec 39,85% des suffrages, confirmant ainsi sa victoire aux élections européennes de mai dernier (voir : Les résultats de la gauche radicale, communiste, et apparentés, aux européennes pays par pays (2019). 

  • Tsipras : la défaite de la trahison 

Les électeurs grecs ont sanctionné les promesses non-tenues et la trahison d’Alexis Tsipras et de Syriza, élus en janvier 2015 avec un programme censé transformer la Grèce et rompre avec les politiques d’austérité et les mémorandums qui avaient précipité le peuple grec dans la misère sociale. 

Pourtant, le 5 juillet 2015, le peuple grec donnait son accord à Tsipras pour refuser les injonctions de l’UE lors du référendum organisé à l’initiative du gouvernement où la question posée était : Approuvez-vous le plan proposé par la Commission européenne, la Banque centrale européenne, et le Fonds monétaire international ? Le Non l’emportait à 61,31% des voix, mais Alexis Tsipras préféra ignorer ce résultat et mettre au placard son programme pour rentrer dans le rang.  

Depuis le Premier ministre grec, et son parti, n’ont fait qu’appliquer à la lettre les exigences de Bruxelles. Résultat : la confiance gagnée durement au prix de longues luttes politiques pendant plusieurs années a été perdue en quelques mois à peine, ruinant le travail de milliers de militants et de plusieurs organisations grecques. Mais plus globalement cette trahison a aussi mis un frein aux partis dits de gauche radicale européens, et notamment issus de l’Europe du sud (Italie, Portugal, Espagne) là où, pourtant, la crise et les politiques d’austérité avaient été particulièrement intenses. 

Le retour de la droite aux affaires n’est donc pas une surprise. Avec un gain de 83 députés le parti Nouvelle-Démocratie, mené par Kyriakos Mitsotakis, disposera de 158 parlementaires, soit la majorité absolue puisque le parlement monocaméral comporte 300 sièges. 

Derrière Syriza et ses 31,53% obtient 86 députés, et en perd 56 par rapport à la précédente législature, tandis que la coalition de centre-gauche Mouvement pour le changement, composée notamment du Mouvement socialiste Panhellénique (PASOK) et du Mouvement des socialistes démocrates (KIDISO) complète le podium avec 22 députés et 8,10% des voix. 

  • Le KKE conserve son groupe, le parti de Varoufakis fait son entrée au parlement 

A défaut de n’avoir pas obtenu de siège supplémentaires, le Parti communiste grec (KKE) garde son groupe en conservant ses 15 députés et en recueillant 5,30% des suffrages, en légère baisse, de 0,3%, par rapport aux élections de 2015. 

Pour plus de détails sur les résultats du KKE : Le Parti communiste grec a résisté. L’ère Tsipras est finie

Les autres forces de gauche n’auront pas non plus de quoi faire pencher la balance du bon côté. Si le Front de désobéissance réaliste européen (branche grecque du Mouvement pour la démocratie en Europe en 2025), de Yanus Varoufakis, parvient à faire élire 9 députés et à faire son entrée au Parlement avec 3,44% des voix, les partis Antarsya et Unité populaire n’obtiennent quant à eux que respectivement 0,41% et 0,28%.

  • L’extrême-droite en déclin 

La seule bonne nouvelle qui ressort de ce scrutin est la chute d’Aube dorée. Le parti d’extrême-droite avait pourtant réalisé un score conséquent en septembre 2015 avec 7% des voix et 18 députés, ce qui lui avait permis de se hisser à la troisième place de cette élection. 

Un peu moins de cinq après les néo-nazis d’Aube dorée n’ont sauvé aucun de leurs sièges. Et, avec 2,9% des voix il est clair que le peuple grec a tourné la (très petite) page de cette formation n’ayant que la haine comme programme. 

Un peu d’histoire #7 : le (vrai) rôle de l’URSS durant la Seconde Guerre mondiale – partie 3/3

Victoire URSS sur Allemagne naziz
Le drapeau de l’URSS flottant au dessus de la ville de Berlin, signe que l’Allemagne vient de perdre la Seconde Guerre mondiale. Source https://blogs.mediapart.fr/danyves/blog/210515/annie-lacroix-riz-le-role-de-l-urss-dans-la-deuxieme-guerre-mondiale

L’Histoire nous permet d’apprendre ce qui nous a précédé. En son temps, Karl Marx avait averti que « celui qui ne connaît pas l’histoire est condamné à la revivre », démontrant ainsi la nécessité pour chacun de connaître les événements passés qui, bien souvent, fournissent une source d’explication pour les événements présents et futurs. Mais connaître l’histoire c’est aussi raconter ce qui est passé sous silence, ou volontairement oublié par certains. Au travers de cette série d’articles, je vais m’efforcer de mettre à jour des faits ignorés aujourd’hui mais ô combien importants.

Après la première partie, consacrée aux années 30′, et à la seconde qui revenait sur les Accords de Munich et le pacte germano-soviétique, je vais m’attarder, dans cette troisième partie, sur conflit à proprement parler, ainsi que sur la libération de l’Europe pour essayer de démontrer que toute l’Europe de l’Est, et donc une majorité de pays, fut libérée des nazis grâce à l’Union soviétique

  • L’attaque de l’Allemagne 

En effet, en dépit du pacte germano-soviétique de non-agression entre les deux pays, Hitler souhaite toujours envahir l’Union soviétique. D’abord pour appliquer sa doctrine du lebensraum– l’espace vital- pour la race aryenne. A cela s’ajoute le côté idéologique, et le IIIe Reich n’hésitera pas à parler de « croisade moderne » pour justifier sa guerre contre l’URSS et mobiliser ses troupes. Dès décembre 1940 Hitler souhaite faire de cette invasion une priorité absolue, et pense qu’il est possible de gagner en quelques mois en appliquant sa tactique de la Blitzkrieg, afin d’éviter l’hiver russe.

En face, Staline est persuadé que l’Allemagne respectera le pacte scellé quelques mois plus tôt. A tel point qu’il refuse, jusqu’au dernier moment, à croire ses espions basés en Allemagne et à la frontière qui l’avertissent des mouvements des troupes nazis, et de l’imminence de l’attaque. Les forces mobilisées pour l’occasion sont considérables : près de 4 millions d’hommes, 4 000 chars, 3 000 avions. Ce sont 153 divisions allemandes, mais aussi finlandaises (qui rêvent de prendre leur revanche sur l’URSS après la courte guerre qui a opposé les deux pays entre le 30 novembre 1939 et le 13 mars 1940, et qui intègre de fait l’Axe), roumaines, hongroises, bulgares, italiennes, mais aussi la division Azul, formée de volontaires franquistes espagnols. 

L’invasion débute officiellement le 22 juin 1941, sous le nom de code « Barbarossa », en référence à l’Empereur du Saint-Empire romain germanique Frédéric Barberousse (1122-110). La surprise est totale pour les militaires soviétiques, et dans les premières heures du conflit l’aviation de l’URSS perd près de 2 000 avions. 

L’offensive se déroule sur plusieurs milliers de kilomètres, et sur trois fronts :

  • au nord avec pour objectif la prise de Leningrad, berceau de la Révolution russe 
  • au centre avec pour objectif Moscou, la capitale de l’Union soviétique 
  • au sud avec pour objectif la ville de Kiev et sa région, grenier à blé de l’URSS

Les premiers mois de l’attaque se déroulent parfaitement pour les Allemands, profitant de la désorganisation complète de l’Armée rouge qui n’a d’autres choix que de se replier partout. A la fin de l’année 1941 ils sont à proximité de Moscou, et en septembre le siège de Leningrad débute, il durera jusqu’au 27 janvier 1944. Mais les soviétiques organisent peu à peu la riposte. Et deux événements majeurs surviennent à la fin de l’année 1941. 

Hitler a échoué dans son plan initial qui était de boucler ce front avant l’hiver. L’arrivée de celui-ci marque une pause dans l’avancée allemande. Et, en décembre 1941, l’attaque surprise de Pearl Harbor par le Japon marque l’entrée en guerre des Etats-Unis. 

  • Le tournant de la bataille de Stalingrad 

Le 17 juillet 1942 débute la bataille de Stalingrad. Hitler a fait de la prise de la ville portant le nom de Staline un objectif personnel. Mais les Soviétiques peuvent compter sur des centaines de milliers d’hommes qui viennent en renforts pour tenir la ville, notamment de troupes massées à la frontière japonaise, qui reviennent à l’hiver 1943, après que Staline a eu la certitude par ses espions que la Japon n’attaquerait pas l’URSS et respecterait le pacte nippo-soviétique de neutralité signé le 13 avril 1941. 

En dépit des renforts massifs les pertes de l’Armée rouge sont considérables, plus de 1,2 millions de soldats sont tués, blessés ou prisonniers, à cela s’ajoute la mort de 300 000 civils. Mais à force de conquête et de reconquêtes, de batailles rues par rues et quartiers par quartiers, et d’un encerclement des forces allemandes, profitant que les flans des forces de l’Axe étaient tenus par les divisions hongroises et roumaines, bien moins performantes que leurs homologues allemandes, les troupes soviétiques parviennent à faire abdiquer le maréchal Von Paulus, contre les ordres d’Hitler, le 3 février 1943. 

Cette victoire, la première défaite militaire de l’Allemagne nazie en Europe est un tournant majeur de la Seconde Guerre mondiale. D’autant plus qu’avec l’entrée en guerre des Etats-Unis, Hitler se voit forcé de combattre sur deux fronts avec le débarquement en Sicile en juillet 1943 et le revirement de l’Italie qui dépose et arrête Mussolini (celui-ci sera libéré par un commando allemand et sera mis à la tête d’un état fantoche créé au nord de l’Italie : la République sociale italienne). 

e2515451-4353-4e53-a208-1661c65f1160

Carte réalisée avec le site : https://historicalmapchart.net/. Crédits : République sociale 

Notes pour cette carte : 

  • La Tchécoslovaquie est ici représentée en un seul pays, or si la Slovaquie constituait en effet une nation pendant la guerre, bien que totalement inféodée au IIIe Reich, l’autre partie de ce pays était intégrée à l’Allemagne depuis 1939 
  • La Finlande changea de camp et signa l’armistice avec l’URSS avant que celle-ci ne l’envahisse entièrement 
  • L’Armée rouge entra au nord de la Norvège, et le 25 octobre 1944 des forces de l’armée régulière norvégienne, exilées, reçurent l’ordre de rejoindre la Norvège pour libérer leur pays 
  • Les pays Baltes représentés ici étaient en réalité inclus dans l’URSS comme les autres Républiques socialistes soviétiques 

 

  • La reconquête de l’Europe 

Quelques jours après la reddition des divisions allemandes situées à Stalingrad, le 16 février 1943, l’Armée rouge reprend la ville de Kharkov, en Ukraine actuelle. Les événements vont ensuite s’accélérer au cours de l’année 1944. 

En effet, dès  janvier 1944 les troupes soviétiques parviennent à briser le siège de Leningrad et à entrer sur le territoire polonais. La libération de pays de l’Europe de l’Est a débuté : 

  • Les villes de Minsk (Biélorussie) et de Vilnius (Lituanie) sont respectivement libérées les 3 et 13 juillet 1944
  • le 15 mars 1944 l’Armée rouge pénètre en Roumanie, alors alliée de l’Allemagne. Mais, le gouvernement est renversé, et le nouveau en place ne tarde pas à changer de camp le 23 août 1944 il propose un armistice, qui ne sera signé que le 12 septembre 1944.
  • Le 6 septembre 1944 l’URSS entre en Bulgarie. Cette dernière, voyant son voisin roumain opérer un changement d’alliance, ne tarde pas à l’imiter. Cinq jours plus tard, le 11 septembre 1944 un armistice est ratifié entre la Bulgarie et l’Union soviétique. 
  • Le 12 septembre 1944 un autre armistice est signé entre la Finlande et l’URSS 
  • En janvier 1945 les Allemands évacuent les villes de Varsovie, Cracovie ainsi que le camp d’Autschwitz (épisode connu sous le nom de la « Marche de la mort ») car les forces de l’Armée rouge approchent 
  • Le 28 janvier 1945 l’ensemble de la Lituanie est libérée 
  • Le 13 février 1945 l’URSS prend la ville de Budapest, et libère l’ensemble de la Hongrie au début du mois d’avril 
  • En mars 1945 l’Armée rouge atteint l’Autriche et prend Vienne le 13 avril 1945
  • La Slovaquie, pays fantoche de l’Allemagne abandonne le combat au cours du mois d’avril 1945 
  • Le 16 avril 1945 l’offensive sur Berlin est lancée par les forces soviétiques 
  • Le 20 avril Berlin est encerclée 

Dans le reste de l’Europe l’Italie et la France ont été entièrement libérées à la fois par les Alliés, et par les résistances intérieures, Tito et ses partisans communistes libèrent la Yougoslavie tandis qu’en Grèce les forces de la résistance, aidées par le Royaume-Uni, où les communistes jouent là aussi un rôle important chassent les occupants. La fin de la Seconde guerre mondiale en Europe est alors imminente, et prend fin le 8 mai 1945.Mais le conflit continue en Asie car le Japon refuse de rendre les armes. Rompant le pacte de neutralité l’URSS déclare la guerre au Japon le 8 août 1945. Elle occupe les îles Sakhaline et Kouriles, et la Mandchourie est envahie. 

sondage-nation-contribue-defaite-nazis-2

Au sortir de la guerre le bilan est lourd pour tous les pays. Mais c’est bien l’Union soviétique qui a payé le plus lourd tribut. Avec plus de 26 millions de morts, dont plus de 15 millions de civils. Pourtant, pour une majorité de Français et d’Européens, ce sont les Etats-Unis qui ont le plus contribué à la libération de l’Europe. Il est certain que la guerre froide qui allait s’engager quelques mois plus tard, et l’opposition idéologique entre les deux blocs a favorisé cette vision que nous avons du conflit. Films et reportages sur le rôle de l’armée américaines ont fleuri par dizaines, négligeant parfois (souvent) le rôle joué par l’URSS. 

 

 

Les résultats de la gauche radicale, communiste, et apparentés, aux européennes pays par pays (2019)

parlement européen
Le groupe de la GUE/NGL sera très minoritaire. Source : parlement européen

En un mandat européen beaucoup de choses peuvent changer, et parfois pour le pire. En 2014 le groupe européen de la Gauche unitaire européenne / Gauche verte nordique (GUE/NGL) comptait 52 députés. Cinq ans plus tard ce nombre s’est bien réduit. J’ai essayé de recenser, pays par pays, les résultats des partis siégeant dans ce groupe, susceptibles de le faire ou aux idées similaires. Pour certains pays, notamment en Europe de l’Est il est très difficile de collecter de tels résultats, bien souvent car des listes proches idéologiquement de la GUE/NGL sont inexistantes ou très faibles électoralement.

  • Allemagne

Die Linke (la gauche) avait obtenu 7,57% des suffrages et 7 députés en 2014. Cinq ans plus tard les résultats européens confirment les résultats nationaux. Die Linke obtient 5,40% des voix et 5 sièges. De son côté le Parti communiste allemand (KDP) ne réalise que 0,05% des suffrages.

  • Autriche

En 2014 la liste Europa Anders, obtenait 2,1% des votes. Cette année cette liste n’était pas présente, en revanche celle regroupant le Parti communiste et l’ex mouvement de jeunesse des verts n’obtient que 0,7%.

  • Belgique

L’une des bonnes surprises de ce scrutin vient de Belgique. Le Parti du travail de Belgique (PTB) augmente son score par rapport de 2014 en passant de 3,51% des voix et aucun député à 5,74% et 1 député. Mais surtout les élections fédérales et régionales, qui se déroulaient le même jour, ont permis au PTB de passer, dans les diverses Assemblées de Belgique, de 8 à 42 élus.

Pour voir le détails des résultats : Le PTB perce dans tout le pays.

  • Bulgarie

En Bulgarie il n’y a pas de forces de gauche indépendante qui peuvent représenter une alternative crédible d’un point de vue électoral. En 2014 le parti  Gauche bulgare, affilié au Parti de la gauche européenne, n’avait obtenu que 0,64% des suffrages. Cette année je n’ai pas réussi à trouver leur score, et je ne sais pas s’ils ont représenté une liste.

En revanche la Coalition pour la Bulgarie qui regroupe six formations, dont le Parti socialiste bulgare (réformiste), mais aussi le Parti communiste bulgare, obtient 24,33% des voix, et 2  députés de plus que lors de la précédente mandature pour arriver à 5. Toutefois tous devraient siéger dans le groupe socialiste au Parlement européen.

  • Chypre

L’AKEL, le Parti progressiste des travailleurs, réalise un haut score et demeure le Parti communiste le plus puissant électoralement de l’Union européenne. Il passe d’ailleurs de  26,4% à 27,49% des voix et garde donc ses 2 députés.

  • Croatie

Comme en 2014 aucune liste qui aurait pu prétendre à siéger dans le groupe de la GUE/NGL n’a fait élire de député.

  • Danemark

L’Alliance rouge verte est parvenu à sauver son siège qu’elle avait en 2014. Cette année là l’Alliance rouge verte était membre de la coalition du Mouvement populaire contre l’UE qui avait recueilli 8% des voix et donc 1 député.

En 2019 ces deux formations ont fait bande à part. L’Alliance rouge verte atteint les 5,5% et obtient 1 siège. En revanche le Mouvement populaire contre l’UE chute à 3,7% et n’obtient donc aucun siège.

  • Espagne

Quelques semaines à peine après les élections générales espagnoles qui avaient vu le PSOE l’emporté, l’Espagne se votait à nouveau. Elections européennes, régionales et municipales étaient programmés le même jour. Pour le scrutin européen, comme pour les élections générales, le PSOE est arrivé largement en tête.

En 2014 Izquierda Unida (Gauche Unie) coalition qui regroupait sept formations de gauche, dont le Parti communiste espagnol, avait obtenu 9,99% des voix et 6 députés, en se positionnant en troisième position. De son côté le tout jeune parti Podemos, issu du mouvement des Indignés, obtenait lui 7,97% des voix et 5 députés.

Cinq ans plus tard le paysage politique espagnol n’est pas le même. Les deux formations n’ont pas réussi à concrétiser ces bons scores. Résultat : l’alliance qu’elles ont formé, baptisé Unidos-Podemos, n’obtient que 10,05% des suffrages et 6 sièges.

Toutefois d’autres partis qui ont obtenu des sièges d’eurodéputés pourraient rejoindre le groupe de la GUE/NGL, comme la coalition qui rassemblait notamment la Gauche républicaine de Catalogne et le Bloc nationaliste de Galicie qui obtient 5,61% des voix et 3 députés.

  • Estonie

En 2014 le site Espaces Marx recensait 0,89% pour la liste affilié au Parti de la gauche européenne. Cinq ans plus tard une liste similaire aurait a priori fait à peine 0,1% des suffrages.

  • Finlande

Comme au Danemark, l’Alliance de gauche avait 1 siège de député à conserver. Malgré une chute dans les résultats, passant de 9,3% en 2014 à 6,9% en 2019, l’Alliance de gauche parvient à garder son unique siège.

  • France

En France les résultats n’ont pas été à la hauteur des espérances du côté de la France insoumise, comme du côté du Parti communiste français. En 2014 le Front de gauche (qui rassemblait à l’époque plusieurs formations de gauche dont le Parti de gauche et le Parti communiste français) récoltait 6,61% des voix et obtenait 4 sièges.

La France insoumise s’en sort mieux que le Front de gauche puisqu’elle comptera 2 élus de plus. Mais il faut voir plus loin que ça. La France insoumise n’a pour le moment pas concrétisé les espoirs soulevés lors de la dernière présidentielle. De son côté le Parti communiste français réalise un bien faible score avec 2,49% des voix. Il n’y aura donc plus d’eurodéputés communistes français au Parlement européen, une première depuis 1979. Même son de cloche pour Benoit Hamon et son mouvement qui ne recueille, en France, que 3,27% des suffrages.

kke-syntagma-1.jpg
Manifestation du Parti communiste grec (KKE). Source : Initiative communiste
  • Grèce

En 2014, la victoire de Syriza aux élections européenne portait un souffle d’espoir sur toute l’Europe. Pour la première fois depuis longtemps, si l’on excepte Chypre, un parti de la gauche radicale pouvait accéder au pouvoir. En janvier 2015, effectivement, Syriza remportait les élections en Grèce et Alexis Tsipras devenait premier ministre. Mais les espérances que Syriza avait donné aux autres forces similaires dans l’UE se sont vites dissipées. Dès le mois de juillet 2015 s’en était fini du rêve d’une alternative crédible.

Depuis Alexis Tsipras a appliqué? comme ses prédécesseurs, de droite et sociaux-démocrates les mémorandums dictés par Bruxelles (voir : Grèce : entre austérité, répression et trahison). Pourtant les députés de Syriza ont continué, et vont sans doute continuer, de siéger dans le groupe de la GUE/NGL.

 Ainsi avec 23,8% des votes, Syriza fait moins bien qu’en 2014 puisque la formation avait alors recueilli 26,55% des voix. Toutefois le parti d’Alexis Tsipras maintient ses 6 députés. 

Quant au Parti communiste grec (KKE), qui ne siège plus dans le groupe de la GUE/NGL il parvient, lui aussi, à sauver ses 2 députés en connaissant également une légère chute dans son score électoral, passant de 6,11% des suffrages en 2014 à 5,41% en 2019.

Les autres forces de gauche n’auront aucun député et font des scores extrêmement bas. C’est le cas du le Mouvement pour la démocratie en Europe 2025, de Yanis Varoufakis, l’ancien ministre des finances de Syriza durant les premiers mois du gouvernement de Tsipras, et l’allié de Benoit Hamon au niveau européen, de la liste rassemblant l’Unité populaire et le Parti pirate ou encore de celle d’Antarsya (Front de gauche anticapitaliste).

  • Hongrie

Comme dans d’autres pays de l’Est les forces de gauche, non sociaux-démocrates, sont inexistantes. D’après le site Espaces Marx il n’y avait aucune liste qui pouvait s’apparenter à la GUE/NGL en 2014.

Cinq ans plus tard le Parti ouvrier hongrois, l’un des héritiers du Parti socialiste ouvrier hongrois, n’obtient que 0,42% des votes.

  • Irlande

Le Sinn Féin avait obtenu 17% des voix en 2014 et 3 sièges. En 2019 les choses ont évolué. Le Sinn Féin perd un siège et quatre points dans son score en obtenant 13% des voix.

En revanche la liste Indépendance pour le changement créée une petite surprise. Cette formation formée en 2014 réalise 15% des suffrages et gagne 2 députés. Toutefois rien ne certifie qu’ils siégeront avec le Sinn Féin dans le groupe de la GUE/NGL.

  • Italie

La situation de la gauche italienne est catastrophique. Elle l’était déjà en 2014 et cela se confirme en 2019.

Pourtant il y a cinq ans 3 députés avaient été élus sur la liste l’Altra Europa con Tsipras, qui avait récolté 4,07% des voix. Cette année la GUE/NGL ne sera plus représentée en Italie. Les diverses formations qui auraient pu y siéger ont réalisé des scores extrêmement faibles, preuve que tout est à reconstruire.

La liste La Gauche, qui rassemble l’Autre Europe avec Tsipras, La Gauche italienne, le Parti de la refondation communiste et le Parti du Sud (régionaliste), n’obtient que 1,75% des voix.

Parti communiste, avec 0,88% des suffrages atteint lui aussi un score ridicule.

A noter que la formation Potere al popolo (le pouvoir au peuple), soutenu par la France insoumise, avait renoncé à se présenter lors de ce scrutin.

  • Lettonie

En 2014 le site Espaces Marx recensait 1,55% pour une liste affiliée au GUE/NGL. Il est difficile de savoir si une telle liste a fait un score similaire en 2019. Mais ce qui est certain c’est qu’il n’y aura aucun député provenant de Lettonie qui siégera dans le groupe de la GUE/NGL.

  • Lituanie

Comme les autres pays Baltes les forces de gauche sont quasiment inexistantes en Lituanie. Aucun député de ce pays ne siégera donc dans le groupe de la GUE/NGL.

  • Luxembourg

Il est difficile pour des partis de gauche de réaliser des scores conséquents dans un pays comme le Luxembourg, paradis fiscal par excellence.

En 2014 Dei Lénk (La Gauche) obtenait 5,76% des voix, mais aucun siège. De même que le Parti communiste luxembourgeois (PCL) qui réalisait un score de 1,49% il y a cinq ans.

En 2019 les scores de ces deux formations sont presque similaires, même s’ils  sont en baisse. Dei Lénk n’obtient que 4,83% et le PCL 1,14%.

  • Malte

Il est difficile de savoir quels scores ont pu faire des listes affiliées à la GUE/NGL. Mais aucun député Maltais ne siégera dans ce groupe.

  • Pays-Bas

En 2014 le Parti socialiste avait créé une petite surprise avec 9,65% des voix et 2 députés. Il ne conservera pas ses sièges puisqu’il n’obtient cette fois-ci que 3,4% des votes.

En revanche le Parti pour les animaux, qui siège dans le groupe de la GUE/NGL, avait obtenu 4% des voix et 1 député en 2014. Il obtient le même score cette année et conserve donc son siège.

  • Pologne

Aucune liste affilié au Parti de la gauche européenne (PGE) ou à la GUE/NGL ne s’était présentée en 2014. En 2019 soit la situation est identique soit il est difficile de savoir ce qu’il en est. Toujours est-il que la situation politique pour la gauche polonaise est extrêmement difficile, et l’anti-communiste viscéral du pouvoir en place et la criminalisation de ceux-ci n’arrangent pas les choses (voir : Pologne : nouvelle terre de l’anticommunisme).

  • Portugal

Le Parti communiste portugais (PCP) et le Bloc de gauche ont fait le choix en 2015 d’appuyer le Parti socialiste portugais au parlement pour chasser la droite du pouvoir (voir : Portugal : une autre voie pour l’Europe).  Toutefois ces deux forces ne sont pas entrées au gouvernement et se sont présentées indépendamment aux élections européennes.

C’était déjà le cas en 2014. A l’époque la coalition de la CDU, qui regroupe le Parti communiste et les écologistes, avait obtenu 12,69% et 3 députés. De son côté le Bloc de gauche lui, avec 4,56% des voix avait 1 siège. Cinq plus tard les scores se sont inversés. Le Bloc de gauche obtient 9,82% des voix et 2 sièges tandis que le PCP avec 6,88% des suffrages perd un siège et en conserve 2.

  • République Tchèque 

La République Tchèque est l’un des seuls pays de l’Est de l’Europe où il y a encore un parti communiste assez puissant. En 2014 le Parti communiste de Bohême-Moravie obtenait ainsi 3 députés en récoltant 10,98% des voix. Mais cette année, comme beaucoup d’autres formations européennes similaires, ses voix sont en baisse. Avec 6,94 des voix les communistes de la République Tchèque ne sauvent qu’un seul siège de député.

  • Roumanie 

Comme ses voisins les listes de gauche qui auraient pu siéger dans le groupe de la GUE/NGL sont inexistantes en Roumanie.

  • Royaume-Uni

La situation britannique est délicate en raison du Brexit. En cas de sortie de l’UE du Royaume-Uni tous les députés élus il y a peu céderont leur siège. La campagne a été presque inexistante dans le pays car tous s’attendent à ne siéger que quelques mois au mieux.

Néanmoins le scrutin a bien eu lieu. Au terme de celui-ci le Labour Party, dont les députés actuels siègent avec le groupe socialiste européen, mais qui a connu un virage à gauche avec Jeremy Corbyn, obtient 10 députés et 14,08% des voix. Les travaillistes perdent donc 10 députés puisqu’en 2014 avec 24,43% des voix en 2014 ils avaient eu 20 députés.

Dans le même temps la branche britannique du Sinn Féin, qui avait eu 1 député et 0,97% conserve son siège malgré une légère chute de son score (0,63%).

  • Slovaquie 

En 2014 une liste affiliée à la GUE/NGL avait obtenu 1,83% des voix. En 2019 il n’y avait pas de liste similaire.

  • Slovénie 

En 2014 la Gauche unie n’avait aucun député mais obtenait 5,5% des voix. Cette année malgré une augmentation, puisque la liste de la Gauche obtient 6,34% des voix, elle n’aura toujours pas de député.

  • Suède 

Le Parti de gauche de Suède avait 1 siège d’eurodéputé à défendre. Ils avaient réalisé le score de 6,3% en 2014. Le siège est conservé en 2019 avec une légère augmentation du score (6,7%).

  • Bilan 

Au total les membres du groupe GUE/NGL, qui n’étaient déjà pas nombreux lors de la mandature 2014-2019, puisque le groupe comptait 52 eurodéputés lors de cette période, le seront encore moins pour la période qui arrive.

De son côté le mouvement européen Maintenant le peuple ne pourra sans doute pas créer un autre groupe européen. Il faut en effet 25 eurodéputés or les divers mouvements partis signataires de l’appel ne les possèdent pas :

  • 6 députés pour la France insoumise, et la Gauche républicaine et socialiste (France)
  • 6 députés pour Podemos- dans la coalition Unidos-Podemos (Espagne)
  • 2 députés pour le Blog de gauche (Portugal)
  • 1 député pour l’Alliance rouge et verte (Danemark)
  • 1 député pour l’Alliance de gauche (Finlande)
  • 1 député pour le Parti de gauche (Suède)

Au total ce sont donc 17 eurodéputés qui devraient siéger dans le groupe de la GUE/NGL. Il faut ajouter à cela :

  • 5 députés pour die Linke (Allemagne)
  • 1 député pour le PTB (Belgique)
  • 2 députés pour l’AKEL (Chypre)
  • 6 députés pour Syriza (Grèce)
  • 2  députés pour le Sinn Féin (Irlande)
  • 1 député pour le Parti pour les animaux (Pays-Bas)
  • 2 députés pour  la coalition CDU (Portugal)
  • 1 député pour le Parti communiste de Bohême Moravie (République Tchèque)
  • 1 député pour le Sinn Féin (Royaume-Uni)

Tous ces partis et mouvements totalisent 38 eurodéputés, même si rien ne certifie que tous acceptent de siéger avec les députés de Syriza.

Enfin il faudra déterminer si les formations suivantes siégeront dans le groupe de la GUE/NGL ou resteront indépendants :

  • les 3 députés de la coalition regroupant notamment la Gauche républicaine de Catalogne et le Bloc nationaliste de Galicie (Espagne)
  • les 2 députés du KKE (Grèce)
  • les 2 députés de la liste Indépendance pour le changement (Irlande)
  • quelques députés élus avec le Labour Party (Royaume-Uni)

Mais même en élargissant au maximum le groupe ne devrait donc pas atteindre les 50 eurodéputés. L’absence d’un groupe signifiant pour la gauche radicale démontre sur un plan européen la victoire des forces conservatrices. Les petites guerres entre partis et mouvement et l’absence de lignes claires peuvent expliquer en partie ce déclin dans la plupart des pays pour les formations de gauche radicale.

Grèce : entre austérité, répression et trahison

Alexis Tsipras & Jean-Claude Juncker

Depuis le mois de juillet 2015 et la trahison d’Alexis Tsipras la Grèce va mal. Elle était déjà dans une situation catastrophique suite aux divers plans d’austérité des gouvernements successifs de droite ou sociaux-démocrates. Mais l’élection de Syriza et de Tsipras aurait pu être source d’un renouveau. Une chose inédite en Europe où pour la première fois, si l’on excepte l’expérience chypriote de l’AKEL, un parti de la gauche dite radicale accédait au pouvoir et générait un immense espoir, non seulement en Grèce, mais dans toute l’Europe.

C’était pour toutes les forces progressistes la vision, enfin, d’un verrou qui cède, du premier domino qui tombe dans cette Europe ultralibérale minée de partout par l’austérité. Mais il n’en fut pas ainsi. Après quelques mois de révoltes et de bras de fer contre la Troïka (commission européenne, FMI, et BCE) le gouvernement grec cédait et se couchait, juste après avoir convoqué un référendum où le peuple grec s’était exprimé en majorité pour- justement- ne pas céder.

Depuis Alexis Tsipras est devenu un élève sérieux des institutions européennes appliquant les cures libérales qui sont imposées au peuple grec sans jamais parvenir à une amélioration de la situation pour le peuple grec. Le gouvernement d’Alexis Tsipras a ainsi continué à appliquer docilement les politiques de privatisation des entreprises grecques. Mais les salaires et les pensions diminuent et la pauvreté et l’extrême pauvreté continuent d’augmenter. C’est le résultat normal d’une telle politique.

Or, désormais ce libéralisme, voir cet ultralibéralisme, s’accompagne d’une politique de plus en plus répressive à l’égard des opposants. Et notamment à l’égard des opposants de gauche qui s’offusquent, à juste titre, de ces choix. Ainsi, des lois spéciales ont été votées, la police anti-émeute est de plus en plus déployée et des manifestations sont également interdites. Alors qu’avant les élections de 2015 les militants et les élus de Syriza s’opposaient aux ventes aux enchères des logements de ceux ne pouvant payer leur loyer, ce gouvernement, issu des rangs de Syriza organise désormais la répression contre ceux continuant à s’opposer à de telles pratiques.

Panagiotis_Lafazanis
Panayiótis Lafazánis lors d’une manifestation

Figure de la gauche grecque,  Panayiotis Lafazanis n’a pas été épargné par la répression de ces anciens camarades. Lui qui a, dans sa jeunesse, résisté à la dictature des colonels, puis a été élu député sous l’étiquette Syriza avant de faire partie du premier gouvernement d’Alexis Tsipras, en tant que ministre de la Restructuration de la production, de l’Environnement et de l’Énergie, s’était ensuite éloigné de Syriza après la trahison du gouvernement. Il créait alors le Parti Unité Populaire en en août 2015.

Lui n’a pas trahi ses engagements. Et pour cela il est poursuivi par le gouvernement grec pour pas moins de seize motifs différents. En tout, Panayiotis Lafazanis risque neuf ans de prison si les différentes peines sont cumulées.

  • La fin de la crise, vraiment ? 

Et pourtant, le 20 août dernier, le pays sortait officiellement de la période des plans de sauvetage, conduisant, quelques mois plus tôt, Pierre Moscovici, l’ancien ministre de l’Économie et des Finances entre 2012 et 2014 sous Hollande, a déclarer « Pour la Grèce, ce sont huit ans d’efforts et de sacrifices qui s’achèvent ». Des efforts et des sacrifices qui auront touché les classes populaires et moyennes, comme toujours, tandis que les vrais responsables de la crise, eux, s’en sortent indemnes. Fallait-il arriver à ce niveau d’austérité, de pauvreté, de chômage pour, soi disant relancer l’économie grecque ? L’exemple récent du Portugal (Portugal : une autre voie pour l’Europe) nous montre qu’une politique préconisant l’inverse de ce que Bruxelles prévoit et ordonne a conduit le pays a des résultats économiques plus que satisfaisants.

Mais le peuple grec ne s’y trompe pas, et les prochaines élections législatives s’annoncent terribles pour Syriza. D’autant plus qu’Alexis Tsipras a intégré, dans son nouveau gouvernement, des personnes issues de l’ancien Pasok et d’autres issues de Nouvelle Démocratie, le parti de droite. Pour le moment Syriza se place derrière la droite, selon un écart qui oscillerait entre 5 et 11 %. D’ailleurs le premier ministre grec est lui aussi au plus bas dans les sondages.

Les parties et personnes se réclamant de gauche ne peuvent désormais plus soutenir le gouvernement grec. Depuis juillet 2015, et son renoncement, Alexis Tsipras et Syriza ne sont plus dignes de notre confiance. Et d’autres forces de gauche grecques méritent, et attendent notre soutien. Les prochaines élections, qui auront lieu en septembre prochain, seront un vrai indicateur pour savoir dans quelle direction ira la Grèce ces prochaines années.

Pour approfondir le sujet :

Imposer un changement de cap en Europe

téléchargement

Comme cela a déjà été dit à maintes reprises, je ne m’étendrais pas sur la nécessité qu’il y a à changer nos institutions en vue d’une VIème République véritablement démocratique, participative, sociale, et écologique (1). Ce changement apparaît comme nécessaire si nous ne voulons pas aller droit dans le mur et laisser le pouvoir à des personnes aux idées dangereuses. Pour autant, transformer nos institutions en France et changer de cap politique ne suffira pas. Il faudra que nous arrivions à imposer un rapport de Force au sein de l’Union européenne, hostile à tout changement démocratique et/ou politique.

Comme le spécifie le programme l’Avenir en commun, nous pensons en effet, qu’il est possible d’imposer une nouvelle Europe par la sortie et la renégociation des traités actuels en vigueur, véritables carcans qui nous obligent à adopter des mesures économiques absurdes et inefficaces. Pour preuve, il n’y a qu’à observer les exemples irlandais, italiens, grecs, espagnols, chypriote ou portugais. Partout où des mesures drastiques d’austérité ont été appliquées, les résultats ont été désastreux pour les économies et pour les peuples. A un point tel qu’en Grèce le nombre de suicides a augmenté, tout comme la mortalité infantile.

Depuis 2015 toutefois, au Portugal, c’est un gouvernement de gauche qui est au pouvoir. Les socialistes, soutenus par le Parti communiste portugais, le Bloc de gauche et les écologistes au Parlement mènent une politique qui bien qu’en rupture partielle avec celle préconisée par l’UE a conduit à des changements bénéfiques pour la population. Les dirigeants portugais ont ainsi fait le choix d’une augmentation du salaire minimum, d’une revalorisation des retraites, d’une lutte contre le travail précaire imposé au peuple portugais sous les précédents gouvernements mais aussi d’un arrêt des privatisations des infrastructures (2).

Le tournant Grec : 

Avant l’élection d’Alexis Tsipras en Grèce, nous pensions pouvoir transformer l’Union européenne afin d’en faire une Europe des peuples, de l’égalité et de la solidarité, libérée de la dictature de la finance. Il n’y avait presque pas de doutes, l’élection de nos camarades de Syriza devait suffire au changement.

Le référendum convoqué en Juillet 2015, que le peuple grec gratifiait d’un « Oxi » (non) retentissant quant au mémorandum proposé par les institutions de l’UE, n’avait fait qu’amplifier notre conviction. Une conviction très vite balayée par la commission européenne qui, par l’intermédiaire de son président- Jean-Claude Juncker- mentionnait qu’il ne pouvait avoir « de choix démocratiques contre les traités ». Mais l’espoir fut aussi balayé d’un revers de main par le gouvernement Grec lui-même et son premier ministre Alexis Tsipras. Certes les pressions contre le peuple grec et ses dirigeants ont été scandaleuses de la part des institutions européennes, ces dernières allant même jusqu’à couper les liquidités aux banques grecques, mais les dirigeants grecs auraient dû avoir un autre plan afin de parer à l’éventualité que les technocrates de Bruxelles, appuyés par les autres chefs de gouvernement feraient tout pour qu’aucune politique différente apparaisse (3).

La suite nous la connaissons : la démission d’Alexis Tsipras, puis sa réélection et l’application du nouveau mémorandum à l’opposé du programme de nos camarade de Syriza qui d’ailleurs implosera peu après donnant lieu à l’émergence d’un nouveau parti à sa gauche : Unité populaire.

Imposer un rapport de force

Voilà pourquoi désormais nous avons adapté notre stratégie vis à vis de l’Union Européenne. Une stratégie clairement expliquée dans le programme l’Avenir en commun. Elle est divisée en deux plans. Le premier, le plan A consistant, par la négociation, à renégocier les traités européens afin de les rendre favorables aux intérêts des peuples et non plus à ceux des banques. C’est ce qui est préférable pour tout le monde, d’autant plus que la France n’est pas la Grèce en terme de poids économique puisque nous représentons 18% du PIB européen.

Néanmoins si les institutions de l’UE, commission européenne et BCE en tête, qui ne sont élues par aucun citoyen européen, s’entêtaient à refuser un changement de politique européenne nous n’aurions d’autres choix que de quitter les traités européens actuels.

Cette question là est toutefois essentielle à comprendre car c’est aussi l’une des différences majeures que nous pouvons avoir avec Benoît Hamon qui ne souhaite pas remettre en cause l’ordre européen établi et qui croit encore au vieux rêve des sociaux-démocrates d’une Europe sociale sans rien changer au niveau du fonctionnement et de la politique économique.

eurofish3_copie

Rendre l’Europe plus démocratique et plus viable

Ce n’est pas un hasard si tant de personnes et de pays affichent désormais leur opposition à l’Europe, telle qu’elle est. Le manque de démocratie au sein de ses institutions et les directives absurdes prises par les financiers de l’UE ont conduit à un tel dégoût. Par exemple, les débats concernant le CETA, et le TAFTA qui pourtant vont décider de la vie de centaines de millions d’européens, ont été menés de la manière la moins démocratique possible. A aucun moment les peuples européens n’ont pu se prononcer sur des traités qui les concernent directement, et il a fallu que nos députés du Front de Gauche et du Parti communiste (parmi lesquels Patrick le Hyaric, directeur du journal l’Humanité, et Jean-Luc Mélenchon) réunis au sein du groupe parlementaire européen GUE/NGL- Gauche unitaire européenne/ Gauche verte nordique- ainsi que les écologistes nous alertent depuis plusieurs années sur ces projets néfastes.

Les peuples européens ont perdu l’habitude d’être questionnés sur les traités européens alors qu’il devrait y avoir un référendum organisé dans chaque pays de l’UE à chaque nouveau traité. Jean-Luc Mélenchon a par ailleurs affirmé à plusieurs reprises son intention de demander l’avis du peuple français- et de s’y plier- à chaque fois qu’un traité européen devra être renégocié ou appliqué. Car il faut bien avoir à l’esprit que ce sont ces traités qui conditionnent nos choix économiques et ont un impact dangereux sur nos vies. Un exemple parmi d’autres celui de la SNCF. Les politiques de libéralisation forcées demandées par Bruxelles et appliquées docilement par nos gouvernements ont conduit à une apparition de la logique de marché sur un secteur normalement réservé à l’Etat.

Cela s’est fait, malgré une vive opposition des syndicats cheminots, et au détriment de l’usager. En effet, un service public a vocation à rendre service à la population mais n’a pas de but lucratif en soi. Or, dès lors qu’une logique de marché est introduite dans ces secteurs là, et que le but premier de l’entreprise devient le profit, la qualité s’en trouve forcément amoindrie. Car pour réaliser des profits conséquents, et gaver les actionnaires au détriment des salariés, l’entreprise devra baisser les salaires ou licencier, augmenter les prix ou bien diminuer la qualité du service. Ce sont exactement les mêmes logiques qui prévalent pour la Poste par exemple et qui mènent à la disparition de nos services publics.

La question européenne apparaît donc comme centrale dans cette élection présidentielle, d’autant plus avec le Brexit, d’autant plus avec le référendum italien. Les élections en Hollande ont quant à elles placé le parti d’extrême-droite, allié du Front national second. En Pologne et en Hongrie ces partis d’extrême-droite sont arrivés au pouvoir et mènent des politiques désastreuses.

Les élections françaises, puis allemandes au mois de Septembre devraient donc être observées dans toute l’UE car elles devraient montrer ce que ressentent les peuples de deux pays essentiels pour la construction européenne. Marx avait prévenu que « ceux qui ne connaissent pas l’Histoire sont condamnés à la revivre », le passé nous a montré que la haine entre les peuples européens pouvaient conduire aux pires atrocités, réorganiser l’Europe sera donc bénéfique à la paix qui plus que jamais est menacée.


(1) : La VIème République 

(2) : Portugal : comment l’union des socialistes et de la gauche radicale a mis un terme à l’austérité

(3) : Grèce : l’espoir déçu 

Grèce : l’espoir déçu

80244010_o

 

Janvier 2015 : toutes les forces progressistes européennes, et au delà de ça plusieurs partis asiatiques, africains, américains, voyaient l’arrivée d’Alexis Tsipras ( issu du Parti de la gauche radicale Syriza ) au poste de premier ministre de la Grèce d’un oeil rempli d’espoir. Alors que la Grèce avait été soumise pendant des années à la dictature des marchés financiers, humiliée par Bruxelles et ses technocrates, lâchée par les sociaux-démocrates et confrontée à l’une des plus grandes crises financière, monétaire et humaine qu’elle n’ait jamais connue.

Ces élections voyaient pour la première fois, depuis le rétablissement de la démocratie en Grèce  en 1974, une majorité et un premier ministre qui n’était issu ni de la droite ni du PASOK ( le Parti socialiste grec ). Porté par un programme populaire, légitime et ambitieux, Syriza ne disposait toutefois pas d’une majorité suffisante au Parlement, l’obligeant à négocier avec les Grecs indépendants de l’ANEL- un parti de droite souverainiste mais désireux d’en finir avec les mémorandums imposés par l’Union européenne. Surtout, Syriza pensait avoir l’appui et le soutien du KKE- le Parti communiste grec qui refusa de participer au gouvernement expliquant que Tsipras céderait rapidement aux exigences des financiers.

Plus d’un an après l’arrivée au pouvoir de Syriza, le moins que l’on puisse faire c’est de donner raison au Parti communiste grec qui, en dépit des critiques que l’on peut faire à son encontre et notamment envers son « sectarisme », a su rester cohérent tout au long de cette période. Pourtant, à l’inverse de François Hollande, qui s’est abaissé immédiatement aux exigences de Bruxelles , Alexis Tsipras a d’abord engagé un bras de fer avec le reste de l’Europe notamment avec le concours de son ministre des finances, Yanis Varoufakis. Et c’est lorsque l’on pensait la Grèce la plus puissante, après la victoire écrasante du « Non » au référendum du mois de Juillet- qui donnait à Alexis Tsipras une légitimité pour poursuivre et accentuer le bras de fer- que celui-ci décida de se coucher devant les créanciers de la Grèce.

Le 13 juillet 2015 un accord est donc trouvé entre d’une part le gouvernement grec et d’autre part les créanciers de la Grèce, c’est à dire les autres Etats européens tous ligués contre Syriza. Avant d’accabler Tsipras et ses promesses non tenues, il faut remettre les choses dans leur contexte. A savoir que dès le début ,l’Union européenne a usé de pressions contre les intérêts du peuple grec. En portant atteinte au choix démocratique d’un peuple, l’Union européenne a violé la souveraineté de la Grèce, à l’instar de Jean-Claude Juncker- ancien premier ministre du Luxembourg et désormais président de la commission européenne- qui déclarait qu’il ne « peut avoir de choix démocratiques contre les traités » .

La Grèce aurait pu s’appuyer sur des pays tels que la Chine, le Brésil, la Russie ou encore l’Iran pour réellement mener un bras de fer. Mais en dépit de la volonté du peuple grec, le gouvernement a finalement pris la décision de renoncer à son programme, même s’il est vrai qu’ils ont dû faire face à l’arrêt de l’approvisionnement des banques grecques par la BCE, ce qui par ailleurs constitue une autre grave atteinte à la souveraineté de ce pays.

Après cet épisode, véritable coup d’arrêt à l’élan qu’avait insufflé la victoire de la gauche radicale, Alexis Tsipras a choisi de démissionner, pour mieux revenir quelques semaines après et pouvoir appliquer le programme des créanciers. Adieu les promesses de fin de l’austérité, d’une redistribution des richesses, la Grèce est de nouveau rentrée dans le rang : privatisations, baisse des retraites, abandon d’une renégociation de la dette ; Syriza semble avoir cédé sur tous les points. Et ce n’est pas simplement nous ou d’autres personnes hors de Grèce qui le disons, auquel cas certains pourraient nous rétorquer d’aller voir ce qu’il s’y passe vraiment, mais y compris au sein de Syriza on condamne cette attitude. Ainsi, par une scission du Parti, des députés, des élus et des militants ont créé Unité populaire qui se veut comme une force de gauche de transformation sociale désireuse d’appliquer le programme initial de Syriza, et même d’aller plus loin.

Et maintenant ?

tsipras_traitre2

Avec du recul, on ne peut s’empêcher de penser que Tsipras aurait pu et dû faire autrement. Il a son seulement trahi ses camarades grecs et européens, mais surtout son peuple qui souhaitait un changement radical des politiques menées. Pourtant, dans les premiers mois du premier gouvernement, plusieurs mesures et annonces pouvaient laisser supposer un bel avenir. Fin des privatisations, rétablissement de la durée légale du travail et du salaire minimum, réouverture de ERT- la télévision publique-, ouverture d’une commission d’audit de la dette. De même qu’encore aujourd’hui la Grèce est l’un des seuls pays européens, avec le Portugal également, a vouloir trouver une solution humaine et progressiste pour les réfugiés en ne les laissant ni à la mer, ni dans des camps insalubres.

Désormais, le risque est de se trouver avec une extrême-droite relativement puissante et à même de prendre le pouvoir. Si ce n’est pas le cas pour le moment, le futur peut laisser envisager le pire, d’autant plus lorsqu’on connaît le Parti Aube Dorée. A côté lui le Front national peut apparaître comme relativement modéré. En effet, les néonazis grecs n’hésitent pas à user de la violence contre des populations ciblées, leur propositions font penser aux pires heures de notre histoire, quant à leur symbole, ce n’est ni plus ni moins qu’une croix gammée modifiée. Et quand on sait que la pauvreté est un terreau pour le fascisme, les mesures qu’imposent le nouveau mémorandum peuvent laisser place au pire.

D’où l’importance de se démarquer du gouvernement Syriza-ANEL et d’affirmer au peuple grec que l’austérité n’est pas une fatalité et qu’une politique au service des peuples est possible comme c’est par exemple le cas au Portugal ,si nous voulons rester dans des exemples européens. Pourquoi ne pas rassembler toute les forces vives à gauche, qu’elles soient politiques, associatives ou syndicales autour de l’Unité populaire et du Parti communiste grec ? Pour le moment une telle union semble difficile à réaliser mais nous avons confiance en la capacité de nos camarades grecs à réagir après cette désillusion.