Vent d’espoir en Argentine

Alberto Fernandez
Alberto Fernandez, candidat du Frente de Todos, lors de l’annonce des résultats des primaires Photo / /Agustin Marcarian / Reuters

Président ultra-libéral et allié inconditionnel des Etats-Unis, Mauricio Macri, en poste depuis le 10 décembre 2015 vient de subir une cuisante défaite, porteuse d’espoir pour tous ceux ayant souffert de sa politique depuis son élection. A l’occasion des primaires, obligatoires pour ceux et celles souhaitant être candidats aux élections générales, dont le premier tour aura lieu le 27 octobre prochain, et qui constituent un réel sondage grandeur nature, le président argentin est arrivé loin derrière le Frente de Todos. 

  • Un bilan désastreux 

Les Argentins ont ainsi sanctionné ce chantre de l’économie de marché dont l’orientation économique a fait exploser la pauvreté et le chômage. La pauvreté atteint ainsi 32%, soit le plus haut niveau depuis la crise de 2001, tandis que le chômage qui était de 8,2% en 2018 a grimpé à près de 10% en 2019. 

Licenciements massifs, perte de valeur du peso argentin par rapport au dollar, inflation galopante qui a atteint 48% en 2018, gel des salaires et des pensions sont devenus monnaie courante dans l’Argentine de Macri qui affichait une croissance négative de – 2,6% en 2018, loin des espérances du gouvernement.

Mauricio Macri persiste pourtant et signe. En témoigne les prêts contractés auprès du FMI qui exige en retour un équilibre budgétaire. Le cercle vicieux est alors lancé, puisque pour essayer d’atteindre cet objectif le gouvernement argentin baisse (encore) les dépenses publiques, entraînant un accroissement des difficultés quotidiennes pour les plus démunis. 

Mais les Argentins n’ont pas attendu les primaires pour manifester leur mécontentement. Et de grèves générales en manifestations massives à travers tout le pays ils ont fait entendre leur colère et leur revendications jusqu’au vote de dimanche dernier. 

  • Le Frente de Todos en bonne position 

Les PASO (primaires ouvertes, simultanées, et obligatoires) sont un passage pour quiconque souhaite accéder à la présidence de l’Argentine puisqu’il faut au moins y obtenir 1,5% pour pouvoir être candidat aux élections générales. Mais plus que cela le vainqueur de ces primaires est quasiment certain de remporter les prochaines échéances électorales du 27 octobre. Car avec une avance de près de 15 points, le candidat du Frente de Todos, Alberto Fernandez dispose d’un sérieux avantage sur son adversaire Mauricio Macri. En effet avec Cristina Cristina Fernández de Kirchner (présidente de l’Argentine de 2007 à 2015) et candidate pour la vice-présidence, Alberto Fernandez jouit de la popularité encore élevée de cette dernière.

Le binôme porte les couleurs du Frente de Todos, une coalition regroupant près de 20 mouvements et partis, dont le Parti justicialiste (issu du péronisme) mais aussi des partis socialistes, et communistes. C’est cette coalition à qui les Argentins ont, semble-t-il, accordé leur confiance en lui donnant 47,65% des voix. 

Derrière Mauricio Macri ne recueille lui que 32,05% des suffrages, tandis que Roberto Lavagna ferme la marche du podium avec 8,22%. Pour plus de précisions voir : Le péronisme remporte les primaires (PASO) contre le président de droite

L’interview du mois : épisode 1 – Marie-Christine Vergiat (ex-eurodéputée de 2009 à 2019)

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Cette nouvelle rubrique mensuelle a pour objectif de donner la parole à différents acteurs de la vie politique, syndicale, associative française. Des personnes qui n’ont pas, ou très peu, accès aux médias dominants. Pour ce premier épisode Marie-Christine Vergiat, qui fut députée européenne de 2009 à 2019 sous l’étiquette du Front de Gauche nous a fait l’honneur de répondre à nos questions. 

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1) Votre second mandat d’eurodéputée vient de s’achever. Quel bilan tirez-vous de ces dix années passées au Parlement européen ? 

Ce bilan est plutôt positif même s’il est contrasté. J’ai appris beaucoup de choses durant ces 10 années de mandat. Au Parlement européen, on voit concrètement comment pourrait se mettre en œuvre un autre projet européen.

Le Parlement européen a beaucoup plus de pouvoirs et est beaucoup plus démocratique qu’on l’imagine trop souvent en France ; les rapports de forces s’y construisent d’abord au sein des groupes politiques, puis entre eux. Et pour mener et surtout gagner une bataille, il faut dépasser les antagonismes nationaux et chercher à construire du commun, ce que j’appellerai volontiers un intérêt général européen. Si on ne comprend pas cela, ce n’est pas la peine de dire que l’on croit à une autre Europe. J’ai aussi appris à être moins ethnocentrée, à me nourrir et à progresser à partir de l’expérience des autres.

Il y a 28 Etats membres dans l’Union européenne. Et un nombre encore plus important de peuples avec des histoires et des cultures plus ou moins différentes. On apprend à s’appuyer sur ce qui nous est commun pour aller vers un plus européen. C’est particulièrement vrai en matière sociale ;  les cultures syndicales et la construction de l’Etat providence varient d’un Etat à l’autre sans que les différences soient insurmontables et sans que la position commune ne se résume au plus petit dénominateur commun qui ne peut que tirer tous les salariés vers le bas. Donc il faut apprendre à travailler et à construire des luttes ensemble au-delà des frontières.

Mais ce que j’ai trouvé le plus difficile, le plus ingrat, est sans aucun doute l’absence de connaissance et donc de reconnaissance de notre travail, y compris pendant la campagne électorale, quel que soit nos groupes politiques d’appartenance d’ailleurs. Et c’est assez consternant de constater, et c’est particulièrement vrai en France, à quel point le fonctionnement des institutions européennes est méconnu..

2) Malgré le faible nombre des députés du groupe de la Gauche unitaire européenne / Gauche verte nordique (GUE/NGL) certains de vos combats ont-ils trouvé un écho au sein du Parlement européen ? Avez-vous pu faire passer des lois ou des amendements ? 

Aucun groupe politique au sein du Parlement européen n’a la majorité à lui tout seul. L’institution a donc un fonctionnement très différent de celui que nous connaissons en France notamment à l’Assemblée nationale où les député.e.s de la majorité suivent de façon quasi monolithique les positions du gouvernement. C’est plus vrai que jamais actuellement avec la majorité pléthorique de la République en marche. Rien de cela au Parlement européen.

Sur chaque sujet, le rapporteur, qui peut être issu de n’importe quel groupe politique (les rapports étant distribués à la proportionnelle des effectifs des groupes), travaille avec un représentant de chaque groupe politique et c’est au sein de cette équipe que se négocie l’ensemble des amendements et que se construisent des majorités, beaucoup plus diverses que ce que l’on croit généralement.

Et oui, selon les sujets, nous pouvons faire adopter un nombre d’amendements plus ou moins importants selon les textes qui sont soumis au Parlement européen et à ses commissions. C’est ce que j’ai pu faire par exemple sur les résolutions portant sur les violations des droits de l’Homme hors Union européenne et c’est ainsi que j’ai pu faire adopter un rapport sur « Migrations et droits de l’Homme » avec 6 petites voix de majorité en séance plénière.

De même, la bataille, menée au Parlement européen par la Gauche européenne et les écologistes sur la pêche électrique, a permis d’aboutir à son interdiction et de la même façon, nous avons pu sauver le plan d’aide alimentaire en faveur des plus défavorisés. Et ce ne sont là que quelques exemples.

3) Beaucoup se demandent quel rôle a un eurodéputé, pouvez-vous préciser celui-ci ainsi que les pouvoirs réels du Parlement européen ? 

Le rôle d’un ou d’une eurodéputé.e est celui de n’importe quelle parlementaire : il ou elle vote des textes législatifs, c’est-à-dire les règlements et les directives européennes. Aucun texte législatif européen ne peut être mis en oeuvre sans l’accord du Parlement européen. Les parlementaires européens votent aussi des rapports ou des résolutions par lesquelles la majorité du Parlement européen donne à voir sa position. C’est important notamment quand la Commission européenne publie des communications qui peuvent déboucher sur des textes législatifs dont elle a seule l’initiative. 

Au niveau institutionnel, on dit que le Parlement européen est co-législateur avec le Conseil représentant les gouvernements des Etats membres, c’est-à-dire que tout texte législatif doit être adopté exactement dans les mêmes termes par le Parlement et le Conseil. C’est une forme de bicamérisme.  Sans accord entre les deux institutions, il n’y a pas de texte.

On peut regretter que ces dernières années, alors que les pouvoirs du Parlement européen ont été plutôt augmentés dans les Traités, les Etats tentent par tous les moyens de le contourner et d’imposer leur point de vue. Pire, ils bloquent certaines législations européennes à défaut d’accord entre eux. On l’a vu sur le congé de maternité européen, sur la création d’un titre de séjour unique, d’un vrai droit asile européen ou sur la réforme du règlement de Dublin concernant l’examen du droit d’asile. Et, en plus, souvent, pour des raisons politiques, la majorité du Parlement cède sous la pression du Conseil.

Plutôt qu’un intérêt général européen, les Etats pratiquent l’addition des intérêts nationaux.

4) Vous avez été élue sous l’étiquette du Front de gauche. Que pensez-vous de l’éclatement de ce dernier et de la dispersion de la gauche ? 

Cet éclatement m’attriste. Les élections les unes après les autres montrent que c’est une impasse. Jamais sous la Vème République, la Gauche n’a été à un niveau aussi bas. Jamais, elle n’a envoyé aussi peu  de député.e.s au Parlement européen. Depuis 1979, date des premières élections du Parlement européen au suffrage universel, c’est la première fois qu’il n’y aura pas de communistes français dans l’hémicycle de Strasbourg. J’espère que les élections municipales seront l’occasion d’un sursaut, d’un rassemblement pour éviter de faire cadeau d’une nouvelle vague d’élu.e.s à La République en Marche et au Président de la République.

5) Comment interprétez-vous les scores, dans certains pays, des partis d’extrême-droite, notamment en Hongrie, en Pologne, ou en Italie ? 

On a oublié que les Etats de l’Europe centrale et orientale, avant de rejoindre l’UE en 2004, ont subi de véritables purges économiques et sociales, sans parler du démantèlement de leurs entreprises publiques au plus grand bénéfice des pays de l’ouest et de leurs entreprises y compris publiques. Il n’est pas surprenant que, dans ces  pays, le « modèle européen » ne fasse plus rêver.

Parallèlement, la crise financière de 2008 a permis d’accélérer la mise en place des politiques ultralibérales  avec toujours plus d’austérité, plus de casse sociale et de démantèlement des services publics. Les écarts n’ont cessé de se creuser entre États européens mais aussi à l’intérieur de ceux- ci. L’absence de solidarité européenne face aux mouvements de population consécutifs aux « révolutions arabes »  et à la « crise du Moyen-Orient » ont permis de faire des réfugiés de véritables boucs émissaires.

Et les gouvernements dits démocrates, quels qu’ils soient, plutôt que de tourner le dos aux politiques d’austérité et de combattre la montée des haines, l’ont accompagnée avec des discours et des politiques, notamment migratoires, basées sur le rejet de l’autre.

Comment s’étonner que cela fasse le jeu des nationalistes et de l’extrême- droite et qu’au final, les électeurs préfèrent l’original à la copie et ce, y compris en France. N’oublions pas notamment que Marine Le Pen a gagné 3 millions d’électeurs entre les deux tours des élections européennes. Chez nous aussi, des digues sont tombées.

6) Vous avez vécu en tant qu’eurodéputée la crise grecque et les reniements d’Alexis Tsipras en juillet 2015. Cet épisode a-t-il eu, selon vous, un impact négatif sur la dynamique des forces de la gauche radicale ? 

Oui j’ai vécu et plutôt mal vécu la crise grecque. J’ai vu comment Alexis Tsipras a été traité par les groupes de droite au Parlement européen : une sorte de mépris dont aucun autre Premier ministre n’a fait l’objet. J’ai entendu le Président de la Commission dire qu’il ne pouvait y avoir de démocratie en dehors des Traités. Et j’ai constaté combien on avait laissé Alexis Tsipras seul lors du bras de fer qui l’a opposé aux ministres de l’économie et des finances de la zone euro après le OXI, le non des Grecs. 

Peu ont vu que ces ministres ont tout fait pour pousser la Grèce et son gouvernement de Gauche radicale hors de la zone euro, voire de l’UE. Alexis Tsipras s’est trouvé devant un choix cornélien : quitter la zone euro, voire l’UE (ce que les Grecs dans leur immense majorité ne voulaient pas) ou accepter le 3ème mémorandum. Je ne suis pas grecque et je ne sais pas ce que j’aurais fait à sa place ou à celle des parlementaires grecs. 

J’ai juste pu constater qu’Alexis Tsipras avait conservé une majorité pour gouverner jusqu’à ce qu’il provoque des élections anticipées et qu’il a certes perdu les élections en Grèce, mais avec un score supérieur à 32 % des voix dont beaucoup de gouvernements européens aimerait se prévaloir y compris en étant vainqueur des élections. Nous pourrions avoir quelques surprises dans ce pays dans les prochaines années. 

Et si cette phase difficile pour la Gauche européenne a eu un impact, c’est plutôt en donnant à voir notre incapacité à analyser la situation en Grèce, à être solidaire et à dénoncer la façon dont les gouvernements néolibéraux, quels qu’ils soient, ont empêché toute expérience originale menaçant les dogmes européens.

7) D’ailleurs vous êtes aussi membre du Parti de la gauche européenne, est-ce un instrument viable au niveau européen pour créer un rapport de force favorable ?   

Le Parti de la Gauche européenne (PGE) est l’un des plus jeunes partis européens. Il a été créé en 2004 par des partis qui voulaient faire front contre le projet de Constitution européenne dont l’objectif était de franchir de nouvelles étapes dans la construction d’une Europe d’abord conçue comme un vaste marché.

Le PGE a beaucoup souffert ces dernières années des divisions de la gauche française et ceux qui y ont contribué portent une lourde responsabilité dans la situation actuelle alors que jusqu’alors ses partis membres avaient refusé de transposer leurs querelles nationales internes au sein du parti européen.

En 2014, nous avions fait une campagne européenne qui nous avait permis de porter le nombre de nos député.e.s européen.ne.s de 35 à 52. Je constate que, cette fois, les divisions ont conduit à l’effet inverse et la GUE/NGL ne compte plus que 41 membres. Tous les partis européens doivent améliorer leur fonctionnement et être attractifs pour les nouvelles forces sociales et politiques qui se constituent notamment à l’est de l’UE.

Pour ma part, mais c’est un avis personnel, je pense qu’une liste paneuropéenne pourrait constituer un outil intéressant pour donner à voir l’idée d’une autre Europe notamment dans les pays où le PGE et ses partis membres peinent à dépasser les enjeux nationaux.

8) Vous êtes membre du Comité consultatif de DIEM25, pourtant vous avez fait le choix de soutenir Ian Brossat pour ces élections, pourquoi lui et pas Benoît Hamon qui est lié au DIEM25 ou bien Manon Aubry ?

J’ai été élue en 2009 sous l’étiquette Front de Gauche. J’ai accepté de me représenter en 2014 car le Front de Gauche était toujours un cadre de rassemblement et c’est pour ce rassemblement des Gauches que j’ai milité en 2017 tout comme en amont des élections européennes. Ce rassemblement n’a pas eu lieu et je le regrette sincèrement car je pense qu’il a privé nos concitoyens de représentants au Parlement européen. Je n’ai pas voulu me représenter notamment parce que ce rassemblement n’était pas à l’ordre du jour. J’ai donc appelé à voter pour la liste des communistes conduite par Ian Brossat par fidélité aux militant.e.s qui m’ont toujours soutenue notamment dans la circonscription on script ion du sud-est dont j’ai été l’élue pendant 10 ans. Je ne vois pas quel autre choix j’aurais pu faire sans avoir l’impression de me renier.

9) Au vu des faibles résultats des partis et mouvements affiliés au groupe de la GUE/NGL, que faut-il changer pour que ces formations obtiennent des scores conséquents ? 

La composition de la GUE/NGL est très diverse. Certains se reconnaissent dans le PGE ; d’autres non. Certains pensent qu’une autre Europe est possible ; d’autres pensent que ce cadre n’est pas réformable. Mais quand nous devons agir au sein des institutions européennes actuelles, nos votes sont le plus souvent identiques. Alors c’est un outil précieux qu’il faut consolider.

Je constate qu’aucun parti membre n’a songé à le quitter pour rejoindre d’autres groupes politiques et que certaines forces qui l’ont beaucoup critiqué ces dernières années, siègent en son sein et en assurent même désormais la co-présidence. Je m’en félicite et je ne doute pas que ce sera un excellent apprentissage de la construction commune d’une autre Europe. 

Vu l’état de la Gauche européenne, tout le monde a intérêt au rassemblement pour sortir de l’impasse et faire front face à la montée des nationalismes et de l’extrême droite.

10) Sur le plan personnel quels sont vos projets politiques ? Envisagez-vous de reprendre le combat au niveau national cette fois-ci ?

Je n’ai aucun projet politique pour le moment. Ma vie militante a en permanence associé des combats politiques au sens strict du du terme et des combats associatifs. J’ai fait peser la balance tantôt d’un côté tantôt de l’autre.

J’avais quitté la vie politique en 2005 et ce sont des militants communistes qui m’ont convaincue de m’engager pour les élections européennes de 2009. Aujourd’hui, j’ai envie de me réinvestir dans la vie associative en profitant de l’expérience que j’ai acquise au niveau européen.

Mes ami-e-s de la LDH m’ont fait de nouveau confiance en m’élisant à leur direction et ont proposé lors du dernier Congrès en juin dernier que je sois l’une des vice-présidentes du mouvement. C’est là que j’ai d’abord envie de mener mes combats dans les prochaines années en m’appuyant sur mon expérience au Parlement européen notamment autour de la question migratoire.

Tsipras est venu, a trahi, et a perdu (analyse des élections grecques)

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Alexis Tsipras a reconnu sa défaite dimanche lors des élections législatives grecques. Crédits : Reuteurs

Les élections législatives grecques ont rendu leur verdict ce dimanche 7 juillet. Au terme du scrutin le parti Nouvelle-Démocratie (droite conservatrice) l’emporte largement avec 39,85% des suffrages, confirmant ainsi sa victoire aux élections européennes de mai dernier (voir : Les résultats de la gauche radicale, communiste, et apparentés, aux européennes pays par pays (2019). 

  • Tsipras : la défaite de la trahison 

Les électeurs grecs ont sanctionné les promesses non-tenues et la trahison d’Alexis Tsipras et de Syriza, élus en janvier 2015 avec un programme censé transformer la Grèce et rompre avec les politiques d’austérité et les mémorandums qui avaient précipité le peuple grec dans la misère sociale. 

Pourtant, le 5 juillet 2015, le peuple grec donnait son accord à Tsipras pour refuser les injonctions de l’UE lors du référendum organisé à l’initiative du gouvernement où la question posée était : Approuvez-vous le plan proposé par la Commission européenne, la Banque centrale européenne, et le Fonds monétaire international ? Le Non l’emportait à 61,31% des voix, mais Alexis Tsipras préféra ignorer ce résultat et mettre au placard son programme pour rentrer dans le rang.  

Depuis le Premier ministre grec, et son parti, n’ont fait qu’appliquer à la lettre les exigences de Bruxelles. Résultat : la confiance gagnée durement au prix de longues luttes politiques pendant plusieurs années a été perdue en quelques mois à peine, ruinant le travail de milliers de militants et de plusieurs organisations grecques. Mais plus globalement cette trahison a aussi mis un frein aux partis dits de gauche radicale européens, et notamment issus de l’Europe du sud (Italie, Portugal, Espagne) là où, pourtant, la crise et les politiques d’austérité avaient été particulièrement intenses. 

Le retour de la droite aux affaires n’est donc pas une surprise. Avec un gain de 83 députés le parti Nouvelle-Démocratie, mené par Kyriakos Mitsotakis, disposera de 158 parlementaires, soit la majorité absolue puisque le parlement monocaméral comporte 300 sièges. 

Derrière Syriza et ses 31,53% obtient 86 députés, et en perd 56 par rapport à la précédente législature, tandis que la coalition de centre-gauche Mouvement pour le changement, composée notamment du Mouvement socialiste Panhellénique (PASOK) et du Mouvement des socialistes démocrates (KIDISO) complète le podium avec 22 députés et 8,10% des voix. 

  • Le KKE conserve son groupe, le parti de Varoufakis fait son entrée au parlement 

A défaut de n’avoir pas obtenu de siège supplémentaires, le Parti communiste grec (KKE) garde son groupe en conservant ses 15 députés et en recueillant 5,30% des suffrages, en légère baisse, de 0,3%, par rapport aux élections de 2015. 

Pour plus de détails sur les résultats du KKE : Le Parti communiste grec a résisté. L’ère Tsipras est finie

Les autres forces de gauche n’auront pas non plus de quoi faire pencher la balance du bon côté. Si le Front de désobéissance réaliste européen (branche grecque du Mouvement pour la démocratie en Europe en 2025), de Yanus Varoufakis, parvient à faire élire 9 députés et à faire son entrée au Parlement avec 3,44% des voix, les partis Antarsya et Unité populaire n’obtiennent quant à eux que respectivement 0,41% et 0,28%.

  • L’extrême-droite en déclin 

La seule bonne nouvelle qui ressort de ce scrutin est la chute d’Aube dorée. Le parti d’extrême-droite avait pourtant réalisé un score conséquent en septembre 2015 avec 7% des voix et 18 députés, ce qui lui avait permis de se hisser à la troisième place de cette élection. 

Un peu moins de cinq après les néo-nazis d’Aube dorée n’ont sauvé aucun de leurs sièges. Et, avec 2,9% des voix il est clair que le peuple grec a tourné la (très petite) page de cette formation n’ayant que la haine comme programme. 

Les résultats de la gauche radicale, communiste, et apparentés, aux européennes pays par pays (2019)

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Le groupe de la GUE/NGL sera très minoritaire. Source : parlement européen

En un mandat européen beaucoup de choses peuvent changer, et parfois pour le pire. En 2014 le groupe européen de la Gauche unitaire européenne / Gauche verte nordique (GUE/NGL) comptait 52 députés. Cinq ans plus tard ce nombre s’est bien réduit. J’ai essayé de recenser, pays par pays, les résultats des partis siégeant dans ce groupe, susceptibles de le faire ou aux idées similaires. Pour certains pays, notamment en Europe de l’Est il est très difficile de collecter de tels résultats, bien souvent car des listes proches idéologiquement de la GUE/NGL sont inexistantes ou très faibles électoralement.

  • Allemagne

Die Linke (la gauche) avait obtenu 7,57% des suffrages et 7 députés en 2014. Cinq ans plus tard les résultats européens confirment les résultats nationaux. Die Linke obtient 5,40% des voix et 5 sièges. De son côté le Parti communiste allemand (KDP) ne réalise que 0,05% des suffrages.

  • Autriche

En 2014 la liste Europa Anders, obtenait 2,1% des votes. Cette année cette liste n’était pas présente, en revanche celle regroupant le Parti communiste et l’ex mouvement de jeunesse des verts n’obtient que 0,7%.

  • Belgique

L’une des bonnes surprises de ce scrutin vient de Belgique. Le Parti du travail de Belgique (PTB) augmente son score par rapport de 2014 en passant de 3,51% des voix et aucun député à 5,74% et 1 député. Mais surtout les élections fédérales et régionales, qui se déroulaient le même jour, ont permis au PTB de passer, dans les diverses Assemblées de Belgique, de 8 à 42 élus.

Pour voir le détails des résultats : Le PTB perce dans tout le pays.

  • Bulgarie

En Bulgarie il n’y a pas de forces de gauche indépendante qui peuvent représenter une alternative crédible d’un point de vue électoral. En 2014 le parti  Gauche bulgare, affilié au Parti de la gauche européenne, n’avait obtenu que 0,64% des suffrages. Cette année je n’ai pas réussi à trouver leur score, et je ne sais pas s’ils ont représenté une liste.

En revanche la Coalition pour la Bulgarie qui regroupe six formations, dont le Parti socialiste bulgare (réformiste), mais aussi le Parti communiste bulgare, obtient 24,33% des voix, et 2  députés de plus que lors de la précédente mandature pour arriver à 5. Toutefois tous devraient siéger dans le groupe socialiste au Parlement européen.

  • Chypre

L’AKEL, le Parti progressiste des travailleurs, réalise un haut score et demeure le Parti communiste le plus puissant électoralement de l’Union européenne. Il passe d’ailleurs de  26,4% à 27,49% des voix et garde donc ses 2 députés.

  • Croatie

Comme en 2014 aucune liste qui aurait pu prétendre à siéger dans le groupe de la GUE/NGL n’a fait élire de député.

  • Danemark

L’Alliance rouge verte est parvenu à sauver son siège qu’elle avait en 2014. Cette année là l’Alliance rouge verte était membre de la coalition du Mouvement populaire contre l’UE qui avait recueilli 8% des voix et donc 1 député.

En 2019 ces deux formations ont fait bande à part. L’Alliance rouge verte atteint les 5,5% et obtient 1 siège. En revanche le Mouvement populaire contre l’UE chute à 3,7% et n’obtient donc aucun siège.

  • Espagne

Quelques semaines à peine après les élections générales espagnoles qui avaient vu le PSOE l’emporté, l’Espagne se votait à nouveau. Elections européennes, régionales et municipales étaient programmés le même jour. Pour le scrutin européen, comme pour les élections générales, le PSOE est arrivé largement en tête.

En 2014 Izquierda Unida (Gauche Unie) coalition qui regroupait sept formations de gauche, dont le Parti communiste espagnol, avait obtenu 9,99% des voix et 6 députés, en se positionnant en troisième position. De son côté le tout jeune parti Podemos, issu du mouvement des Indignés, obtenait lui 7,97% des voix et 5 députés.

Cinq ans plus tard le paysage politique espagnol n’est pas le même. Les deux formations n’ont pas réussi à concrétiser ces bons scores. Résultat : l’alliance qu’elles ont formé, baptisé Unidos-Podemos, n’obtient que 10,05% des suffrages et 6 sièges.

Toutefois d’autres partis qui ont obtenu des sièges d’eurodéputés pourraient rejoindre le groupe de la GUE/NGL, comme la coalition qui rassemblait notamment la Gauche républicaine de Catalogne et le Bloc nationaliste de Galicie qui obtient 5,61% des voix et 3 députés.

  • Estonie

En 2014 le site Espaces Marx recensait 0,89% pour la liste affilié au Parti de la gauche européenne. Cinq ans plus tard une liste similaire aurait a priori fait à peine 0,1% des suffrages.

  • Finlande

Comme au Danemark, l’Alliance de gauche avait 1 siège de député à conserver. Malgré une chute dans les résultats, passant de 9,3% en 2014 à 6,9% en 2019, l’Alliance de gauche parvient à garder son unique siège.

  • France

En France les résultats n’ont pas été à la hauteur des espérances du côté de la France insoumise, comme du côté du Parti communiste français. En 2014 le Front de gauche (qui rassemblait à l’époque plusieurs formations de gauche dont le Parti de gauche et le Parti communiste français) récoltait 6,61% des voix et obtenait 4 sièges.

La France insoumise s’en sort mieux que le Front de gauche puisqu’elle comptera 2 élus de plus. Mais il faut voir plus loin que ça. La France insoumise n’a pour le moment pas concrétisé les espoirs soulevés lors de la dernière présidentielle. De son côté le Parti communiste français réalise un bien faible score avec 2,49% des voix. Il n’y aura donc plus d’eurodéputés communistes français au Parlement européen, une première depuis 1979. Même son de cloche pour Benoit Hamon et son mouvement qui ne recueille, en France, que 3,27% des suffrages.

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Manifestation du Parti communiste grec (KKE). Source : Initiative communiste
  • Grèce

En 2014, la victoire de Syriza aux élections européenne portait un souffle d’espoir sur toute l’Europe. Pour la première fois depuis longtemps, si l’on excepte Chypre, un parti de la gauche radicale pouvait accéder au pouvoir. En janvier 2015, effectivement, Syriza remportait les élections en Grèce et Alexis Tsipras devenait premier ministre. Mais les espérances que Syriza avait donné aux autres forces similaires dans l’UE se sont vites dissipées. Dès le mois de juillet 2015 s’en était fini du rêve d’une alternative crédible.

Depuis Alexis Tsipras a appliqué? comme ses prédécesseurs, de droite et sociaux-démocrates les mémorandums dictés par Bruxelles (voir : Grèce : entre austérité, répression et trahison). Pourtant les députés de Syriza ont continué, et vont sans doute continuer, de siéger dans le groupe de la GUE/NGL.

 Ainsi avec 23,8% des votes, Syriza fait moins bien qu’en 2014 puisque la formation avait alors recueilli 26,55% des voix. Toutefois le parti d’Alexis Tsipras maintient ses 6 députés. 

Quant au Parti communiste grec (KKE), qui ne siège plus dans le groupe de la GUE/NGL il parvient, lui aussi, à sauver ses 2 députés en connaissant également une légère chute dans son score électoral, passant de 6,11% des suffrages en 2014 à 5,41% en 2019.

Les autres forces de gauche n’auront aucun député et font des scores extrêmement bas. C’est le cas du le Mouvement pour la démocratie en Europe 2025, de Yanis Varoufakis, l’ancien ministre des finances de Syriza durant les premiers mois du gouvernement de Tsipras, et l’allié de Benoit Hamon au niveau européen, de la liste rassemblant l’Unité populaire et le Parti pirate ou encore de celle d’Antarsya (Front de gauche anticapitaliste).

  • Hongrie

Comme dans d’autres pays de l’Est les forces de gauche, non sociaux-démocrates, sont inexistantes. D’après le site Espaces Marx il n’y avait aucune liste qui pouvait s’apparenter à la GUE/NGL en 2014.

Cinq ans plus tard le Parti ouvrier hongrois, l’un des héritiers du Parti socialiste ouvrier hongrois, n’obtient que 0,42% des votes.

  • Irlande

Le Sinn Féin avait obtenu 17% des voix en 2014 et 3 sièges. En 2019 les choses ont évolué. Le Sinn Féin perd un siège et quatre points dans son score en obtenant 13% des voix.

En revanche la liste Indépendance pour le changement créée une petite surprise. Cette formation formée en 2014 réalise 15% des suffrages et gagne 2 députés. Toutefois rien ne certifie qu’ils siégeront avec le Sinn Féin dans le groupe de la GUE/NGL.

  • Italie

La situation de la gauche italienne est catastrophique. Elle l’était déjà en 2014 et cela se confirme en 2019.

Pourtant il y a cinq ans 3 députés avaient été élus sur la liste l’Altra Europa con Tsipras, qui avait récolté 4,07% des voix. Cette année la GUE/NGL ne sera plus représentée en Italie. Les diverses formations qui auraient pu y siéger ont réalisé des scores extrêmement faibles, preuve que tout est à reconstruire.

La liste La Gauche, qui rassemble l’Autre Europe avec Tsipras, La Gauche italienne, le Parti de la refondation communiste et le Parti du Sud (régionaliste), n’obtient que 1,75% des voix.

Parti communiste, avec 0,88% des suffrages atteint lui aussi un score ridicule.

A noter que la formation Potere al popolo (le pouvoir au peuple), soutenu par la France insoumise, avait renoncé à se présenter lors de ce scrutin.

  • Lettonie

En 2014 le site Espaces Marx recensait 1,55% pour une liste affiliée au GUE/NGL. Il est difficile de savoir si une telle liste a fait un score similaire en 2019. Mais ce qui est certain c’est qu’il n’y aura aucun député provenant de Lettonie qui siégera dans le groupe de la GUE/NGL.

  • Lituanie

Comme les autres pays Baltes les forces de gauche sont quasiment inexistantes en Lituanie. Aucun député de ce pays ne siégera donc dans le groupe de la GUE/NGL.

  • Luxembourg

Il est difficile pour des partis de gauche de réaliser des scores conséquents dans un pays comme le Luxembourg, paradis fiscal par excellence.

En 2014 Dei Lénk (La Gauche) obtenait 5,76% des voix, mais aucun siège. De même que le Parti communiste luxembourgeois (PCL) qui réalisait un score de 1,49% il y a cinq ans.

En 2019 les scores de ces deux formations sont presque similaires, même s’ils  sont en baisse. Dei Lénk n’obtient que 4,83% et le PCL 1,14%.

  • Malte

Il est difficile de savoir quels scores ont pu faire des listes affiliées à la GUE/NGL. Mais aucun député Maltais ne siégera dans ce groupe.

  • Pays-Bas

En 2014 le Parti socialiste avait créé une petite surprise avec 9,65% des voix et 2 députés. Il ne conservera pas ses sièges puisqu’il n’obtient cette fois-ci que 3,4% des votes.

En revanche le Parti pour les animaux, qui siège dans le groupe de la GUE/NGL, avait obtenu 4% des voix et 1 député en 2014. Il obtient le même score cette année et conserve donc son siège.

  • Pologne

Aucune liste affilié au Parti de la gauche européenne (PGE) ou à la GUE/NGL ne s’était présentée en 2014. En 2019 soit la situation est identique soit il est difficile de savoir ce qu’il en est. Toujours est-il que la situation politique pour la gauche polonaise est extrêmement difficile, et l’anti-communiste viscéral du pouvoir en place et la criminalisation de ceux-ci n’arrangent pas les choses (voir : Pologne : nouvelle terre de l’anticommunisme).

  • Portugal

Le Parti communiste portugais (PCP) et le Bloc de gauche ont fait le choix en 2015 d’appuyer le Parti socialiste portugais au parlement pour chasser la droite du pouvoir (voir : Portugal : une autre voie pour l’Europe).  Toutefois ces deux forces ne sont pas entrées au gouvernement et se sont présentées indépendamment aux élections européennes.

C’était déjà le cas en 2014. A l’époque la coalition de la CDU, qui regroupe le Parti communiste et les écologistes, avait obtenu 12,69% et 3 députés. De son côté le Bloc de gauche lui, avec 4,56% des voix avait 1 siège. Cinq plus tard les scores se sont inversés. Le Bloc de gauche obtient 9,82% des voix et 2 sièges tandis que le PCP avec 6,88% des suffrages perd un siège et en conserve 2.

  • République Tchèque 

La République Tchèque est l’un des seuls pays de l’Est de l’Europe où il y a encore un parti communiste assez puissant. En 2014 le Parti communiste de Bohême-Moravie obtenait ainsi 3 députés en récoltant 10,98% des voix. Mais cette année, comme beaucoup d’autres formations européennes similaires, ses voix sont en baisse. Avec 6,94 des voix les communistes de la République Tchèque ne sauvent qu’un seul siège de député.

  • Roumanie 

Comme ses voisins les listes de gauche qui auraient pu siéger dans le groupe de la GUE/NGL sont inexistantes en Roumanie.

  • Royaume-Uni

La situation britannique est délicate en raison du Brexit. En cas de sortie de l’UE du Royaume-Uni tous les députés élus il y a peu céderont leur siège. La campagne a été presque inexistante dans le pays car tous s’attendent à ne siéger que quelques mois au mieux.

Néanmoins le scrutin a bien eu lieu. Au terme de celui-ci le Labour Party, dont les députés actuels siègent avec le groupe socialiste européen, mais qui a connu un virage à gauche avec Jeremy Corbyn, obtient 10 députés et 14,08% des voix. Les travaillistes perdent donc 10 députés puisqu’en 2014 avec 24,43% des voix en 2014 ils avaient eu 20 députés.

Dans le même temps la branche britannique du Sinn Féin, qui avait eu 1 député et 0,97% conserve son siège malgré une légère chute de son score (0,63%).

  • Slovaquie 

En 2014 une liste affiliée à la GUE/NGL avait obtenu 1,83% des voix. En 2019 il n’y avait pas de liste similaire.

  • Slovénie 

En 2014 la Gauche unie n’avait aucun député mais obtenait 5,5% des voix. Cette année malgré une augmentation, puisque la liste de la Gauche obtient 6,34% des voix, elle n’aura toujours pas de député.

  • Suède 

Le Parti de gauche de Suède avait 1 siège d’eurodéputé à défendre. Ils avaient réalisé le score de 6,3% en 2014. Le siège est conservé en 2019 avec une légère augmentation du score (6,7%).

  • Bilan 

Au total les membres du groupe GUE/NGL, qui n’étaient déjà pas nombreux lors de la mandature 2014-2019, puisque le groupe comptait 52 eurodéputés lors de cette période, le seront encore moins pour la période qui arrive.

De son côté le mouvement européen Maintenant le peuple ne pourra sans doute pas créer un autre groupe européen. Il faut en effet 25 eurodéputés or les divers mouvements partis signataires de l’appel ne les possèdent pas :

  • 6 députés pour la France insoumise, et la Gauche républicaine et socialiste (France)
  • 6 députés pour Podemos- dans la coalition Unidos-Podemos (Espagne)
  • 2 députés pour le Blog de gauche (Portugal)
  • 1 député pour l’Alliance rouge et verte (Danemark)
  • 1 député pour l’Alliance de gauche (Finlande)
  • 1 député pour le Parti de gauche (Suède)

Au total ce sont donc 17 eurodéputés qui devraient siéger dans le groupe de la GUE/NGL. Il faut ajouter à cela :

  • 5 députés pour die Linke (Allemagne)
  • 1 député pour le PTB (Belgique)
  • 2 députés pour l’AKEL (Chypre)
  • 6 députés pour Syriza (Grèce)
  • 2  députés pour le Sinn Féin (Irlande)
  • 1 député pour le Parti pour les animaux (Pays-Bas)
  • 2 députés pour  la coalition CDU (Portugal)
  • 1 député pour le Parti communiste de Bohême Moravie (République Tchèque)
  • 1 député pour le Sinn Féin (Royaume-Uni)

Tous ces partis et mouvements totalisent 38 eurodéputés, même si rien ne certifie que tous acceptent de siéger avec les députés de Syriza.

Enfin il faudra déterminer si les formations suivantes siégeront dans le groupe de la GUE/NGL ou resteront indépendants :

  • les 3 députés de la coalition regroupant notamment la Gauche républicaine de Catalogne et le Bloc nationaliste de Galicie (Espagne)
  • les 2 députés du KKE (Grèce)
  • les 2 députés de la liste Indépendance pour le changement (Irlande)
  • quelques députés élus avec le Labour Party (Royaume-Uni)

Mais même en élargissant au maximum le groupe ne devrait donc pas atteindre les 50 eurodéputés. L’absence d’un groupe signifiant pour la gauche radicale démontre sur un plan européen la victoire des forces conservatrices. Les petites guerres entre partis et mouvement et l’absence de lignes claires peuvent expliquer en partie ce déclin dans la plupart des pays pour les formations de gauche radicale.

Européennes : l’abstention n’est pas la solution (et favorise Macron)

Ballot box on a european union flag background. 3d illustration
Les élections européennes auront lieu le 26 mai prochain. Source : RAWF8 – STOCK.ADOBE.COM

Le scrutin des élections européennes s’approche à grand pas. Pourtant les Français tardent à se mobiliser. Près de six électeurs sur dix pourraient ne pas aller voter selon divers sondages. Parmi eux : les jeunes et les classes populaires. Autrement dit ceux qui ont tout à perdre en ne se prononçant pas. 

Nombre de personnes expriment,en ne se rendant pas aux urnes depuis des années, leur désaccord avec les politiques menées. Or notre système électoral est conçu de telle façon que même si 99,99% de la population s’abstenaient, les 0,01% restant décideraient de l’avenir du pays. Il en va de même pour les votes nuls et les votes blancs. qui, dans le système actuel, ne servent à rien. Donc d’un point de vue stratégique s’abstenir n’a aucune valeur et aucune utilité.

Mais surtout, ces élections européennes peuvent être un véritable référendum anti-Macron. Ce sera en effet la première élection depuis son arrivée au pouvoir et donc l’occasion d’exprimer un profond désaccord avec sa politique, d’autant plus que la campagne de LREM pâtit de sa tête de liste (voir : Nathalie Loiseau : une campagne qui bat de l’aile). Or, si le vote était obligatoire, ceux qui s’abstiennent n’iraient sans doute pas voter LREM. Donc ne pas voter c’est prendre le risque de laisser des voix au camp du président, mais aussi laisser le Rassemblement national lui disputer sa politique.

C’est précisément ce qu’il faut éviter. Depuis quelques semaines les médias nous poussent à imaginer un duel opposant seulement les populistes aux progressistes, comprenez l’extrême-droite aux libéraux (voir : Européennes : la fausse opposition libéraux/nationalistes) alors même que les deux s’auto-alimentent. Ce ne sont que les deux faces d’une même pièce et pourtant tout est fait pour nous réduire à ce choix entre la peste brune et le choléra libéral. 

Mais que ce soit un camp ou l’autre, leurs partisans iront voter. Les banquiers, les actionnaires, les grands patrons, ou ceux tenant un discours de haine et de rejet de l’autre, ainsi que tous ceux souhaitant détruire nos acquis sociaux iront voter. L’abstention n’est pas la solution car en réalité elle légitime ces politiques en leur donnant une justification par les urnes. 

  • Voter pour inverser l’ordre du Parlement européen 

Certes l’UE n’est pas l’instance démocratique qu’on nous présente, loin de là. Certes les pouvoirs du Parlement européen sont limités. Mais il reste néanmoins un organe législatif important.

Les partis de droite, regroupés au sein du Parti populaire européen (PPE) et les sociaux-démocrates, regroupés dans l’Alliance progressiste des socialistes et démocrates au Parlement européen (S&D), s’entendent depuis des années. Votant les lois ensemble, et s’arrangeant pour l’élection du président du Parlement ainsi que pour la commission européenne. Ces deux groupes parlementaires représentent 401 députés. A ces libéraux, les sociaux-démocrates européens n’osant plus, dans leur grande majorité, remettre en cause cette doctrine, s’ajoute l’Alliance des démocrates et des libéraux pour l’Europe (ADLE) et ses 69 sièges. Les tenants, officiels, d’un discours libéral sont donc ultra-majoritaires au sein du Parlement. 

Et ils ne sont pas seuls. Le groupe des Verts (52 sièges) est pour sa grande majorité acquis à la cause libérale, pourtant incompatible avec l’idéal environnemental qu’ils prônent. Quant aux trois groupes classés à droite du Parlement européen,  Conservateurs et réformistes européens (77 sièges), Europe de la liberté et de la démocratie directe (42 sièges), Europe des nations et des libertés (36 sièges), oscillant entre droite-extrême et extrême-droite ils sont eux aussi des partisans farouches du libéralisme, malgré leur discours qui tend à faire penser le contraire. Que ce soit en Italie, en Autriche, ou en Hongrie, les alliés du Rassemblement national mènent des politiques similaires à celle de Macron en France. Autrement dit opposer libéraux et extrême-droite n’a aucune valeur puisque in fine leurs politiques économiques sont relativement semblables. 

Enfin, en enlevant les 20 députés non-inscrits, il ne reste que le groupe où siégeait les députés apparentés Front de gauche : celui de la Gauche unitaire européenne/ Gauche verte nordique (GUE/NGL) qui compte 52 députés. C’est ce groupe que les abstentionnistes vont ,de fait, sanctionner en n’allant pas voter, alors que c’est celui qui constitue la meilleure opposition à cette Europe antidémocratique.

Les différents scores le 26 mai prochain pourraient faire en sorte qu’un autre groupe similaire émerge autour de la coalition Maintenant le peuple. Cette dernière rassemble divers partis, aujourd’hui siégeant au sein de la GUE/NGL, mais qui pourraient créer leur propres groupes s’ils obtenaient assez de parlementaires (1).

Qu’importe que les députés antilibéraux soient dans un même groupe uni ou dans deux groupes distincts, du moment qu’ils travaillent ensemble. D’un point de vue stratégique avoir deux groupes seraient d’ailleurs peut-être plus intéressant afin de bénéficier d’un meilleur temps de parole. Le problème n’est pas là. Si les Européens, à commencer par les Français ne se mobilisent pas le 26 mai prochain, cela ouvrira la porte à une nouvelle législature contre l’intérêt général et à des directives toutes plus ultralibérales les unes que les autres. 


(1) : les membres de la coalition Maintenant le peuple : Alliance rouge et verte (Danemark), Podemos (Espagne), Alliance de gauche (Finlande), France insoumise et Gauche républicaine et socialiste (France), Bloc de Gauche (Portugal) et Parti de gauche (Suède).  

Nathalie Loiseau : une campagne qui bat de l’aile

Loiseau
Emmanuel Macron et Nathalie Loiseau, les prétendus « remparts » à l’extrême-droite. © Ludovic Marin/Anne-Christine Poujoulat Source: AFP

L’ancienne ministre chargée des Affaires européennes (21 juin 2017 – 27 mars 2019) a été désignée tête de liste de La République en marche (LREM) pour les élections européennes qui se dérouleront le 26 mai prochain. Au coude-à-coude avec la liste du Rassemblement national (RN), menée par Jordan Bardella, sa campagne est de plus en plus chaotique. Et pour cause. Celle qui se présente comme Le rempart à l’extrême-droite ne cesse de démontrer , semaine après semaine, son incapacité. D’ailleurs, l’idée selon laquelle LREM serait un barrage au RN n’est qu’une fable. En réalité marteler ces propos sert souvent d’unique argument dans la campagne. « C’est eux ou nous ». Sous-entendu qu’il n’y aurait que LREM qui serait à même de défendre la démocratie contre l’extrême-droite (voir : Européennes : la fausse opposition libéraux/nationalistes).

Pourtant (pour reprendre les propos d’une caricature du Canard enchaîné), Nathalie Loiseau ne fait que scier la branche sur laquelle elle est assise. Et, s’il fallait inventer une définition du terme se saborder, elle en serait la parfaite illustration tant son incompétence et ses propos sont aberrants. Sans parler de ses arguments de campagne, totalement incohérents avec la politique mise en place par le gouvernement, ses sorties médiatiques suffisent à illustrer pourquoi la liste LREM patauge et ne progresse plus.

D’abord, pour l’avoir écoutée lors du débat organisé sur France 2, le 4 avril dernier, il faut avouer un certain manque d’engouement et de charisme chez Nathalie Loiseau. Ce qui se ressent d’ailleurs aussi dans ses interviews et ses meetings. 

  • Ancienne candidate sur un syndicat d’extrême-droite 

L’information révélée par Médiapart le lundi 22 avril a fait beaucoup de bruit. Etudiante à Sciences-Politiques, Nathalie Loiseau avait été candidate, en sixième position, lors d’élections étudiantes sur la liste de l’UED, un syndicat d’extrême-droite lié au GUD. Pour rappel, le GUD, Groupe union défense, est un groupuscule d’extrême-droite aux actions parfois violentes, qui s’est auto-dissous dans le Bastion Social, lui-même récemment dissous par le gouvernement.  

Suite à cette révélation la défense de la tête de liste de LREM fut pour le moins bancal. Elle, et son entourage, ont d’abord nié les faits, allant même jusqu’à contester la véracité du document. Une défense qu’elle a ensuite rapidement modifiée en clamant qu’elle n’avait pas connaissance de la nature politique du syndicat. Chose peu vraisemblable puisque étant à Sciences Po elle devait avoir un minimum de savoir en politique. Du moins assez pour se renseigner sur la nature du syndicat dont elle était candidate. 

Finalement Nathalie Loiseau a reconnu que cette candidature était « une erreur et une connerie de jeunesse« . Mais avec cette révélation le mythe de LREM rempart face à l’extrême-droite prenait déjà un coup. 

  • « J’avais l’impression d’être une romanichelle »

Une semaine plus tard, le 29 avril, lors d’une interview sur France Culture, Nathalie Loiseau se souvenait de ses débuts en tant que directrice de l’ENA. Elle a alors eu cette phrase à la fois énigmatique mais aussi pleine de sens. 

« J’avais l’impression d’être une romanichelle quand je suis arrivée à la tête de l’ENA.« 

En effet le terme romanichelle a une vraie connotation raciste et péjorative. Il est notamment utilisé par ceux souhaitant dénigrer la communauté Tzigane. 

  • Nathalie Loiseau et la Blitzkrieg 

Plus récemment, l’avant-veille des commémorations du 8 mai, marquant le 74ème anniversaire de la victoire contre l’Allemagne nazie, la candidate LREM illustrait une fois de plus sa bêtise. En visite au mémorial de Caen, un musée consacré à l’histoire du XXe siècle et notamment à la seconde Guerre mondiale et au Débarquement, Nathalie Loiseau a répondu à la question d’un journaliste de l’Obs. Celui-ci lui demandait si, pour relancer sa campagne il ne lui fallait pas un Blitzkrieg. La réponse de l’intéressée ne se fit pas attendre : « oui mais un Blitzkrieg positif« . 

Le terme Blitzkrieg, ou guerre éclair en français, désigne la technique militaire adoptée par l’Allemagne nazie et par Hitler lors de la seconde guerre mondiale. C’est notamment grâce à cette tactique que le troisième Reich a pu envahir la France. Pas certain que faire référence à cela quelques heures avant le 8 mai, et au sortir d’un mémorial de la guerre, soit la meilleure façon de lutter contre l’extrême-droite. 

A elle seule, Nathalie Loiseau fait la démonstration qu’en aucun cas LREM, et ceux s’auto-qualifiant de progressistes libéraux, ne sont un quelconque rempart au Rassemblement national. Bien au contraire. De par leur politique économique, les libéraux ont fortement contribué à l’éclosion de ces partis d’extrême-droite partout en Europe. 

* Depuis hier (mercredi 15 mai) LREM a décidé de changer de stratégie. Constatant sans doute que la tête de liste multipliait les faux pas et n’entraînait pas les foules, le parti de la majorité au pouvoir prévoit la mise en circulation de près de 60 000 affiches. Le problème ? Exit la tête de Nathalie Loiseau, place à celle d’Emmanuel Macron. 

Analyse des élections générales espagnoles (2019)

Pedro Sanchez et Pablo Iglesias
Pablo Iglesias en discussion avec le socialiste Pedro Sanchez. Photo : ULY MARTÍN

Ce dimanche 28 avril le peuple espagnol a voté. Un troisième scrutin législatif, en presque autant d’années, pour tenter de sortir de l’impasse politique dans laquelle le pays se trouve. Une impasse qui avait notamment conduit à une motion de censure contre Manuel Rajoy, permettant à la gauche de former un gouvernement alors même que la droite avait remporté le scrutin. Or, de nouveau ces élections générales n’ont pas permis de dégager une majorité absolue pour un seul parti. Des tractations, qui pourraient durer longtemps, vont donc s’imposer.

Car, si le Parti socialiste des ouvriers espagnols (PSOE) a remporté les élections avec 28,68 % des suffrages exprimés, avec 39 députés de plus par rapport à la dernière législature (et 79 sénateurs), portant leur nombre à 123,  il ne dispose pas de la majorité absolue qui est de 176 députés. Pedro Sanchez et le PSOE, qui viennent là de remporter leur premier scrutin général depuis 11 ans, vont donc devoir trouver des alliés. Deux options s’offrent à deux :

– La première serait celle privilégiée par la plupart des partis sociaux-démocrates européens. Elle consisterait à s’allier au parti centriste Ciudadanos qui, en obtenant 57 députés et 5 sénateurs, arrive troisième du scrutin avec 15,85 % des voix. Néanmoins ces ultralibéraux semblent avoir d’ores et déjà fait leur choix en refusant toute alliance avec le PSOE et en préférant siéger dans l’opposition avec le Parti populaire (qui enregistre son plus bas score, bien qu’arrivant second, en perdant 71 députés, 69 sénateurs et en n’obtenant que 16,70 % des suffrages) et l’extrême droite.

– La seconde, qui devrait naturellement s’imposer est celle d’une alliance avec la coalition Unidos-Podemos. Cette alliance, née en 2016, regroupe Podemos, Izquierda Unida (Gauche Unie dont est membre le Parti communiste espagnol) et le parti écosocialiste Equo. Bien qu’ayant, eux aussi, subi une baisse de leur résultat, Unidos -Podemos obtient tout de même 42 députés, soit 17 de moins que la dernière fois, et se classe quatrième force de ce scrutin en recueillant 14,81 % des voix. Unidos-Podemos s’est dit prêt, dès dimanche, à discuter d’une éventuelle coalition gouvernementale. Cette participation, ou tout du moins un soutien sans participation au gouvernement, pourrait servir de garde-fou et, comme au Portugal ( voir : Le réveil de la gauche portugaise et  Portugal : une autre voie pour l’Europe) assurer au peuple espagnol que le PSOE ne reniera pas ses promesses sociales. C’est ce qui était, de fait, un peu le cas depuis Juin 2018 où, durant cette courte période le gouvernement du PSOE, bien que très timoré sur la question sociale, avait tout de même augmenté le salaire minimum de 22%, au mois de décembre. 

Toutefois, même en totalisant tous les députés du Parti socialiste et d’Unidos-Podemos, les deux formations n’arriveraient qu’à 165 sièges. Il faudrait donc trouver au minimum encore 11 députés pour atteindre la majorité absolue. Et ça tombe plutôt bien. Car, dans le même temps la Gauche républicaine catalane est devenue la première force de Catalogne avec 15 députés. Elle pourrait donc venir appuyer une coalition de gauche. D’autres forces indépendantistes pourraient faire de même, comme la coalition Basque Euskal Herria Bildu (gauche) qui obtient 4 députés, la coalition Compromis (gauche) qui obtient 1 député, voire, pourquoi pas, le parti de Carles Puigdemont, Junts per Catalunya (centre-droite/ indépendantiste) qui obtient 7 sièges. 

En fait, tout va dépendre de l’attitude du PSOE. Certains, à commencer par Pedro Sanchez, ne sont pas favorables à l’indépendance de la Catalogne et du Pays Basque. D’ailleurs depuis juin 2018, le PSOE n’a pas trouvé de solution à cette question-ci. Mais il n’est pas certains que Pedro Sanchez ait réellement le choix, dès lors qu’une alliance avec les centristes est impossible. Dès lors aussi qu’une grande partie de la base électorale du PSOE préfère une alliance avec d’autres forces de gauche qu’un accord avec des partis aux politiques responsables de la crise et des cures d’austérité. 

  • Unidos-Podemos : des pistes pour expliquer le déclin 

Plusieurs raisons peuvent expliquer ce recul de la coalition de gauche. L’une d’entre elles étant sans doute due à la campagne menée par le PSOE consistant à affirmer la nécessité d’un vote utile pour faire barrage à l’extrême-droite au Parlement. Même s’il faut aussi être lucide et réaliste et reconnaître que la stratégie adoptée n’était pas forcément la bonne.

Car, si Izquierda Unida bénéficie d’une base militante ancienne et d’un certain ancrage local et régional, ce n’est peut-être pas encore tout à fait le cas de Podemos. Il y a fort à parier aussi que les événements européens, comme la trahison de Syriza en Grèce ou l’émergence de partis d’extrême-droite, surfant sur les vagues de protestations, dans d’autres pays n’ont pas aidé non plus. Quoi qu’il en soit Unidos-Podemos limite la casse lors de ce scrutin. Reste à voir s’ils réussiront aussi bien que la dernière fois lors des élections municipales et régionales (et européennes) du 26 mai prochain. 

Vox espagne
Le parti d’extrême-droite Vox fait son entrée au Parlement espagnol. Photo : LCI
  • L’entrée de l’extrême-droite au Parlement 

C’est l’autre fait marquant de ces élections générales. Pour la première fois depuis la transition démocratique et la fin de la dictature fasciste de Franco, un parti d’extrême-droite espagnol a des élus au Congrès des députés. Vox obtient ainsi 24 sièges, en totalisant 10,26 % des voix. Certes, les médias alarmistes nous prédisaient un retour en force avec des sondages donnant parfois plus de 50 députés à Vox. Qu’importe, ces résultats interrogent et inquiètent. 

Fondée le 17 décembre 2013, à la suite d’une scission du Parti populaire, et dirigée par Santiago Abascal, cette formation présente les mêmes rhétoriques que ses compères européens alliant des positions réactionnaires, xénophobes, ultranationalistes et un libéralisme économique assumé. 

Pourtant, de sa création aux élections régionales d’Andalousie en décembre 2018, le parti reste très minoritaire en Espagne. En témoigne ses différents résultats : 

  • 0,23 % aux élections générales de 2015 
  • 0,20 % aux élections générales de 2016 
  • 0,45% aux élections régionales d’Andalousie en 2015
  • 1,57% aux élections européennes de 2014

La donne change donc le 2 décembre 2018. En Andalousie, une région historiquement à gauche, Vox obtient 12 sièges en se positionnant cinquième des suffrages, sans doute appuyé par une frange de la population effrayée de la possible indépendance catalane. Le nombre peut sembler dérisoire (12 sur 109) mais il permet à la région de basculer à droite puisque ces douze députés viennent s’ajouter aux 26 députés du Parti populaire et aux 21 de Ciudadanos. 

Ces 24 élus au niveau national montrent une chose. Les pays ayant connu des dictatures fascistes lors du 20e siècle ne semblent plus effrayés à l’idée de revoter pour des partis aux idées plus ou moins similaires. Espagne, Italie, Allemagne, Portugal, Hongrie, les exemples sont malheureusement trop nombreux (Allemagne, Suède, revoilà l’extrême-droite) et démontrent que les politiques prônées par la commission européenne, par ceux-là mêmes qui s’érigent en rempart contre l’extrême-droite, nous mènent directement à eux.