Si Julian Assange avait été vénézuélien…

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Julian Assange au balcon de l’ambassade équatorienne à Londres, en 2012. Photo Olivia Harris. Reuters

Le 11 avril dernier Julian Assange, fondateur du site Wikileaks, était arrêté par la police du Royaume-Uni alors qu’il était réfugié dans l’ambassade de l’Equateur à Londres depuis août 2012. Plus récemment le gouvernement anglais a ratifié l’ordonnance autorisant l’extradition de Julian Assange vers les Etats-Unis. L’audience qui sera consacrée à l’examen de celle-ci a été fixée au 24 février prochain. 

Julian Assange a vécu dans l’ambassade équatorienne à Londres pendant près de sept ans, après que le gouvernement progressiste de Rafael Correa lui a accordé l’asile politique en 2012, et qu’il a obtenu la nationalité équatorienne en 2018 sous le gouvernement de Lénin Moreno. Pourtant c’est ce dernier qui l’a trahi, après avoir renié ses promesses de campagne en faisant volte-face et en tournant le dos aux années Correa, y compris au niveau international puisque le président équatorien a remis au goût du jour l’alliance avec les Etats-Unis. 

Sitôt arrêté par la police, Assange a été placé dans une prison de haute-sécurité, tel un vulgaire terroriste. Par cet acte, l’exécutif britannique se couvre de honteUne honte que partagent des pays comme la France qui, en dépit des discours moralisateurs, se refusent à accueillir sur leur territoire et à accorder l’asile politique à celui à qui nous devons tant. D’autant plus que jusqu’à preuve du contraire Julian Assange est innocent. Ni lui, ni Wikileaks n’ont volé de documents confidentiels ou n’ont piraté d’ordinateurs. En revanche ils se sont fait le relais des lanceurs qui ont réussi à obtenir ces dits documents en travaillant avec de grands quotidiens occidentaux dont le New-York Times, le Monde, ou El Païs. Ces derniers ont d’abord profité des publications de Wikileaks, en les publiant. Mais très vite ils ont étrangement détourné le regard, au point de ne pas trouver scandaleux ce qu’il est en train de se produire et de cautionner ces accusations. 

Pourtant, il y a fort à parier que si Julian Assange avait été russe, chinois, cubain, iranien, nord-coréen, ou vénézuélien il aurait été adulé et érigé en chantre de la liberté par ceux qui aujourd’hui le condamnent.  Pourquoi ? Parce qu’il a révélé au monde entier ce que personne n’a osé faire. Parce qu’il a notamment montré que les Etats-Unis ont été coupables des pires actes de barbarie. A l’image des cas de tortures en Irak, ou de ce funeste raid aérien du 12 juillet 2007, toujours en Irak, où l’on voit des soldats américains tirer sur un groupe de civils tuant au passage deux journalistes de l’agence Reuteurs.

Au travers de Julian Assange ce sont les libertés d’expression et d’information qui sont directement menacées par ceux qui se proclament pourtant leurs défenseurs. Il est clair qu’une condamnation d’Assange servirait d’exemple et d’avertissement à tous ceux souhaitant informer librement. 


Pour aller plus loin :

 

Un peu d’histoire #6 : le (vrai) rôle de l’URSS durant la Seconde Guerre mondiale – partie 2/3

Accords de Munich
Le 30  septembre 1938 l’Italie fasciste, l’Allemagne nazie, la France et la Grande-Bretagne signent les Accords de Munich qui scellent le sort de la Tchécoslovaquie. Ces accords sont signés sans les Tchécoslovaques, ni les Soviétiques. 

L’Histoire nous permet d’apprendre ce qui nous a précédé. En son temps, Karl Marx avait averti que « celui qui ne connaît pas l’histoire est condamné à la revivre », démontrant ainsi la nécessité pour chacun de connaître les événements passés qui, bien souvent, fournissent une source d’explication pour les événements présents et futurs. Mais connaître l’histoire c’est aussi raconter ce qui est passé sous silence, ou volontairement oublié par certains. Au travers de cette série d’articles, je vais m’efforcer de mettre à jour des faits ignorés aujourd’hui mais ô combien importants.

Après la première partie, qui traitait des années 30′ avant les Accords de Munich, lorsque l’URSS tenta d’obtenir une alliance avec la France et la Grande-Bretagne, cette seconde partie parlera à la fois des Accords de Munich, et de leurs conséquences, de l’obstination de la Pologne à réfuter l’accès à son territoire à l’Armée rouge, mais aussi du refus des occidentaux à établir une alliance militaire avec les Soviétiques. Refus qui aura pour conséquence directe le pacte germano-soviétique abordé à la fin de cet article. 

  • Prémices aux Accords de Munich 

Très vite la question de la Tchécoslovaquie arrive sur la table des négociations. Hitler se sert du prétexte de la région des Sudètes, à majorité germanophone, afin de conquérir l’ensemble du pays. Problème ? La Tchécoslovaquie bénéficie d’une double protection : celle de la France, et celle de l’Union soviétique. 

Peu avant les Accords de Munich, Neville Chamberlain, qui souhaite toujours mener une politique d’apaisement avec l’Allemagne nazie rencontre une première fois Hitler. Au terme de cet entretien le premier ministre britannique évoque lui-même un entretien « franc, mais amical »

Pourtant, quelques jours plus tard, Maxime Litvinov, le ministre des Affaires étrangères soviétique réaffirme à la Société des Nations (SDN) que l’URSS souhaite depuis des années arriver à un accord de sécurité collective avec les pays européens, contre l’Allemagne. Surtout, l’URSS précise bien qu’elle est toujours prête à défendre la Tchécoslovaquie, en vertu du traité qu’elle a avec elle mais que pour cela la France doit aussi tenir ses engagements. A cela s’ajoute un autre problème :  l’Union soviétique n’a pas de frontière commune avec la Tchécoslovaquie et pour atteindre ce territoire doit passer soit par la Roumanie, ce qui d’un point de vue stratégique est loin d’être la meilleure solution, soit par la Pologne qui offre le plus de facilité. 

Or la Pologne refuse catégoriquement que l’Armée rouge traverse son territoire, pour plusieurs raisons : 

  • son leader, Josef Beck, un militaire, est un farouche anticommuniste, ayant par ailleurs combattu contre l’Armée rouge en 1918 
  • en 1934 il a signé un pacte de non-agression avec l’Allemagne, il pense donc encore qu’Hitler respectera ce pacte 
  • Par ailleurs le chancelier allemand encourage le colonel Beck a revendiquer une partie du territoire tchécoslovaque, la Zaolzie 

Autrement dit la Pologne n’a aucune raison de laisser entrer sur son territoire l’Armée rouge. De plus Français et Anglais refusent de faire pression sur leur allié polonais, estimant qu’ils sauveront la paix en accordant à Hitler cette dernière concession. 

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Persuadés d’avoir préservé la paix, les dirigeants français et britanniques sont accueillis comme des héros dans leur pays.
  • Le démembrement de la Tchécoslovaquie

Le 29 septembre 1938 sont donc signés les Accords de Munich, sans les Tchécoslovaques, ni les Soviétiques. Aux termes de ceux-ci, et dans les mois qui suivent :

  • l’Allemagne s’empare de la région des Sudètes
  • la Pologne récupère la Zaolzie (octobre 1938)
  • la Hongrie s’empare du sud de la Slovaquie (novembre 1938)
  • la région de la Ruthénie subcarpatique est rattachée à la Hongrie en deux temps, une partie en novembre 1938, l’autre en mars 1939 (Premier arbitrage de Vienne) 

Pendant ce temps là à Londres, Ivan Maïski, l’ambassadeur soviétique, rend visite à son homologue Tchécoslovaque, Masaryk, qui, ayant appris la nouvelle des Accords de Munich  lance, :  » Ils nous ont vendus comme des esclaves »

Grande-Bretagne et France pensent avoir sauvé la paix. Ils se trompent lourdement. Mais en refusant ouvertement la paix tendue par l’URSS qui n’a eu de cesse de vouloir un accord avec les occidentaux, les deux pays ouvrent indirectement la voie à un accord entre l’Allemagne et l’URSS. Mais c’est bien la France qui, le 6 décembre 1938 à l’occasion d’une visite de Joachim Von Ribbentrop, le ministre des Affaires étrangères du IIIe Reich, signe un pacte d’amitié avec les nazis. Un banquet, auquel ne sont pas conviés les trois ministres juifs du gouvernement français, est même organisé en l’honneur de l’invité Allemand. 

En dépit de ses promesses Hitler ne s’arrête pas à la région des Sudètes. Dès le mois de mars 1939 l’Allemagne envahit l’ensemble de la Tchécoslovaquie, en en intégrant une partie au Reich et en créant une Slovaquie satellite. Puis au cours du même mois il s’empare du port stratégique de Memel, en Lituanie. Et bientôt c’est la Pologne qu’Hitler va lorgner. 

  • Avant l’invasion de la Pologne, les dernières tentatives de l’URSS pour parvenir à un accord avec la France et la Grande-Bretagne 

L’invasion du reste de la Tchécoslovaquie et de Memel n’entraînent aucune réaction de la part des occidentaux, toujours aveuglés par leur politique d’apaisement. Pourtant, tout le monde commence à comprendre que Français et Anglais ont abandonné leur allié tchécoslovaque pour rien et que la guerre se rapproche. 

Le Royaume-Uni décide ainsi de donner sa garantie à la Pologne, le 31 mars 1939, imité par la France. De plus l’opinion publique britannique, consciente que l’affrontement est inévitable, souhaite en majorité une alliance de leur pays avec l’URSS. Et une nouvelle fois ce sont les Soviétiques qui font la démarche. Staline ordonne en effet à Litvinov, le 17 avril 1939, de faire le premier pas envers les occidentaux. Ce dernier ne tarde pas à proposer de nouveau une alliance militaire à la France et à la Grande-Bretagne incluant la défense de la Finlande, des pays Baltes et de la Roumanie contre l’Allemagne. 

Lord Halifax, le ministre des Affaires étrangères du Royaume-Uni, est embarrassé car lui ne souhaite que protéger la Pologne, et demande encore du temps. Mais c’est justement de temps qu’il manque car les plans d’Hitler pour envahir la Pologne sont déjà prêts. D’ailleurs en dépit du danger imminent qui guette la Pologne, le colonel Beck se refuse toujours à laisser entrer sur son territoire l’Armée rouge, même pour assurer sa défense. Encore plus incroyable, il se rend à Londres au mois d’avril 1939, mais repart de la capitale britannique sans que cette question ne soit résolue.

Commençant à être las de tout ce cinéma, Staline nomme Molotov au poste occupé par Litvinov. Néanmoins la proposition d’alliance reste toujours valable, d’autant plus qu’Hitler n’est toujours pas convaincu qu’un pacte avec l’Union soviétique soit une bonne idée. 

Après l’opinion publique, c’est l’armée britannique qui, à son tour, souhaite une alliance avec l’URSS avant que ce ne soit trop tard. Chamberlain et Daladier se décident alors à envoyer une délégation en Union Soviétique en août 1939. Mais alors que Staline a bien spécifié qu’il était urgent de parvenir à un accord, les occidentaux prennent une fois de plus leur temps. Plutôt que d’affréter un avion pour leur délégations respectives, ils choisissent le bateau comme moyen de transport. Le voyage dure une semaine, sans compter les douze jours mis par les Anglais pour désigner les personnes qui allaient prendre part à cette visite. Et que dire des membres des délégations qui ne sont, ni du côté français, ni du côté britannique,  des personnalités très importantes, alors qu’à leur arrivée, le 12 août 1939, ils sont reçus par un proche parmi les proches de Staline : le ministre de la Défense : Kliment Vorochilov. 

Pire, le chef de la délégation britannique, l’amiral Drax n’a aucun papier de son gouvernement spécifiant qu’il a les pouvoirs diplomatiques pour mener à bien ces négociations. Et lorsque Vorochilov demande si la Pologne accepte d’ouvrir ses frontières à l’Armée rouge, il comprend que ces négociations ne servent à rien puisque les occidentaux n’ont pas été capables, ou n’ont pas voulu, convaincre leur allié polonais. La réunion s’arrête donc sur ce point et le ministre de la Défense soviétique précise qu’elles ne pourront reprendre que lorsque la Pologne acceptera l’Armée rouge sur son territoire. 

pacte germano-soviétique
La signature du pacte germano-soviétique.
  • Le pacte germano-soviétique 

Peu avant que les délégations française et britanniques n’arrivent en Union soviétique, Hitler commence à changer d’avis, sous les conseils de Ribbentrop, quant à une prétendue alliance avec l’URSS. Ne pas avoir de second front lui laisserait en effet les mains libres pour mener à bien ses plans, et préparer au mieux la future invasion de cette même Union soviétique. 

Dans le secret le plus total, dans un petit restaurant de Berlin, Karl Schnurre, diplomate allemand, et Georgy Astakhov, conseiller économique soviétique, mais surtout agent du NKVD, se rencontrent et évoquent un- possible- accord. Deux jours plus tard ils transmettent à leur dirigeants respectifs les paroles de l’autre, faisant comprendre que la voie est ouverte. L’Allemagne spécifie au passage que la situation est urgente. 

Le 15 août 1939, soit deux semaines avant l’invasion de la Pologne, les discussions entre l’URSS et l’Allemagne s’accentuent, et Moscou veut avoir la certitude que jamais le IIIe Reich n’attaquera son territoire. Et c’est ainsi que quelques jours plus tard, le 23 août 1939, est ratifié par Molotov pour les Soviétiques, et Ribbentrop pour les Allemands, le pacte germano-soviétique. Il comprenait la non-agression des deux pays mais également une annexe secrète, garantissant à l’URSS d’avoir les mains libres pour reprendre tous les territoires qu’elle avait perdus au terme de la Première guerre mondiale. 

L’invasion de la Pologne est imminente, et par leur bêtises les occidentaux se retrouvent désormais seuls contre Hitler et ses alliés. A suivre… 


Pour approfondir le sujet : Carnets d’un ambassadeur soviétique à Londres, par Ivan Maïski 

Les résultats de la gauche radicale, communiste, et apparentés, aux européennes pays par pays (2019)

parlement européen
Le groupe de la GUE/NGL sera très minoritaire. Source : parlement européen

En un mandat européen beaucoup de choses peuvent changer, et parfois pour le pire. En 2014 le groupe européen de la Gauche unitaire européenne / Gauche verte nordique (GUE/NGL) comptait 52 députés. Cinq ans plus tard ce nombre s’est bien réduit. J’ai essayé de recenser, pays par pays, les résultats des partis siégeant dans ce groupe, susceptibles de le faire ou aux idées similaires. Pour certains pays, notamment en Europe de l’Est il est très difficile de collecter de tels résultats, bien souvent car des listes proches idéologiquement de la GUE/NGL sont inexistantes ou très faibles électoralement.

  • Allemagne

Die Linke (la gauche) avait obtenu 7,57% des suffrages et 7 députés en 2014. Cinq ans plus tard les résultats européens confirment les résultats nationaux. Die Linke obtient 5,40% des voix et 5 sièges. De son côté le Parti communiste allemand (KDP) ne réalise que 0,05% des suffrages.

  • Autriche

En 2014 la liste Europa Anders, obtenait 2,1% des votes. Cette année cette liste n’était pas présente, en revanche celle regroupant le Parti communiste et l’ex mouvement de jeunesse des verts n’obtient que 0,7%.

  • Belgique

L’une des bonnes surprises de ce scrutin vient de Belgique. Le Parti du travail de Belgique (PTB) augmente son score par rapport de 2014 en passant de 3,51% des voix et aucun député à 5,74% et 1 député. Mais surtout les élections fédérales et régionales, qui se déroulaient le même jour, ont permis au PTB de passer, dans les diverses Assemblées de Belgique, de 8 à 42 élus.

Pour voir le détails des résultats : Le PTB perce dans tout le pays.

  • Bulgarie

En Bulgarie il n’y a pas de forces de gauche indépendante qui peuvent représenter une alternative crédible d’un point de vue électoral. En 2014 le parti  Gauche bulgare, affilié au Parti de la gauche européenne, n’avait obtenu que 0,64% des suffrages. Cette année je n’ai pas réussi à trouver leur score, et je ne sais pas s’ils ont représenté une liste.

En revanche la Coalition pour la Bulgarie qui regroupe six formations, dont le Parti socialiste bulgare (réformiste), mais aussi le Parti communiste bulgare, obtient 24,33% des voix, et 2  députés de plus que lors de la précédente mandature pour arriver à 5. Toutefois tous devraient siéger dans le groupe socialiste au Parlement européen.

  • Chypre

L’AKEL, le Parti progressiste des travailleurs, réalise un haut score et demeure le Parti communiste le plus puissant électoralement de l’Union européenne. Il passe d’ailleurs de  26,4% à 27,49% des voix et garde donc ses 2 députés.

  • Croatie

Comme en 2014 aucune liste qui aurait pu prétendre à siéger dans le groupe de la GUE/NGL n’a fait élire de député.

  • Danemark

L’Alliance rouge verte est parvenu à sauver son siège qu’elle avait en 2014. Cette année là l’Alliance rouge verte était membre de la coalition du Mouvement populaire contre l’UE qui avait recueilli 8% des voix et donc 1 député.

En 2019 ces deux formations ont fait bande à part. L’Alliance rouge verte atteint les 5,5% et obtient 1 siège. En revanche le Mouvement populaire contre l’UE chute à 3,7% et n’obtient donc aucun siège.

  • Espagne

Quelques semaines à peine après les élections générales espagnoles qui avaient vu le PSOE l’emporté, l’Espagne se votait à nouveau. Elections européennes, régionales et municipales étaient programmés le même jour. Pour le scrutin européen, comme pour les élections générales, le PSOE est arrivé largement en tête.

En 2014 Izquierda Unida (Gauche Unie) coalition qui regroupait sept formations de gauche, dont le Parti communiste espagnol, avait obtenu 9,99% des voix et 6 députés, en se positionnant en troisième position. De son côté le tout jeune parti Podemos, issu du mouvement des Indignés, obtenait lui 7,97% des voix et 5 députés.

Cinq ans plus tard le paysage politique espagnol n’est pas le même. Les deux formations n’ont pas réussi à concrétiser ces bons scores. Résultat : l’alliance qu’elles ont formé, baptisé Unidos-Podemos, n’obtient que 10,05% des suffrages et 6 sièges.

Toutefois d’autres partis qui ont obtenu des sièges d’eurodéputés pourraient rejoindre le groupe de la GUE/NGL, comme la coalition qui rassemblait notamment la Gauche républicaine de Catalogne et le Bloc nationaliste de Galicie qui obtient 5,61% des voix et 3 députés.

  • Estonie

En 2014 le site Espaces Marx recensait 0,89% pour la liste affilié au Parti de la gauche européenne. Cinq ans plus tard une liste similaire aurait a priori fait à peine 0,1% des suffrages.

  • Finlande

Comme au Danemark, l’Alliance de gauche avait 1 siège de député à conserver. Malgré une chute dans les résultats, passant de 9,3% en 2014 à 6,9% en 2019, l’Alliance de gauche parvient à garder son unique siège.

  • France

En France les résultats n’ont pas été à la hauteur des espérances du côté de la France insoumise, comme du côté du Parti communiste français. En 2014 le Front de gauche (qui rassemblait à l’époque plusieurs formations de gauche dont le Parti de gauche et le Parti communiste français) récoltait 6,61% des voix et obtenait 4 sièges.

La France insoumise s’en sort mieux que le Front de gauche puisqu’elle comptera 2 élus de plus. Mais il faut voir plus loin que ça. La France insoumise n’a pour le moment pas concrétisé les espoirs soulevés lors de la dernière présidentielle. De son côté le Parti communiste français réalise un bien faible score avec 2,49% des voix. Il n’y aura donc plus d’eurodéputés communistes français au Parlement européen, une première depuis 1979. Même son de cloche pour Benoit Hamon et son mouvement qui ne recueille, en France, que 3,27% des suffrages.

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Manifestation du Parti communiste grec (KKE). Source : Initiative communiste
  • Grèce

En 2014, la victoire de Syriza aux élections européenne portait un souffle d’espoir sur toute l’Europe. Pour la première fois depuis longtemps, si l’on excepte Chypre, un parti de la gauche radicale pouvait accéder au pouvoir. En janvier 2015, effectivement, Syriza remportait les élections en Grèce et Alexis Tsipras devenait premier ministre. Mais les espérances que Syriza avait donné aux autres forces similaires dans l’UE se sont vites dissipées. Dès le mois de juillet 2015 s’en était fini du rêve d’une alternative crédible.

Depuis Alexis Tsipras a appliqué? comme ses prédécesseurs, de droite et sociaux-démocrates les mémorandums dictés par Bruxelles (voir : Grèce : entre austérité, répression et trahison). Pourtant les députés de Syriza ont continué, et vont sans doute continuer, de siéger dans le groupe de la GUE/NGL.

 Ainsi avec 23,8% des votes, Syriza fait moins bien qu’en 2014 puisque la formation avait alors recueilli 26,55% des voix. Toutefois le parti d’Alexis Tsipras maintient ses 6 députés. 

Quant au Parti communiste grec (KKE), qui ne siège plus dans le groupe de la GUE/NGL il parvient, lui aussi, à sauver ses 2 députés en connaissant également une légère chute dans son score électoral, passant de 6,11% des suffrages en 2014 à 5,41% en 2019.

Les autres forces de gauche n’auront aucun député et font des scores extrêmement bas. C’est le cas du le Mouvement pour la démocratie en Europe 2025, de Yanis Varoufakis, l’ancien ministre des finances de Syriza durant les premiers mois du gouvernement de Tsipras, et l’allié de Benoit Hamon au niveau européen, de la liste rassemblant l’Unité populaire et le Parti pirate ou encore de celle d’Antarsya (Front de gauche anticapitaliste).

  • Hongrie

Comme dans d’autres pays de l’Est les forces de gauche, non sociaux-démocrates, sont inexistantes. D’après le site Espaces Marx il n’y avait aucune liste qui pouvait s’apparenter à la GUE/NGL en 2014.

Cinq ans plus tard le Parti ouvrier hongrois, l’un des héritiers du Parti socialiste ouvrier hongrois, n’obtient que 0,42% des votes.

  • Irlande

Le Sinn Féin avait obtenu 17% des voix en 2014 et 3 sièges. En 2019 les choses ont évolué. Le Sinn Féin perd un siège et quatre points dans son score en obtenant 13% des voix.

En revanche la liste Indépendance pour le changement créée une petite surprise. Cette formation formée en 2014 réalise 15% des suffrages et gagne 2 députés. Toutefois rien ne certifie qu’ils siégeront avec le Sinn Féin dans le groupe de la GUE/NGL.

  • Italie

La situation de la gauche italienne est catastrophique. Elle l’était déjà en 2014 et cela se confirme en 2019.

Pourtant il y a cinq ans 3 députés avaient été élus sur la liste l’Altra Europa con Tsipras, qui avait récolté 4,07% des voix. Cette année la GUE/NGL ne sera plus représentée en Italie. Les diverses formations qui auraient pu y siéger ont réalisé des scores extrêmement faibles, preuve que tout est à reconstruire.

La liste La Gauche, qui rassemble l’Autre Europe avec Tsipras, La Gauche italienne, le Parti de la refondation communiste et le Parti du Sud (régionaliste), n’obtient que 1,75% des voix.

Parti communiste, avec 0,88% des suffrages atteint lui aussi un score ridicule.

A noter que la formation Potere al popolo (le pouvoir au peuple), soutenu par la France insoumise, avait renoncé à se présenter lors de ce scrutin.

  • Lettonie

En 2014 le site Espaces Marx recensait 1,55% pour une liste affiliée au GUE/NGL. Il est difficile de savoir si une telle liste a fait un score similaire en 2019. Mais ce qui est certain c’est qu’il n’y aura aucun député provenant de Lettonie qui siégera dans le groupe de la GUE/NGL.

  • Lituanie

Comme les autres pays Baltes les forces de gauche sont quasiment inexistantes en Lituanie. Aucun député de ce pays ne siégera donc dans le groupe de la GUE/NGL.

  • Luxembourg

Il est difficile pour des partis de gauche de réaliser des scores conséquents dans un pays comme le Luxembourg, paradis fiscal par excellence.

En 2014 Dei Lénk (La Gauche) obtenait 5,76% des voix, mais aucun siège. De même que le Parti communiste luxembourgeois (PCL) qui réalisait un score de 1,49% il y a cinq ans.

En 2019 les scores de ces deux formations sont presque similaires, même s’ils  sont en baisse. Dei Lénk n’obtient que 4,83% et le PCL 1,14%.

  • Malte

Il est difficile de savoir quels scores ont pu faire des listes affiliées à la GUE/NGL. Mais aucun député Maltais ne siégera dans ce groupe.

  • Pays-Bas

En 2014 le Parti socialiste avait créé une petite surprise avec 9,65% des voix et 2 députés. Il ne conservera pas ses sièges puisqu’il n’obtient cette fois-ci que 3,4% des votes.

En revanche le Parti pour les animaux, qui siège dans le groupe de la GUE/NGL, avait obtenu 4% des voix et 1 député en 2014. Il obtient le même score cette année et conserve donc son siège.

  • Pologne

Aucune liste affilié au Parti de la gauche européenne (PGE) ou à la GUE/NGL ne s’était présentée en 2014. En 2019 soit la situation est identique soit il est difficile de savoir ce qu’il en est. Toujours est-il que la situation politique pour la gauche polonaise est extrêmement difficile, et l’anti-communiste viscéral du pouvoir en place et la criminalisation de ceux-ci n’arrangent pas les choses (voir : Pologne : nouvelle terre de l’anticommunisme).

  • Portugal

Le Parti communiste portugais (PCP) et le Bloc de gauche ont fait le choix en 2015 d’appuyer le Parti socialiste portugais au parlement pour chasser la droite du pouvoir (voir : Portugal : une autre voie pour l’Europe).  Toutefois ces deux forces ne sont pas entrées au gouvernement et se sont présentées indépendamment aux élections européennes.

C’était déjà le cas en 2014. A l’époque la coalition de la CDU, qui regroupe le Parti communiste et les écologistes, avait obtenu 12,69% et 3 députés. De son côté le Bloc de gauche lui, avec 4,56% des voix avait 1 siège. Cinq plus tard les scores se sont inversés. Le Bloc de gauche obtient 9,82% des voix et 2 sièges tandis que le PCP avec 6,88% des suffrages perd un siège et en conserve 2.

  • République Tchèque 

La République Tchèque est l’un des seuls pays de l’Est de l’Europe où il y a encore un parti communiste assez puissant. En 2014 le Parti communiste de Bohême-Moravie obtenait ainsi 3 députés en récoltant 10,98% des voix. Mais cette année, comme beaucoup d’autres formations européennes similaires, ses voix sont en baisse. Avec 6,94 des voix les communistes de la République Tchèque ne sauvent qu’un seul siège de député.

  • Roumanie 

Comme ses voisins les listes de gauche qui auraient pu siéger dans le groupe de la GUE/NGL sont inexistantes en Roumanie.

  • Royaume-Uni

La situation britannique est délicate en raison du Brexit. En cas de sortie de l’UE du Royaume-Uni tous les députés élus il y a peu céderont leur siège. La campagne a été presque inexistante dans le pays car tous s’attendent à ne siéger que quelques mois au mieux.

Néanmoins le scrutin a bien eu lieu. Au terme de celui-ci le Labour Party, dont les députés actuels siègent avec le groupe socialiste européen, mais qui a connu un virage à gauche avec Jeremy Corbyn, obtient 10 députés et 14,08% des voix. Les travaillistes perdent donc 10 députés puisqu’en 2014 avec 24,43% des voix en 2014 ils avaient eu 20 députés.

Dans le même temps la branche britannique du Sinn Féin, qui avait eu 1 député et 0,97% conserve son siège malgré une légère chute de son score (0,63%).

  • Slovaquie 

En 2014 une liste affiliée à la GUE/NGL avait obtenu 1,83% des voix. En 2019 il n’y avait pas de liste similaire.

  • Slovénie 

En 2014 la Gauche unie n’avait aucun député mais obtenait 5,5% des voix. Cette année malgré une augmentation, puisque la liste de la Gauche obtient 6,34% des voix, elle n’aura toujours pas de député.

  • Suède 

Le Parti de gauche de Suède avait 1 siège d’eurodéputé à défendre. Ils avaient réalisé le score de 6,3% en 2014. Le siège est conservé en 2019 avec une légère augmentation du score (6,7%).

  • Bilan 

Au total les membres du groupe GUE/NGL, qui n’étaient déjà pas nombreux lors de la mandature 2014-2019, puisque le groupe comptait 52 eurodéputés lors de cette période, le seront encore moins pour la période qui arrive.

De son côté le mouvement européen Maintenant le peuple ne pourra sans doute pas créer un autre groupe européen. Il faut en effet 25 eurodéputés or les divers mouvements partis signataires de l’appel ne les possèdent pas :

  • 6 députés pour la France insoumise, et la Gauche républicaine et socialiste (France)
  • 6 députés pour Podemos- dans la coalition Unidos-Podemos (Espagne)
  • 2 députés pour le Blog de gauche (Portugal)
  • 1 député pour l’Alliance rouge et verte (Danemark)
  • 1 député pour l’Alliance de gauche (Finlande)
  • 1 député pour le Parti de gauche (Suède)

Au total ce sont donc 17 eurodéputés qui devraient siéger dans le groupe de la GUE/NGL. Il faut ajouter à cela :

  • 5 députés pour die Linke (Allemagne)
  • 1 député pour le PTB (Belgique)
  • 2 députés pour l’AKEL (Chypre)
  • 6 députés pour Syriza (Grèce)
  • 2  députés pour le Sinn Féin (Irlande)
  • 1 député pour le Parti pour les animaux (Pays-Bas)
  • 2 députés pour  la coalition CDU (Portugal)
  • 1 député pour le Parti communiste de Bohême Moravie (République Tchèque)
  • 1 député pour le Sinn Féin (Royaume-Uni)

Tous ces partis et mouvements totalisent 38 eurodéputés, même si rien ne certifie que tous acceptent de siéger avec les députés de Syriza.

Enfin il faudra déterminer si les formations suivantes siégeront dans le groupe de la GUE/NGL ou resteront indépendants :

  • les 3 députés de la coalition regroupant notamment la Gauche républicaine de Catalogne et le Bloc nationaliste de Galicie (Espagne)
  • les 2 députés du KKE (Grèce)
  • les 2 députés de la liste Indépendance pour le changement (Irlande)
  • quelques députés élus avec le Labour Party (Royaume-Uni)

Mais même en élargissant au maximum le groupe ne devrait donc pas atteindre les 50 eurodéputés. L’absence d’un groupe signifiant pour la gauche radicale démontre sur un plan européen la victoire des forces conservatrices. Les petites guerres entre partis et mouvement et l’absence de lignes claires peuvent expliquer en partie ce déclin dans la plupart des pays pour les formations de gauche radicale.

Européennes : l’abstention n’est pas la solution (et favorise Macron)

Ballot box on a european union flag background. 3d illustration
Les élections européennes auront lieu le 26 mai prochain. Source : RAWF8 – STOCK.ADOBE.COM

Le scrutin des élections européennes s’approche à grand pas. Pourtant les Français tardent à se mobiliser. Près de six électeurs sur dix pourraient ne pas aller voter selon divers sondages. Parmi eux : les jeunes et les classes populaires. Autrement dit ceux qui ont tout à perdre en ne se prononçant pas. 

Nombre de personnes expriment,en ne se rendant pas aux urnes depuis des années, leur désaccord avec les politiques menées. Or notre système électoral est conçu de telle façon que même si 99,99% de la population s’abstenaient, les 0,01% restant décideraient de l’avenir du pays. Il en va de même pour les votes nuls et les votes blancs. qui, dans le système actuel, ne servent à rien. Donc d’un point de vue stratégique s’abstenir n’a aucune valeur et aucune utilité.

Mais surtout, ces élections européennes peuvent être un véritable référendum anti-Macron. Ce sera en effet la première élection depuis son arrivée au pouvoir et donc l’occasion d’exprimer un profond désaccord avec sa politique, d’autant plus que la campagne de LREM pâtit de sa tête de liste (voir : Nathalie Loiseau : une campagne qui bat de l’aile). Or, si le vote était obligatoire, ceux qui s’abstiennent n’iraient sans doute pas voter LREM. Donc ne pas voter c’est prendre le risque de laisser des voix au camp du président, mais aussi laisser le Rassemblement national lui disputer sa politique.

C’est précisément ce qu’il faut éviter. Depuis quelques semaines les médias nous poussent à imaginer un duel opposant seulement les populistes aux progressistes, comprenez l’extrême-droite aux libéraux (voir : Européennes : la fausse opposition libéraux/nationalistes) alors même que les deux s’auto-alimentent. Ce ne sont que les deux faces d’une même pièce et pourtant tout est fait pour nous réduire à ce choix entre la peste brune et le choléra libéral. 

Mais que ce soit un camp ou l’autre, leurs partisans iront voter. Les banquiers, les actionnaires, les grands patrons, ou ceux tenant un discours de haine et de rejet de l’autre, ainsi que tous ceux souhaitant détruire nos acquis sociaux iront voter. L’abstention n’est pas la solution car en réalité elle légitime ces politiques en leur donnant une justification par les urnes. 

  • Voter pour inverser l’ordre du Parlement européen 

Certes l’UE n’est pas l’instance démocratique qu’on nous présente, loin de là. Certes les pouvoirs du Parlement européen sont limités. Mais il reste néanmoins un organe législatif important.

Les partis de droite, regroupés au sein du Parti populaire européen (PPE) et les sociaux-démocrates, regroupés dans l’Alliance progressiste des socialistes et démocrates au Parlement européen (S&D), s’entendent depuis des années. Votant les lois ensemble, et s’arrangeant pour l’élection du président du Parlement ainsi que pour la commission européenne. Ces deux groupes parlementaires représentent 401 députés. A ces libéraux, les sociaux-démocrates européens n’osant plus, dans leur grande majorité, remettre en cause cette doctrine, s’ajoute l’Alliance des démocrates et des libéraux pour l’Europe (ADLE) et ses 69 sièges. Les tenants, officiels, d’un discours libéral sont donc ultra-majoritaires au sein du Parlement. 

Et ils ne sont pas seuls. Le groupe des Verts (52 sièges) est pour sa grande majorité acquis à la cause libérale, pourtant incompatible avec l’idéal environnemental qu’ils prônent. Quant aux trois groupes classés à droite du Parlement européen,  Conservateurs et réformistes européens (77 sièges), Europe de la liberté et de la démocratie directe (42 sièges), Europe des nations et des libertés (36 sièges), oscillant entre droite-extrême et extrême-droite ils sont eux aussi des partisans farouches du libéralisme, malgré leur discours qui tend à faire penser le contraire. Que ce soit en Italie, en Autriche, ou en Hongrie, les alliés du Rassemblement national mènent des politiques similaires à celle de Macron en France. Autrement dit opposer libéraux et extrême-droite n’a aucune valeur puisque in fine leurs politiques économiques sont relativement semblables. 

Enfin, en enlevant les 20 députés non-inscrits, il ne reste que le groupe où siégeait les députés apparentés Front de gauche : celui de la Gauche unitaire européenne/ Gauche verte nordique (GUE/NGL) qui compte 52 députés. C’est ce groupe que les abstentionnistes vont ,de fait, sanctionner en n’allant pas voter, alors que c’est celui qui constitue la meilleure opposition à cette Europe antidémocratique.

Les différents scores le 26 mai prochain pourraient faire en sorte qu’un autre groupe similaire émerge autour de la coalition Maintenant le peuple. Cette dernière rassemble divers partis, aujourd’hui siégeant au sein de la GUE/NGL, mais qui pourraient créer leur propres groupes s’ils obtenaient assez de parlementaires (1).

Qu’importe que les députés antilibéraux soient dans un même groupe uni ou dans deux groupes distincts, du moment qu’ils travaillent ensemble. D’un point de vue stratégique avoir deux groupes seraient d’ailleurs peut-être plus intéressant afin de bénéficier d’un meilleur temps de parole. Le problème n’est pas là. Si les Européens, à commencer par les Français ne se mobilisent pas le 26 mai prochain, cela ouvrira la porte à une nouvelle législature contre l’intérêt général et à des directives toutes plus ultralibérales les unes que les autres. 


(1) : les membres de la coalition Maintenant le peuple : Alliance rouge et verte (Danemark), Podemos (Espagne), Alliance de gauche (Finlande), France insoumise et Gauche républicaine et socialiste (France), Bloc de Gauche (Portugal) et Parti de gauche (Suède).  

Nathalie Loiseau : une campagne qui bat de l’aile

Loiseau
Emmanuel Macron et Nathalie Loiseau, les prétendus « remparts » à l’extrême-droite. © Ludovic Marin/Anne-Christine Poujoulat Source: AFP

L’ancienne ministre chargée des Affaires européennes (21 juin 2017 – 27 mars 2019) a été désignée tête de liste de La République en marche (LREM) pour les élections européennes qui se dérouleront le 26 mai prochain. Au coude-à-coude avec la liste du Rassemblement national (RN), menée par Jordan Bardella, sa campagne est de plus en plus chaotique. Et pour cause. Celle qui se présente comme Le rempart à l’extrême-droite ne cesse de démontrer , semaine après semaine, son incapacité. D’ailleurs, l’idée selon laquelle LREM serait un barrage au RN n’est qu’une fable. En réalité marteler ces propos sert souvent d’unique argument dans la campagne. « C’est eux ou nous ». Sous-entendu qu’il n’y aurait que LREM qui serait à même de défendre la démocratie contre l’extrême-droite (voir : Européennes : la fausse opposition libéraux/nationalistes).

Pourtant (pour reprendre les propos d’une caricature du Canard enchaîné), Nathalie Loiseau ne fait que scier la branche sur laquelle elle est assise. Et, s’il fallait inventer une définition du terme se saborder, elle en serait la parfaite illustration tant son incompétence et ses propos sont aberrants. Sans parler de ses arguments de campagne, totalement incohérents avec la politique mise en place par le gouvernement, ses sorties médiatiques suffisent à illustrer pourquoi la liste LREM patauge et ne progresse plus.

D’abord, pour l’avoir écoutée lors du débat organisé sur France 2, le 4 avril dernier, il faut avouer un certain manque d’engouement et de charisme chez Nathalie Loiseau. Ce qui se ressent d’ailleurs aussi dans ses interviews et ses meetings. 

  • Ancienne candidate sur un syndicat d’extrême-droite 

L’information révélée par Médiapart le lundi 22 avril a fait beaucoup de bruit. Etudiante à Sciences-Politiques, Nathalie Loiseau avait été candidate, en sixième position, lors d’élections étudiantes sur la liste de l’UED, un syndicat d’extrême-droite lié au GUD. Pour rappel, le GUD, Groupe union défense, est un groupuscule d’extrême-droite aux actions parfois violentes, qui s’est auto-dissous dans le Bastion Social, lui-même récemment dissous par le gouvernement.  

Suite à cette révélation la défense de la tête de liste de LREM fut pour le moins bancal. Elle, et son entourage, ont d’abord nié les faits, allant même jusqu’à contester la véracité du document. Une défense qu’elle a ensuite rapidement modifiée en clamant qu’elle n’avait pas connaissance de la nature politique du syndicat. Chose peu vraisemblable puisque étant à Sciences Po elle devait avoir un minimum de savoir en politique. Du moins assez pour se renseigner sur la nature du syndicat dont elle était candidate. 

Finalement Nathalie Loiseau a reconnu que cette candidature était « une erreur et une connerie de jeunesse« . Mais avec cette révélation le mythe de LREM rempart face à l’extrême-droite prenait déjà un coup. 

  • « J’avais l’impression d’être une romanichelle »

Une semaine plus tard, le 29 avril, lors d’une interview sur France Culture, Nathalie Loiseau se souvenait de ses débuts en tant que directrice de l’ENA. Elle a alors eu cette phrase à la fois énigmatique mais aussi pleine de sens. 

« J’avais l’impression d’être une romanichelle quand je suis arrivée à la tête de l’ENA.« 

En effet le terme romanichelle a une vraie connotation raciste et péjorative. Il est notamment utilisé par ceux souhaitant dénigrer la communauté Tzigane. 

  • Nathalie Loiseau et la Blitzkrieg 

Plus récemment, l’avant-veille des commémorations du 8 mai, marquant le 74ème anniversaire de la victoire contre l’Allemagne nazie, la candidate LREM illustrait une fois de plus sa bêtise. En visite au mémorial de Caen, un musée consacré à l’histoire du XXe siècle et notamment à la seconde Guerre mondiale et au Débarquement, Nathalie Loiseau a répondu à la question d’un journaliste de l’Obs. Celui-ci lui demandait si, pour relancer sa campagne il ne lui fallait pas un Blitzkrieg. La réponse de l’intéressée ne se fit pas attendre : « oui mais un Blitzkrieg positif« . 

Le terme Blitzkrieg, ou guerre éclair en français, désigne la technique militaire adoptée par l’Allemagne nazie et par Hitler lors de la seconde guerre mondiale. C’est notamment grâce à cette tactique que le troisième Reich a pu envahir la France. Pas certain que faire référence à cela quelques heures avant le 8 mai, et au sortir d’un mémorial de la guerre, soit la meilleure façon de lutter contre l’extrême-droite. 

A elle seule, Nathalie Loiseau fait la démonstration qu’en aucun cas LREM, et ceux s’auto-qualifiant de progressistes libéraux, ne sont un quelconque rempart au Rassemblement national. Bien au contraire. De par leur politique économique, les libéraux ont fortement contribué à l’éclosion de ces partis d’extrême-droite partout en Europe. 

* Depuis hier (mercredi 15 mai) LREM a décidé de changer de stratégie. Constatant sans doute que la tête de liste multipliait les faux pas et n’entraînait pas les foules, le parti de la majorité au pouvoir prévoit la mise en circulation de près de 60 000 affiches. Le problème ? Exit la tête de Nathalie Loiseau, place à celle d’Emmanuel Macron. 

Pourquoi une invasion du Venezuela n’a-t-elle aucune chance de réussir ?

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Grande mobilisation pour les 20 ans de la Révolution bolivarienne. © HO/ Venezuelian Presidency / AFP 

Mardi 30 avril dernier l’opposant Juan Guaido, autoproclamé président du Venezuela depuis le 23 janvier, donnait le coup d’envoi de son opération « liberté ». Une opération destinée à renverser le gouvernement, légitime et démocratiquement élu. Cet événement aurait été qualifié par tous, et selon le droit, de coup d’état dans n’importe quel autre pays du monde, mais pas au Venezuela.

Il y a plus d’un mois, dans un article publié sur ce site (Venezuela : fin du spectacle pour Guaido), j’écrivais que Guaido avait échoué dans sa tentative de putsch. Il comptait vraisemblablement sur le soutien d’une majorité de la population. Puis, voyant qu’il ne l’avait pas a souhaité que l’armée se soulève. Son échec, qu’il reconnaît lui-même, nous permet néanmoins d’analyser pourquoi une invasion du Venezuela serait vouée à l’échec. 

  • La loyauté des Forces armées nationales bolivariennes 

D’abord parce que l’armée vénézuélienne reste fidèle au gouvernement. Un soutien qu’elle a d’ailleurs réaffirmé dans un communiqué en date du 8 mai dernier. Comment pourrait-il en être autrement ? Les Forces armées nationales bolivariennes (FANB), desquelles est issu Hugo Chavez, font partie intégrante de la Révolution bolivarienne. 

Certains médias et certains secteurs de l’opposition ne cessent de clamer haut et fort qu’une grande partie de l’armée a rejoint Juan Guaido depuis son auto-proclamation. Or, à la vérité, on remarque qu’ils sont une poignée à avoir fait ce choix. Et encore, parmi eux, certains, déçus des promesses du putschiste, souhaitaient revenir sur leur décision. A l’image de ce groupe de déserteurs se plaignant du traitement qu’ils avaient reçu en Colombie. 

L’union civico-militaire, l’un des piliers de la Révolution bolivarienne, tient donc. Et tant qu’elle le fera le gouvernement légitime du Venezuela demeurera. Même dans le cas où une intervention militaire étrangère serait déclenchée, elle ne pourrait réussir. Car, non seulement le Venezuela dispose d’une armée loyale à sa patrie, mais de surcroît elle est renforcée par la milice bolivarienne. 

Milice bolivarienne

La milice bolivarienne, forte de ses plus de deux millions de membres. © AFP/Federico PARRA

  • La milice bolivarienne : une force populaire de défense 

Initiée en 2008 par Hugo Chavez la milice bolivarienne compterait actuellement plus de deux millions de membres, soit plus d’un Vénézuélien sur vingt. Elle en comptait 1,6 millions au mois de décembre 2018 et Nicolas Maduro souhaiterait que ses effectifs atteignent les 3 millions de membres à la fin de l’année 2019. L’idée de cette organisation est de donner au peuple une formation militaire, et donc de l’armer afin qu’il puisse défendre le Venezuela, un peu à l’image du peuple cubain lors des débuts de la Révolution d’après la doctrine du « peuple en arme » si chère au Che. Grâce à la milice « le peuple s’organise, et se prépare militairement » explique une militante dans un documentaire de la chaîne Youtube Redfish intitulé Venezuela : defending the Revolution. 

Car, à la différence de l’armée traditionnelle, les membres de la milice bolivarienne ne sont pas des professionnels du combat. C’est le peuple tout entier qui y prend part : des femmes et des hommes, des travailleurs, des étudiants, des retraités n’ayant qu’un seul objectif en rejoignant la milice : défendre la Révolution, leur Révolution. 

D’ailleurs Nicolas Maduro a annoncé au mois d’avril dernier que la milice bolivarienne serait intégrée aux Forces armées nationales bolivariennes. Ce faisant il donne à cette organisation une valeur constitutionnelle, même si son rôle reste différent et bien distinct de celui de l’armée. En réalité la milice constitue un niveau de défense du Venezuela, tout comme les FANB en constituent un autre. 

La conscience révolutionnaire du peuple vénézuélien 

Dès le début, en 1999, Hugo Chavez et les dirigeants du Venezuela, avaient compris que l’impérialisme nord-américain ne laisserait jamais de répit à la Révolution. Et que, pour défendre les acquis de celle-ci, il fallait un peuple conscient et des organisations puissantes qui soutiennent le processus révolutionnaire. C’est le cas de la milice bolivarienne, présente sur tout le territoire. Mais c’est aussi le cas du Parti socialiste unifié du Venezuela (PSUV) qui fait office de véritable organisation de masse avec ses millions d’adhérents. D’autres, comme le Parti communiste du Venezuela, des syndicats, des associations participent à la conscientisation des Vénézuéliens. Hugo Chavez avait d’ailleurs lui même précisé cette pensée :

« Je ne crée pas un parti révolutionnaire, j’éduque un peuple révolutionnaire ». 

Le vice-président actuel du PSUV, Diosdado Cabello, a récemment tenu des propos allant eux aussi dans ce sens : « ces jours de harcèlement, de blocus, de sanctions, ce peuple noble du Venezuela s’en est servi pour forger sa conscience »

Le signal envoyé par ces millions de Vénézuéliens, soutenant Nicolas Maduro, est clair : ils ne se reposeront pas tant que la menace sera réelle. Chaque gouvernement progressiste devrait avoir un peuple avec ce niveau de conscience. C’est sans doute ce qui a manqué à d’autres pays d’Amérique latine à l’image du Brésil. Sinon, comment expliquer que les plus de trente millions de Brésiliens, sortis de la pauvreté grâce aux politiques du Parti des travailleurs, sous Lula et sous Dilma Rousseff, ne se soient pas, ou très peu, mobilisés pour défendre Dilma lors du coup d’état institutionnel mené contre elle en 2016 ? 

Les habitants du Venezuela ne demandent qu’une chose, une seule : que les Etats-Unis respectent leur souveraineté et leur dignité. C’est pour cela qu’ils participent, massivement à chaque fois, aux différentes marches et initiatives pour réaffirmer leur soutien au gouvernement. Tantôt la marche anti-impérialiste du 6 avril dernier, tantôt la journée nationale de la Dignité le 13 avril. Et ils étaient encore plusieurs milliers à se rassembler, spontanément, devant le palais présidentiel le 30 avril, après le coup d’état avorté de Juan Guaido. 

En parallèle le gouvernement continue pourtant d’appeler à la négociation et à la discussion. A l’image du ministre des Affaires étrangères Jorge Arreaza qui souhaitait que l’opposition reprenne le dialogue, preuve que le gouvernement vénézuélien entend privilégier une solution pacifique et diplomatique. 

Lavrov et Maduro
Sergueï Lavrov et Nicolas Maduro. © AFP 2019 / CANCILLERIA

Le soutien international 

Dans cet affrontement, et face aux sanctions économiques et à l’embargo de plus en  plus féroces, le Venezuela peut compter sur le soutien d’un certain nombre de pays importants.  

D’abord parce qu’ils ne sont qu’une cinquantaine d’Etats à reconnaître Guaido comme président. Or, même si dans ce groupe figurent les Etats-Unis, la France, le Royaume-Uni ou le Brésil, rapporté aux 197 pays reconnus par l’ONU cela ne représente que 25% de l’ensemble des Nations. D’ailleurs, la Russie, l’un des principaux soutien du gouvernement vénézuélien, a annoncé vouloir créer, à l’ONU, un groupe de pays afin de défendre le Venezuela. 

Sergueï Lavrov, le ministre russe des Affaires étrangères, a également demandé aux Etats-Unis de stopper leurs sanctions économiques, en vertu du droit international. Faut-il rappeler en effet que les pertes pour le Venezuela se chiffrent en milliards de dollars ?  Avec les conséquences désastreuses que cela a engendré. Alfred de Zayas, expert au sein de l’ONU a d’ailleurs comparé l’embargo américain à un « siège médiéval »

Mais les Russes vont plus loin dans leur aide. En vertu des accords signés entre les deux pays, une centaine de militaires russes sont arrivés il y a quelques semaines afin de former les militaires vénézuéliens dans certains domaines mais aussi de les conseiller. 

La Chine soutien aussi Nicolas Maduro. Et, si l’information selon laquelle des militaires Chinois seraient présents au Venezuela était fausse, la Chine a en revanche envoyé, dès fin mars, près de 65 tonnes de matériel médical, dont des médicaments et du matériel chirurgical. En outre, elle et la Russie fourniront, chaque mois, au Venezuela 99 conteneurs de matériel médical afin de contourner l’embargo américain. 

Tous ces facteurs montrent qu’il sera difficile, voire impossible, pour les Etats-Unis de réaliser une intervention armée et de la réussir si telle était leur intention. L’échec du coup d’état de Guaido a peut-être marqué la fin de ses velléités et ouvre peut-être une nouvelle ère de négociation dans le respect de la souveraineté vénézuélienne. 

Analyse des élections générales espagnoles (2019)

Pedro Sanchez et Pablo Iglesias
Pablo Iglesias en discussion avec le socialiste Pedro Sanchez. Photo : ULY MARTÍN

Ce dimanche 28 avril le peuple espagnol a voté. Un troisième scrutin législatif, en presque autant d’années, pour tenter de sortir de l’impasse politique dans laquelle le pays se trouve. Une impasse qui avait notamment conduit à une motion de censure contre Manuel Rajoy, permettant à la gauche de former un gouvernement alors même que la droite avait remporté le scrutin. Or, de nouveau ces élections générales n’ont pas permis de dégager une majorité absolue pour un seul parti. Des tractations, qui pourraient durer longtemps, vont donc s’imposer.

Car, si le Parti socialiste des ouvriers espagnols (PSOE) a remporté les élections avec 28,68 % des suffrages exprimés, avec 39 députés de plus par rapport à la dernière législature (et 79 sénateurs), portant leur nombre à 123,  il ne dispose pas de la majorité absolue qui est de 176 députés. Pedro Sanchez et le PSOE, qui viennent là de remporter leur premier scrutin général depuis 11 ans, vont donc devoir trouver des alliés. Deux options s’offrent à deux :

– La première serait celle privilégiée par la plupart des partis sociaux-démocrates européens. Elle consisterait à s’allier au parti centriste Ciudadanos qui, en obtenant 57 députés et 5 sénateurs, arrive troisième du scrutin avec 15,85 % des voix. Néanmoins ces ultralibéraux semblent avoir d’ores et déjà fait leur choix en refusant toute alliance avec le PSOE et en préférant siéger dans l’opposition avec le Parti populaire (qui enregistre son plus bas score, bien qu’arrivant second, en perdant 71 députés, 69 sénateurs et en n’obtenant que 16,70 % des suffrages) et l’extrême droite.

– La seconde, qui devrait naturellement s’imposer est celle d’une alliance avec la coalition Unidos-Podemos. Cette alliance, née en 2016, regroupe Podemos, Izquierda Unida (Gauche Unie dont est membre le Parti communiste espagnol) et le parti écosocialiste Equo. Bien qu’ayant, eux aussi, subi une baisse de leur résultat, Unidos -Podemos obtient tout de même 42 députés, soit 17 de moins que la dernière fois, et se classe quatrième force de ce scrutin en recueillant 14,81 % des voix. Unidos-Podemos s’est dit prêt, dès dimanche, à discuter d’une éventuelle coalition gouvernementale. Cette participation, ou tout du moins un soutien sans participation au gouvernement, pourrait servir de garde-fou et, comme au Portugal ( voir : Le réveil de la gauche portugaise et  Portugal : une autre voie pour l’Europe) assurer au peuple espagnol que le PSOE ne reniera pas ses promesses sociales. C’est ce qui était, de fait, un peu le cas depuis Juin 2018 où, durant cette courte période le gouvernement du PSOE, bien que très timoré sur la question sociale, avait tout de même augmenté le salaire minimum de 22%, au mois de décembre. 

Toutefois, même en totalisant tous les députés du Parti socialiste et d’Unidos-Podemos, les deux formations n’arriveraient qu’à 165 sièges. Il faudrait donc trouver au minimum encore 11 députés pour atteindre la majorité absolue. Et ça tombe plutôt bien. Car, dans le même temps la Gauche républicaine catalane est devenue la première force de Catalogne avec 15 députés. Elle pourrait donc venir appuyer une coalition de gauche. D’autres forces indépendantistes pourraient faire de même, comme la coalition Basque Euskal Herria Bildu (gauche) qui obtient 4 députés, la coalition Compromis (gauche) qui obtient 1 député, voire, pourquoi pas, le parti de Carles Puigdemont, Junts per Catalunya (centre-droite/ indépendantiste) qui obtient 7 sièges. 

En fait, tout va dépendre de l’attitude du PSOE. Certains, à commencer par Pedro Sanchez, ne sont pas favorables à l’indépendance de la Catalogne et du Pays Basque. D’ailleurs depuis juin 2018, le PSOE n’a pas trouvé de solution à cette question-ci. Mais il n’est pas certains que Pedro Sanchez ait réellement le choix, dès lors qu’une alliance avec les centristes est impossible. Dès lors aussi qu’une grande partie de la base électorale du PSOE préfère une alliance avec d’autres forces de gauche qu’un accord avec des partis aux politiques responsables de la crise et des cures d’austérité. 

  • Unidos-Podemos : des pistes pour expliquer le déclin 

Plusieurs raisons peuvent expliquer ce recul de la coalition de gauche. L’une d’entre elles étant sans doute due à la campagne menée par le PSOE consistant à affirmer la nécessité d’un vote utile pour faire barrage à l’extrême-droite au Parlement. Même s’il faut aussi être lucide et réaliste et reconnaître que la stratégie adoptée n’était pas forcément la bonne.

Car, si Izquierda Unida bénéficie d’une base militante ancienne et d’un certain ancrage local et régional, ce n’est peut-être pas encore tout à fait le cas de Podemos. Il y a fort à parier aussi que les événements européens, comme la trahison de Syriza en Grèce ou l’émergence de partis d’extrême-droite, surfant sur les vagues de protestations, dans d’autres pays n’ont pas aidé non plus. Quoi qu’il en soit Unidos-Podemos limite la casse lors de ce scrutin. Reste à voir s’ils réussiront aussi bien que la dernière fois lors des élections municipales et régionales (et européennes) du 26 mai prochain. 

Vox espagne
Le parti d’extrême-droite Vox fait son entrée au Parlement espagnol. Photo : LCI
  • L’entrée de l’extrême-droite au Parlement 

C’est l’autre fait marquant de ces élections générales. Pour la première fois depuis la transition démocratique et la fin de la dictature fasciste de Franco, un parti d’extrême-droite espagnol a des élus au Congrès des députés. Vox obtient ainsi 24 sièges, en totalisant 10,26 % des voix. Certes, les médias alarmistes nous prédisaient un retour en force avec des sondages donnant parfois plus de 50 députés à Vox. Qu’importe, ces résultats interrogent et inquiètent. 

Fondée le 17 décembre 2013, à la suite d’une scission du Parti populaire, et dirigée par Santiago Abascal, cette formation présente les mêmes rhétoriques que ses compères européens alliant des positions réactionnaires, xénophobes, ultranationalistes et un libéralisme économique assumé. 

Pourtant, de sa création aux élections régionales d’Andalousie en décembre 2018, le parti reste très minoritaire en Espagne. En témoigne ses différents résultats : 

  • 0,23 % aux élections générales de 2015 
  • 0,20 % aux élections générales de 2016 
  • 0,45% aux élections régionales d’Andalousie en 2015
  • 1,57% aux élections européennes de 2014

La donne change donc le 2 décembre 2018. En Andalousie, une région historiquement à gauche, Vox obtient 12 sièges en se positionnant cinquième des suffrages, sans doute appuyé par une frange de la population effrayée de la possible indépendance catalane. Le nombre peut sembler dérisoire (12 sur 109) mais il permet à la région de basculer à droite puisque ces douze députés viennent s’ajouter aux 26 députés du Parti populaire et aux 21 de Ciudadanos. 

Ces 24 élus au niveau national montrent une chose. Les pays ayant connu des dictatures fascistes lors du 20e siècle ne semblent plus effrayés à l’idée de revoter pour des partis aux idées plus ou moins similaires. Espagne, Italie, Allemagne, Portugal, Hongrie, les exemples sont malheureusement trop nombreux (Allemagne, Suède, revoilà l’extrême-droite) et démontrent que les politiques prônées par la commission européenne, par ceux-là mêmes qui s’érigent en rempart contre l’extrême-droite, nous mènent directement à eux.