Un peu d’histoire #3 : la Tricontinentale (janvier 1966)

Tricontinentale
En janvier 1966 s’ouvrait la conférence de solidarité des peuples d’Afrique, d’Asie et d’Amérique latine. Source : l’Humanité.

L’Histoire nous permet d’apprendre ce qui nous a précédé. En son temps, Karl Marx avait averti que « celui qui ne connaît pas l’histoire est condamné à la revivre », démontrant ainsi la nécessité pour chacun de connaître les événements passés qui, bien souvent, fournissent une source d’explication pour les événements présents et futurs. Mais connaître l’histoire c’est aussi raconter ce qui est passé sous silence, ou volontairement oublié par certains. Au travers de cette série d’articles, je vais m’efforcer de mettre à jour des faits ignorés aujourd’hui mais ô combien importants.

Suite presque logique des deux premiers épisodes, consacrés à l’aide cubaine à l’Afrique et plus particulièrement à l’Angola, nous allons à présent évoquer ce qui est l’une des bases de ce soutien internationaliste : la Tricontinentale. Cette conférence, qui se déroula à la Havane, la capitale cubaine, en janvier 1966 avait réussi l’exploit de réunir l’ensemble des mouvements de libération nationale et/ou anti-impérialistes des trois continents les plus pauvres : l’Afrique, l’Asie, et l’Amérique latine. Le but ? Faire converger la lutte de tous ces révolutionnaires. 

  • La conférence

L’idée de cette conférence découle directement de celle de Bandung (avril 1955) qui avait réuni les pays asiatiques et africains nouvellement indépendants. Mais si l’on remonte plus loin la Tricontinentale tire aussi ses origines du Congrès international des peuples de Bruxelles en 1927, à l’initiative de l’International communiste.

C’est « l’espoir d’un monde meilleur » qui réunissait tous ces révolutionnaires, selon les paroles du Che, l’une des figures de ces mouvements. Pourtant, lui, comme Ben Barka, comme Ben Balla ne seront pas présents à ce grand rendez-vous qu’ils ont pourtant contribué à faire émerger. Et pour cause, le Che vient de quitter le Congo et se prépare à aller en Bolivie. Ben Barka a été enlevé depuis le 29 octobre 1965, avec les tragiques conséquences que l’on connaît. Et Ben Bella a été renversé en Algérie en 1965. La Tricontinentale est donc privée de trois des principaux révolutionnaires de l’époque.

Toutefois le casting a de quoi faire rêver. Ils sont 500 délégués venus de 82 pays différents à converger vers la Havane. Parmi eux Amilcar Cabral, mais aussi Salvador Allende, qui défend déjà une voie électorale pour le socialisme au Chili. Les partis communistes chinois et soviétiques sont également présents, mais simplement en tant qu’observateurs, à ce titre ils n’ont donc pas le droit de vote. 

La Tricontinentale s’ouvre le 6 janvier 1966 et met à l’honneur la délégation du Vietnam dont le pays est déjà en guerre contre les Américains. Pendant douze jours le gratin de la Révolution mondiale discute de comment fédérer sa lutte sur les trois continents. Mais, dans ces moments d’intenses débats, on parle aussi d’éducation, d’annulation de la dette des pays pauvres, d’écologie aussi, ou encore d’égalité entre les hommes et les femmes. 

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  • Les résolutions 

Baptisée « année de la solidarité » par Fidel Castro, 1966 voit la solidarité internationaliste de tous les mouvements présents atteindre son apogée. Car, si ces douze jours de conférence sont certes un temps d’âpres discussions, ils sont aussi un temps de fêtes, de mélange de cultures, de partage. 

Pourtant, dans l’ombre de la fête qui se déroule dans le rues de la capitale cubaine, la menace veille. Les Etats-Unis, principal ennemi désigné par la plupart des délégations, s’inquiètent d’une telle réunion à quelques kilomètres de leurs côtes. A tel point qu’ils tentent d’assassiner Fidel Castro pendant la conférence. S’ils n’y parviennent pas, nombre de leaders révolutionnaires seront en revanche supprimés quelques temps après la Tricontinentale. Che Guevara et Amilcar Cabral seront respectivement tués en 1967 et en 1973. Cette dernière année voit aussi le coup d’état et le renversement de Salvador Allende au Chili.

Plusieurs résolutions sont néanmoins prises. Il est notamment décidé que, pour lutter efficacement contre l’impérialisme et le néocolonialisme il faut faire plus. Dans son message adressé aux participants de la Tricontinentale, publié un an plus tard en 1967, Che Guevara prononce sa fameuse formule : 

« créer deux, trois, plusieurs Vietnam ».

La stratégie préconisée par les délégations révolutionnaires est la suivante : multiplier les foyers de luttes afin d’éparpiller les forces impérialistes. Il est aussi décidé d’apporter non plus une simple aide morale, mais un vrai soutien matériel, financier, voire militaire aux pays en lutte.

De plus, un journal est créé à cette occasion. Nommé Tricontinentale sa publication démarre en 1966 et est publiée dans quatre langues : l’arabe, le français, l’espagnol et l’anglais. Après vingt ans de parution, celle-ci s’arrête un temps avant de reprendre en 1995. 

La Tricontinentale restera comme un événement unique en son genre. Pendant ces douze jours des centaines de militants venus de trois continents différents ont fait trembler les grandes puissances de ce monde. Et, si d’un point de vue stratégique la conférence n’aura peut-être pas eu les effets escomptés, la solidarité entre ces mouvements aura été effective plusieurs années après.

Un peu d’histoire #1 : L’aide cubaine à l’Afrique- partie 2

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Le président de l’Angola Agostinho Neto aux côtés du leader de la Révolution cubaine © Cubadebate

L’Histoire nous permet d’apprendre ce qui nous a précédé. En son temps, Karl Marx avait averti que « celui qui ne connaît pas l’histoire est condamné à la revivre », démontrant ainsi la nécessité pour chacun de connaître les événements passés qui, bien souvent, fournissent une source d’explication pour les événements présents et futurs. Mais connaître l’histoire c’est aussi raconter ce qui est passé sous silence, ou volontairement oublié par certains. Au travers de cette série d’articles, je vais m’efforcer de mettre à jour des faits ignorés aujourd’hui mais ô combien importants.

Pour cette deuxième partie consacrée à l’aide cubaine à l’Afrique, j’ai choisi de me concentrer plus particulièrement sur la solidarité envers l’Angola.

La situation de l’Angola, avant son indépendance est particulière. Trois mouvements de libération ont émergé, et s’opposent plus ou moins les uns les autres. Plus ou moins car deux sont soutenus par le camp occidental, tandis que le troisième est lui soutenu par le camp socialiste, puis par Cuba. Le leader de ce dernier mouvement (MPLA : Mouvement populaire de libération de l’Angola), Agostinho Neto s’est, dès les années 60 rapproché de l’URSS. Et pour cause, il prône en effet comme idéal politique le socialisme. Mais un socialisme pour et par les Angolais, à la manière de Cuba.

UNITA (Union nationale pour l’indépendance totale de l’Angola) et FNLA (Front national de libération de l’Angola) sont les deux autres mouvements indépendantistes. Le premier est soutenu par les Etats-Unis, via le régime d’apartheid sud-Africain, le second par le Zaïre de Mobutu- celui qui a trahit Patrice Lumumba- (voir : Un peu d’histoire #0 : L’aide cubaine à l’Afrique- partie 1).

Les trois mouvements ne s’apprécient pas et ne se font pas confiance. Mais ils sont obligés tout de même de se rendre ensemble au Portugal afin de négocier l’indépendance de leur pays. Cette conférence a lieu au mois de janvier 1975. Problème : les trois mouvements veulent prendre le contrôle avant les élections. Le but étant de s’emparer de la capitale avant le 11 novembre 1975, date prévue de l’indépendance de l’Angola. Hors de question pour l’Afrique du Sud et les Etats-Unis de voir le MPLA diriger le pays. Les premiers vont soutenir l’UNITA et entrer en Angola le 23 octobre 1975 (alors même que les noirs d’Afrique du Sud subissent les lois racistes de l’Apartheid). Les seconds vont aider le FNLA via le régime de Moboutu, fournissant armes, mercenaires, essence.

De son côté le MPLA est largement en infériorité, et l’aide soviétique tarde à venir. Les Angolais sont avertis qu’elle ne pourrait pas arriver avant la date fatidique du 11 novembre. Alors, Agostinho Neto se tourne vers Cuba. La réponse de Fidel Castro ne se fait pas attendre et dépasse toutes les espérances.

« Vous allez être écrasés, vous avez besoin de beaucoup plus que cela » Fidel Castro.

L’internationalisme cubain prend ici tout son sens. Cette fois-ci il ne s’agit pas d’une opération clandestine comme durant les années 60′. C’est une intervention ouverte. Cuba envoie ses forces spéciales, de l’artillerie, des armes, du matériel, et près de 35 000 soldats d’infanterie.

« Certains impérialistes se demandent pourquoi nous aidons les Angolais, et quels intérêts nous avons là-bas. Ils pensent que, si un pays fait quelque chose c’est qu’il veut du pétrole, ou du cuivre, ou des diamants, ou une ressource naturelle. Non. Nous ne recherchons aucun intérêt matériel. Et, logiquement, cela ne rentre pas dans les critères des impérialistes. Parce qu’ils n’ont que des critères chauvins, nationalistes, égoïstes. Mais nous, nous accomplissons un devoir élémentaire et internationaliste quand nous aidons le peuple d’Angola » Fidel Castro.

L’intervention salvatrice des cubains permet au MPLA de s’emparer de Luanda, la capitale, et de proclamer l’indépendance le 11 novembre 1975. Agostinho Neto devient le premier président de l’Angola. Mais la guerre continue. A tel point que Neto demande à ce qu’un contingent cubain reste sur place pour aider le MPLA.

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Nelson Mandela rendant visite à Fidel Castro pour le remercier de sa contribution © OMAR TORRES / AFP FILES / AFP

A partir de la fin des années 70′, plusieurs changements se produisent. D’abord Agostinho Neto décède à Moscou le 10 septembre 1979. Et puis le 20 janvier 1981 Ronald Reagan accède à la Maison Blanche. Avec lui les Etats-Unis s’engagent sur une nouvelle voie. Il veut contraire Cuba à quitter l’Angola. Dans le même temps le SWAPO (Organisation du peuple du Sud-Ouest Africain) mène la lutte pour l’indépendance de la Namibie depuis l’Angola, contre les troupes de l’Afrique du Sud.

Pendant six ans des négociations vont avoir lieu. Leur but ? Faire en sorte que l’Afrique du Sud quitte la Namibie, et que dans le même temps les Cubains quittent l’Angola. Fidel Castro va alors prendre une initiative le 15 novembre 1987 : il souhaite repousser les troupes du régime d’apartheid hors d’Angola. Pour parvenir à cet objectif Cuba envoie d’autres soldats, mais aussi des tanks, de l’artillerie. Une aide bienvenue pour l’Angola. Car depuis l’arrivée de Gorbatchev, l’URSS ne s’occupe plus d’aider les pays proches idéologiquement, et a complètement délaissé le peu d’internationalisme qui lui restait.

Finalement, le 22 décembre 1988 des accords de paix sont signés. Et en 1990 la Namibie devient indépendante de l’Afrique du Sud, tandis que le régime d’apartheid libère Nelson Mandela. Deux décisions majeures obtenues de force par Cuba qui, de son côté, quitte l’Angola. Au total ce seront près de 450 000 Cubains qui auront participé à l’épopée cubaine en Afrique, et près de 10 000 seront tombés au combat.

L’aide cubaine à l’Afrique aura été déterminante dans l’indépendance de plusieurs pays. Une aide sans aucune contrepartie, si ce n’est une contrepartie morale, celle d’avoir le sentiment d’avoir aidé des peuples pour leur libération.


Pour en savoir plus : Cuba, une Odyssée Africaine partie 2/2 

Venezuela : fin du spectacle pour Guaido

Manifestation des partisans du président autoproclamé vénézuélien Juan Guaido à Maracaibo, le 12 février.
Les manifestants, favorables au putschiste Juan Guaido, utilisent dans leurs démonstrations des drapeaux des Etats-Unis, parfois aussi des drapeaux d’Israël. Une preuve de plus, s’il en fallait, de l’implication impérialiste dans ces actions politiques. ISAAC URRUTIA / REUTERS

La marionnette des Etats-Unis, qui s’était autoproclamé président de la République le 23 janvier dernier, n’a pas réussi son coup. Dans la nuit du 02 au 03 avril l’Assemblée constituante lui a retiré son immunité parlementaire. Avec lui, c’est tout un secteur d’une droite-extrême qui voit ses illusions tomber. Celles et ceux qui pensaient que la Révolution bolivarienne était finie se sont lourdement trompés.

Il faut, bien entendu, rester prudent. Les actualités évoluent rapidement et qui sait de quoi demain sera fait ? Mais pour l’heure le gouvernement légitime du Venezuela- validé par le peuple par l’élection présidentielle du mois de mai 2018- est toujours en place. En dépit des provocations, des menaces, et des sanctions économiques. Tout le monde aura d’ailleurs pu observer l’hypocrisie occidentale qui, tout en sanctionnant économiquement le Venezuela et en retenant son argent (voir : La Banque d’Angleterre refuse de rendre 1,2 milliard de dollars en or au Venezuela), le privant de milliards de dollars, souhaitait faire rentrer une prétendue aide humanitaire correspondant à quelques millions à peine.

Nul besoin de l’aide humanitaire américaine. La Yougoslavie, la Libye, l’Irak, la Syrie s’en seraient bien passés. On peut bien-sûr reprocher à Maduro sa gestion économique. Il est certain qu’il y a beaucoup à faire pour que la situation s’améliore, même si une bonne partie de la crise est en partie due aux sanctions économiques imposées de l’étranger. Aucun pays n’est parfait. En revanche ceux souhaitant mener une politique indépendante et différente, de la doxa néolibérale et néocoloniale, pourraient sans aucun doute mieux le faire s’ils n’étaient pas constamment déstabilisés.

Et quand on voit la situation actuelle du monde, et plus particulièrement de l’Amérique latine, on comprend mieux pourquoi et comment le Venezuela subit ce genre de déstabilisations depuis l’arrivée au pouvoir d’Hugo Chavez en 1999. Mais cette fois-ci leur plan a semble-t-il échouer. L’armée bolivarienne soutien le gouvernement, et l’union civico-militaire demeure stable au Venezuela. Les soutiens au gouvernement sont encore massifs, en témoignent les nombreuses manifestations en faveur du président et de la Révolution.

Surtout, si un temps la possibilité d’une intervention armée, qui aurait été dirigé contre Nicolas Maduro, a été craint, elle semble désormais loin depuis que la Russie et la Chine ont spécifié qu’ils ne toléreraient pas une attaque directe contre le Venezuela. D’ailleurs des conseillers militaires et du matériel, ainsi que des vivres, sont arrivés en provenance de la Russie. Guaido aura sans doute du mal à rebondir après ça. D’autant plus que désormais toute une partie de la population est indifférente à ses revendications et entend juste vivre en paix. Une paix rendue impossible par ces provocations et ces déstabilisations comme lors du probable sabotage qui avait causé une panne générale dans le pays.

Sans compter qu’il est dorénavant possible qu’il soit poursuivi par la justice de son pays après que l’Assemblée constituante ait levé son immunité de parlementaire (il demeurait le président de l’Assemblée nationale) dans la nuit du 02 au 03 avril. Auparavant le contrôleur général avait spécifié que Juan Guaido ne pourrait exercer de mandat public pendant 15 ans.

  • Résister face à l’impérialisme

Les Nord-Américains ont toujours souhaité faire de l’Amérique latine leur arrière cour, ne tolérant jamais la présence de gouvernements hostiles à leurs intérêts (Cuba, Chili, Grenade, Honduras, Nicaragua, Salvador, Equateur, Venezuela, Bolivie, Argentine, Paraguay, Brésil etc). Aujourd’hui, à l’heure de la contre-offensive menée par la droite partout sur ce continent, visible notamment par les exemples brésiliens, argentins, salvadoriens ou équatoriens, il faut que les pays progressistes puissent résister aux pressions impérialistes.

Et malheureusement, si au début des années 2000 les gouvernements de gauche étaient majoritaires en Amérique latine, force est de constater que ce n’est plus le cas aujourd’hui. Le Mexique a, certes, été une excellente surprise en élisant le premier président de gauche de son histoire, mais c’est bien l’exception qui confirme la règle. Car les pays progressistes ne sont plus qu’une poignée sur l’ensemble du continent (Mexique, Cuba, Venezuela, Bolivie, Nicaragua, Uruguay, Suriname, Guyana, République Dominicaine, soit neuf sur un total de vingt-quatre pays). Et quand on sait que Donald Trump a fait l’une de ses priorités de renverser le trio Venezuela-Cuba-Nicaragua (voir : Et maintenant le Nicaragua) il y a de quoi s’inquiéter.

Si pour l’heure ces trois états résistent, qu’en sera-t-il de la Bolivie où des élections auront lieu au mois d’octobre prochain ?

Un peu d’histoire #0 : L’aide cubaine à l’Afrique- partie 1

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Amilcar Cabral, leader des indépendantistes de Guinée-Bissau, aux côtés de Fidel Castro

L’Histoire nous permet d’apprendre ce qui nous a précédé. En son temps, Karl Marx avait averti que « celui qui ne connaît pas l’histoire est condamné à la revivre », démontrant ainsi la nécessité pour chacun de connaître les événements passés qui, bien souvent, fournissent une source d’explication pour les événements présents et futurs. Mais connaître l’histoire c’est aussi raconter ce qui est passé sous silence, ou volontairement oublié par certains. Au travers de cette série d’articles, je vais m’efforcer de mettre à jour des faits ignorés aujourd’hui mais ô combien importants.

Le premier épisode de cette série va être consacré à l’aide qu’a apporté la Cuba révolutionnaire aux divers mouvements de libération africains dans leur lutte pour l’indépendance contre le colonialisme. Compte tenu de l’immense aide fournie par Cuba, je me consacrerai dans une première partie à l’assistance envers l’Algérie, le Congo et la Guinée-Bissau. Les cas de l’Angola et de la Namibie, plus longs, et plus complexes, seront traités prochainement.

En tout, près de 500 000 Cubains auront participé à ces guerres et à ces luttes de libération. C’est ce que l’histoire a nommé : l’Odyssée cubaine.

L’aide apportée par le gouvernement cubain s’est d’abord illustrée dans la toute jeune République Algérienne. Alors en guerre contre la France, les combattants algériens vont recevoir de la part de Cuba des armes et un soutien total. Ahmed Ben Bella rendra d’ailleurs visite à Fidel Castro dès 1963 en remerciement de cette précieuse aide. Cuba épaulera aussi l’Algérie dans sa guerre défensive contre le Maroc en envoyant là aussi du matériel et des hommes.

Parmi les pays qui concentrent beaucoup d’attention, le Congo est sans doute le principal. D’autant plus après l’assassinat du leader indépendantiste Patrice Lumumba le 17 janvier 1961. C’est à cette époque que Cuba va prendre contact avec le nouveau jeune chef de ceux se revendiquant de l’héritage de Lumumba : Laurent-Désiré Kabila. C’est aussi à cette époque que le Che énonce sa fameuse théorie de la création « d’un, deux, trois Vietnam » pour éparpiller, partout où cela est possible, les forces de l’impérialisme. Le Congo représente, dans l’esprit des révolutionnaires, un point central, l’épicentre par lequel la Révolution pourrait se propager à toute l’Afrique du fait de la position du Congo qui partage des frontières avec neufs pays.

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Le Che au Congo

En 1965, des cubains entraînés et expérimentés, menés par le Che lui-même, rejoignent  donc les rangs de la guérilla congolaise en lutte contre le régime de Mobutu. Mais très vite ils vont se rendre compte que ce mouvement là n’est pas prêt à prendre le pouvoir. Leurs stratégies diffèrent et l’expérience du Che est un réel échec. Échec sur lequel il tentera de rebondir en allant en Bolivie, avec la suite que tout le monde connaît.

 

  • Après le Congo, le changement de stratégie 

La mission au Congo est donc une totale déconvenue. Mais cela n’entame pas le soutien de Cuba à l’Afrique, au contraire. Et, comme Lénine qui dès 1917 voulait aider les révolutionnaires européens à faire la Révolution dans leur pays, Cuba va continuer à soutenir les mouvements de libération africains.

Pour Fidel Castro il convient à présent de revoir la méthode, mais aussi les mouvements que doit soutenir Cuba. En vertu de ce nouvel objectif, Cuba organise en janvier 1966 la première Tricontinentale. Cette conférence réunit les révolutionnaires des mouvements armés d’Afrique, d’Asie et d’Amérique latine. L’une des vedettes de cette conférence est sans aucun doute le leader indépendantiste de Guinée-Bissau, un petit pays de l’Afrique de l’Ouest aux prises avec l’Empire portugais, Amilcar Cabral.

Pour soutenir la Guinée-Bissau, Cuba ne pas envoyer, comme au Congo, des hommes pour se battre. Mais en revanche il va  fournir une aide tout aussi précieuse à Amilcar Cabral et à ses hommes : des experts en artilleries, des techniciens, du matériel, et aussi des médecins. Le but étant d’affaiblir l’Empire portugais.

Mais Amilcar Cabral n’aura pas la chance de voir son pays libre. Assassiné en 1973, il n’assistera pas à la Révolution des Oeillets au Portugal, au départ de l’armée portugaise, et à la proclamation de l’indépendance de la Guinée Bissau.

Du côté cubain, si on pleure la perte d’un ami, on se réjouit en revanche du succès de l’aide apportée à la Guinée Bissau. Une aide qui va ensuite se porter sur une autre colonie portugaise : l’Angola.

A suivre…

Hypocrisies médiatiques à propos du Venezuela

Les médias français, dans leur quasi-majorité, n’ont jamais supporté l’idée d’une Révolution et d’un gouvernement populaire au Venezuela. Depuis le début, jusqu’à la mort d’Hugo Chavez, en 2013, et puis de nouveau après l’élection de Maduro, ils ont toujours cherché à décrédibiliser l’action du gouvernement et les politiques mises en place. L’actuelle conjoncture économique, les sanctions économiques, et l’embargo imposé par les mêmes qui s’offusquent ensuite des pénuries, ne font que renforcer un traitement médiatique réservé aux seuls pays qui clament leur indépendance.

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Sinon, pourquoi les documentaires ou sujets à propos d’autres pays sont si rares ou bien inexistants ? La Birmanie, l’Arabie Saoudite, Israël, sont en effet tranquilles de ce point de vue là. Même quand des milliers de musulmans se font massacrés, même quand des enfants meurent chaque mois à Gaza, où la population vit dans une véritable prison à ciel ouvert, même quand des opposants sont exécutés en place publique simplement parce qu’ils étaient en désaccord avec la doctrine officielle.

Avec le Venezuela les médias français et occidentaux ont trouvé un nouveau bouc-émissaire. C’était Cuba et sa Révolution socialiste, c’est désormais Le Venezuela et sa Révolution bolivarienne. Une propagande médiatique étrangement calquée sur l’agenda diplomatique et militaire de l’OTAN et des Etats-Unis. Avec, à chaque fois, le même mode opératoire. Faire en sorte de faire passer tel pays pour le pire gouvernement et la pire dictature, afin de préparer tout le monde à l’invasion ou à la chute du gouvernement, afin d’en installer un autre bien plus docile et bien plus soumis aux exigences économiques et politiques.

A contrario, jamais il ne sera fait mention des militants chavistes, des leaders syndicaux, politiques et associatifs, ou bien des députés du PSUV, assassinés par une opposition prétendument démocratique. Ni des pillages des magasins d’Etats et des stocks de marchandises, ou de médicaments, volés et dissimulés par ceux souhaitant la chute du gouvernement légitime.

Yougoslavie, Irak, Libye, Syrie, les exemples sont innombrables et les conséquences pour les peuples terribles. Qui peut ignorer le chaos provoqué par toutes ces déstabilisations ? L’apparition de groupes terroristes comme Daesh, la fuite forcée de millions de personnes de leur pays, l’apparition de trafics d’armes, de drogues, et d’humains. Ceux qui ont légitimé ces interventions, Etats-Unis en tête, souhaitaient, selon leurs dires, apporter démocratie et paix. Ils n’auront emmené que destruction, misère et mort. Pourtant, ils sont bien rares parmi la minorité bien-pensante qui se relaie sur les plateaux de télévisions à dénoncer de tels agissements. Ils sont bien rares à vouloir comparer les situations économiques et politiques avant et après les interventions, de même qu’ils sont bien rares à parler de la situation économique du Venezuela avant et après la Révolution.

Mais, comme il y a quelques mois au Nicaragua, les déstabilisateurs échoueront à renverser le gouvernement légitime et élu. L’Amérique latine va vivre une année charnière avec plusieurs élections qui donneront une indication. Soit des gouvernements progressistes reviendront au pouvoir, soit l’impérialisme américain mettra de nouveau sa patte sur cette région. D’où l’importance de rétablir des vérités et de soutenir les pays progressistes de la région.

100 ans après certains faits oubliés de la Révolution russe

 

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Il y a cent ans, les Bolcheviks, Lénine à leur tête, prenaient le pouvoir en Russie. Cette révolution populaire allait changer le cours du pays, et du monde, pour les décennies à venir. Le premier pouvoir ouvrier au monde était né, et il entendait marquer les esprits dès le début.

Les premiers décrets, approuvés par le Congrès des Soviets, ne tardaient pas à être promulgués. Le premier d’entre eux concernait la guerre qui faisait rage en Europe depuis 1914 ; par le décret sur la paix, la nouvelle Russie cessait les hostilités avec l’Allemagne. S’en suivaient les décrets distribuant la terre aux paysans, nationalisant les industries, et déclarant la « souveraineté des peuples de Russie ».

Il ne sera pas ici question de revenir sur toute l’Histoire de l’URSS, mais de se concentrer sur trois points, qui ont marqué l’histoire de l’URSS et qui sont trop souvent oubliés, à savoir que la révolution russe fut aussi une révolution féministe, que l’URSS a grandement contribué à la victoire sur le fascisme durant la seconde guerre mondiale, enfin qu’elle aura été d’une aide généreuse envers les mouvements de libération nationale et les pays progressistes.

  •  Une révolution féministe

Cette révolution ouvrière et socialiste fut aussi à tout égard une révolution féministe, à une époque où l’inégalité entre hommes et femmes était monnaie courante. Le 8 mars 1921 Lénine décrétait, en hommage aux ouvrières de Saint-Pétersbourg, la journée internationale de la femme, mondialement célébrée aujourd’hui.

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Alexandra Kollontaï, Commissaire du peuple à la Protection sociale

Mais le gouvernement soviétique, avec en son sein la première femme ministre : Alexandra Kollontai (Commissaire du peuple à la protection sociale), alla beaucoup plus loin dans les droits accordés à la gente féminine : droit de vote, droit au divorce, lutte contre l’analphabétisme qui touchait alors 80% des femmes. Le 16 septembre 1918 est crée le code de la famille, et le 18 novembre 1920 le décret qui autorise l’avortement est promulgué. Les congés maternité, ainsi que l’égalité salariale entre hommes et femmes sont également décrétés.

Des réformes qui, encore aujourd’hui, sont impensables dans certains pays prétendument plus avancés que la Russie soviétique.

  • L’URSS, vainqueur de la seconde guerre mondiale

Si aujourd’hui notre vision du monde, et de la seconde guerre mondiale a quelque peu changé, dans le mesure où nous considérons, en majorité, que ce sont les Etats-Unis qui ont le plus contribué à la défaite de l’Allemagne nazie, la perception des choses était différente à l’époque.

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L’URSS a subi des pertes considérables, avec près de 26 millions de morts, le pays se place en effet en tête du classement des Nations ayant eu le plus de victimes. Stalingrad fut sans aucun doute le tournant de la Seconde guerre mondiale ; lorsqu’en 1943, après une résistance héroïque, les soviétiques parvenaient à défaire les armées à Allemande et à amorcer une contre attaque. Ce serait le point de départ de la chute du IIIème Reich et de la défaite d’Hitler.

L’armée rouge allait libérer une grande partie de l’Europe, et les forces nazies envoyées sur le front russe peuvent laisser présager l’issue de la guerre si l’URSS n’avait pas été la. Pour s’en rendre compte il suffit simplement de voir la difficulté qu’on connu les résistants et les troupes qui ont débarqué, et d’imaginer ensuite ce qu’il en aurait été avec des millions de soldats nazis en renforts sur le front ouest. Il ne s’agit donc pas de nier le rôle que d’autres armées ont pu avoir, notamment les troupes américaines, mais de réhabiliter celui de l’URSS qui se plaça en rempart du fascisme à l’image des autres Partis communistes.

Quelques années plus tôt, lorsqu’en 1936 éclatait la guerre d’Espagne opposant fascistes et républicains, c’était déjà l’URSS qui était venue au secours de la République espagnole. Face à la timidité des démocraties occidentales, la France et le Royaume-Uni notamment qui, au nom d’une prétendue neutralité, que personne ne respecta, n’intervinrent pas en Espagne, l’URSS elle envoya armes, chars, munitions et conseillers aux armées de la République. Les Brigades internationales furent créées à cette occasion, permettant à des milliers d’hommes et de femmes communistes, socialistes, républicains, démocrates des quatre coins du monde de venir combattre contre le fascisme.

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Le gouvernement du Front populaire français, Léon Blum a sa tête, se décidera finalement à aider, discrètement, les combattants espagnols. Laissant passer armes et munitions, et ouvrant la frontière aux brigades internationales. Mais ce ne sera pas suffisant. Tandis que le camp démocrate regardait l’Espagne sombrer, les pays fascistes n’hésitèrent pas à envoyer troupes, armes, et avions en nombre. Franco sortait finalement vainqueur de la guerre d’Espagne, et allait s’en suivre, pour celle-ci, près de 40 ans de dictature.

L’URSS, malgré les hésitations du début du conflit, aura finalement été le seul pays a, réellement, venir en aide aux républicains, une aide insuffisante certes, mais qu’en aurait-il été si les démocraties en avaient fait de même ?

  • L’aide aux mouvements de libération nationale 

Aussitôt la seconde guerre mondiale terminée, voilà qu’un autre conflit démarrait, plus subtil, plus idéologique, plus indirect aussi : la guerre froide. Camp occidental contre camp socialiste, l’OTAN contre le Pacte de Varsovie, les Etats-Unis et leur impérialisme contre l’URSS et son internationalisme. L’URSS allait, dans ces années d’après guerre, aider nombres de mouvements de libération nationale et de pays progressistes nouvellement souverains.

Mais revenons d’abord en arrière, lorsque éclate la Révolution russe, et que le pouvoir des Soviets est en place. Dès le départ, le caractère fondamentalement internationaliste de la Révolution socialiste est annoncé et confirmé par Lénine. Ce dernier avait très bien compris que la nouvelle Russie soviétique, qui deviendrait l’URSS en 1922, ne pouvait tenir face aux armées blanches et aux forces de la finance, sans le déclenchement d’autres révolutions en Europe.

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Et les événements, dans les mois qui suivaient la Révolution russe, allaient en ce sens. En Allemagne d’abord, où Lénine plaçait une bonne partie de ces espoirs, une révolution éclatait menée par la Ligue Spartakiste de Karl Liebknecht et Rosa Luxemburg. La révolte s’achevait dans le sang et  les deux leaders étaient sauvagement assassinés après cet épisode révolutionnaire. En dépit de l’échec de la prise du pouvoir à Berlin, en Bavière, le 7 avril 1919, la République des conseils de Bavière était proclamée, elle ne durerait, elle aussi, que quelques semaines, écrasée par l’armée allemande le 3 mai 1919.

Un peu plus tôt, en Hongrie, le 21 mars 1919, la République des conseils de Hongrie était proclamée par Bela Kun. Sur le modèle de la nouvelle Russie, la République des soviets Hongrois allait se dresser face aux impérialistes pendant près de 143 jours, avant de finir écrasée, comme celle de Bavière, par les armées occidentales.

Après la seconde guerre mondiale, allaient se multiplier les guerres de décolonisation et de libération nationale. Des mouvements émergeaient dans le monde entier pour faire valoir le droit de chaque peuple à l’auto-détermination. En Amérique latine, en Asie, au Moyen-Orient, en Afrique l’aide soviétique fut précieuse. D’abord pour les mouvements, puis pour les pays progressistes et socialistes qui recevaient de l’URSS et du camp socialiste, armes, argent, matériels et conseillers.

Chaque mouvement socialiste, chaque nouveau pays progressiste, chaque guérilla marxiste était un moyen de plus de lutter contre l’impérialisme nord-américain qui, de son côté, n’hésitait pas à renverser, déjà, des pays progressistes et des gouvernements démocratiques. Le coup d’Etat chilien de 1973, où le général Pinochet, soutenu par la CIA renversa le pouvoir populaire et démocratique de Salvador Allende, restera, pour le peuple chilien, et la gauche internationale, un drame et une plaie à jamais ouverte.

L’aide soviétique sera bénéfique pour de nombreux pays : l’Egypte de Nasser, la Chine populaire, du moins durant les premières années, la Cuba socialiste, ou la Syrie baasiste bénéficieront des largesses soviétiques à l’instar de toute nation se dressant contre l’impérialisme.

Avec la chute du camp socialiste à la fin des années 80, c’est toute une croyance qui allait s’effondrer, c’est aussi une nouvelle période qui s’ouvrait, laissant l’impérialisme américain promouvoir son mode de vie, et sa vision politique et économique. Une ère unilatérale que certains pays, tels que la Chine et la Russie, voudraient aujourd’hui voir s’achever pour faire place à un monde multipolaire.

Poursuivre les processus révolutionnaires

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La victoire du peuple vénézuélien le 15 octobre dernier lors des élections régionales du pays a soulagé une grande partie du mouvement révolutionnaire, notamment d’Amérique latine, qui essuyait depuis quelques temps des défaites au profit d’une droite revancharde financée par les Etats-Unis. En donnant une large majorité au Parti socialiste unifié du Venezuela (PSUV- Parti du président Nicolas Maduro) le peuple vénézuélien donne par la même un nouveau souffle à la Révolution bolivarienne. Ainsi, sur les 23 Etats qui composent le Venezuela, 18 ont été remportés par le PSUV, contre 5 pour la droite, dont une partie n’a pas manqué, comme à son habitude, de contester les résultats.

La question de la couverture médiatique

Une fois n’est pas coutume, les principaux médias français, et européens, qui avaient dépeint le régime vénézuélien comme autoritaire et dictatorial, n’ont cette fois-ci pas émis de trop sévères critiques vis à vis de cette élection. Certes, certains « bien-pensants » y sont allés de leurs petits mots pour critiquer la Révolution, mais si l’on compare aux élections de l’Assemblée Constituante (voir : Venezuela, poursuivre la Révolution) la couverture médiatique a été totalement différente.

Pourquoi deux élections, dans le même pays, et remportées par le même Parti, ont-t-elles été traitées de manière différente ? La réponse est simple. Lors de l’élection de l’Assemblée Constituante, la droite vénézuélienne, soutenue par tous les médias dominants, malgré le fait qu’elle soit à l’origine des violences dans le pays, avait appelé à ne pas prendre part au vote. A partir de ce moment là, il était donc évident que, n’appelant pas à voter, la droite ne pouvait être que perdante, et donc les médias avaient tout le loisir à dépeindre ce vote populaire en plébiscite pour le gouvernement socialiste vénézuélien.

La différence notable avec ces élections régionales, est que lors de cette échéance électorale, la droite participait activement au processus. Pire, quelques jours à peine, avant les élections, elle était sûre de l’emporter, portée par des sondages qui prédisaient une rafle des Etats par l’opposition. Quelle ne fut pas la désillusion pour la contre-révolution à l’annonce des résultats, quand le mouvement populaire semblait reprendre de toute sa vigueur et infligeait une claque à tous ceux voyant avec enthousiasme la fin du « chavisme ».

Problème, comme une partie de la droite, a reconnu la défaite, il est de fait plus dur de porter un jugement négatif sur ces élections, d’autant plus que de nombreux observateurs internationaux avaient été conviés pour garantir le bon déroulement du scrutin.

Une victoire porteuse d’un nouveau souffle

Bien que concernant en premier lieu le Venezuela, cette victoire de la gauche est signe d’un nouvel espoir pour toute l’Amérique latine qui voit un retour aux affaires des forces de la finance, n’hésitant pas à user de tous les moyens possibles pour retrouver le pouvoir. Violences au Venezuela, destitution illégale au Brésil, répression du mouvement ouvrier en Argentine, aucun pays voulant mener une autre politique n’échappe au giron de l’impérialisme américain, toujours persuadé que cette région du monde constitue son « arrière-cour », selon la théorie de Monroe de 1823.

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Fort heureusement, certains pays résistent toujours à ces déstabilisations et entendent continuer à mener les politiques bénéfiques pour leur peuple. Une volonté qui leur vaut d’ailleurs le privilège d’être vus comme des pays dangereux par l’impérialisme. La Bolivie d’Evo Morales, le Venezuela de Maduro ou encore le Nicaragua d’Ortega poursuivent ce rêve d’une Amérique latine où les peuples seraient souverains, libérés de la finance internationale.

Malgré les déstabilisations, qui rappellent des heures sombres de l’histoire du Nicaragua, notamment lorsque les Etats-Unis finançaient les ignobles « contras », le gouvernement populaire, soutenu par le peuple dans les diverses élections, a toujours su répondre de manière démocratique aux menaces américaines. C’est fort d’un bilan social qui a sorti des millions de Nicaraguayens de la pauvreté, développant éducation et infrastructures médicales, que le Front Sandiniste de Libération Nationale (FSLN) à remporté, dimanche 5 novembre, les élections municipales du pays, à une très forte majorité.

Une victoire que d’autres peuples n’ont pas eu la chance de connaître. En Argentine, malgré le désastre du néolibéralisme mis en place par le président Mauricio Macri, et les graves atteintes au droit de l’homme, commises depuis son arrivée au pouvoir, sa coalition a remporté, le 22 octobre dernier, les élections législatives du pays. Malgré l’élection de l’ancienne président Cristina Kirchner au Sénat, l’opposition de gauche n’a pas réussie à surfer sur la vague de protestation qui traverse la pays.

Inculquer une conscience de classe

L’occasion de s’interroger sur les millions de personnes qui, en bénéficiant des programmes sociaux des gouvernements progressistes, ont vu leur niveau de vie s’élever et n’ont par la suite plus accordé leur vote à ceux qui leur ont permis de vivre mieux.

Marx avait défini  la conscience de classe comme le fait d’être conscient d’appartenir à une classe sociale, le prolétariat pour la majorité de la population. D’ailleurs cette conscience, et la lutte des classes, sont deux théories très bien assimilées par la classe des possédants. Warren Buffet avait déclaré, à ce sujet, il y quelques années : « c’est ma classe, la classe des riches, qui mène cette guerre et qui est en train de la gagner ». Preuve en est, s’il en fallait une, de la réalité de la lutte de classe, et de la nécessité de la conscience de classe.

Problème : comment des personnes ayant participé avec enthousiasme aux différents processus populaires et progressistes d’Amérique Latine, et ayant largement profité des mesures des gouvernements, ont-ils pu à un moment donné changer de fusil d’épaule et passer du côté obscur ?

Sans doute influencés par une désinformation constante, cela montre aussi l’importance de l’éducation d’un peuple. La conscience d’appartenir à une classe sociale, celle des opprimés, celle des travailleurs, et donc la nécessité de mener la lutte des classes ne doit pas disparaître dès lors que sa situation personnelle s’améliore. Or, à l’image de ce qui s’est passé au Brésil, en Argentine, ou au Venezuela, certains ont très vite oublié la situation économique et sociale dans laquelle ils se trouvaient, avant les réformes des gouvernements progressistes, pour donner leur voix, ou soutenir, le retour au pouvoir d’une droite hystérique.

Le mouvement populaire révolutionnaire n’est pas mort en Amérique latine, bien au contraire les partis et mouvements de gauche continuent d’être présents, sur tous les fronts. Mais ces dernières années ont bel et bien été marquées par le retour de la droite, aidée, et financée par les Etats-Unis, dans le seul but de faire tomber les pays ne souhaitant pas revenir dans l’orbite nord-américain.