Un peu d’histoire #8 : L’affaire Iran-Contra

Nicaragua's President Daniel Ortega arrives for an event to mark the 39th anniversary of the Sandinista victory over President Somoza in Managua
Daniel Ortega (FSLN) lors des célébrations du 39ème anniversaire de la Révolution sandiniste. Crédits : OSWALDO RIVAS / REUTERS

Alors que le Nicaragua s’apprête à célébrer les 40 ans de la Révolution sandiniste, qui chassa la dynastie dictatoriale des Somoza du pouvoir, il m’a paru important de revenir sur une affaire qui a beaucoup fait parler dans les années 80′. D’autant plus parce qu’aujourd’hui encore le gouvernement américain souhaite le renversement de Daniel Ortega ancien guérillero du Front sandiniste de libération nationale, réélu démocratiquement en 2016 à la tête du Nicaragua. 

  • La révolution sandiniste triomphe en 1979

Le 19 juillet 1961 Carlos Fonseca (23 juin 1936 – 7 novembre 1976), Tomas Borge (13 août 1930 – 30 avril 2012) et quelques autres personnes créent le Front sandiniste de libération nationale (FSLN). Le nom sandiniste faisant directement référence au général Sandino, figure de la lutte contre les marines américains, et assassiné par la famille Somoza en 1934. La même famille encore au pouvoir à la création de la guérilla. 

Ironie de l’histoire ce sera un 19 juillet également, en 1979, que le FSLN, et les autres factions de la résistance, prendront définitivement le pouvoir après la chute et la fuite, aux Etats-Unis, du dictateur Anastasio Somoza Debayle lâché par Jimmy Carter qui avait stoppé l’aide économique et militaire à celui-ci. C’est la fin de la dictature familiale et dynastique des Somoza. 

Les premières mesures du nouveau gouvernement, qui regroupent alors encore toutes les factions opposées à la dictature, y compris des membres de la bourgeoisie, ne tardent pas à être appliquées : 

  • réforme agraire 
  • expropriation des terres de la famille Somoza et des grands propriétaires 
  • nationalisation de certains secteurs clés

Même Jimmy Carter aide le nouveau gouvernement baptisé Junte de gouvernement de reconstruction nationale. Mais l’aide américaine ne dure pas longtemps. En janvier 1981 Ronald Reagan arrive à la Maison blanche avec une seule obsession : relancer la guerre froide. Et pour lui les sandinistes ne sont que des pions de Moscou en plein pré-carré américain. L’aide au Nicaragua est immédiatement stoppée, et les exportations de blé sont suspendues. Bientôt un embargo est aussi mis en place par l’administration Reagan. La présence d’un gouvernement révolutionnaire et socialiste à Cuba était déjà beaucoup trop pour les Etats-Unis. Alors la perspective d’un second pays similaire ne pouvait qu’effrayer Ronald Reagan. Après avoir pris ces premières mesures ce dernier va accentuer les tentatives de déstabilisation du Nicaragua. 

Pourtant à cette période le gouvernement nicaraguayen tente de mener une politique de non-alignement à l’international, même s’il est très proche du gouvernement cubain. Entre temps les sandinistes qui sont de plus en plus majoritaires au pouvoir mettent en place de nouvelles mesures : 

  • une nouvelle constitution
  • la diminution des loyers de 40 à 50% dans les villes en 1980 
  • l’augmentation des bas salaires au mois de juin 1980 
  • de nombreux programmes sociaux 
  • des campagnes d’alphabétisation, faisant passer l’analphabétisme de 50 à 13% parmi la population
  • la construction de nombreux centres de soins 
  • des campagnes de vaccinations, avec comme résultat notable l’élimination de la polio

Si ces mesures sont favorables à la majorité de la population, certains partisans de l’ancienne dictature commencent à se constituer en groupes contre-révolutionnaires : les Contras 

  • Situation politique en Iran 

Pour comprendre l’affaire Iran-Contra il faut aussi connaître la situation que connaît l’Iran à cette même période. 1979 est l’année où les Sandinistes prennent le pouvoir au Nicaragua en renversant un allié des Etats-Unis. En Iran, la révolution iranienne renverse le Shah, un autre tyran allié des Etats-Unis, et Khomenei arrive au pouvoir le 11 février 1979. Après quoi la République islamique d’Iran est officiellement créée. Le nouveau pouvoir iranien qualifie les Etats-Unis de « Grand Satan », et affiche également ouvertement son opposition à l’état d’Israël. 

L’affaire des otages américains détenus dans l’ambassade américaine à Téhéran n’aide pas à la reprise des relations, bien au contraire elles vont empirer. Lorsque Reagan arrive au pouvoir aux Etats-Unis, sept otages américains sont de nouveau détenus au Liban, par le Hezbollah. Le dilemme gagne donc la Maison blanche qui officiellement se refuse à toute négociation avec les Iraniens qu’ils soupçonnent d’être derrière cette prise d’otages. 

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Les principaux décideurs du financement des contre-révolutionnaires, dont le président Ronald Reagan
  • Le financement des Contras

Revenons au Nicaragua où des petits groupes armés contre-révolutionnaires se forment et s’entraînent dans les pays voisins du Nicaragua : au Costa Rica et au Honduras. Sabotages, exactions en tout genre, attaques contre des bâtiments officiels, les Contras usent de la panoplie des groupes terroristes pour s’opposer au gouvernement légitime du Nicaragua. Mais ces actions restent minimes. Jusqu’à ce que Reagan décide d’augmenter considérablement l’aide américaine aux Contras. Le président américain va aller jusqu’à qualifier ces groupes armés de « combattants de la liberté », ce qu’ils ne sont en aucun cas, puisque pour la plupart ce ne sont ni plus ni moins que des nostalgiques de la dictature de Somoza. 

C’est la CIA qui va être chargée de structurer, entraîner, financer et armer les Contras, via des bases secrètes au Costa Rica et au Honduras. Pour justifier cette aide Reagan va prétexter un soutien des sandinistes à la guérilla au Salvador contre l’allié des Etats-Unis, sans jamais émettre la moindre preuve de ses propos. Tandis qu’en parallèle le Congrès américain vote plusieurs amendements entre 1982 et 1986 pour limiter puis interdire toute aide aux Contras.

Mais dans les faits rien ne change. Les livraisons s’accentuent au fil des mois et les Américains vont jusqu’à livrer des avions aux groupes contre-révolutionnaires. C’est d’ailleurs par le biais de ces avions que les Nicaraguayens vont avoir des preuves de l’implication américaine en abattant certains appareils pilotés par des Américains. Ronald Reagan se rend par ailleurs compte que les Contras ne sont pas populaires au Nicaragua. Il va donc adapter sa stratégie en autorisant des opérations ayant pour but d’asphyxier l’économie du pays et retourner le peuple contre son gouvernement. Au moyen de petites vedettes les Américains mènent ces attaques, qui iront jusqu’au minage des trois principaux ports du Nicaragua.

C’en est trop pour le Congrès américain qui interdit formellement toute intervention directe ou indirecte des services secrets au Nicaragua. Reagan fait semblant d’obtempérer, mais les livraisons et le soutien aux Contras vont continuer secrètement. D’abord via des pays alliés qui vont prendre le relais : Israël, Arabie Saoudite, Sultanat de Brunei, vont ainsi envoyer armes, argent et instructeurs. Puis via d’autres moyens, dont le financement par le trafic de drogue.

  • L’affaire Irangate ou Iran-Contra

Cette affaire, qui éclata au grand jour le 3 novembre 1986 après des révélations du journal libanais Ash Shiraa, résulte d’une double nécessité pour l’administration américaine :

  • libérer les otages au Liban
  • trouver de l’argent pour continuer de financer secrètement les Contras

Au Moyen-Orient la guerre fait rage depuis 1980 entre l’Irak et l’Iran, et Américains et Israéliens ont tout intérêt à ce que cette guerre entre deux de leurs ennemis s’éternise. La nouvelle République islamique ayant hérité de l’armement du Shah, la plupart du matériel militaire est d’origine américaine. Il faut donc trouver des pièces américaines de rechange et des munitions pour continuer les combats contre l’Irak de Saddam Hussein. Israël, également armé par les Etats-Unis, commence à vendre secrètement des pièces et des armes à l’Iran considérant à l’époque l’Iraq baasiste plus dangereuse que la République islamique pour ses intérêts.

L’idée américaine va donc être la suivante, en passant par leur allié Israéliens de « troquer » les otages contre des armes. Tout doit être fait dans le secret car officiellement il y a un embargo sur l’Iran. Le Congrès n’est évidemment pas informé et l’opération se fait en toute illégalité du point de vue du droit américain. Au mois août 1985 la première livraison de 100 missiles a lieu. Quelques semaines plus tard, en septembre, 400 autres suivent. En parallèle un otage est libéré, mais les autres restent captifs au Liban. Le Hezbollah ne les libérera qu’au compte goutte.

Un homme est très impliqué et joue un rôle majeur : le colonel Oliver North, en charge du dossier des Contras. C’est d’ailleurs notamment lui qui sera jugé et condamné (avant d’être gracié) une fois que l’affaire éclatera, laissant Ronald Reagan s’en tirer à bon compte. En échange ce sont plusieurs millions de dollars qui sont transmis aux Contras tandis que les livraisons d’armes continuent : 1000 missiles anti-chars en 1986, puis plusieurs pièces détachées.

Au mois d’octobre 1986 un avion de la CIA chargé de matériel est abattu par l’armée nicaraguayenne. Un pilote en réchappe et avoue tout. Quelques jours plus tard le 3 novembre 1986 le scandale éclatait révélant au grand jour les actions de l’administration américaine, contre ses propres lois, et contre le droit international.

 

Conseil de lecture #1 : ¡VENCEREMOS!

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Source : https://www.syllepse.net/venceremos–_r_74_i_580.html

La lecture est un outil indispensable pour se former, s’éduquer, s’émanciper et s’épanouir. Une arme d’autant plus importante aujourd’hui à l’heure où il est souvent difficile d’avoir accès à certaines vérités, notamment historiques. Au travers de cette nouvelle série d’articles je vais essayer de présenter certains ouvrages qui m’ont semblé importants. 

Le livre que je vais présenter aujourd’hui traite d’événements qui se sont déroulés au début des années 70′, mais qui peuvent se transposer à la situation actuelle. 

¡VENCEROMOS! Analyses et documents sur le Pouvoir populaire au Chili (1970-73) est un ouvrage qui revient sur l’expérience chilienne du socialisme lorsque Salvador Allende et l’Unité populaire arrivèrent à la tête du pays en 1970. Cette histoire est assez connue, tout comme sa fin tragique suite au coup d’état du général Pinochet, avec la bénédiction du voisin Nord-américain. Mais ce qui l’est moins c’est l’activité des militants de base, dans les usines notamment qui, au jour le jour, tentèrent de faire vivre le programme de l’Unité populaire. 

Que ce soit au sein des « Cordons industriels », des « Commandos communaux », ou des « Conseils paysans », le peuple chilien a tenté pendant cette période de s’organiser. Il avait compris que sans un appui de la base au gouvernement, jamais ce dernier ne pourrait réaliser son programme, ni aller au bout de ce pour quoi il fut élu. Hélas les multiples mobilisations n’auront pas suffi. Le livre se termine par une lettre de la Coordination provinciale des Cordons industriels de la ville de Santiago, destinée à Salvador Allende, et datée du 5 septembre 1973, déclarant que :

« Nous vous prévenons, camarade, avec tout le respect et la confiance que nous portons encore que si vous ne réalisez pas le programme de l’Unité populaire, si vous n’avez pas confiance dans les masses, vous perdrez l’unique appui réel que vous possédez comme personne et comme gouvernant, et vous serez responsable de porter le pays, non pas vers la guerre civile, qui est déjà en plein développement, mais à un massacre froid, planifié, de la classe ouvrière la plus consciente et la plus organisée d’Amérique latine »

Funeste présage. Quelques jours plus tard en effet, le 11 septembre 1973 avait lieu le coup d’Etat qui mettait définitivement fin à l’expérience socialiste chilienne. Au terme de cette journée Augusto Pinochet prenait le pouvoir et installait sa dictature militaire, tandis que Salvador Allende se donnait la mort. 

Ces événements ont plus de quarante ans. Pourtant, comment ne pas voir des similitudes entre ce qu’à vécu le Chili d’Allende et ce que vivent aujourd’hui les pays progressistes d’Amérique latine ? Les moyens de pression, de blocage et d’intimidation des Etats-Unis contre le gouvernement de l’Unité populaire sont les mêmes que ceux utilisés aujourd’hui contre le Venezuela, Cuba ou le Nicaragua. En 1971 Richard Nixon, le président américain de l’époque, lança à son secrétaire d’Etat, Henry Kissinger : « j’ai décidé de virer Allende, ce fils de pute ». Admirez l’élégance du langage. Nixon poursuit : « nous ne devons pas laisser l’Amérique latine penser qu’elle peut emprunter un autre chemin sans en subir les conséquences ». Et d’ajouter : « faites-moi hurler l’économie » (chilienne). Aujourd’hui c’est Donald Trump qui souhaite mettre fin aux pays progressistes de la région. Après avoir réussi à faire virer de bord l’Argentine, le Brésil, le Salvador et l’Equateur, l’administration américaine se tourne maintenant vers ceux qui résistent encore. 

Ce livre nous apprend que sans une solidarité infaillible, aucun gouvernement ne peut tenir contre l’Empire et ses valets. Les milliers de morts causés par la dictature chilienne  qui succéda à l’Unité populaire peuvent en témoigner. 

Fiche technique : 

Titre : ¡VENCEREMOS! Analyses et documents sur le Pouvoir populaire au Chili (1970-1973)

Auteur : GAUCHIDAUD Franck 

Nombre de pages : 190

Date de parution : Septembre 2013

Editions : Syllepse 

Prix : 10 euros 

Si Julian Assange avait été vénézuélien…

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Julian Assange au balcon de l’ambassade équatorienne à Londres, en 2012. Photo Olivia Harris. Reuters

Le 11 avril dernier Julian Assange, fondateur du site Wikileaks, était arrêté par la police du Royaume-Uni alors qu’il était réfugié dans l’ambassade de l’Equateur à Londres depuis août 2012. Plus récemment le gouvernement anglais a ratifié l’ordonnance autorisant l’extradition de Julian Assange vers les Etats-Unis. L’audience qui sera consacrée à l’examen de celle-ci a été fixée au 24 février prochain. 

Julian Assange a vécu dans l’ambassade équatorienne à Londres pendant près de sept ans, après que le gouvernement progressiste de Rafael Correa lui a accordé l’asile politique en 2012, et qu’il a obtenu la nationalité équatorienne en 2018 sous le gouvernement de Lénin Moreno. Pourtant c’est ce dernier qui l’a trahi, après avoir renié ses promesses de campagne en faisant volte-face et en tournant le dos aux années Correa, y compris au niveau international puisque le président équatorien a remis au goût du jour l’alliance avec les Etats-Unis. 

Sitôt arrêté par la police, Assange a été placé dans une prison de haute-sécurité, tel un vulgaire terroriste. Par cet acte, l’exécutif britannique se couvre de honteUne honte que partagent des pays comme la France qui, en dépit des discours moralisateurs, se refusent à accueillir sur leur territoire et à accorder l’asile politique à celui à qui nous devons tant. D’autant plus que jusqu’à preuve du contraire Julian Assange est innocent. Ni lui, ni Wikileaks n’ont volé de documents confidentiels ou n’ont piraté d’ordinateurs. En revanche ils se sont fait le relais des lanceurs qui ont réussi à obtenir ces dits documents en travaillant avec de grands quotidiens occidentaux dont le New-York Times, le Monde, ou El Païs. Ces derniers ont d’abord profité des publications de Wikileaks, en les publiant. Mais très vite ils ont étrangement détourné le regard, au point de ne pas trouver scandaleux ce qu’il est en train de se produire et de cautionner ces accusations. 

Pourtant, il y a fort à parier que si Julian Assange avait été russe, chinois, cubain, iranien, nord-coréen, ou vénézuélien il aurait été adulé et érigé en chantre de la liberté par ceux qui aujourd’hui le condamnent.  Pourquoi ? Parce qu’il a révélé au monde entier ce que personne n’a osé faire. Parce qu’il a notamment montré que les Etats-Unis ont été coupables des pires actes de barbarie. A l’image des cas de tortures en Irak, ou de ce funeste raid aérien du 12 juillet 2007, toujours en Irak, où l’on voit des soldats américains tirer sur un groupe de civils tuant au passage deux journalistes de l’agence Reuteurs.

Au travers de Julian Assange ce sont les libertés d’expression et d’information qui sont directement menacées par ceux qui se proclament pourtant leurs défenseurs. Il est clair qu’une condamnation d’Assange servirait d’exemple et d’avertissement à tous ceux souhaitant informer librement. 


Pour aller plus loin :

 

Un peu d’histoire #4 : la guerre des Malouines (1982)

carte Malouines

L’Histoire nous permet d’apprendre ce qui nous a précédé. En son temps, Karl Marx avait averti que « celui qui ne connaît pas l’histoire est condamné à la revivre », démontrant ainsi la nécessité pour chacun de connaître les événements passés qui, bien souvent, fournissent une source d’explication pour les événements présents et futurs. Mais connaître l’histoire c’est aussi raconter ce qui est passé sous silence, ou volontairement oublié par certains. Au travers de cette série d’articles, je vais m’efforcer de mettre à jour des faits ignorés aujourd’hui mais ô combien importants.

Pour ce quatrième épisode je m’éloigne de la thématique de la lutte anticolonialiste et anti-impérialiste, notamment avec l’aide cubaine à l’Afrique (partie 1 et partie 2) et à propos de la Tricontinentale. Cette fois je m’intéresse à la guerre qui a opposé durant près de soixante-dix jours l’Argentine au Royaume-Uni au sujet des îles Malouines. 

  • Les Malouines : géographie et informations 

Les Malouines, ou Falkland Island sont un archipel de plusieurs petites îles situées dans l’Atlantique Sud, à plusieurs centaines de kilomètres des côtes Argentines. L’appellation de ces îles suscitent, en elle-même, une opposition entre Britanniques et Argentins. Pour les premiers ce sont les Falkland Island, pour les seconds les Islas Malvinas (Malouines). L’histoire de cette opposition remonte en fait à la découverte de ces territoires puisque pour l’Argentine le territoire fut découvert par Estévao Gomez, un explorateur espagnol. Par pour les Anglais qui attribuent cette découverte à John David en 1592. Même si ce n’est qu’à partir du XVIIIe siècle que l’île commence à être colonisée par les Européens, et que ce n’est qu’en 1833 que le Royaume-Uni prend le contrôle entier de ces territoires. Depuis, les Argentins contestent cette souveraineté britannique. 

Les Malouines se composent de la manière suivante : deux îles principales, les Malouines occidentales, et les Malouines orientales (où se trouve la capitale Port Stanley) ainsi que plusieurs centaines d’autres petites îles et îlots couvrant en tout une superficie de 2 173 km carrés. Elles sont peuplées par un peu plus de 3 000 habitants, tout en affichant l’un des PIB par habitant les plus élevés du monde. 

  • La guerre des Malouines

En 1982 Margaret Thatcher est déjà la première ministre du Royaume-Uni tandis que l’Argentine est, depuis 1976, sous la coupe de la dictature militaire. Crise économique et répression des opposants sont le quotidien des Argentins, et la junte au pouvoir pense que l’invasion des Malouines servira à détourner l’attention des problèmes de tous les jours. Les scènes de liesses populaires après l’annonce du débarquement des troupes confirmeront cette analyse. 

La guerre des Malouines débute donc le 2 avril 1982, à quatre heures du matin, lorsque près de 5 000 soldats argentins débarquent dans les Malouines, mais aussi dans les îles de Géorgie du Sud. Et, si les Argentins espéraient en réalité que la solution se règle à l’ONU, afin de pouvoir garder le contrôle de ces îles, Margaret Thatcher écarte elle toute idée de négociation et décrète l’envoi de troupes aéronavales, la Task Force, pour récupérer les îles. 

Le temps que ces dernières ne parcourent les près de 13 000 kilomètres séparant le Royaume-Uni des Malouines, les militaires argentins s’organisent. Ils transforment les îles en un véritable camp militaire, fortifient les côtes et envoient des milliers de recrues supplémentaires. Mais ils savent aussi que la puissance anglaise est bien supérieure à la leur. Pourtant la dictature persiste et signe en réitérant son souhait et sa volonté de ne jamais rendre les Malouines. 

Le 1er mai 1982 les forces britanniques lancent une attaque aérienne contre les positions argentines autour de Port Stanley, la capitale des Malouines. Conscients de leur supériorité numérique et technologiques, les Anglais sont confiants. Mais les Argentins résistent du mieux qu’ils le peuvent s’appuyant notamment sur leur flotte et leurs pilotes. Ceux-ci arrivent d’ailleurs à couler le Sheffield, en réponse au torpillage du Belgrano, navire qui faisait la fierté de la marine argentine. 

La perte du Sheffield n’entame pas la détermination des Britanniques. Voyant que les alentours de Port Stanley sont correctement protégés et fortifiés, ils choisissent de débarquer à l’autre extrémité, à San Carlos où ils ne sont qu’une poignée d’Argentins à défendre cette position. 100 kilomètres séparent le lieu du débarquement de Port Stanley. Une distance que les troupes anglaises vont devoir parcourir à pied, à la merci des avions argentins, et par des températures inférieurs à 0 degré. Néanmoins malgré ces difficultés les Anglais progressent, et l’Argentine se rend bien compte qu’il devient de plus en plus dur de continuer à faire face. D’autant plus pour défendre un territoire où aucun Argentin ne réside. 

Finalement, le 14 juin 1982 les troupes Britanniques font leur entrée dans Port Stanley, le 20 juin est décrétée la fin officielle des hostilités et le 14 juillet 1982 les deux pays signent un accord qui met véritablement fin à la guerre. Les chiffres des pertes des deux côtés divergent selon les sources, mais globalement il y aurait eu aux alentours de 1 000 victimes. Parmi elles près de 700 Argentins, et près de 300 Britanniques.

Si les répercussions en Angleterre sont bénéfiques pour le gouvernement de Margaret Thatcher, elles sont en revanches catastrophiques pour la dictature militaire en Argentine. A l’issue de la fin des conflits les Malouines repassent ainsi sous domination du Royaume-Uni, de même que les îles de Géorgie du Sud, où les Argentins avaient débarqué le 3 avril 1982. Par ailleurs l’occupation de l’armée argentine des îles Sandwich du Sud prend également fin.

Les deux pays rompent aussi leurs relations diplomatiques, et ne les rétabliront que le 15 février 1990. Enfin pour la dictature militaire, cette défaite marque le début de la fin. Le 29 juin 1982 Léopold Galtieri, le général-président est chassé du pouvoir. L’année suivante, en 1983, des élections sont organisées marquant le commencement de la transition démocratique.

  • Qu’en est-il maintenant ? 

Aujourd’hui encore l’Argentine revendique sa souveraineté sur les Malouines. Pour l’ONU cette question n’est toujours pas résolue, et les Malouines figurent toujours sur la liste des territoires non-autonomes. Plusieurs arguments sont mis en avant par l’Argentine pour expliquer sa souveraineté : 

– la proximité géographique 

– la dimension historique 

– elle continue à considérer l’occupation britannique de 1833 comme une colonisation

De leurs côtés les Britanniques s’appuient eux sur la composition de la population, d’origine Britannique. D’ailleurs, en mars 2013, 99,8% des votants au référendum ayant pour sujet la souveraineté de l’île déclaraient leur souhait de rester sous celle du Royaume-Uni. 

Autrement dit, même si les souvenirs des horreurs de la guerre sont encore biens présents dans les deux camps, chacun des deux pays continuent de clamer que les Malouines lui appartiennent.

Pourquoi une invasion du Venezuela n’a-t-elle aucune chance de réussir ?

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Grande mobilisation pour les 20 ans de la Révolution bolivarienne. © HO/ Venezuelian Presidency / AFP 

Mardi 30 avril dernier l’opposant Juan Guaido, autoproclamé président du Venezuela depuis le 23 janvier, donnait le coup d’envoi de son opération « liberté ». Une opération destinée à renverser le gouvernement, légitime et démocratiquement élu. Cet événement aurait été qualifié par tous, et selon le droit, de coup d’état dans n’importe quel autre pays du monde, mais pas au Venezuela.

Il y a plus d’un mois, dans un article publié sur ce site (Venezuela : fin du spectacle pour Guaido), j’écrivais que Guaido avait échoué dans sa tentative de putsch. Il comptait vraisemblablement sur le soutien d’une majorité de la population. Puis, voyant qu’il ne l’avait pas a souhaité que l’armée se soulève. Son échec, qu’il reconnaît lui-même, nous permet néanmoins d’analyser pourquoi une invasion du Venezuela serait vouée à l’échec. 

  • La loyauté des Forces armées nationales bolivariennes 

D’abord parce que l’armée vénézuélienne reste fidèle au gouvernement. Un soutien qu’elle a d’ailleurs réaffirmé dans un communiqué en date du 8 mai dernier. Comment pourrait-il en être autrement ? Les Forces armées nationales bolivariennes (FANB), desquelles est issu Hugo Chavez, font partie intégrante de la Révolution bolivarienne. 

Certains médias et certains secteurs de l’opposition ne cessent de clamer haut et fort qu’une grande partie de l’armée a rejoint Juan Guaido depuis son auto-proclamation. Or, à la vérité, on remarque qu’ils sont une poignée à avoir fait ce choix. Et encore, parmi eux, certains, déçus des promesses du putschiste, souhaitaient revenir sur leur décision. A l’image de ce groupe de déserteurs se plaignant du traitement qu’ils avaient reçu en Colombie. 

L’union civico-militaire, l’un des piliers de la Révolution bolivarienne, tient donc. Et tant qu’elle le fera le gouvernement légitime du Venezuela demeurera. Même dans le cas où une intervention militaire étrangère serait déclenchée, elle ne pourrait réussir. Car, non seulement le Venezuela dispose d’une armée loyale à sa patrie, mais de surcroît elle est renforcée par la milice bolivarienne. 

Milice bolivarienne

La milice bolivarienne, forte de ses plus de deux millions de membres. © AFP/Federico PARRA

  • La milice bolivarienne : une force populaire de défense 

Initiée en 2008 par Hugo Chavez la milice bolivarienne compterait actuellement plus de deux millions de membres, soit plus d’un Vénézuélien sur vingt. Elle en comptait 1,6 millions au mois de décembre 2018 et Nicolas Maduro souhaiterait que ses effectifs atteignent les 3 millions de membres à la fin de l’année 2019. L’idée de cette organisation est de donner au peuple une formation militaire, et donc de l’armer afin qu’il puisse défendre le Venezuela, un peu à l’image du peuple cubain lors des débuts de la Révolution d’après la doctrine du « peuple en arme » si chère au Che. Grâce à la milice « le peuple s’organise, et se prépare militairement » explique une militante dans un documentaire de la chaîne Youtube Redfish intitulé Venezuela : defending the Revolution. 

Car, à la différence de l’armée traditionnelle, les membres de la milice bolivarienne ne sont pas des professionnels du combat. C’est le peuple tout entier qui y prend part : des femmes et des hommes, des travailleurs, des étudiants, des retraités n’ayant qu’un seul objectif en rejoignant la milice : défendre la Révolution, leur Révolution. 

D’ailleurs Nicolas Maduro a annoncé au mois d’avril dernier que la milice bolivarienne serait intégrée aux Forces armées nationales bolivariennes. Ce faisant il donne à cette organisation une valeur constitutionnelle, même si son rôle reste différent et bien distinct de celui de l’armée. En réalité la milice constitue un niveau de défense du Venezuela, tout comme les FANB en constituent un autre. 

La conscience révolutionnaire du peuple vénézuélien 

Dès le début, en 1999, Hugo Chavez et les dirigeants du Venezuela, avaient compris que l’impérialisme nord-américain ne laisserait jamais de répit à la Révolution. Et que, pour défendre les acquis de celle-ci, il fallait un peuple conscient et des organisations puissantes qui soutiennent le processus révolutionnaire. C’est le cas de la milice bolivarienne, présente sur tout le territoire. Mais c’est aussi le cas du Parti socialiste unifié du Venezuela (PSUV) qui fait office de véritable organisation de masse avec ses millions d’adhérents. D’autres, comme le Parti communiste du Venezuela, des syndicats, des associations participent à la conscientisation des Vénézuéliens. Hugo Chavez avait d’ailleurs lui même précisé cette pensée :

« Je ne crée pas un parti révolutionnaire, j’éduque un peuple révolutionnaire ». 

Le vice-président actuel du PSUV, Diosdado Cabello, a récemment tenu des propos allant eux aussi dans ce sens : « ces jours de harcèlement, de blocus, de sanctions, ce peuple noble du Venezuela s’en est servi pour forger sa conscience »

Le signal envoyé par ces millions de Vénézuéliens, soutenant Nicolas Maduro, est clair : ils ne se reposeront pas tant que la menace sera réelle. Chaque gouvernement progressiste devrait avoir un peuple avec ce niveau de conscience. C’est sans doute ce qui a manqué à d’autres pays d’Amérique latine à l’image du Brésil. Sinon, comment expliquer que les plus de trente millions de Brésiliens, sortis de la pauvreté grâce aux politiques du Parti des travailleurs, sous Lula et sous Dilma Rousseff, ne se soient pas, ou très peu, mobilisés pour défendre Dilma lors du coup d’état institutionnel mené contre elle en 2016 ? 

Les habitants du Venezuela ne demandent qu’une chose, une seule : que les Etats-Unis respectent leur souveraineté et leur dignité. C’est pour cela qu’ils participent, massivement à chaque fois, aux différentes marches et initiatives pour réaffirmer leur soutien au gouvernement. Tantôt la marche anti-impérialiste du 6 avril dernier, tantôt la journée nationale de la Dignité le 13 avril. Et ils étaient encore plusieurs milliers à se rassembler, spontanément, devant le palais présidentiel le 30 avril, après le coup d’état avorté de Juan Guaido. 

En parallèle le gouvernement continue pourtant d’appeler à la négociation et à la discussion. A l’image du ministre des Affaires étrangères Jorge Arreaza qui souhaitait que l’opposition reprenne le dialogue, preuve que le gouvernement vénézuélien entend privilégier une solution pacifique et diplomatique. 

Lavrov et Maduro
Sergueï Lavrov et Nicolas Maduro. © AFP 2019 / CANCILLERIA

Le soutien international 

Dans cet affrontement, et face aux sanctions économiques et à l’embargo de plus en  plus féroces, le Venezuela peut compter sur le soutien d’un certain nombre de pays importants.  

D’abord parce qu’ils ne sont qu’une cinquantaine d’Etats à reconnaître Guaido comme président. Or, même si dans ce groupe figurent les Etats-Unis, la France, le Royaume-Uni ou le Brésil, rapporté aux 197 pays reconnus par l’ONU cela ne représente que 25% de l’ensemble des Nations. D’ailleurs, la Russie, l’un des principaux soutien du gouvernement vénézuélien, a annoncé vouloir créer, à l’ONU, un groupe de pays afin de défendre le Venezuela. 

Sergueï Lavrov, le ministre russe des Affaires étrangères, a également demandé aux Etats-Unis de stopper leurs sanctions économiques, en vertu du droit international. Faut-il rappeler en effet que les pertes pour le Venezuela se chiffrent en milliards de dollars ?  Avec les conséquences désastreuses que cela a engendré. Alfred de Zayas, expert au sein de l’ONU a d’ailleurs comparé l’embargo américain à un « siège médiéval »

Mais les Russes vont plus loin dans leur aide. En vertu des accords signés entre les deux pays, une centaine de militaires russes sont arrivés il y a quelques semaines afin de former les militaires vénézuéliens dans certains domaines mais aussi de les conseiller. 

La Chine soutien aussi Nicolas Maduro. Et, si l’information selon laquelle des militaires Chinois seraient présents au Venezuela était fausse, la Chine a en revanche envoyé, dès fin mars, près de 65 tonnes de matériel médical, dont des médicaments et du matériel chirurgical. En outre, elle et la Russie fourniront, chaque mois, au Venezuela 99 conteneurs de matériel médical afin de contourner l’embargo américain. 

Tous ces facteurs montrent qu’il sera difficile, voire impossible, pour les Etats-Unis de réaliser une intervention armée et de la réussir si telle était leur intention. L’échec du coup d’état de Guaido a peut-être marqué la fin de ses velléités et ouvre peut-être une nouvelle ère de négociation dans le respect de la souveraineté vénézuélienne. 

Un peu d’histoire #3 : la Tricontinentale (janvier 1966)

Tricontinentale
En janvier 1966 s’ouvrait la conférence de solidarité des peuples d’Afrique, d’Asie et d’Amérique latine. Source : l’Humanité.

L’Histoire nous permet d’apprendre ce qui nous a précédé. En son temps, Karl Marx avait averti que « celui qui ne connaît pas l’histoire est condamné à la revivre », démontrant ainsi la nécessité pour chacun de connaître les événements passés qui, bien souvent, fournissent une source d’explication pour les événements présents et futurs. Mais connaître l’histoire c’est aussi raconter ce qui est passé sous silence, ou volontairement oublié par certains. Au travers de cette série d’articles, je vais m’efforcer de mettre à jour des faits ignorés aujourd’hui mais ô combien importants.

Suite presque logique des deux premiers épisodes, consacrés à l’aide cubaine à l’Afrique et plus particulièrement à l’Angola, nous allons à présent évoquer ce qui est l’une des bases de ce soutien internationaliste : la Tricontinentale. Cette conférence, qui se déroula à la Havane, la capitale cubaine, en janvier 1966 avait réussi l’exploit de réunir l’ensemble des mouvements de libération nationale et/ou anti-impérialistes des trois continents les plus pauvres : l’Afrique, l’Asie, et l’Amérique latine. Le but ? Faire converger la lutte de tous ces révolutionnaires. 

  • La conférence

L’idée de cette conférence découle directement de celle de Bandung (avril 1955) qui avait réuni les pays asiatiques et africains nouvellement indépendants. Mais si l’on remonte plus loin la Tricontinentale tire aussi ses origines du Congrès international des peuples de Bruxelles en 1927, à l’initiative de l’International communiste.

C’est « l’espoir d’un monde meilleur » qui réunissait tous ces révolutionnaires, selon les paroles du Che, l’une des figures de ces mouvements. Pourtant, lui, comme Ben Barka, comme Ben Balla ne seront pas présents à ce grand rendez-vous qu’ils ont pourtant contribué à faire émerger. Et pour cause, le Che vient de quitter le Congo et se prépare à aller en Bolivie. Ben Barka a été enlevé depuis le 29 octobre 1965, avec les tragiques conséquences que l’on connaît. Et Ben Bella a été renversé en Algérie en 1965. La Tricontinentale est donc privée de trois des principaux révolutionnaires de l’époque.

Toutefois le casting a de quoi faire rêver. Ils sont 500 délégués venus de 82 pays différents à converger vers la Havane. Parmi eux Amilcar Cabral, mais aussi Salvador Allende, qui défend déjà une voie électorale pour le socialisme au Chili. Les partis communistes chinois et soviétiques sont également présents, mais simplement en tant qu’observateurs, à ce titre ils n’ont donc pas le droit de vote. 

La Tricontinentale s’ouvre le 6 janvier 1966 et met à l’honneur la délégation du Vietnam dont le pays est déjà en guerre contre les Américains. Pendant douze jours le gratin de la Révolution mondiale discute de comment fédérer sa lutte sur les trois continents. Mais, dans ces moments d’intenses débats, on parle aussi d’éducation, d’annulation de la dette des pays pauvres, d’écologie aussi, ou encore d’égalité entre les hommes et les femmes. 

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  • Les résolutions 

Baptisée « année de la solidarité » par Fidel Castro, 1966 voit la solidarité internationaliste de tous les mouvements présents atteindre son apogée. Car, si ces douze jours de conférence sont certes un temps d’âpres discussions, ils sont aussi un temps de fêtes, de mélange de cultures, de partage. 

Pourtant, dans l’ombre de la fête qui se déroule dans le rues de la capitale cubaine, la menace veille. Les Etats-Unis, principal ennemi désigné par la plupart des délégations, s’inquiètent d’une telle réunion à quelques kilomètres de leurs côtes. A tel point qu’ils tentent d’assassiner Fidel Castro pendant la conférence. S’ils n’y parviennent pas, nombre de leaders révolutionnaires seront en revanche supprimés quelques temps après la Tricontinentale. Che Guevara et Amilcar Cabral seront respectivement tués en 1967 et en 1973. Cette dernière année voit aussi le coup d’état et le renversement de Salvador Allende au Chili.

Plusieurs résolutions sont néanmoins prises. Il est notamment décidé que, pour lutter efficacement contre l’impérialisme et le néocolonialisme il faut faire plus. Dans son message adressé aux participants de la Tricontinentale, publié un an plus tard en 1967, Che Guevara prononce sa fameuse formule : 

« créer deux, trois, plusieurs Vietnam ».

La stratégie préconisée par les délégations révolutionnaires est la suivante : multiplier les foyers de luttes afin d’éparpiller les forces impérialistes. Il est aussi décidé d’apporter non plus une simple aide morale, mais un vrai soutien matériel, financier, voire militaire aux pays en lutte.

De plus, un journal est créé à cette occasion. Nommé Tricontinentale sa publication démarre en 1966 et est publiée dans quatre langues : l’arabe, le français, l’espagnol et l’anglais. Après vingt ans de parution, celle-ci s’arrête un temps avant de reprendre en 1995. 

La Tricontinentale restera comme un événement unique en son genre. Pendant ces douze jours des centaines de militants venus de trois continents différents ont fait trembler les grandes puissances de ce monde. Et, si d’un point de vue stratégique la conférence n’aura peut-être pas eu les effets escomptés, la solidarité entre ces mouvements aura été effective plusieurs années après.

Un peu d’histoire #1 : L’aide cubaine à l’Afrique- partie 2

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Le président de l’Angola Agostinho Neto aux côtés du leader de la Révolution cubaine © Cubadebate

L’Histoire nous permet d’apprendre ce qui nous a précédé. En son temps, Karl Marx avait averti que « celui qui ne connaît pas l’histoire est condamné à la revivre », démontrant ainsi la nécessité pour chacun de connaître les événements passés qui, bien souvent, fournissent une source d’explication pour les événements présents et futurs. Mais connaître l’histoire c’est aussi raconter ce qui est passé sous silence, ou volontairement oublié par certains. Au travers de cette série d’articles, je vais m’efforcer de mettre à jour des faits ignorés aujourd’hui mais ô combien importants.

Pour cette deuxième partie consacrée à l’aide cubaine à l’Afrique, j’ai choisi de me concentrer plus particulièrement sur la solidarité envers l’Angola.

La situation de l’Angola, avant son indépendance est particulière. Trois mouvements de libération ont émergé, et s’opposent plus ou moins les uns les autres. Plus ou moins car deux sont soutenus par le camp occidental, tandis que le troisième est lui soutenu par le camp socialiste, puis par Cuba. Le leader de ce dernier mouvement (MPLA : Mouvement populaire de libération de l’Angola), Agostinho Neto s’est, dès les années 60 rapproché de l’URSS. Et pour cause, il prône en effet comme idéal politique le socialisme. Mais un socialisme pour et par les Angolais, à la manière de Cuba.

UNITA (Union nationale pour l’indépendance totale de l’Angola) et FNLA (Front national de libération de l’Angola) sont les deux autres mouvements indépendantistes. Le premier est soutenu par les Etats-Unis, via le régime d’apartheid sud-Africain, le second par le Zaïre de Mobutu- celui qui a trahit Patrice Lumumba- (voir : Un peu d’histoire #0 : L’aide cubaine à l’Afrique- partie 1).

Les trois mouvements ne s’apprécient pas et ne se font pas confiance. Mais ils sont obligés tout de même de se rendre ensemble au Portugal afin de négocier l’indépendance de leur pays. Cette conférence a lieu au mois de janvier 1975. Problème : les trois mouvements veulent prendre le contrôle avant les élections. Le but étant de s’emparer de la capitale avant le 11 novembre 1975, date prévue de l’indépendance de l’Angola. Hors de question pour l’Afrique du Sud et les Etats-Unis de voir le MPLA diriger le pays. Les premiers vont soutenir l’UNITA et entrer en Angola le 23 octobre 1975 (alors même que les noirs d’Afrique du Sud subissent les lois racistes de l’Apartheid). Les seconds vont aider le FNLA via le régime de Moboutu, fournissant armes, mercenaires, essence.

De son côté le MPLA est largement en infériorité, et l’aide soviétique tarde à venir. Les Angolais sont avertis qu’elle ne pourrait pas arriver avant la date fatidique du 11 novembre. Alors, Agostinho Neto se tourne vers Cuba. La réponse de Fidel Castro ne se fait pas attendre et dépasse toutes les espérances.

« Vous allez être écrasés, vous avez besoin de beaucoup plus que cela » Fidel Castro.

L’internationalisme cubain prend ici tout son sens. Cette fois-ci il ne s’agit pas d’une opération clandestine comme durant les années 60′. C’est une intervention ouverte. Cuba envoie ses forces spéciales, de l’artillerie, des armes, du matériel, et près de 35 000 soldats d’infanterie.

« Certains impérialistes se demandent pourquoi nous aidons les Angolais, et quels intérêts nous avons là-bas. Ils pensent que, si un pays fait quelque chose c’est qu’il veut du pétrole, ou du cuivre, ou des diamants, ou une ressource naturelle. Non. Nous ne recherchons aucun intérêt matériel. Et, logiquement, cela ne rentre pas dans les critères des impérialistes. Parce qu’ils n’ont que des critères chauvins, nationalistes, égoïstes. Mais nous, nous accomplissons un devoir élémentaire et internationaliste quand nous aidons le peuple d’Angola » Fidel Castro.

L’intervention salvatrice des cubains permet au MPLA de s’emparer de Luanda, la capitale, et de proclamer l’indépendance le 11 novembre 1975. Agostinho Neto devient le premier président de l’Angola. Mais la guerre continue. A tel point que Neto demande à ce qu’un contingent cubain reste sur place pour aider le MPLA.

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Nelson Mandela rendant visite à Fidel Castro pour le remercier de sa contribution © OMAR TORRES / AFP FILES / AFP

A partir de la fin des années 70′, plusieurs changements se produisent. D’abord Agostinho Neto décède à Moscou le 10 septembre 1979. Et puis le 20 janvier 1981 Ronald Reagan accède à la Maison Blanche. Avec lui les Etats-Unis s’engagent sur une nouvelle voie. Il veut contraire Cuba à quitter l’Angola. Dans le même temps le SWAPO (Organisation du peuple du Sud-Ouest Africain) mène la lutte pour l’indépendance de la Namibie depuis l’Angola, contre les troupes de l’Afrique du Sud.

Pendant six ans des négociations vont avoir lieu. Leur but ? Faire en sorte que l’Afrique du Sud quitte la Namibie, et que dans le même temps les Cubains quittent l’Angola. Fidel Castro va alors prendre une initiative le 15 novembre 1987 : il souhaite repousser les troupes du régime d’apartheid hors d’Angola. Pour parvenir à cet objectif Cuba envoie d’autres soldats, mais aussi des tanks, de l’artillerie. Une aide bienvenue pour l’Angola. Car depuis l’arrivée de Gorbatchev, l’URSS ne s’occupe plus d’aider les pays proches idéologiquement, et a complètement délaissé le peu d’internationalisme qui lui restait.

Finalement, le 22 décembre 1988 des accords de paix sont signés. Et en 1990 la Namibie devient indépendante de l’Afrique du Sud, tandis que le régime d’apartheid libère Nelson Mandela. Deux décisions majeures obtenues de force par Cuba qui, de son côté, quitte l’Angola. Au total ce seront près de 450 000 Cubains qui auront participé à l’épopée cubaine en Afrique, et près de 10 000 seront tombés au combat.

L’aide cubaine à l’Afrique aura été déterminante dans l’indépendance de plusieurs pays. Une aide sans aucune contrepartie, si ce n’est une contrepartie morale, celle d’avoir le sentiment d’avoir aidé des peuples pour leur libération.


Pour en savoir plus : Cuba, une Odyssée Africaine partie 2/2