Un peu d’histoire #4 : la guerre des Malouines (1982)

carte Malouines

L’Histoire nous permet d’apprendre ce qui nous a précédé. En son temps, Karl Marx avait averti que « celui qui ne connaît pas l’histoire est condamné à la revivre », démontrant ainsi la nécessité pour chacun de connaître les événements passés qui, bien souvent, fournissent une source d’explication pour les événements présents et futurs. Mais connaître l’histoire c’est aussi raconter ce qui est passé sous silence, ou volontairement oublié par certains. Au travers de cette série d’articles, je vais m’efforcer de mettre à jour des faits ignorés aujourd’hui mais ô combien importants.

Pour ce quatrième épisode je m’éloigne de la thématique de la lutte anticolonialiste et anti-impérialiste, notamment avec l’aide cubaine à l’Afrique (partie 1 et partie 2) et à propos de la Tricontinentale. Cette fois je m’intéresse à la guerre qui a opposé durant près de soixante-dix jours l’Argentine au Royaume-Uni au sujet des îles Malouines. 

  • Les Malouines : géographie et informations 

Les Malouines, ou Falkland Island sont un archipel de plusieurs petites îles situées dans l’Atlantique Sud, à plusieurs centaines de kilomètres des côtes Argentines. L’appellation de ces îles suscitent, en elle-même, une opposition entre Britanniques et Argentins. Pour les premiers ce sont les Falkland Island, pour les seconds les Islas Malvinas (Malouines). L’histoire de cette opposition remonte en fait à la découverte de ces territoires puisque pour l’Argentine le territoire fut découvert par Estévao Gomez, un explorateur espagnol. Par pour les Anglais qui attribuent cette découverte à John David en 1592. Même si ce n’est qu’à partir du XVIIIe siècle que l’île commence à être colonisée par les Européens, et que ce n’est qu’en 1833 que le Royaume-Uni prend le contrôle entier de ces territoires. Depuis, les Argentins contestent cette souveraineté britannique. 

Les Malouines se composent de la manière suivante : deux îles principales, les Malouines occidentales, et les Malouines orientales (où se trouve la capitale Port Stanley) ainsi que plusieurs centaines d’autres petites îles et îlots couvrant en tout une superficie de 2 173 km carrés. Elles sont peuplées par un peu plus de 3 000 habitants, tout en affichant l’un des PIB par habitant les plus élevés du monde. 

  • La guerre des Malouines

En 1982 Margaret Thatcher est déjà la première ministre du Royaume-Uni tandis que l’Argentine est, depuis 1976, sous la coupe de la dictature militaire. Crise économique et répression des opposants sont le quotidien des Argentins, et la junte au pouvoir pense que l’invasion des Malouines servira à détourner l’attention des problèmes de tous les jours. Les scènes de liesses populaires après l’annonce du débarquement des troupes confirmeront cette analyse. 

La guerre des Malouines débute donc le 2 avril 1982, à quatre heures du matin, lorsque près de 5 000 soldats argentins débarquent dans les Malouines, mais aussi dans les îles de Géorgie du Sud. Et, si les Argentins espéraient en réalité que la solution se règle à l’ONU, afin de pouvoir garder le contrôle de ces îles, Margaret Thatcher écarte elle toute idée de négociation et décrète l’envoi de troupes aéronavales, la Task Force, pour récupérer les îles. 

Le temps que ces dernières ne parcourent les près de 13 000 kilomètres séparant le Royaume-Uni des Malouines, les militaires argentins s’organisent. Ils transforment les îles en un véritable camp militaire, fortifient les côtes et envoient des milliers de recrues supplémentaires. Mais ils savent aussi que la puissance anglaise est bien supérieure à la leur. Pourtant la dictature persiste et signe en réitérant son souhait et sa volonté de ne jamais rendre les Malouines. 

Le 1er mai 1982 les forces britanniques lancent une attaque aérienne contre les positions argentines autour de Port Stanley, la capitale des Malouines. Conscients de leur supériorité numérique et technologiques, les Anglais sont confiants. Mais les Argentins résistent du mieux qu’ils le peuvent s’appuyant notamment sur leur flotte et leurs pilotes. Ceux-ci arrivent d’ailleurs à couler le Sheffield, en réponse au torpillage du Belgrano, navire qui faisait la fierté de la marine argentine. 

La perte du Sheffield n’entame pas la détermination des Britanniques. Voyant que les alentours de Port Stanley sont correctement protégés et fortifiés, ils choisissent de débarquer à l’autre extrémité, à San Carlos où ils ne sont qu’une poignée d’Argentins à défendre cette position. 100 kilomètres séparent le lieu du débarquement de Port Stanley. Une distance que les troupes anglaises vont devoir parcourir à pied, à la merci des avions argentins, et par des températures inférieurs à 0 degré. Néanmoins malgré ces difficultés les Anglais progressent, et l’Argentine se rend bien compte qu’il devient de plus en plus dur de continuer à faire face. D’autant plus pour défendre un territoire où aucun Argentin ne réside. 

Finalement, le 14 juin 1982 les troupes Britanniques font leur entrée dans Port Stanley, le 20 juin est décrétée la fin officielle des hostilités et le 14 juillet 1982 les deux pays signent un accord qui met véritablement fin à la guerre. Les chiffres des pertes des deux côtés divergent selon les sources, mais globalement il y aurait eu aux alentours de 1 000 victimes. Parmi elles près de 700 Argentins, et près de 300 Britanniques.

Si les répercussions en Angleterre sont bénéfiques pour le gouvernement de Margaret Thatcher, elles sont en revanches catastrophiques pour la dictature militaire en Argentine. A l’issue de la fin des conflits les Malouines repassent ainsi sous domination du Royaume-Uni, de même que les îles de Géorgie du Sud, où les Argentins avaient débarqué le 3 avril 1982. Par ailleurs l’occupation de l’armée argentine des îles Sandwich du Sud prend également fin.

Les deux pays rompent aussi leurs relations diplomatiques, et ne les rétabliront que le 15 février 1990. Enfin pour la dictature militaire, cette défaite marque le début de la fin. Le 29 juin 1982 Léopold Galtieri, le général-président est chassé du pouvoir. L’année suivante, en 1983, des élections sont organisées marquant le commencement de la transition démocratique.

  • Qu’en est-il maintenant ? 

Aujourd’hui encore l’Argentine revendique sa souveraineté sur les Malouines. Pour l’ONU cette question n’est toujours pas résolue, et les Malouines figurent toujours sur la liste des territoires non-autonomes. Plusieurs arguments sont mis en avant par l’Argentine pour expliquer sa souveraineté : 

– la proximité géographique 

– la dimension historique 

– elle continue à considérer l’occupation britannique de 1833 comme une colonisation

De leurs côtés les Britanniques s’appuient eux sur la composition de la population, d’origine Britannique. D’ailleurs, en mars 2013, 99,8% des votants au référendum ayant pour sujet la souveraineté de l’île déclaraient leur souhait de rester sous celle du Royaume-Uni. 

Autrement dit, même si les souvenirs des horreurs de la guerre sont encore biens présents dans les deux camps, chacun des deux pays continuent de clamer que les Malouines lui appartiennent.

Européennes : l’abstention n’est pas la solution (et favorise Macron)

Ballot box on a european union flag background. 3d illustration
Les élections européennes auront lieu le 26 mai prochain. Source : RAWF8 – STOCK.ADOBE.COM

Le scrutin des élections européennes s’approche à grand pas. Pourtant les Français tardent à se mobiliser. Près de six électeurs sur dix pourraient ne pas aller voter selon divers sondages. Parmi eux : les jeunes et les classes populaires. Autrement dit ceux qui ont tout à perdre en ne se prononçant pas. 

Nombre de personnes expriment,en ne se rendant pas aux urnes depuis des années, leur désaccord avec les politiques menées. Or notre système électoral est conçu de telle façon que même si 99,99% de la population s’abstenaient, les 0,01% restant décideraient de l’avenir du pays. Il en va de même pour les votes nuls et les votes blancs. qui, dans le système actuel, ne servent à rien. Donc d’un point de vue stratégique s’abstenir n’a aucune valeur et aucune utilité.

Mais surtout, ces élections européennes peuvent être un véritable référendum anti-Macron. Ce sera en effet la première élection depuis son arrivée au pouvoir et donc l’occasion d’exprimer un profond désaccord avec sa politique, d’autant plus que la campagne de LREM pâtit de sa tête de liste (voir : Nathalie Loiseau : une campagne qui bat de l’aile). Or, si le vote était obligatoire, ceux qui s’abstiennent n’iraient sans doute pas voter LREM. Donc ne pas voter c’est prendre le risque de laisser des voix au camp du président, mais aussi laisser le Rassemblement national lui disputer sa politique.

C’est précisément ce qu’il faut éviter. Depuis quelques semaines les médias nous poussent à imaginer un duel opposant seulement les populistes aux progressistes, comprenez l’extrême-droite aux libéraux (voir : Européennes : la fausse opposition libéraux/nationalistes) alors même que les deux s’auto-alimentent. Ce ne sont que les deux faces d’une même pièce et pourtant tout est fait pour nous réduire à ce choix entre la peste brune et le choléra libéral. 

Mais que ce soit un camp ou l’autre, leurs partisans iront voter. Les banquiers, les actionnaires, les grands patrons, ou ceux tenant un discours de haine et de rejet de l’autre, ainsi que tous ceux souhaitant détruire nos acquis sociaux iront voter. L’abstention n’est pas la solution car en réalité elle légitime ces politiques en leur donnant une justification par les urnes. 

  • Voter pour inverser l’ordre du Parlement européen 

Certes l’UE n’est pas l’instance démocratique qu’on nous présente, loin de là. Certes les pouvoirs du Parlement européen sont limités. Mais il reste néanmoins un organe législatif important.

Les partis de droite, regroupés au sein du Parti populaire européen (PPE) et les sociaux-démocrates, regroupés dans l’Alliance progressiste des socialistes et démocrates au Parlement européen (S&D), s’entendent depuis des années. Votant les lois ensemble, et s’arrangeant pour l’élection du président du Parlement ainsi que pour la commission européenne. Ces deux groupes parlementaires représentent 401 députés. A ces libéraux, les sociaux-démocrates européens n’osant plus, dans leur grande majorité, remettre en cause cette doctrine, s’ajoute l’Alliance des démocrates et des libéraux pour l’Europe (ADLE) et ses 69 sièges. Les tenants, officiels, d’un discours libéral sont donc ultra-majoritaires au sein du Parlement. 

Et ils ne sont pas seuls. Le groupe des Verts (52 sièges) est pour sa grande majorité acquis à la cause libérale, pourtant incompatible avec l’idéal environnemental qu’ils prônent. Quant aux trois groupes classés à droite du Parlement européen,  Conservateurs et réformistes européens (77 sièges), Europe de la liberté et de la démocratie directe (42 sièges), Europe des nations et des libertés (36 sièges), oscillant entre droite-extrême et extrême-droite ils sont eux aussi des partisans farouches du libéralisme, malgré leur discours qui tend à faire penser le contraire. Que ce soit en Italie, en Autriche, ou en Hongrie, les alliés du Rassemblement national mènent des politiques similaires à celle de Macron en France. Autrement dit opposer libéraux et extrême-droite n’a aucune valeur puisque in fine leurs politiques économiques sont relativement semblables. 

Enfin, en enlevant les 20 députés non-inscrits, il ne reste que le groupe où siégeait les députés apparentés Front de gauche : celui de la Gauche unitaire européenne/ Gauche verte nordique (GUE/NGL) qui compte 52 députés. C’est ce groupe que les abstentionnistes vont ,de fait, sanctionner en n’allant pas voter, alors que c’est celui qui constitue la meilleure opposition à cette Europe antidémocratique.

Les différents scores le 26 mai prochain pourraient faire en sorte qu’un autre groupe similaire émerge autour de la coalition Maintenant le peuple. Cette dernière rassemble divers partis, aujourd’hui siégeant au sein de la GUE/NGL, mais qui pourraient créer leur propres groupes s’ils obtenaient assez de parlementaires (1).

Qu’importe que les députés antilibéraux soient dans un même groupe uni ou dans deux groupes distincts, du moment qu’ils travaillent ensemble. D’un point de vue stratégique avoir deux groupes seraient d’ailleurs peut-être plus intéressant afin de bénéficier d’un meilleur temps de parole. Le problème n’est pas là. Si les Européens, à commencer par les Français ne se mobilisent pas le 26 mai prochain, cela ouvrira la porte à une nouvelle législature contre l’intérêt général et à des directives toutes plus ultralibérales les unes que les autres. 


(1) : les membres de la coalition Maintenant le peuple : Alliance rouge et verte (Danemark), Podemos (Espagne), Alliance de gauche (Finlande), France insoumise et Gauche républicaine et socialiste (France), Bloc de Gauche (Portugal) et Parti de gauche (Suède).  

Nathalie Loiseau : une campagne qui bat de l’aile

Loiseau
Emmanuel Macron et Nathalie Loiseau, les prétendus « remparts » à l’extrême-droite. © Ludovic Marin/Anne-Christine Poujoulat Source: AFP

L’ancienne ministre chargée des Affaires européennes (21 juin 2017 – 27 mars 2019) a été désignée tête de liste de La République en marche (LREM) pour les élections européennes qui se dérouleront le 26 mai prochain. Au coude-à-coude avec la liste du Rassemblement national (RN), menée par Jordan Bardella, sa campagne est de plus en plus chaotique. Et pour cause. Celle qui se présente comme Le rempart à l’extrême-droite ne cesse de démontrer , semaine après semaine, son incapacité. D’ailleurs, l’idée selon laquelle LREM serait un barrage au RN n’est qu’une fable. En réalité marteler ces propos sert souvent d’unique argument dans la campagne. « C’est eux ou nous ». Sous-entendu qu’il n’y aurait que LREM qui serait à même de défendre la démocratie contre l’extrême-droite (voir : Européennes : la fausse opposition libéraux/nationalistes).

Pourtant (pour reprendre les propos d’une caricature du Canard enchaîné), Nathalie Loiseau ne fait que scier la branche sur laquelle elle est assise. Et, s’il fallait inventer une définition du terme se saborder, elle en serait la parfaite illustration tant son incompétence et ses propos sont aberrants. Sans parler de ses arguments de campagne, totalement incohérents avec la politique mise en place par le gouvernement, ses sorties médiatiques suffisent à illustrer pourquoi la liste LREM patauge et ne progresse plus.

D’abord, pour l’avoir écoutée lors du débat organisé sur France 2, le 4 avril dernier, il faut avouer un certain manque d’engouement et de charisme chez Nathalie Loiseau. Ce qui se ressent d’ailleurs aussi dans ses interviews et ses meetings. 

  • Ancienne candidate sur un syndicat d’extrême-droite 

L’information révélée par Médiapart le lundi 22 avril a fait beaucoup de bruit. Etudiante à Sciences-Politiques, Nathalie Loiseau avait été candidate, en sixième position, lors d’élections étudiantes sur la liste de l’UED, un syndicat d’extrême-droite lié au GUD. Pour rappel, le GUD, Groupe union défense, est un groupuscule d’extrême-droite aux actions parfois violentes, qui s’est auto-dissous dans le Bastion Social, lui-même récemment dissous par le gouvernement.  

Suite à cette révélation la défense de la tête de liste de LREM fut pour le moins bancal. Elle, et son entourage, ont d’abord nié les faits, allant même jusqu’à contester la véracité du document. Une défense qu’elle a ensuite rapidement modifiée en clamant qu’elle n’avait pas connaissance de la nature politique du syndicat. Chose peu vraisemblable puisque étant à Sciences Po elle devait avoir un minimum de savoir en politique. Du moins assez pour se renseigner sur la nature du syndicat dont elle était candidate. 

Finalement Nathalie Loiseau a reconnu que cette candidature était « une erreur et une connerie de jeunesse« . Mais avec cette révélation le mythe de LREM rempart face à l’extrême-droite prenait déjà un coup. 

  • « J’avais l’impression d’être une romanichelle »

Une semaine plus tard, le 29 avril, lors d’une interview sur France Culture, Nathalie Loiseau se souvenait de ses débuts en tant que directrice de l’ENA. Elle a alors eu cette phrase à la fois énigmatique mais aussi pleine de sens. 

« J’avais l’impression d’être une romanichelle quand je suis arrivée à la tête de l’ENA.« 

En effet le terme romanichelle a une vraie connotation raciste et péjorative. Il est notamment utilisé par ceux souhaitant dénigrer la communauté Tzigane. 

  • Nathalie Loiseau et la Blitzkrieg 

Plus récemment, l’avant-veille des commémorations du 8 mai, marquant le 74ème anniversaire de la victoire contre l’Allemagne nazie, la candidate LREM illustrait une fois de plus sa bêtise. En visite au mémorial de Caen, un musée consacré à l’histoire du XXe siècle et notamment à la seconde Guerre mondiale et au Débarquement, Nathalie Loiseau a répondu à la question d’un journaliste de l’Obs. Celui-ci lui demandait si, pour relancer sa campagne il ne lui fallait pas un Blitzkrieg. La réponse de l’intéressée ne se fit pas attendre : « oui mais un Blitzkrieg positif« . 

Le terme Blitzkrieg, ou guerre éclair en français, désigne la technique militaire adoptée par l’Allemagne nazie et par Hitler lors de la seconde guerre mondiale. C’est notamment grâce à cette tactique que le troisième Reich a pu envahir la France. Pas certain que faire référence à cela quelques heures avant le 8 mai, et au sortir d’un mémorial de la guerre, soit la meilleure façon de lutter contre l’extrême-droite. 

A elle seule, Nathalie Loiseau fait la démonstration qu’en aucun cas LREM, et ceux s’auto-qualifiant de progressistes libéraux, ne sont un quelconque rempart au Rassemblement national. Bien au contraire. De par leur politique économique, les libéraux ont fortement contribué à l’éclosion de ces partis d’extrême-droite partout en Europe. 

* Depuis hier (mercredi 15 mai) LREM a décidé de changer de stratégie. Constatant sans doute que la tête de liste multipliait les faux pas et n’entraînait pas les foules, le parti de la majorité au pouvoir prévoit la mise en circulation de près de 60 000 affiches. Le problème ? Exit la tête de Nathalie Loiseau, place à celle d’Emmanuel Macron. 

Pourquoi une invasion du Venezuela n’a-t-elle aucune chance de réussir ?

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Grande mobilisation pour les 20 ans de la Révolution bolivarienne. © HO/ Venezuelian Presidency / AFP 

Mardi 30 avril dernier l’opposant Juan Guaido, autoproclamé président du Venezuela depuis le 23 janvier, donnait le coup d’envoi de son opération « liberté ». Une opération destinée à renverser le gouvernement, légitime et démocratiquement élu. Cet événement aurait été qualifié par tous, et selon le droit, de coup d’état dans n’importe quel autre pays du monde, mais pas au Venezuela.

Il y a plus d’un mois, dans un article publié sur ce site (Venezuela : fin du spectacle pour Guaido), j’écrivais que Guaido avait échoué dans sa tentative de putsch. Il comptait vraisemblablement sur le soutien d’une majorité de la population. Puis, voyant qu’il ne l’avait pas a souhaité que l’armée se soulève. Son échec, qu’il reconnaît lui-même, nous permet néanmoins d’analyser pourquoi une invasion du Venezuela serait vouée à l’échec. 

  • La loyauté des Forces armées nationales bolivariennes 

D’abord parce que l’armée vénézuélienne reste fidèle au gouvernement. Un soutien qu’elle a d’ailleurs réaffirmé dans un communiqué en date du 8 mai dernier. Comment pourrait-il en être autrement ? Les Forces armées nationales bolivariennes (FANB), desquelles est issu Hugo Chavez, font partie intégrante de la Révolution bolivarienne. 

Certains médias et certains secteurs de l’opposition ne cessent de clamer haut et fort qu’une grande partie de l’armée a rejoint Juan Guaido depuis son auto-proclamation. Or, à la vérité, on remarque qu’ils sont une poignée à avoir fait ce choix. Et encore, parmi eux, certains, déçus des promesses du putschiste, souhaitaient revenir sur leur décision. A l’image de ce groupe de déserteurs se plaignant du traitement qu’ils avaient reçu en Colombie. 

L’union civico-militaire, l’un des piliers de la Révolution bolivarienne, tient donc. Et tant qu’elle le fera le gouvernement légitime du Venezuela demeurera. Même dans le cas où une intervention militaire étrangère serait déclenchée, elle ne pourrait réussir. Car, non seulement le Venezuela dispose d’une armée loyale à sa patrie, mais de surcroît elle est renforcée par la milice bolivarienne. 

Milice bolivarienne

La milice bolivarienne, forte de ses plus de deux millions de membres. © AFP/Federico PARRA

  • La milice bolivarienne : une force populaire de défense 

Initiée en 2008 par Hugo Chavez la milice bolivarienne compterait actuellement plus de deux millions de membres, soit plus d’un Vénézuélien sur vingt. Elle en comptait 1,6 millions au mois de décembre 2018 et Nicolas Maduro souhaiterait que ses effectifs atteignent les 3 millions de membres à la fin de l’année 2019. L’idée de cette organisation est de donner au peuple une formation militaire, et donc de l’armer afin qu’il puisse défendre le Venezuela, un peu à l’image du peuple cubain lors des débuts de la Révolution d’après la doctrine du « peuple en arme » si chère au Che. Grâce à la milice « le peuple s’organise, et se prépare militairement » explique une militante dans un documentaire de la chaîne Youtube Redfish intitulé Venezuela : defending the Revolution. 

Car, à la différence de l’armée traditionnelle, les membres de la milice bolivarienne ne sont pas des professionnels du combat. C’est le peuple tout entier qui y prend part : des femmes et des hommes, des travailleurs, des étudiants, des retraités n’ayant qu’un seul objectif en rejoignant la milice : défendre la Révolution, leur Révolution. 

D’ailleurs Nicolas Maduro a annoncé au mois d’avril dernier que la milice bolivarienne serait intégrée aux Forces armées nationales bolivariennes. Ce faisant il donne à cette organisation une valeur constitutionnelle, même si son rôle reste différent et bien distinct de celui de l’armée. En réalité la milice constitue un niveau de défense du Venezuela, tout comme les FANB en constituent un autre. 

La conscience révolutionnaire du peuple vénézuélien 

Dès le début, en 1999, Hugo Chavez et les dirigeants du Venezuela, avaient compris que l’impérialisme nord-américain ne laisserait jamais de répit à la Révolution. Et que, pour défendre les acquis de celle-ci, il fallait un peuple conscient et des organisations puissantes qui soutiennent le processus révolutionnaire. C’est le cas de la milice bolivarienne, présente sur tout le territoire. Mais c’est aussi le cas du Parti socialiste unifié du Venezuela (PSUV) qui fait office de véritable organisation de masse avec ses millions d’adhérents. D’autres, comme le Parti communiste du Venezuela, des syndicats, des associations participent à la conscientisation des Vénézuéliens. Hugo Chavez avait d’ailleurs lui même précisé cette pensée :

« Je ne crée pas un parti révolutionnaire, j’éduque un peuple révolutionnaire ». 

Le vice-président actuel du PSUV, Diosdado Cabello, a récemment tenu des propos allant eux aussi dans ce sens : « ces jours de harcèlement, de blocus, de sanctions, ce peuple noble du Venezuela s’en est servi pour forger sa conscience »

Le signal envoyé par ces millions de Vénézuéliens, soutenant Nicolas Maduro, est clair : ils ne se reposeront pas tant que la menace sera réelle. Chaque gouvernement progressiste devrait avoir un peuple avec ce niveau de conscience. C’est sans doute ce qui a manqué à d’autres pays d’Amérique latine à l’image du Brésil. Sinon, comment expliquer que les plus de trente millions de Brésiliens, sortis de la pauvreté grâce aux politiques du Parti des travailleurs, sous Lula et sous Dilma Rousseff, ne se soient pas, ou très peu, mobilisés pour défendre Dilma lors du coup d’état institutionnel mené contre elle en 2016 ? 

Les habitants du Venezuela ne demandent qu’une chose, une seule : que les Etats-Unis respectent leur souveraineté et leur dignité. C’est pour cela qu’ils participent, massivement à chaque fois, aux différentes marches et initiatives pour réaffirmer leur soutien au gouvernement. Tantôt la marche anti-impérialiste du 6 avril dernier, tantôt la journée nationale de la Dignité le 13 avril. Et ils étaient encore plusieurs milliers à se rassembler, spontanément, devant le palais présidentiel le 30 avril, après le coup d’état avorté de Juan Guaido. 

En parallèle le gouvernement continue pourtant d’appeler à la négociation et à la discussion. A l’image du ministre des Affaires étrangères Jorge Arreaza qui souhaitait que l’opposition reprenne le dialogue, preuve que le gouvernement vénézuélien entend privilégier une solution pacifique et diplomatique. 

Lavrov et Maduro
Sergueï Lavrov et Nicolas Maduro. © AFP 2019 / CANCILLERIA

Le soutien international 

Dans cet affrontement, et face aux sanctions économiques et à l’embargo de plus en  plus féroces, le Venezuela peut compter sur le soutien d’un certain nombre de pays importants.  

D’abord parce qu’ils ne sont qu’une cinquantaine d’Etats à reconnaître Guaido comme président. Or, même si dans ce groupe figurent les Etats-Unis, la France, le Royaume-Uni ou le Brésil, rapporté aux 197 pays reconnus par l’ONU cela ne représente que 25% de l’ensemble des Nations. D’ailleurs, la Russie, l’un des principaux soutien du gouvernement vénézuélien, a annoncé vouloir créer, à l’ONU, un groupe de pays afin de défendre le Venezuela. 

Sergueï Lavrov, le ministre russe des Affaires étrangères, a également demandé aux Etats-Unis de stopper leurs sanctions économiques, en vertu du droit international. Faut-il rappeler en effet que les pertes pour le Venezuela se chiffrent en milliards de dollars ?  Avec les conséquences désastreuses que cela a engendré. Alfred de Zayas, expert au sein de l’ONU a d’ailleurs comparé l’embargo américain à un « siège médiéval »

Mais les Russes vont plus loin dans leur aide. En vertu des accords signés entre les deux pays, une centaine de militaires russes sont arrivés il y a quelques semaines afin de former les militaires vénézuéliens dans certains domaines mais aussi de les conseiller. 

La Chine soutien aussi Nicolas Maduro. Et, si l’information selon laquelle des militaires Chinois seraient présents au Venezuela était fausse, la Chine a en revanche envoyé, dès fin mars, près de 65 tonnes de matériel médical, dont des médicaments et du matériel chirurgical. En outre, elle et la Russie fourniront, chaque mois, au Venezuela 99 conteneurs de matériel médical afin de contourner l’embargo américain. 

Tous ces facteurs montrent qu’il sera difficile, voire impossible, pour les Etats-Unis de réaliser une intervention armée et de la réussir si telle était leur intention. L’échec du coup d’état de Guaido a peut-être marqué la fin de ses velléités et ouvre peut-être une nouvelle ère de négociation dans le respect de la souveraineté vénézuélienne. 

Un peu d’histoire #3 : la Tricontinentale (janvier 1966)

Tricontinentale
En janvier 1966 s’ouvrait la conférence de solidarité des peuples d’Afrique, d’Asie et d’Amérique latine. Source : l’Humanité.

L’Histoire nous permet d’apprendre ce qui nous a précédé. En son temps, Karl Marx avait averti que « celui qui ne connaît pas l’histoire est condamné à la revivre », démontrant ainsi la nécessité pour chacun de connaître les événements passés qui, bien souvent, fournissent une source d’explication pour les événements présents et futurs. Mais connaître l’histoire c’est aussi raconter ce qui est passé sous silence, ou volontairement oublié par certains. Au travers de cette série d’articles, je vais m’efforcer de mettre à jour des faits ignorés aujourd’hui mais ô combien importants.

Suite presque logique des deux premiers épisodes, consacrés à l’aide cubaine à l’Afrique et plus particulièrement à l’Angola, nous allons à présent évoquer ce qui est l’une des bases de ce soutien internationaliste : la Tricontinentale. Cette conférence, qui se déroula à la Havane, la capitale cubaine, en janvier 1966 avait réussi l’exploit de réunir l’ensemble des mouvements de libération nationale et/ou anti-impérialistes des trois continents les plus pauvres : l’Afrique, l’Asie, et l’Amérique latine. Le but ? Faire converger la lutte de tous ces révolutionnaires. 

  • La conférence

L’idée de cette conférence découle directement de celle de Bandung (avril 1955) qui avait réuni les pays asiatiques et africains nouvellement indépendants. Mais si l’on remonte plus loin la Tricontinentale tire aussi ses origines du Congrès international des peuples de Bruxelles en 1927, à l’initiative de l’International communiste.

C’est « l’espoir d’un monde meilleur » qui réunissait tous ces révolutionnaires, selon les paroles du Che, l’une des figures de ces mouvements. Pourtant, lui, comme Ben Barka, comme Ben Balla ne seront pas présents à ce grand rendez-vous qu’ils ont pourtant contribué à faire émerger. Et pour cause, le Che vient de quitter le Congo et se prépare à aller en Bolivie. Ben Barka a été enlevé depuis le 29 octobre 1965, avec les tragiques conséquences que l’on connaît. Et Ben Bella a été renversé en Algérie en 1965. La Tricontinentale est donc privée de trois des principaux révolutionnaires de l’époque.

Toutefois le casting a de quoi faire rêver. Ils sont 500 délégués venus de 82 pays différents à converger vers la Havane. Parmi eux Amilcar Cabral, mais aussi Salvador Allende, qui défend déjà une voie électorale pour le socialisme au Chili. Les partis communistes chinois et soviétiques sont également présents, mais simplement en tant qu’observateurs, à ce titre ils n’ont donc pas le droit de vote. 

La Tricontinentale s’ouvre le 6 janvier 1966 et met à l’honneur la délégation du Vietnam dont le pays est déjà en guerre contre les Américains. Pendant douze jours le gratin de la Révolution mondiale discute de comment fédérer sa lutte sur les trois continents. Mais, dans ces moments d’intenses débats, on parle aussi d’éducation, d’annulation de la dette des pays pauvres, d’écologie aussi, ou encore d’égalité entre les hommes et les femmes. 

tricontinentale 2

  • Les résolutions 

Baptisée « année de la solidarité » par Fidel Castro, 1966 voit la solidarité internationaliste de tous les mouvements présents atteindre son apogée. Car, si ces douze jours de conférence sont certes un temps d’âpres discussions, ils sont aussi un temps de fêtes, de mélange de cultures, de partage. 

Pourtant, dans l’ombre de la fête qui se déroule dans le rues de la capitale cubaine, la menace veille. Les Etats-Unis, principal ennemi désigné par la plupart des délégations, s’inquiètent d’une telle réunion à quelques kilomètres de leurs côtes. A tel point qu’ils tentent d’assassiner Fidel Castro pendant la conférence. S’ils n’y parviennent pas, nombre de leaders révolutionnaires seront en revanche supprimés quelques temps après la Tricontinentale. Che Guevara et Amilcar Cabral seront respectivement tués en 1967 et en 1973. Cette dernière année voit aussi le coup d’état et le renversement de Salvador Allende au Chili.

Plusieurs résolutions sont néanmoins prises. Il est notamment décidé que, pour lutter efficacement contre l’impérialisme et le néocolonialisme il faut faire plus. Dans son message adressé aux participants de la Tricontinentale, publié un an plus tard en 1967, Che Guevara prononce sa fameuse formule : 

« créer deux, trois, plusieurs Vietnam ».

La stratégie préconisée par les délégations révolutionnaires est la suivante : multiplier les foyers de luttes afin d’éparpiller les forces impérialistes. Il est aussi décidé d’apporter non plus une simple aide morale, mais un vrai soutien matériel, financier, voire militaire aux pays en lutte.

De plus, un journal est créé à cette occasion. Nommé Tricontinentale sa publication démarre en 1966 et est publiée dans quatre langues : l’arabe, le français, l’espagnol et l’anglais. Après vingt ans de parution, celle-ci s’arrête un temps avant de reprendre en 1995. 

La Tricontinentale restera comme un événement unique en son genre. Pendant ces douze jours des centaines de militants venus de trois continents différents ont fait trembler les grandes puissances de ce monde. Et, si d’un point de vue stratégique la conférence n’aura peut-être pas eu les effets escomptés, la solidarité entre ces mouvements aura été effective plusieurs années après.

Analyse des élections générales espagnoles (2019)

Pedro Sanchez et Pablo Iglesias
Pablo Iglesias en discussion avec le socialiste Pedro Sanchez. Photo : ULY MARTÍN

Ce dimanche 28 avril le peuple espagnol a voté. Un troisième scrutin législatif, en presque autant d’années, pour tenter de sortir de l’impasse politique dans laquelle le pays se trouve. Une impasse qui avait notamment conduit à une motion de censure contre Manuel Rajoy, permettant à la gauche de former un gouvernement alors même que la droite avait remporté le scrutin. Or, de nouveau ces élections générales n’ont pas permis de dégager une majorité absolue pour un seul parti. Des tractations, qui pourraient durer longtemps, vont donc s’imposer.

Car, si le Parti socialiste des ouvriers espagnols (PSOE) a remporté les élections avec 28,68 % des suffrages exprimés, avec 39 députés de plus par rapport à la dernière législature (et 79 sénateurs), portant leur nombre à 123,  il ne dispose pas de la majorité absolue qui est de 176 députés. Pedro Sanchez et le PSOE, qui viennent là de remporter leur premier scrutin général depuis 11 ans, vont donc devoir trouver des alliés. Deux options s’offrent à deux :

– La première serait celle privilégiée par la plupart des partis sociaux-démocrates européens. Elle consisterait à s’allier au parti centriste Ciudadanos qui, en obtenant 57 députés et 5 sénateurs, arrive troisième du scrutin avec 15,85 % des voix. Néanmoins ces ultralibéraux semblent avoir d’ores et déjà fait leur choix en refusant toute alliance avec le PSOE et en préférant siéger dans l’opposition avec le Parti populaire (qui enregistre son plus bas score, bien qu’arrivant second, en perdant 71 députés, 69 sénateurs et en n’obtenant que 16,70 % des suffrages) et l’extrême droite.

– La seconde, qui devrait naturellement s’imposer est celle d’une alliance avec la coalition Unidos-Podemos. Cette alliance, née en 2016, regroupe Podemos, Izquierda Unida (Gauche Unie dont est membre le Parti communiste espagnol) et le parti écosocialiste Equo. Bien qu’ayant, eux aussi, subi une baisse de leur résultat, Unidos -Podemos obtient tout de même 42 députés, soit 17 de moins que la dernière fois, et se classe quatrième force de ce scrutin en recueillant 14,81 % des voix. Unidos-Podemos s’est dit prêt, dès dimanche, à discuter d’une éventuelle coalition gouvernementale. Cette participation, ou tout du moins un soutien sans participation au gouvernement, pourrait servir de garde-fou et, comme au Portugal ( voir : Le réveil de la gauche portugaise et  Portugal : une autre voie pour l’Europe) assurer au peuple espagnol que le PSOE ne reniera pas ses promesses sociales. C’est ce qui était, de fait, un peu le cas depuis Juin 2018 où, durant cette courte période le gouvernement du PSOE, bien que très timoré sur la question sociale, avait tout de même augmenté le salaire minimum de 22%, au mois de décembre. 

Toutefois, même en totalisant tous les députés du Parti socialiste et d’Unidos-Podemos, les deux formations n’arriveraient qu’à 165 sièges. Il faudrait donc trouver au minimum encore 11 députés pour atteindre la majorité absolue. Et ça tombe plutôt bien. Car, dans le même temps la Gauche républicaine catalane est devenue la première force de Catalogne avec 15 députés. Elle pourrait donc venir appuyer une coalition de gauche. D’autres forces indépendantistes pourraient faire de même, comme la coalition Basque Euskal Herria Bildu (gauche) qui obtient 4 députés, la coalition Compromis (gauche) qui obtient 1 député, voire, pourquoi pas, le parti de Carles Puigdemont, Junts per Catalunya (centre-droite/ indépendantiste) qui obtient 7 sièges. 

En fait, tout va dépendre de l’attitude du PSOE. Certains, à commencer par Pedro Sanchez, ne sont pas favorables à l’indépendance de la Catalogne et du Pays Basque. D’ailleurs depuis juin 2018, le PSOE n’a pas trouvé de solution à cette question-ci. Mais il n’est pas certains que Pedro Sanchez ait réellement le choix, dès lors qu’une alliance avec les centristes est impossible. Dès lors aussi qu’une grande partie de la base électorale du PSOE préfère une alliance avec d’autres forces de gauche qu’un accord avec des partis aux politiques responsables de la crise et des cures d’austérité. 

  • Unidos-Podemos : des pistes pour expliquer le déclin 

Plusieurs raisons peuvent expliquer ce recul de la coalition de gauche. L’une d’entre elles étant sans doute due à la campagne menée par le PSOE consistant à affirmer la nécessité d’un vote utile pour faire barrage à l’extrême-droite au Parlement. Même s’il faut aussi être lucide et réaliste et reconnaître que la stratégie adoptée n’était pas forcément la bonne.

Car, si Izquierda Unida bénéficie d’une base militante ancienne et d’un certain ancrage local et régional, ce n’est peut-être pas encore tout à fait le cas de Podemos. Il y a fort à parier aussi que les événements européens, comme la trahison de Syriza en Grèce ou l’émergence de partis d’extrême-droite, surfant sur les vagues de protestations, dans d’autres pays n’ont pas aidé non plus. Quoi qu’il en soit Unidos-Podemos limite la casse lors de ce scrutin. Reste à voir s’ils réussiront aussi bien que la dernière fois lors des élections municipales et régionales (et européennes) du 26 mai prochain. 

Vox espagne
Le parti d’extrême-droite Vox fait son entrée au Parlement espagnol. Photo : LCI
  • L’entrée de l’extrême-droite au Parlement 

C’est l’autre fait marquant de ces élections générales. Pour la première fois depuis la transition démocratique et la fin de la dictature fasciste de Franco, un parti d’extrême-droite espagnol a des élus au Congrès des députés. Vox obtient ainsi 24 sièges, en totalisant 10,26 % des voix. Certes, les médias alarmistes nous prédisaient un retour en force avec des sondages donnant parfois plus de 50 députés à Vox. Qu’importe, ces résultats interrogent et inquiètent. 

Fondée le 17 décembre 2013, à la suite d’une scission du Parti populaire, et dirigée par Santiago Abascal, cette formation présente les mêmes rhétoriques que ses compères européens alliant des positions réactionnaires, xénophobes, ultranationalistes et un libéralisme économique assumé. 

Pourtant, de sa création aux élections régionales d’Andalousie en décembre 2018, le parti reste très minoritaire en Espagne. En témoigne ses différents résultats : 

  • 0,23 % aux élections générales de 2015 
  • 0,20 % aux élections générales de 2016 
  • 0,45% aux élections régionales d’Andalousie en 2015
  • 1,57% aux élections européennes de 2014

La donne change donc le 2 décembre 2018. En Andalousie, une région historiquement à gauche, Vox obtient 12 sièges en se positionnant cinquième des suffrages, sans doute appuyé par une frange de la population effrayée de la possible indépendance catalane. Le nombre peut sembler dérisoire (12 sur 109) mais il permet à la région de basculer à droite puisque ces douze députés viennent s’ajouter aux 26 députés du Parti populaire et aux 21 de Ciudadanos. 

Ces 24 élus au niveau national montrent une chose. Les pays ayant connu des dictatures fascistes lors du 20e siècle ne semblent plus effrayés à l’idée de revoter pour des partis aux idées plus ou moins similaires. Espagne, Italie, Allemagne, Portugal, Hongrie, les exemples sont malheureusement trop nombreux (Allemagne, Suède, revoilà l’extrême-droite) et démontrent que les politiques prônées par la commission européenne, par ceux-là mêmes qui s’érigent en rempart contre l’extrême-droite, nous mènent directement à eux.