L’incendie de Notre-Dame de Paris montre que les ultras-riches ont toujours autant d’argent

Notre-Dame de Paris ravagé par les flammes
L’incendie qui a ravagé Notre-Dame de Paris. Photo : Geoffroy Van der Hasselt- AFP

Tous les français, au-delà de leurs croyances, de leurs convictions religieuses et politiques, de leurs origines ou de leurs milieux sociaux, ont été choqués par l’incendie qui a ravagé, lundi dernier, Notre-Dame de Paris. A tel point que les dons ont afflué, et continuent d’affluer pour aider à réparer ce symbole nationale. Du moins envisager de telles réparations. Car, tant qu’une expertise complète et précise ne sera pas réalisée, aucune reconstruction ne pourra être entreprise.

Cependant, il y a bien une chose dont on sera à peu près certains : les fonds pour financer ces travaux ne devraient pas manquer. La souscription nationale est un réel succès et la mobilisation dépasse d’ailleurs largement le cadre de la France seule, démontrant au passage que Notre-Dame de Paris est un patrimoine de l’humanité, d’ailleurs classé à l’UNESCO.

Si la mobilisation est l’oeuvre des régions, des départements, des communes, et des citoyens, elle est aussi celle de quelques riches familles. 100 millions d’euros pour l’une, 200 millions pour d’autres. Les familles Arnault, Pinault et Bettencourt, pour ne citer qu’elles, y sont aller de leur élan de solidarité. Un geste appréciable qu’il convient de souligner. 

Mais ces dons, bien que très généreux, posent presque automatiquement une autre question. Certes, certains riches donateurs ont fait le choix de donner simplement l’argent sans bénéficier d’une déduction d’impôt. Mais, pourquoi a-t-il fallu qu’un édifice brûle pour qu’enfin les plus fortunés de ce pays fassent un geste de solidarité et contribuent à l’effort national ?

Car, à la vérité, bien que leur peine soit sans doute sincère, comme celle d’une majorité de Français, ces dons leurs permettent aussi de redorer leur blason alors qu’ils sont particulièrement critiqués, à juste titre. Comment ne pas critiquer ceux qui, en tant de prétendue crise économique, continuent de s’enrichir sur le dos des plus démunis ?

Ceux là même qui refusent de payer des impôts à un pays qui leur fournit pourtant tant d’avantages et dont les infrastructures et les services (éducation, santé, justice etc) leur bénéficient autant, si ce n’est plus, qu’aux autres citoyens. Ceux là même qui ne cessent de nous répéter en boucle, semaine après semaine, qu’ils sont trop taxés et qu’ils n’ont plus d’argent alors qu’ils obtiennent toujours plus d’avantages (la suppression de l’ISF en étant le dernier exemple) et qu’ils n’ont, précisément jamais été aussi riches.

Cette opulence est un des problèmes majeurs de notre pays. Parce que personne, parmi ceux qui ont le pouvoir, ne semble ni pouvoir, ni vouloir, remettre en cause cette injustice de ceux qui ont tout et ceux qui n’ont rien.

  • De l’argent, il y en a…

Ces dons pour la reconstruction de la cathédrale peuvent être à double tranchant. Certes beaucoup de personnes y verront un acte de bienveillance. Mais cela met fin aussi à la thèse qui voudrait que les ultras-riches ne disposent pas des moyens suffisants pour contribuer à la solidarité dans d’autres domaines.

Voilà donc la preuve, pour ceux qui en doutaient encore, que l’argent existe en France et qu’il se trouve dans les mains d’une minorité. Et, si cet argent peut être investi pour la réparation d’un édifice précis, ne devrait-il pas l’être aussi dans tout notre patrimoine qui souffre, justement, du manque de ressources financières pour être rénover ? Ne devrait-il pas aussi l’être dans les secteurs où le manque d’argent est flagrant, notamment dans ceux de l’éducation et de la santé ?

Est-il normal que des dizaines de milliers de personnes soient contraints de vivre dans la rue alors que notre pays dispose de près de 3 millions de logements vides ? Sans parler des millions mal-logés, des près de 9 millions de pauvres, et des suicides de plus en plus fréquents de ceux qui n’arrivent pas à joindre les deux bouts chaque mois. 

La France semble avoir oublié sa devise pourtant inscrire sur toutes les devantures des bâtiments officiels. Celle qui proclame fièrement Liberté-Egalité-Fraternité et dont nous nous sommes pourtant tant éloignés. 

Pourquoi la réduction du nombre de parlementaire est une mauvaise chose ?

reforme-des-institutions-la-reduction-du-nombre-des-parlementaires-est-elle-justifiee-20180405-0050-ff8d99-0@1x
Le projet du gouvernement : réduire de 30% le nombre de députés et sénateurs, et instaurer une insuffisante part de proportionnelle. Source : LCI 

Tout le monde s’accordera sur le fait que notre démocratie est en perte de vitesse, pour ne pas dire qu’il y a un vrai problème dans notre pays (voir : Macron : vers une dérive autoritaire du pouvoir). C’est la démocratie nationale, mais aussi, et peut-être surtout, la démocratie locale qui pâtit le plus de ces problèmes, depuis que les gouvernements s’évertuent à éloigner les centre de décisions, comme ce fut le cas avec la réforme des régions. Une réforme qui a été faîte sans tenir compte nullement des particularités des habitants et des territoires.

Devant ce constat que chaque citoyen peut faire, il serait donc naturel de remédier à ça en offrant de meilleurs services et une meilleure représentation. Or, c’est exactement le contraire qui se déroule. Non seulement on éloigne, de plus en plus, les services publics, en les concentrant dans des villes plus importantes. Mais de surcroît on fait en sorte que les lieux de pouvoirs soient, eux aussi, de plus en plus éloignés. C’est notamment visible dans des régions qui sont restées rurales, ou qui sont constituées de villes petites et moyennes et qui, du jour au lendemain, voient la grande ville de la région tout concentrer : pouvoir et service. Qu’en est-il des gens qui ont des difficultés à se déplacer ? Ceux dont les horaires sont irréguliers ? Ceux dont les salaires permettent à peine de couvrir les dépenses élémentaires et qui ne peuvent investir plus dans le budget essence ou transport ? Ceux qui préconisent ce genre de réforme se moquent éperdument des préoccupations des gens ordinaires.

  • La perception des parlementaires, et notamment des députés

Je sais qu’un certain nombre de Français pensent qu’il y a trop de parlementaires, qu’ils ne travaillent pas assez, et qu’ils sont trop payés. Ce sont, très souvent, trois critiques qui sont répétées et qui s’additionnent et auxquelles il faut répondre.

Oui, les parlementaire de notre pays sont, sans doute, trop payés. Être député n’est pas un métier. C’est un mandat donné par le peuple. Et, en tant que représentant du peuple, et de la Nation, ils devraient donc nous représenter. A commencer par ne pas gagner plus que ce que ne gagne la majorité du pays, c’est-à-dire le salaire médian. Toutefois, si l’on compare le revenu des députés à d’autres revenus, comme ceux des actionnaires, ou des technocrates qui se pavanent à Bruxelles, ces personnes là nous coûtent bien plus cher. Un seul exemple. Quand un député touche un peu plus de 5 000 euros par mois, bien qu’il y ait également des indemnités et des avantages supplémentaires, un commissaire européen (comme Pierre Moscovici) touchera lui plus de 20 000 euros par mois sans compter les avantages comme l’aide à l’installation de Bruxelles (correspondant à deux mensualités de salaire), alors qu’il n’a été élu par personne. Inutile également d’évoquer les rémunérations, qui dépassent l’entendement, des 0,1 % des français les plus riches. Ainsi, tout en réaffirmant que les salaires des parlementaires, députés et sénateurs, comme ceux des ministres et des hauts-fonctionnaires, devraient être réduits, il serait également bien plus démocratique que nos élus nous représentent réellement.

Le problème c’est que l’Assemblée Nationale, comme le Sénat, n’est pas du tout représentative du peuple en ce sens que la majorité (76%) des députés sont issus des cadres et professions intellectuelles supérieures. En parallèle, seuls 4,6 % des députés sont des employés alors même que les employés représentent plus de 28 % de la population. (voir : L’Assemblée nationale ne compte quasiment plus de représentants des milieux populaires). C’est, à mon sens, l’un des problèmes majeurs de notre pays. Un problème qui peut expliquer, en partie, le fait que bien souvent ils votent pour des lois sans n’avoir aucune connaissance de la réalité de la majorité de la population.

Le second problème serait lié à l’absentéisme des députés. Là encore, il faut nuancer. Il est certain qu’il y a des députés qui en profitent, qui n’interviennent jamais, ne posent jamais de question orale ou écrite et qui, dans leur circonscriptions ne sont pas plus actifs que dans l’hémicycle. Toutefois, d’autres sont parfois absents de l’Assemblée, tout en étant très actifs lorsque qu’ils y sont, pour une simple et bonne raison : le travail d’un député consiste aussi (et surtout ?) a être au contact avec les citoyens du territoire où il a été élu. Entendre les revendications et y répondre, résoudre les problèmes locaux etc. C’est une partie non-négligeable du mandat d’un député qu’il ne faut pas minimiser.

De cette deuxième remarque découle naturellement la troisième. Si les députés, pour faire correctement leur travail, doivent être sur place, dans leur circonscription, ce qui implique de devoir connaître ce territoire, et ses habitants, pourquoi devrait-on réduire le nombre de députés ?

C’est pourtant simple à comprendre. Moins il y aura de députés, et plus ceux restants devront couvrir, et représenter, un territoire plus important et un nombre de personnes croissant. Et, c’est précisément ce à quoi veut arriver la majorité actuelle en baissant de 30 % le nombre de députés, mais aussi de sénateurs. Le nombre des premiers passeraient ainsi de 577 à 404 et celui des seconds de 348 à 244.

Et, Emmanuel Macron va même encore plus loin. Dans un article du Canard enchaîné  du 13 mars dernier intitulé : Quand Sarko inspire l’Élysée, l’hebdomadaire satirique indique en effet que l’exécutif prévoit de supprimer à la fois les conseillers régionaux et départementaux pour les remplacer par une seule entité commune : les conseillers territoriaux. L’avantage selon le gouvernement ? Le nombre passerait de 6 000 conseillers départementaux et régionaux à 3 500 conseillers territoriaux. L’inconvénient pour les citoyens ? Un nouvel éloignement des centres de pouvoirs et une nouvelle baisse de la démocratie locale. 

Renouveler notre démocratie ne passera pas par une réduction du nombre d’élus. Ni d’ailleurs par l’introduction d’une seule petite dose de proportionnelle. C’est tout le système qu’il faut transformer. Nos représentants- pour la plupart- ne nous représentent plus. La solution ? Faire confiance au peuple et passer par l’instauration d’une VIème République véritablement démocratique et profitable à la majorité de la population. Mais elle ne viendra pas d’un claquement de doigt. Le mouvement des Gilets Jaunes a réussi à faire vaciller le pouvoir. C’est désormais le peuple tout entier qui doit s’unir pour fonder une nouvelle République.

Israël dit oui à Benyamin Netanyahou, et non à la paix

israel-vote
L’actuel Premier ministre Israélien, Benyamin Netanyahou, va entamer un cinquième mandat. Photo : Thomas COEX / AFP

Selon toutes vraisemblances, Benyamin Netanyahou devrait rempiler pour un cinquième mandat à l’issue des élections législatives israélienne. Et ce malgré la quasi-égalité des scores entre son parti, le Likoud, conservateur et sioniste, et le parti Kakhol lavan, libéral et sioniste, qui obtiennent chacun environ 26% des suffrages exprimés. Toutefois, au gré des alliances qu’il devrait former, Netanyahou ne devrait avoir aucune difficulté à bâtir une nouvelle majorité à la Knesset, le parlement israélien. 

Ce scrutin est, sans surprise, pire qu’une mauvaise nouvelle, un véritable coup de massue à tous ceux, Israéliens compris, souhaitant l’enclenchement d’un processus de paix avec la Palestine. Car c’est bien le peuple palestinien qui sort perdant de ces élections. Avec Netanyahou c’est l’assurance de la poursuite des colonisations en territoire palestinien, du blocus criminel contre la bande de Gaza, des bombardements, mais aussi de l’apartheid au sein même de la société israélienne (voir : Israël : l’État d’apartheid inscrit dans la constitution). Surtout, ce vote redonne une nouvelle légitimité à la politique d’expansion d’Israël au dépend des Palestiniens, mais aussi à la politique de tensions permanentes contre des pays comme la Syrie (Israël provoque la Syrie). Avec Netanyahou c’est l’assurance que la solution à deux Etats est morte :

« L’État palestinien ne sera pas mis en place comme le disent des gens. Cela n’arrivera pas ».

Édifiant. D’autant plus lorsqu’on sait que l’actuel Premier ministre est cité dans une affaire de corruption par la justice de son pays. Mais Benyamin Netanyahou ne semble pas inquiet. Et dans le contexte international, avec le soutien inconditionnel de Donald Trump (voir : Jérusalem n’est pas la capitale d’Israël) et celui du nouveau président du Brésil Jair Bolsonaro, il n’a aucune raison de l’être. 

  • Et la gauche dans tout ça ? 

Derrière, suivent de loin les deux partis représentant les ultras-orthodoxes- Judaïsme unifié pour la Torah et Shah-, obtenant chacun aux alentours de 6%. Les quatre premiers partis politiques israéliens sont donc issus de la droite, voir de l’extrême droite.

La gauche est loin, et paraît tellement dérisoire dans ce paysage conservateur et sioniste. La coalition judéo-arabe Hadash-Taal, rassemblant le Hadash (qui est lui-même une coalition de forces de gauche non-sioniste et d’extrême-gauche, dont la plus importante est le Parti communiste israélien) et le Ta’al, un parti israélien, antisioniste, représentant la minorité arabe. 

Si le nombre de parlementaires obtenu par la coalition- six- n’est pas une réjouissance en soit, le fait qu’elle se place, pour la première fois, devant la gauche sioniste, représentée par le Parti travailliste, est une maigre consolation pour les progressistes de la région. 

Un peu d’histoire #1 : L’aide cubaine à l’Afrique- partie 2

cuba_angola_crop1447370220304.png_1718483346
Le président de l’Angola Agostinho Neto aux côtés du leader de la Révolution cubaine © Cubadebate

L’Histoire nous permet d’apprendre ce qui nous a précédé. En son temps, Karl Marx avait averti que « celui qui ne connaît pas l’histoire est condamné à la revivre », démontrant ainsi la nécessité pour chacun de connaître les événements passés qui, bien souvent, fournissent une source d’explication pour les événements présents et futurs. Mais connaître l’histoire c’est aussi raconter ce qui est passé sous silence, ou volontairement oublié par certains. Au travers de cette série d’articles, je vais m’efforcer de mettre à jour des faits ignorés aujourd’hui mais ô combien importants.

Pour cette deuxième partie consacrée à l’aide cubaine à l’Afrique, j’ai choisi de me concentrer plus particulièrement sur la solidarité envers l’Angola.

La situation de l’Angola, avant son indépendance est particulière. Trois mouvements de libération ont émergé, et s’opposent plus ou moins les uns les autres. Plus ou moins car deux sont soutenus par le camp occidental, tandis que le troisième est lui soutenu par le camp socialiste, puis par Cuba. Le leader de ce dernier mouvement (MPLA : Mouvement populaire de libération de l’Angola), Agostinho Neto s’est, dès les années 60 rapproché de l’URSS. Et pour cause, il prône en effet comme idéal politique le socialisme. Mais un socialisme pour et par les Angolais, à la manière de Cuba.

UNITA (Union nationale pour l’indépendance totale de l’Angola) et FNLA (Front national de libération de l’Angola) sont les deux autres mouvements indépendantistes. Le premier est soutenu par les Etats-Unis, via le régime d’apartheid sud-Africain, le second par le Zaïre de Mobutu- celui qui a trahit Patrice Lumumba- (voir : Un peu d’histoire #0 : L’aide cubaine à l’Afrique- partie 1).

Les trois mouvements ne s’apprécient pas et ne se font pas confiance. Mais ils sont obligés tout de même de se rendre ensemble au Portugal afin de négocier l’indépendance de leur pays. Cette conférence a lieu au mois de janvier 1975. Problème : les trois mouvements veulent prendre le contrôle avant les élections. Le but étant de s’emparer de la capitale avant le 11 novembre 1975, date prévue de l’indépendance de l’Angola. Hors de question pour l’Afrique du Sud et les Etats-Unis de voir le MPLA diriger le pays. Les premiers vont soutenir l’UNITA et entrer en Angola le 23 octobre 1975 (alors même que les noirs d’Afrique du Sud subissent les lois racistes de l’Apartheid). Les seconds vont aider le FNLA via le régime de Moboutu, fournissant armes, mercenaires, essence.

De son côté le MPLA est largement en infériorité, et l’aide soviétique tarde à venir. Les Angolais sont avertis qu’elle ne pourrait pas arriver avant la date fatidique du 11 novembre. Alors, Agostinho Neto se tourne vers Cuba. La réponse de Fidel Castro ne se fait pas attendre et dépasse toutes les espérances.

« Vous allez être écrasés, vous avez besoin de beaucoup plus que cela » Fidel Castro.

L’internationalisme cubain prend ici tout son sens. Cette fois-ci il ne s’agit pas d’une opération clandestine comme durant les années 60′. C’est une intervention ouverte. Cuba envoie ses forces spéciales, de l’artillerie, des armes, du matériel, et près de 35 000 soldats d’infanterie.

« Certains impérialistes se demandent pourquoi nous aidons les Angolais, et quels intérêts nous avons là-bas. Ils pensent que, si un pays fait quelque chose c’est qu’il veut du pétrole, ou du cuivre, ou des diamants, ou une ressource naturelle. Non. Nous ne recherchons aucun intérêt matériel. Et, logiquement, cela ne rentre pas dans les critères des impérialistes. Parce qu’ils n’ont que des critères chauvins, nationalistes, égoïstes. Mais nous, nous accomplissons un devoir élémentaire et internationaliste quand nous aidons le peuple d’Angola » Fidel Castro.

L’intervention salvatrice des cubains permet au MPLA de s’emparer de Luanda, la capitale, et de proclamer l’indépendance le 11 novembre 1975. Agostinho Neto devient le premier président de l’Angola. Mais la guerre continue. A tel point que Neto demande à ce qu’un contingent cubain reste sur place pour aider le MPLA.

000_sapa980629625480_0
Nelson Mandela rendant visite à Fidel Castro pour le remercier de sa contribution © OMAR TORRES / AFP FILES / AFP

A partir de la fin des années 70′, plusieurs changements se produisent. D’abord Agostinho Neto décède à Moscou le 10 septembre 1979. Et puis le 20 janvier 1981 Ronald Reagan accède à la Maison Blanche. Avec lui les Etats-Unis s’engagent sur une nouvelle voie. Il veut contraire Cuba à quitter l’Angola. Dans le même temps le SWAPO (Organisation du peuple du Sud-Ouest Africain) mène la lutte pour l’indépendance de la Namibie depuis l’Angola, contre les troupes de l’Afrique du Sud.

Pendant six ans des négociations vont avoir lieu. Leur but ? Faire en sorte que l’Afrique du Sud quitte la Namibie, et que dans le même temps les Cubains quittent l’Angola. Fidel Castro va alors prendre une initiative le 15 novembre 1987 : il souhaite repousser les troupes du régime d’apartheid hors d’Angola. Pour parvenir à cet objectif Cuba envoie d’autres soldats, mais aussi des tanks, de l’artillerie. Une aide bienvenue pour l’Angola. Car depuis l’arrivée de Gorbatchev, l’URSS ne s’occupe plus d’aider les pays proches idéologiquement, et a complètement délaissé le peu d’internationalisme qui lui restait.

Finalement, le 22 décembre 1988 des accords de paix sont signés. Et en 1990 la Namibie devient indépendante de l’Afrique du Sud, tandis que le régime d’apartheid libère Nelson Mandela. Deux décisions majeures obtenues de force par Cuba qui, de son côté, quitte l’Angola. Au total ce seront près de 450 000 Cubains qui auront participé à l’épopée cubaine en Afrique, et près de 10 000 seront tombés au combat.

L’aide cubaine à l’Afrique aura été déterminante dans l’indépendance de plusieurs pays. Une aide sans aucune contrepartie, si ce n’est une contrepartie morale, celle d’avoir le sentiment d’avoir aidé des peuples pour leur libération.


Pour en savoir plus : Cuba, une Odyssée Africaine partie 2/2 

Venezuela : fin du spectacle pour Guaido

Manifestation des partisans du président autoproclamé vénézuélien Juan Guaido à Maracaibo, le 12 février.
Les manifestants, favorables au putschiste Juan Guaido, utilisent dans leurs démonstrations des drapeaux des Etats-Unis, parfois aussi des drapeaux d’Israël. Une preuve de plus, s’il en fallait, de l’implication impérialiste dans ces actions politiques. ISAAC URRUTIA / REUTERS

La marionnette des Etats-Unis, qui s’était autoproclamé président de la République le 23 janvier dernier, n’a pas réussi son coup. Dans la nuit du 02 au 03 avril l’Assemblée constituante lui a retiré son immunité parlementaire. Avec lui, c’est tout un secteur d’une droite-extrême qui voit ses illusions tomber. Celles et ceux qui pensaient que la Révolution bolivarienne était finie se sont lourdement trompés.

Il faut, bien entendu, rester prudent. Les actualités évoluent rapidement et qui sait de quoi demain sera fait ? Mais pour l’heure le gouvernement légitime du Venezuela- validé par le peuple par l’élection présidentielle du mois de mai 2018- est toujours en place. En dépit des provocations, des menaces, et des sanctions économiques. Tout le monde aura d’ailleurs pu observer l’hypocrisie occidentale qui, tout en sanctionnant économiquement le Venezuela et en retenant son argent (voir : La Banque d’Angleterre refuse de rendre 1,2 milliard de dollars en or au Venezuela), le privant de milliards de dollars, souhaitait faire rentrer une prétendue aide humanitaire correspondant à quelques millions à peine.

Nul besoin de l’aide humanitaire américaine. La Yougoslavie, la Libye, l’Irak, la Syrie s’en seraient bien passés. On peut bien-sûr reprocher à Maduro sa gestion économique. Il est certain qu’il y a beaucoup à faire pour que la situation s’améliore, même si une bonne partie de la crise est en partie due aux sanctions économiques imposées de l’étranger. Aucun pays n’est parfait. En revanche ceux souhaitant mener une politique indépendante et différente, de la doxa néolibérale et néocoloniale, pourraient sans aucun doute mieux le faire s’ils n’étaient pas constamment déstabilisés.

Et quand on voit la situation actuelle du monde, et plus particulièrement de l’Amérique latine, on comprend mieux pourquoi et comment le Venezuela subit ce genre de déstabilisations depuis l’arrivée au pouvoir d’Hugo Chavez en 1999. Mais cette fois-ci leur plan a semble-t-il échouer. L’armée bolivarienne soutien le gouvernement, et l’union civico-militaire demeure stable au Venezuela. Les soutiens au gouvernement sont encore massifs, en témoignent les nombreuses manifestations en faveur du président et de la Révolution.

Surtout, si un temps la possibilité d’une intervention armée, qui aurait été dirigé contre Nicolas Maduro, a été craint, elle semble désormais loin depuis que la Russie et la Chine ont spécifié qu’ils ne toléreraient pas une attaque directe contre le Venezuela. D’ailleurs des conseillers militaires et du matériel, ainsi que des vivres, sont arrivés en provenance de la Russie. Guaido aura sans doute du mal à rebondir après ça. D’autant plus que désormais toute une partie de la population est indifférente à ses revendications et entend juste vivre en paix. Une paix rendue impossible par ces provocations et ces déstabilisations comme lors du probable sabotage qui avait causé une panne générale dans le pays.

Sans compter qu’il est dorénavant possible qu’il soit poursuivi par la justice de son pays après que l’Assemblée constituante ait levé son immunité de parlementaire (il demeurait le président de l’Assemblée nationale) dans la nuit du 02 au 03 avril. Auparavant le contrôleur général avait spécifié que Juan Guaido ne pourrait exercer de mandat public pendant 15 ans.

  • Résister face à l’impérialisme

Les Nord-Américains ont toujours souhaité faire de l’Amérique latine leur arrière cour, ne tolérant jamais la présence de gouvernements hostiles à leurs intérêts (Cuba, Chili, Grenade, Honduras, Nicaragua, Salvador, Equateur, Venezuela, Bolivie, Argentine, Paraguay, Brésil etc). Aujourd’hui, à l’heure de la contre-offensive menée par la droite partout sur ce continent, visible notamment par les exemples brésiliens, argentins, salvadoriens ou équatoriens, il faut que les pays progressistes puissent résister aux pressions impérialistes.

Et malheureusement, si au début des années 2000 les gouvernements de gauche étaient majoritaires en Amérique latine, force est de constater que ce n’est plus le cas aujourd’hui. Le Mexique a, certes, été une excellente surprise en élisant le premier président de gauche de son histoire, mais c’est bien l’exception qui confirme la règle. Car les pays progressistes ne sont plus qu’une poignée sur l’ensemble du continent (Mexique, Cuba, Venezuela, Bolivie, Nicaragua, Uruguay, Suriname, Guyana, République Dominicaine, soit neuf sur un total de vingt-quatre pays). Et quand on sait que Donald Trump a fait l’une de ses priorités de renverser le trio Venezuela-Cuba-Nicaragua (voir : Et maintenant le Nicaragua) il y a de quoi s’inquiéter.

Si pour l’heure ces trois états résistent, qu’en sera-t-il de la Bolivie où des élections auront lieu au mois d’octobre prochain ?