Gilets jaunes, après l’Acte V ? La convergence des luttes !

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©Sipa Press

L’Acte V s’étant désormais déroulé avec, quoi qu’en diront les médias, toujours une détermination semblable et un soutien majoritaire du peuple français, d’autres questions se posent à présent. En premier lieu duquel celle de la convergence des luttes qui doit maintenant s’imposer. 

Emmanuel Macron ayant décidé, de lui-même, d’entamer un bras de fer contre le peuple en ne reculant sur quasiment aucun point (voir : Discours de Macron : entre mesurettes et enfumage), c’est maintenant au peuple d’accentuer ce mouvement qui est né, en organisant cette convergence des luttes nécessaires. Car ce président, et ce gouvernement, ne céderont pas à moins que les grèves fleurissent de partout.

C’est en ce sens que Philippe Martinez, secrétaire général de la CGT, a appelé les salariés à multiplier les mobilisations et les journées de grève. Mais aussi à augmenter les rencontres et les discussions entre les syndicalistes et les Gilets jaunes. Loin de la position de la CFDT qui, sans aucune honte, appelle désormais les Gilets jaunes à cesser leur juste mobilisation.

A l’image de la CGT,  les partis de gauche appellent, eux aussi, leurs militants respectifs à se joindre aux différentes mobilisations qui fleurissent dans le pays. En ce sens l’appel de 15 organisations progressistes, dont la France Insoumise, Attac, le NPA, fait figure d’une bonne base de départ. (https://lafranceinsoumise.fr/2018/12/14/gilets-jaunes-appel-collectif-a-rejoindre-et-soutenir-la-manifestation/). De son côté, bien que non signataire de l’appel, le Parti communiste français est, comme la France Insoumise, de tous les combats dans la rue et à l’Assemblée nationale.

De mon point de vue il semble évident que le climat est plus que propice à une multiplication des grèves, certes, mais dans un but précis, celui d’arriver à la grève générale pour faire reculer cette petite clique qui nous gouverne et nous vole un peu plus chaque fois qu’elle le peut. Et d’ailleurs mêmes les grands patrons ne s’y trompent pas. Puisque qu’ici et là ils commencent à céder sur les salaires, sur les heures supplémentaires, sur les primes. Michelin, Total, Orange, les annonces d’augmentations de salaires se multiplient preuve qu’ils craignent quelque chose. Et il y a bien longtemps que ce n’était pas arrivé.

C’est le peuple tout entier qui doit maintenant saisir l’opportunité de bousculer le gouvernement et de gagner de nouveaux droits. Tandis que certains préfèrent depuis des années détricoter nos acquis sociaux, gagnés après de longues luttes, nous devons désormais nous organiser pour inverser cette courbe et aller vers une transformation de la société.


Ci dessous voici les interventions d’André Chassaigne et de Jean-Luc Mélenchon pour défendre la motion de censure déposée par les groupes parlementaires de la France Insoumise, des socialistes, et des communistes (Gauche démocrate et républicaine).


Discours de Macron : entre mesurettes et enfumage

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Après près d’un mois de mobilisation des gilets jaunes, Emmanuel Macron s’est enfin décidé à parler. C’était lundi soir, devant plus de 20 millions de français qui attendaient ce que le chef de l’Etat avait à annoncer. Et comme moi ils ne furent pas satisfaits. 

Car Emmanuel Macron n’a pas répondu aux attentes, non seulement des gilets jaunes, mais plus généralement des Français qui les soutiennent. Des mesurettes ont été annoncées et il a bafouillé quelques excuses, certes, mais ces propos apparaissent tellement décalés de la réalité de la situation. D’ailleurs les Français ne s’y trompent pas puisqu’au lendemain de sa prise de parole, 54% d’entres eux déclaraient vouloir la poursuite du mouvement des gilets jaunes.

  • Les mesures

Quatre mesures ont donc été annoncées :  

  • la suppression de la hausse de la CSG pour les retraités touchant moins de 2 000€ par mois, dès le mois de janvier, pour l’année 2019.
  • une soi-disant augmentation du SMIC de 100€.
  • le retour des heures supplémentaires défiscalisées.
  • une prime de fin d’année dans les entreprises.

D’aucuns pourrait penser que certaines revendications des gilets jaunes ont été entendues et que les plus démunis vont bénéficier de ces mesures. Or, à bien y regarder, on peut se rendre compte, très rapidement, de la supercherie.

Regardons la suppression de la hausse de la CSG pour les retraités d’abord. Une mesure qui n’aurait jamais dû être votée par ce gouvernement, mais surtout une annonce qui ne peut satisfaire tout le monde. Que se passera-t-il si un retraité gagne 2 001€ ? Et surtout que se passera-t-il en 2020, puisque cette annulation ne vaut que pour l’année 2019 ?

Quand au retour des heures supplémentaires défiscalisés, une mesure qui était en place sous Sarkozy, elle peut conduire les employeurs à recourir aux heures supplémentaires plutôt que d’embaucher des travailleurs supplémentaires.

Mais sa plus grosse entourloupe vient sans doute de sa prétendue augmentation du SMIC qui n’en est pas une. Car, si Emmanuel Macron a bel et bien annoncé l’augmentation de 100€ par mois du SMIC, cela se fera de trois manières différentes. Premièrement il sera revalorisé à hauteur de 1,8%, soit une vingtaine d’euros. Deuxièmement une autre vingtaine d’euros découlera d’une baisse des charges sociales. Il reste donc 60€ à trouver. Cela se fera au moyen d’un coup de pouce à la prime d’activité, qui devait initialement être répartie sur les années du quinquennat en plusieurs tranches. En clair Emmanuel Macron ne fait donc que tenir une de ses promesses de campagne. Ce n’est donc pas le SMIC qui augmentent, puisque toutes les personnes payées au SMIC n’y auront pas le droit. Mais surtout le Président de la République a bien insisté sur le fait que les employeurs n’auront pas à payer ce « coup de pouce ». Autrement dit c’est le peuple qui va encore devoir payer ce qui s’apparentait à première vue à un cadeau.

Et que dire, pour finir, de cette prime de fin d’année. Une prime qui sera versée au bon vouloir des patrons, donc qui dans de nombreux cas ne verra jamais le jour.

Certes il y a eu également des phrases contre l’évasion fiscale, ou sur le fait que les patrons français devaient payés leur impôts en France, admettant donc au passage que ce n’est pas le cas pour certains. Mais ces phrases restent vides de sens et ne s’accompagnent pas de mesure concrètes. Or c’était justement là, parmi ces grandes fortunes, ces privilégiés qu’il fallait prendre l’argent. Ceux qui s’engraissent sur le dos de la majorité des gens et qui ne contribuent en rien à la solidarité envers les plus démunis. Il aurait été très simple à Emmanuel Macron de rétablir l’ISF- ce qui aurait permis de récupérer près de 3,5 milliards d’euros- mais même cela le Président des riches a été incapable de le concéder.

C’est tout le résumé de ces 13 minutes d’interventions. Où les riches, les actionnaires, les grands patrons, les banquiers auront, comme toujours, été épargnés alors que c’est à eux de payer désormais. Dans le même temps Emmanuel Macron n’a pas eu un seul mot pour les victimes de ces derniers jours, se contentant de dénoncer la violence, n’a pas eu un seul mot pour les lycéens et les étudiants qui se mobilisent pour leur avenir, ni pour les fonctionnaires, ni pour les chômeurs, ni pour les handicapés.

Bref, si ce discours marque effectivement un premier pas de recul, il ne constitue en rien une réponse convenable aux revendications à la fois des gilets jaunes mais plus globalement d’une large majorité de Français.

Quel avenir pour les gilets jaunes ?

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© Compte Twitter de François Ruffin

Le mouvement des gilets jaunes constitue, à n’en pas douter, un mouvement populaire de contestation par rapport à la politique menée par Emmanuel Macron et son gouvernement. Mais que penser de ce mouvement ? Tant les personnes, et les soutiens, proviennent d’horizons divers et ont, parfois, des revendications totalement différentes.

La première chose à dire c’est que ce mouvement est parti pour durer. Débuté il y a maintenant plus de deux semaines, les gilets jaunes semblent poursuivre sur leur lancée. S’installant un peu partout en France, aux péages ou aux ronds-points, et manifestant à intervalle régulier avec le soutien majoritaire des Français.

A titre personnel, et sans doute comme beaucoup d’autres militants de gauche, je dois avouer avoir été sceptique face à ce mouvement. D’abord gêné par la diversité des opinions politique qui s’y retrouvait, mais aussi par l’absence de revendications claires au départ de la mobilisation. La colère est légitime, elle est même vitale et cruciale tant la situation de notre pays ne cesse de se détériorer. Mais elle aurait dû se manifester lorsque d’autres se mobilisaient pour les salaires, les retraites, l’emploi, où plus récemment lorsque les cheminots menaient une grève admirable pour défendre le service public ferroviaire.

Mais depuis quelques jours, suite à la publication d’une liste de revendications sur des dizaines de points, essentiels, ce scepticisme s’est effacé, pour moi, comme pour beaucoup d’autres camarades. En effet, sur près de quarante point publiés, dans un communiqué, la majorité font partie des programmes des forces de gauche comme la France Insoumise ou le Parti communiste. Retour à la retraite à 60 ans, augmentation du SMIC, instauration d’un salaire maximum, retour dans le giron de l’Etat des sociétés stratégiques toutes ses propositions constituent un bon début pour enrayer la crise dans laquelle nous nous trouvons.

Bien sûr tout n’est pas parfait, loin de là. On pourrait s’attarder sur les violences qui ont émaillé certaines mobilisations. Même si, là encore, le rôle des médias est bien de nous montrer uniquement cet aspect et non pas la majorité des manifestants défilant dans le calme où bien, comme ce fut le cas dans plusieurs villes de France, l’union des défilés des gilets jaunes et de ceux composés des militants de la CGT. C’est d’ailleurs là aussi un point essentiel de ce mouvement. La ralliement des forces de gauches, de la CGT, et de plusieurs personnalités est non seulement une bonne chose, mais surtout permet d’apporter un nouveau souffle. A l’image d’un François Ruffin exhortant les parisiens à se mobiliser sur le modèle de Nuit Debout, afin de venir soutenir un mouvement qui pour l’essentiel est venu des personnes des petites et moyennes villes.

L’avenir nous dire comment se poursuivra ce mouvement. Pour l’heure le gouvernement ne semble pas décidé à reculer. Et il apparaît clair qu’il ne le fera que si des grèves massives prennent le relais, appuyées par une forte solidarité des travailleurs, des étudiants, des retraités etc. Car la question n’est plus uniquement le prix de l’essence. Désormais c’est un tout qu’il faut revendiquer.