Élections brésiliennes : l’espoir d’un peuple

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Le 7 octobre prochain le peuple brésilien aura l’occasion de mettre fin à ce qui n’aurait jamais dû arriver. A savoir l’imposture du gouvernement, dirigé par la droite et arrivé au pouvoir après un coup d’état institutionnel, en 2016, contre la Présidente élue Dilma Rousseff, digne héritière de Lula. A eux deux, ils peuvent se targuer d’avoir sorti de la pauvreté des millions de personnes via les nombreux programmes sociaux, destinés entre autres à l’éducation, à la santé ou au logement, mis en place entre 2003 et 2016.

L’espoir aurait pu être de nouveau Lula. L’ancien président souhaitait, en effet, revenir. Et toute la gauche brésilienne n’attendait que lui pour repartir de l’avant avec le  progrès social. Mais voilà, devant son incontestable popularité, le pouvoir brésilien, pris de panique, n’a pas hésité à enfermer Lula en prison, sans aucune preuve ni fondement viable. Pour autant ce dernier n’a pas renoncé à son droit légitime à se présenter à l’élection de son pays. Une candidature rendue possible d’abord par les sondages, qui le donnaien largement en tête, mais aussi par l’ONU qui, le 17 août dernier, par le biais d’un comité d’experts, déclarait que Lula devait être autorisé à se présenter à l’élection. Mais le pouvoir de droite est tenace, et n’a pas cédé sur ce point.

Alors l’avenir du peuple brésilien passera par ce duo formé de Fernando Haddad et de Manuela d’Avila. Le premier est né en en 1963, membre du Parti des travailleurs et est le candidat déclaré depuis le 11 septembre dernier. Auparavant il fut Ministre de l’Education entre 2005 et 2012 sous les mandats de Lula et de Dilma Rousseff, puis maire de la ville de São Paulo entre 2013 et 2017. La seconde est journaliste, née en 1981, et membre du Parti communiste du Brésil. Ensemble il forme ce duo inédit représentant deux forces majeures de la gauche brésilienne. Un ticket qui pourrait bien raviver la flamme révolutionnaire dans un pays essentiel de l’Amérique latine de par sa taille, son économie et sa population.

Surtout une victoire de la gauche marquerait un coup d’arrêt à la contre-offensive impérialiste, réactionnaire et bourgeoise à l’oeuvre dans tous les pays où les forces progressistes et révolutionnaires ont pu accéder au pouvoir en Amérique centrale et en Amérique du Sud au cours de ces dernières années (voir : Et Maintenant le Nicaragua).

Face à eux se dresse le candidat de l’extrême-droite brésilienne, soutenu par tous les secteurs privés de l’économie ne souhaitant en aucun cas un retour de la gauche aux affaires politiques du pays. Mais Jair Bolsonaro, candidat du Parti social-libéral, a déjà vu une grande partie de son avance fondre depuis l’annonce de la candidature de Fernando Haddad et de Manuela d’Avila.                                                                                                            D’ailleurs, selon une récente enquête d’opinion publiée lundi dernier, Fernando Haddad sortirait vainqueur, au second tour, s’il était opposé au candidat de l’extrême-droite. Or, d’après ce même sondage, Jair Bolsonaro est donné en tête du premier tour, suivi de près par le candidat du Parti des travailleurs.

Pour rappel le premier tour des élections aura lieu le 7 octobre, et le second tour  le 28 octobre prochain. Rien n’est encore fait mais l’ascension fulgurante du successeur de Lula, parti de loin dans les intentions de vote en raison de son entrée tardive dans la campagne, ne peut qu’être de bon augure pour la suite.

Maurice Audin : la reconnaissance d’un crime d’Etat

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Il y a un peu plus de soixante et un ans, le 21 juin 1957, Maurice Audin, jeune mathématicien, arrêté dix jours plus tôt par l’armée française en Algérie- alors encore territoire français- disparaissait. Il ne réapparaîtrait plus jamais. Par son geste, et sa décision de reconnaître le crime de l’Etat français, Emmanuel Macron évoque un sujet encore tabou pour la France.

  • Contexte historique 

En 1957, le monde connaît de nombreux changements. Les Etats-Unis et l’Union Soviétique se livrent une guerre indirecte, et le Tiers-Monde commence à émerger sur le devant de la scène internationale. Deux ans plus tôt la première conférence des pays non-alignés avait lieu à Bandung, en Indonésie. En 1956, l’Egypte de Nasser s’affirme en nationalisant le canal de Suez. Partout dans le monde les nouvelles nations essayent de se faire une place, et celles encore sous domination européenne cherchent leur indépendance. Les mouvements de libération nationale, et d’indépendance se multiplient, notamment en Afrique.

La France, en tant que puissance coloniale, n’échappe pas à cette règle. L’Algérie souhaite son indépendance. Le Front de libération nationale (FLN) mène cette lutte, mais nombreux sont les Français à soutenir la cause indépendantiste. Des militants de gauche, notamment du Parti communiste français, appelés « porteurs de valises », mais aussi ceux habitants en Algérie. C’est le cas de Maurice Audin. En 1957, habitant à Alger, et âgé de 25 ans, Maurice Audin est un jeune mathématicien brillant. Il est membre du Parti communiste algérien, théoriquement interdit depuis 1955.

Tout bascule le 10 juin 1957 lorsque, soupçonné d’aider les indépendantistes algériens, Maurice Audin est arrêté par l’armée française. Quelques jours plus tard, le 21 juin, il disparaît définitivement. Très vite le récit de l’armée, attestant qu’il se serait évadé, est mis à mal par des témoins. Dès le mois de juillet, Josette Audin, sa femme, porte plainte pour homicide. Mais l’affaire est classée sans suite. Dès lors elle n’aura de cesse, jusqu’à aujourd’hui, de réclamer justice pour son mari défunt. C’est chez elle que s’est rendu Emmanuel Macron ce jeudi 13 septembre. Reconnaissant, enfin, que Maurice Audin est :

« mort sous la torture, du fait du système institué alors en Algérie par la France ».

  • Des réactions variées

La famille de Maurice Audin a évidemment salué cette décision historique. De même que beaucoup de militants et de dirigeants de gauche. La fête de l’humanité a, d’ailleurs, été l’occasion de revenir sur ces temps sombres de notre histoire.

Mais d’autres se sont illustrés, comme ils savent le faire, par des propos stupides, correspondant à leur niveau intellectuel. C’est ainsi qu’Eric Zemmour, dont on se demande encore comment peut-il être invité sur les plateaux télévisés, a déclaré que « Maurice Audin aurait mérité douze balles dans la peau ».

De son côté, bien que discret à ce sujet, le gouvernement algérien a tout de même salué ce geste et a qualifié la décision du président français de « pas positif ». C’est en effet un pas, mais d’autres restent à parcourir. Car il y a, encore aujourd’hui, de nombreuses zones d’ombre sur cette période, et d’autres personnes méritent justice, à l’image de Mehdi Ben Barka, militant socialiste marocain, enlevé le 20 octobre 1965 et dont on n’a jamais retrouvé la trace.

Allemagne, Suède, revoilà l’extrême-droite

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Jimmie Akesson, leader du parti d’extrême-droite suédois. Photo Anders Wiklund. TT. AFP

Depuis plusieurs années maintenant les mouvements et partis d’extrême-droite connaissent une résurgence dans toute l’Europe. Surfant sur les politiques ultralibérales, qui ont conduit des millions de personnes à la pauvreté, et profitant aussi de la situation migratoire, ces partis voient leur scores électoraux grimper en flèche. Certains sont d’ores et déjà au pouvoir disposant d’une large majorité, ou bien ayant des Ministères importants dans des gouvernements de coalition avec les partis de droite. Italie, Hongrie, Autriche, Bulgarie, Finlande, Slovaquie, Pologne, les exemples se multiplient.

Certes tous n’ont pas le même visage, et ne s’apprécient d’ailleurs pas nécessairement, mais ces mouvements obligent à se questionner et à trouver les bonnes réponses. Les politiques austéritaires et ultralibérales en sont une. C’est sur ce terreau de la pauvreté que l’extrême-droite fait son lit et progresse inexorablement.

De nombreux articles ont déjà été consacrés à l’Italie, à la Hongrie où à l’Autriche, aussi j’évoquerai deux sujets qui ont, récemment, marqué l’actualité. D’une part les élections suédoises, d’autres part les manifestations d’extrême-droite qui ont eu lieu en Allemagne sous forme de chasse aux migrants. Mais simplement pour montrer à ceux qui penseraient que l’extrême-droite prône les droits des travailleurs, l’Autriche, par la voix de son gouvernement alliant droite et extrême-droite vient, au mois de juillet dernier,  de voter une loi augmentant la durée maximale légale du temps de travail. Si la norme reste la journée de huit heures, et la semaine de quarante, la durée maximale passe, elle, de dix heures par jour et cinquante heures hebdomadaires, à douze heures par jour et soixante par semaine.

  • Suède : une montée freinée 

Les élections suédoises se sont déroulées le dimanche 9 septembre dernier. Beaucoup craignaient une réelle percée de l’extrême-droite dans ce pays d’Europe du Nord qui, d’ordinaire, est montré en modèle pour les faibles scores de ces mouvements et la cohésion sociale qui y règne. Les démocrates de Suède (SD), c’est le nom du parti d’extrême-droite suédois, espéraient atteindre entre 20 et 30% des suffrages. Mais au moment de la proclamation des résultats, celui des SD affichait un score bien plus bas, quoique relativement élevé et inquiétant. En récoltant 17,6% des voix, les démocrates de Suède se placent ainsi en troisième position. Si les résultats sont moins élevés qu’escompté, ils marquent tout de même une réelle progression dans le paysage politique suédois puisqu’ils augmentent de 4,7 en terme de pourcentage et gagnent 14 sièges supplémentaires.

Devant eux les sociaux-démocrates, au pouvoir, conservent leur première place mais connaissent une baisse significative. Avec 28,4% ils enregistrent une baisse de 2,6% et perdent 12 sièges. De même pour les modérés (droite) qui recueillent 19,8% des voix, soit une baisse de 3,5% et une perte de 14 sièges.

Arrivé cinquième des élections, le Parti de gauche constitue la seule bonne nouvelle de ces élections suédoises. Un réconfort bien maigre pour les forces de gauche européennes, mais chaque petit pas est bon à prendre. Certes le Parti de gauche ne recueille que 7,1% des suffrages exprimés, mais il progresse tout de même en gagnant 1,4% par rapport aux dernières élections, une augmentation qui se traduit par l’obtention de 8 sièges supplémentaires.

L’extrême-droite ne sera donc pas au gouvernement suédois, sauf énorme surprise. Mais sa position et son score important lui confèrent, de fait, une importance clé dans le paysage politique et au Parlement suédois. Reste à savoir comment le Parti social-démocrate arrivera à gérer cette situation et de quels soutiens il disposera afin de former un gouvernement.

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Manifestation de l’extrême-droite allemand à Chemnitz. Image: Ralf Hirschberger
  • Allemagne : des manifestations qui inquiètent

En Allemagne, depuis quelques semaines se déroulent des manifestations dans les villes de Chemnitz et de Köthen. Des manifestations peu communes qui prennent des allures de chasse à l’homme. Les chasseurs ? Les groupuscules d’extrême-droite, mais aussi le parti d’extrême-droite allemand Alternativ fur Deutschland (AfD). Les cibles ? Les migrants fuyant la guerre, mais aussi les militants de gauche. Ce qui unit ces milliers de personnes qui manifestent c’est cette obsession sécuritaire et cette volonté commune de chasser les migrants cherchant refuge en Allemagne. Il faut toujours un bouc-émissaire aux problèmes d’un pays. Et l’Allemagne a, par le passé, déjà connu de telles pensées. Les boucs-émissaires n’étaient alors pas les migrants, mais les juifs, les tziganes et les communistes.

Pour rappel, ces manifestations ne sont pas seulement le fait de quelques néonazis, mais aussi celui de l’AfD. Un parti qui, aux dernières législatives allemandes, avait recueilli 12,6% des suffrages, disposant ainsi de 92 députés au Bundestag. La question sécuritaire est celle utilisée par les organisateurs pour faire descendre les gens dans la rue. Mais c’est aussi la politique de la chancelière Angela Merkel (au pouvoir depuis 2005), de son parti la CDU, et avant eux des politiques libérales menées par le Parti social-démocrate allemand, qui sont grandement responsables de l’appauvrissement des travailleurs allemands. Le schéma est le même, l’appauvrissement des travailleurs entraîne la colère. Une colère qui ne se témoigne plus, dans les votes, par des votes à gauche, mais par des voix données à l’extrême-droite. Parce qu’il est bien plus facile de taper sur celui qui est plus pauvre que soi, sur celui qui est au chômage, qui a une couleur de peau différente ou une confession différente, que de remettre en question le système actuel et tout ce qu’il implique.

Diviser pour mieux régner, cette phrase a été prononcée des milliers de fois, et s’est vérifiée à chaque fois. Car pendant que les manifestants chassent les réfugiés, les banques et les grandes fortunes allemandes et européennes peuvent continuer leur politique et leur appauvrissement généralisé sans que personne ne dise rien.