Une Assemblée en marche arrière

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Avec près de 376 députés, dont une quarantaine pour le Modem, le mouvement d’Emmanuel Macron obtient sans difficulté la majorité absolue. Certes elle est moins large que prévue, puisque les premières estimations, après le premier tour, annonçaient plus de 400 députés en Marche. Preuve en est que les français n’ont pas voulu donner un pouvoir total au président, qui ne devrait toutefois pas se priver de gouverner par ordonnance avec une telle majorité.

La société civile au Parlement ?

C’était une des promesses du candidat Macron, faire rentrer au Parlement ce qu’il appelle la société civile, c’est à dire des gens nouveaux provenant de toutes les catégories de la population. Pourtant loin du renouveau annoncé, ce nouveau Parlement s’annonce moins représentatif qu’auparavant. D’abord parce que, si une bonne partie d’entre eux n’avaient jamais été élu, ils n’étaient pas non plus novices en politiques. Ensuite parce que bien que se proclamant de la société civile, une grande majorité d’entre eux sont des cadres où exercent des professions libérales, même si d’une manière générale ce problème concerne tous les élus.

Ainsi sur 577 députés : 185 sont des cadres, 130 des fonctionnaires et 87 sont issus des professions libérales, soit 402 députés, laissant de fait une part minime voir inexistantes à ce qui constitue la majorité de la population française : employés, ouvriers, agriculteurs, artisans, retraités. L’Assemblée Nationale a pourtant pour vocation de représenter le peuple dans ses différences. Les ouvriers, à la base de toutes les productions, n’ont, par exemple, aucun député élu.

En revanche ce qui est certains c’est que l’Assemblée Nationale sera plus jeune durant ce quinquennat puisque la moyenne d’âge baisse de 5 ans. On passe ainsi d’une moyenne d’âge de 54 ans à 48 ans et 8 mois. Autre satisfaction, la part de femmes présentent au Parlement, puisque qu’avec 223 femmes élus sur 577 députés, jamais la part de représentation féminine n’aura été aussi importante. 38,7% c’est certes un énorme pas en avant, mais notre pays a encore du chemin à faire pour rivaliser avec d’autres Nations au premier rang duquel des Etats progressistes et socialistes. Ainsi en Bolivie le pourcentage de femmes élues au Parlement est de 53,1%. A Cuba il est de 48,9%, tandis qu’au Nicaragua il atteint 45,7%.

2 groupes pour représenter nos intérêts

Au milieu de cette Assemblée libérale, puisque en plus des députés en Marche et Modem, la droite, le centre-droit ainsi que quelques sociaux-libéraux disposent de nombreux sièges, nous sommes parvenu à faire élire des parlementaires qui, à coup sûr, porteront nos revendications et les intérêts de la majorité de la population.

Faute d’entente, communistes et insoumis siégeront à part dans l’Hémicycle. Toutefois c’est peut-être un mal pour un bien. En effet disposer de deux groupes permettra de multiplier par 2 le temps de parole à l’Assemblé, tout en convergeant et en proposant ensemble des projets de loi. Une manière également d’éviter de nouvelles disputes concernant le chef de groupe ou une quelconque discipline de vote. Pour ma part je me réjouis que le nombre de députés de la gauche radicale est doublé en l’espace d’une élection. Nos parlementaires du PCF reconduiront vraisemblablement le groupe de la Gauche républicaine et démocrate avec 4 députés ultramarins. Tandis que nos camarades insoumis auront de leur côté aussi un groupe.

Une des satisfaction de cette échéance électorale aura été l’élection de François Ruffin, rédacteur en chef du journal Fakir, et réalisateur du film Merci Patron. Soutenu par le Parti communiste, Ensemble, la France insoumise et les Verts, il aura réussi une remontée formidable entre les deux tours pour emporter la victoire face à un candidat en Marche. Puisque Macron n’a de cesse d’évoquer la moralisation de la vie politique, peut-être devrait-il prendre exemple sur François Ruffin qui a annoncé qu’il réduirait son indemnité parlementaire au SMIC, reversant le reste à des « bonnes oeuvres ». Il a également déclaré qu’il disposerait d’un mandat révocable, à savoir que si 25% des gens l’ayant élu décidaient qu’il n’a pas rempli son contrat il s’en irait. De même les députés de la majorité pourrait prendre exemple sur les députés communistes qui reversent leur indemnités au Parti et ne touchent qu’un salaire correspondant à leur anciens salaire professionnels.

Enfin, rien n’indique que la majorité, que possède actuellement le président, tiendra durant 5 ans tant la diversité des horizons politiques d’où proviennent les parlementaires peuvent être différents. Et avec un gouvernement qui a déjà vu 4 de ces ministres démissionner, notamment à cause de certaines implications dans des affaires, ce quinquennat s’annonce des plus flou.

 

 

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Vers la fin de la sociale-démocratie ?

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Les diverses élections européennes ont été révélatrices de plusieurs choses : que ce soit en France, en Grèce, au Portugal en Espagne ou au Royaume-Uni il semble y avoir un rejet de plus en plus massif des partis incarnant la sociale-démocratie et le social-libéralisme. Ces partis qui ont conduit à la paupérisation d’une grande partie de la population, coupable d’avoir voté des lois austéritaires imposées par Bruxelles, de sorte que pour une grande partie des citoyens ces différentes formations, devant incarner la gauche ou une partie de la gauche, ne présentent désormais guère de différence avec les partis du centre et de la droite classique.

Mais depuis les élections grecques de janvier 2015, et la défaite cinglante du PASOK- le Parti socialiste grec- qui avait à peine obtenu 4,68% des suffrages exprimés, traduisant la vaste colère populaire grecque après des années de souffrances et de mémorandums, le vent semble tourner. Quelques mois plus tard, lors des élections portugaises, certes remportées par la droite, la gauche parvenait à former une coalition inédite. Bloc de gauche, verts, Parti communiste et Parti socialiste s’entendaient sur un gouvernement et une majorité parlementaire. Ceci fait ils parvenaient à renverser le premier ministre de droite, qui bien que vainqueur n’avait pas la majorité au Parlement. C’est ainsi que depuis novembre 2015 un gouvernement socialiste mène le Portugal, soutenu par les autres partis de gauche. Une garantie que les socialistes ne prendront pas de « mauvaises » décisions s’ils veulent continuer à avoir la majorité. Et le moins que l’on puisse dire c’est que cette union porte ses fruits- voir : Comment l’union des socialistes et de la gauche radicale a mis un terme à l’austérité au Portugal.

Bien sûr cette alliance ne fut possible que parce que le Parti socialiste portugais a rompu avec ce qui est en train de perdre les autres formations sociales-démocrates refusant d’entamer un virage à gauche. L’échec du PS français a été révélateur du désastre de François Hollande. Une politique libérale, des renoncements à tous les niveaux, un accroissement de la misère et malgré le léger revirement à gauche de Benoît Hamon, les électeurs ont voulu sanctionner un quinquennat de trahisons. Preuve en est le score du candidat de la France insoumise du PCF et d’Ensemble qui avait rassemblé 19,58% des votes alors qu’il avait atteint 11,1% en 2012.

En Italie et en Espagne on assiste là aussi à une chute dans les sondages des forces sociales-libérales. Si en Italie cela semble profiter à des forces populistes comme le mouvement 5 étoiles de Beppe Grillo, en Espagne le parti de gauche Podemos est la force montante du pays, tandis que le PSOE s’enfonce toujours un peu plus dans la crise et paye, lui aussi, ses politique anti-populaire.

L’espoir Corbyn

Enfin, pour prendre un dernier exemple, les récentes élections au Royaume-Uni témoignent de ce changement de mentalité. Convoquées par la première ministre conservatrice Theresa May ces élections devaient permettre au gouvernement britannique d’avoir une plus ample majorité conservatrice pour peser dans les négociations sur le Brexit avec l’Union européenne. A quelques semaines du scrutin les chances du Parti travailliste semblait nulles et les cadors du Parti, responsable de son virage à droite il y a bien des années ne rêvaient que d’une chose : virer Jeremy Corbyn et son programme bien à gauche.

En effet Jeremy Corbyn tranche avec l’époque de Tony Blair et son libéralisme de centre droit. Le leader des travaillistes a mis la barra à gauche à tel point que le parti n’avait pas eu un programme aussi ambitieux depuis 1973. Fin de l’austérité, construction de logements sociaux, hausse des salaires, renationalisation des chemins de fer et autres mesures favorables aux plus démunis voilà le programme des travailliste contenu dans un document dénommé « For the many, not the few ».

Bien que critiqué par certains leaders du Parti, restés persuadé des bienfaits de la doctrine qui a conduit des millions de britanniques dans la pauvreté, Jeremy Corbyn a bénéficié d’un large soutien populaire de la base de son parti. Un enthousiasme qui, certes n’a pas suffit à remporter les élections, mais avec 40% des suffrages et un gain de 30 députés par rapport à la précédente législature, le Labour Party apparaît comme le vainqueur des élections, quand les conservateurs, eux, perdent 13 députés et n’obtiennent ainsi qu’une petite majorité.

En septembre prochain l’Allemagne devra, elle aussi, se prononcer. Le peuple allemand accordera-t-il de nouveau sa confiance à Angela Merkel ou donnera-t-il un nombre suffisant de députés aux forces de progrès telles que Die Linke ?

 

Macron : l’enfumage libéral

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Seuls les plus naïfs seront surpris de voir la tournure que prend, déjà le quinquennat d’Emmanuel Macron. La promesse d’un renouveau politique et d’une moralisation semble être déjà loin. Avec des ministres tels que François Bayrou ou Gérard Collomb qui ne sont pas de nouveaux venus ou avec Richard Ferrant qui, à peine nommé Ministre de la Cohésion des territoires, était impliqué dans une affaire révélé par le Canard enchaîné.

Autre fait marquant mais pas surprenant non plus pour quiconque s’était intéressé d’un peu plus près au programme économique du candidat Macron, son souhait de réformer le code du travail dès cet été, et par ordonnance. C’est à dire par un processus non-démocratique consistant à occulter les débats au sein du Parlement. Ceci ne sera bien sûr possible que s’il dispose d’une majorité au Parlement. Une raison de plus de regretter les divisions de la gauche notamment entre la France insoumise et le Parti communiste français.

Quoiqu’il en soit dès qu’un libéral prononce le mot : réforme il faut s’inquiéter. Parce que dans leur bouche il signifie une baisse des droits des travailleurs et des cadeaux toujours plus nombreux au grand patronat. Ce n’est pas un hasard si depuis 15 ans les mêmes politiques sont menées au nom de cette fameuse réforme et que le résultat ne fait qu’empirer : hausse du chômage, de la pauvreté, des inégalités, baisse des salaires, licenciements massifs et fermetures d’usines hebdomadaires.

Le gouvernement entend aussi réformer notre modèle social, et notamment ce qui touche à la sécurité sociale, crée en 1945 par Ambroise Croizat, ministre communiste, dans un pays ruiné par 5 ans de guerre et d’occupation. Pourquoi ce qui était possible lorsque nous étions au plus bas ne le serait plus alors que la France n’a jamais été aussi riche de son histoire ? Il n’y a qu’à voir le nombre de millionnaires français, en hausse, tout comme les dividendes versés aux actionnaires. Certes la France est riche mais la richesse est de plus en plus mal partagé et ne profite qu’à une infime minorité.

Ainsi le premier ministre Edouard Philippe a annoncé ce matin- mercredi 7 juin- la volonté du gouvernement de supprimer les cotisations chômage et maladies. Officiellement pour accroître le pouvoir d’achat des travailleurs, il oublie simplement de préciser que pour financer cela il augmentera la CSG, de fait ce que nous gagnerons d’un côté nous le perdrons de l’autre.

Le coup d’Etat social prévu est en marche et sera réalisé si Macron dispose d’une majorité à l’Assemblée nationale. Il y a de quoi s’inquiéter de la tournure que risque de prendre ce quinquennat. Avec un premier ministre ancien lobbyiste d’AREVA, avec une volonté d’aller vite et sans forcément s’encombrer de débats démocratique, et avec la suppression d’un Ministère du logement, désormais rattaché au Ministère occupé par Richard Ferrant. Alors même que le logement est la priorité numéro 1 des français. Ceux qui croyaient en un changement commencent à apercevoir le vrai visage de Macron, un jeune certes, mais aux idées vieilles d’avant la Révolution française, celle d’un libéralisme toujours plus agressif envers les plus démunis.