Les banques ramèneront le fascisme

L’heure est grave, les forces les plus obscures de l’Europe, celles qui ont causé tant de torts à l’humanité sont sur le point de revenir sur le devant de la scène politique, quant elles ne le sont pas déjà. Récemment, au Danemark, lors d’élections anticipées l’extrême-droite a réalisé des scores qui n’augurent rien de bon.

Pourquoi cette recrudescence des partis néofascistes et ultranationalistes au sein des pays membres de l’Union européenne (UE) ? La question peut paraître idiote tant la réponse est évidente. Les politiques imposées dans tous les pays membres par la Troïka (BCE, Commission européenne, FMI), loin de contribuer à la croissance et au bien-être, n’ont eu comme résultats que le chômage et la misère sociale. Et si dans certains pays, les peuples placent leur confiance dans les partis de gauches progressistes anti-austérité pour rétablir la situation ( Espagne, Irlande, Grèce ), dans d’autres pays ce sont les partis opposés à toute idée de progrès qui ont les faveurs des populations.

En Hongrie- où le premier ministre ne cache pas ses idées- au Danemark, où même en France, la [re]montée de ces partis inquiète au plut haut point, mais rien ne semble être mis en oeuvre pour endiguer cette progression.

Comment pourrait-il en être autrement ? Quand les partis, dits socialistes, se plient sans résister aux exigences des marchés financiers, à un point tel que François Mitterand paressait aujourd’hui pour un révolutionnaire intransigeant. Quand les Etats préfèrent sauver les banques au lieu de porter secours aux citoyens. Chavez avait prédit :  » si le climat était une banque, vous l’auriez déjà sauvé « . Cette phrase peut également être appliquée à chaque citoyen, chaque personne souffrant de la misère et des politiques d’austérité, ces politiques voulues et encouragées par les banques.

Sous les beaux discours démocratiques des dirigeants européens, qui n’ont d’ailleurs plus aucun sens après ce que vient de subir la Grèce, la réalité est celle d’une Europe soumise aux bons vouloirs des banques et des marchés financiers. Une Europe ou celui où celle qui se lève pour résister sera immédiatement qualifié de populiste et de démagogue. Une Europe ou ce sont les capitalistes qui dictent leurs lois sans se soucier des répercussions et des conséquences qu’elles auront pour des millions de personnes.

Il ne faut alors pas s’étonner que ces mêmes personnes ressentent vis à vis de l’Europe une haine de plus en plus forte et qu’ils se tournent vers des partis incarnant cette idée. Mais comme les banques et les gouvernements savent parfaitement appliquer le devise « diviser pour mieux régner », ils arriveront toujours à vous faire croire que c’est l’immigré, l’asiatique, le musulman, le juif, le noir où l’arabe, qui est responsable de votre situation, rendant de fait crédible aux yeux des plus ignorants la propagande nauséabonde de l’extrême-droite.

Face aux divisions, imposons une autre vision de la société, celle des peuples unis et animés par les mêmes sentiments de justice sociale et d’égalité. L’unité populaire face aux banques, et à leurs alliées le plus précieux : l’extrême-droite.
Karl Marx avait prévenu : « Celui qui ne connaît pas l’histoire, est condamné à la revivre ».

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Repenser notre rapport à l’Europe

Ce que vient de vivre la Grèce ne peut qu’en attester, il est désormais impératif de changer notre manière d’appréhender l’Europe et la zone euro. Le mythe d’une « Europe sociale » que l’on pourrait réaliser en la transformant de l’intérieure vient de s’effondrer en l’espace de quelques mois. Après que le gouvernement grec est été obligé d’accepter un troisième mémorandum alors qu’il portait la volonté du peuple grec d’une fin de l’austérité.

L’Eurogroupe et la Troïka ont exercé un chantage et des pressions nullement vus auparavant. Il faut voir avec quel mépris les dirigeants européens, Angela Merkel en tête, ont traité le peuple grec et ses choix démocratiques, le 25 janvier et le 5 juillet lors du référendum.

Certes nous pouvons toujours tenter de nous consoler en nous justifiant par le fait que la Grèce ne pèse que 2% du PIB européen, mais il convient d’être honnête, le même chantage sera exercé sur chaque pays et chaque peuple refusant le dogme néolibéral qu’ils veulent imposer.

Pour nous français, ce qui vient d’arriver au peuple grec aura de fortes répercussions sur le plan politique. Beaucoup de personnes qui, comme moi, avaient la profonde conviction qu’un changement de l’Europe en faveur d’une Europe des peuples et de la solidarité était possible en l’état des choses, sont maintenant persuadés de l’impossibilité de cela si nous ne revoyons pas notre lien par rapport à l’euro.

Or, aujourd’hui, le seul Parti, réalisant de hauts scores, et ayant pour revendication la sortie de l’euro, c’est le Front national. D’où cette question qui s’impose : est ce que le Parti communiste français et plus généralement le Front de gauche doivent d’ores et déjà inscrirent
dans le programme une sortie de l’euro ? Ou bien faut-il paraître moins « radical » et plus « démocrate » en inscrivant plutôt cette question sous la forme d’un référendum qui donnerait la parole au peuple ?

Nous pouvons également attendre les prochaines élections dans d’autres pays, notamment en Irlande et en Espagne. Si nos camarades venaient à gagner et à faire plier les créanciers, alors nous pourrions continuer à clamer l’idée d’un changement de l’Europe par l’intérieur. Si l’inverse se produisait, alors il ne faudrait plus attendre et changer diamétralement d’opinion sur ce point.

Quoiqu’il en soit notre vision de l’Europe en sera changé, elle l’est déjà. Cela ne veut pas dire que nous refusons l’idée d’une intégration régionale, bien au contraire. L’exemple de l’Amérique latine nous le démontre, une fois de plus, avec une multitude d’organisations régionales : l’UNASUR, la CELAC, le MERCOSUR où encore l’ALBA. La différence entre ces institutions et l’Europe est pourtant majeur. Chacun de ces pays latinos-américains, bien que membres de ces organisations, respectent la souveraineté des autres nations, en ne tentant jamais d’y appliquer une quelconque ingérence. C’est ce à quoi nous devons arriver en Europe, sans quoi ce seront les fascistes qui parviendront à revenir sur le devant de la scène politique. 

Sur la situation de la Grèce

 Dimanche 5 juillet, à Athènes sur la place Syntagma, des milliers de citoyens grecs se réunissent pour fêter la victoire du « non » au référendum organisé par le gouvernement. A la question souhaitez-vous accepter l’ultimatum des créanciers, le peuple grec a répondu massivement « oxi » à plus de 61%. Il envoyait ainsi un signal fort aux créanciers de la zone euro et du FMI.

Ces derniers qui, durant la courte campagne du référendum, n’ont cessé d’appeler à voter « oui » et ont exercé sur le peuple grec toutes les pressions possibles. La banque centrale européenne (BCE) a elle aussi effectué un chantage contre la démocratie. En coupant les liquidités aux banques grecques elle les a obligées à fermer, et a forcé le gouvernement à prendre des mesures d’urgence, telles que le contrôle des capitaux, afin d’éviter une banqueroute.

Puis, dans la nuit du 9 au 10 juillet, le gouvernement annonce la proposition d’un accord reprenant en grande partie ce que demandaient les créanciers, même s’il est vrai que le gouvernement démontre sa volonté de maintenir un cap et de préserver les plus démunis.
Peu après l’annonce de ce plan, bien que sceptique, j’ai essayé de me convaincre que cela faisait partie de la stratégie sur le long terme d’Alexis Tsipras, ce qui n’est pas à exclure. S’il parvenait à obtenir plusieurs dizaines de milliards d’euros, tout en imposant une annulation d’une partie de la dette, ce serait alors une bonne nouvelle pour le peuple grec. Surtout cela éviterait à son gouvernement d’avoir à revenir chaque mois à la table des négociations pour demander 5 où 6 milliards d’euros au FMI. Et cela permettrait ainsi au gouvernement de mettre en place le programme initial, du moins en grande partie, de Syriza.

De surcroît il ne faut pas non plus perdre de vue les élections qui auront lieu en Espagne ( fin 2015 ) et en Irlande ( probablement en 2016 ), qui elles aussi pourraient grandement influer sur l’avenir de la Grèce si les peuples respectifs de ces deux pays plaçaient leur confiance en des forces anti-austérité- Podemos et Izquierda Unida en Espagne, Sinn Féin en Irlande.

Pourtant, malgré cela, nous ne pouvons que reconnaître que le gouvernement a lâché beaucoup trop de choses aux créanciers, notamment sur la TVA et sur les retraites mais aussi sur les privatisations. Ceci étant d’autant plus dur à comprendre pour le peuple grec, que le « non » au référendum aurait dû donner plus de force au gouvernement dans ses négociations.

Malgré tout il ne faut pas exclure que la Grèce ne représente que 1,9% du PIB européen et que donc les possibilités et les marges de manoeuvre contre l’Eurogroupe sont minces, sans oublier non plus que le premier ministre grec est encore jeune et qu’il a contre lui tous les gouvernements de la zone euro. Il faut voir avec quel mépris le gouvernement allemand, traite Syriza et espère que le gouvernement progressiste grec chutera. De l’avis de plusieurs experts, Tsipras a subi un chantage insoutenable de la part de Merkel qui aurait même exigé que l’argent de l’Etat grec soit placé dans un compte au Luxembourg, ce qui aurait constitué une perte important de souveraineté.

Néanmoins et en dépit de toutes les pressions qu’à pu subir le gouvernement, si certains se battent pour le défendre, des personnalités importantes de Syriza dénoncent ,elles, l’accord expliquant qu’ils n’ont pas été élus pour cela. Le désormais ex-ministre des finances Varoufakis, la présidente du Parlement grec, des députés, des ministres, des militants et l’héroïque euro-député Manolis Glezos- celui qui durant la seconde guerre mondiale avait décroché le drapeau nazi de l’Acropole pour y mettre à la place le drapeau grec, critiquent ouvertement le texte. En outre, un récent sondage démontre que 79% des grecs ne veulent pas d’un autre plan d’austérité.

Toutefois, il est possible que ce programme de réforme exigé par les créanciers ne voit pas le jour si la question légitime de la dette n’est pas mise sur la table des négociations. C’est pour cela que malgré les réticences que peuvent engendrer les réformes que va devoir faire Athènes, la solidarité envers la Grèce ne doit pas diminuer. En espérant que Tsipras sait ce qu’il fait et qu’il n’a pas renoncé
au projet de départ de Syriza.

* A l’heure où ces lignes sont rédigées l’incertitude plane toujours quant à l’acceptation du texte proposé par Tsipras, par l’Eurogroupe.

Retour en arrière pour l’Espagne

Tout comme en Grèce, l’Espagne bouleverse le paysage européen en ayant connu l’émergence de forces progressistes opposées à l’austérité et au monde de la finance. Nous n’allons pas ici évoquer a proprement parler Podemos, Izquierda Unida où les différents mouvements citoyens, mais plutôt la nouvelle loi qui est entrée en vigueur le 1er juillet et qui va affecter de manière significative les libertés de manifester et le droit d’exprimer librement son opinion.

En effet, depuis 2011 et l’apparition du mouvement des indignés, les espagnols luttent toujours avec autant de courage et de générosité multipliant grèves, manifestations et occupations de places. Tout cela afin de revendiquer la fin des politiques d’austérité qui ont conduit le pays à la catastrophe et le peuple à la misère, comme partout où des politiques similaires ont été appliqué.
Les deux grands partis le Parti populaire (PP) de droite et le Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE) de centre gauche ont vu leurs scores chuté lors des dernières élections régionales ( mai 2015 ) à leur niveau le plus bas depuis la transition démocratique de 1975 suite à la mort du dictateur fasciste Franco ( voir : En avant Podemos ).

Malgré ce revers, la droite, au pouvoir depuis 2011, ne semble pas vouloir remettre en cause sa façon réactionnaire et conservatrice de gouverner. Le Parlement a ainsi adopté une loi restreignant le droit de manifestation. Sont désormais interdits les occupations de places, les distributions de tracts et les collages d’affiches ainsi que l’appel à manifester via les différents sociaux, en clair tout ce que le gouvernement juge coupable de « troubles à l’ordre public ». Un gouvernement qui a cyniquement intitulé cette loi « loi de sécurité citoyenne ».

C’est un véritable retour en arrière que connaît là le peuple espagnol et à travers lui l’Europe entière, censée être garante de la démocratie et des droits de l’hommes. Alors qu’en Grèce le gouvernement honore la démocratie en convoquant un référendum, et se voit pour cela discrédité, le gouvernement espagnol n’a pour l’instant reçu aucun avertissement d’ampleur, mise à part ceux des forces progressistes et des organisations internationales telles que Amnesty international.

La mise en pratique de cette loi vise bien entendu à freiner l’expansion de Podemos et des mouvements citoyens qui, lorsqu’ils sont alliés avec nos camarades d’Izquierda Unida notamment du Parti communiste espagnol (PCE), ont démontré leurs succès comme ce fut le cas en mai dernier où ils ont remporté les villes de Madrid et de Barcelone.

Par ailleurs la dite loi s’accompagne d’autres amendements comme celui qui réduit voir supprime les recherches de crimes commis sous la dictature de Franco, où encore celui rendant légal le processus d’expulsion immédiate des migrants souhaitant trouver refuge en Espagne.
Mais que les énarques et les financiers se rassurent, ils ne sauront pas touché par cette loi qui prévoit même de relever le montant d’euros à partir duquel la justice entame une procédure visant à punir l’évasion fiscale. En clair si un riche espagnol dissimule moins de 120 000 euros cela ne saura pas considérer par la justice comme une fraude. De même que le financement des partis politiques et désormais limité à la modique somme de 500 000 euros.

Ces nouvelles mesures ne vont en réalité que consolider le système de corruption qui gangrène toutes les institutions espagnoles, d’où l’importance des prochaines échéances électorales. C
es élections générales de fin d’années seront donc décisives pour l’avenir de la démocratie en Espagne.