Un peu d’histoire #8 : L’affaire Iran-Contra

Nicaragua's President Daniel Ortega arrives for an event to mark the 39th anniversary of the Sandinista victory over President Somoza in Managua
Daniel Ortega (FSLN) lors des célébrations du 39ème anniversaire de la Révolution sandiniste. Crédits : OSWALDO RIVAS / REUTERS

Alors que le Nicaragua s’apprête à célébrer les 40 ans de la Révolution sandiniste, qui chassa la dynastie dictatoriale des Somoza du pouvoir, il m’a paru important de revenir sur une affaire qui a beaucoup fait parler dans les années 80′. D’autant plus parce qu’aujourd’hui encore le gouvernement américain souhaite le renversement de Daniel Ortega ancien guérillero du Front sandiniste de libération nationale, réélu démocratiquement en 2016 à la tête du Nicaragua. 

  • La révolution sandiniste triomphe en 1979

Le 19 juillet 1961 Carlos Fonseca (23 juin 1936 – 7 novembre 1976), Tomas Borge (13 août 1930 – 30 avril 2012) et quelques autres personnes créent le Front sandiniste de libération nationale (FSLN). Le nom sandiniste faisant directement référence au général Sandino, figure de la lutte contre les marines américains, et assassiné par la famille Somoza en 1934. La même famille encore au pouvoir à la création de la guérilla. 

Ironie de l’histoire ce sera un 19 juillet également, en 1979, que le FSLN, et les autres factions de la résistance, prendront définitivement le pouvoir après la chute et la fuite, aux Etats-Unis, du dictateur Anastasio Somoza Debayle lâché par Jimmy Carter qui avait stoppé l’aide économique et militaire à celui-ci. C’est la fin de la dictature familiale et dynastique des Somoza. 

Les premières mesures du nouveau gouvernement, qui regroupent alors encore toutes les factions opposées à la dictature, y compris des membres de la bourgeoisie, ne tardent pas à être appliquées : 

  • réforme agraire 
  • expropriation des terres de la famille Somoza et des grands propriétaires 
  • nationalisation de certains secteurs clés

Même Jimmy Carter aide le nouveau gouvernement baptisé Junte de gouvernement de reconstruction nationale. Mais l’aide américaine ne dure pas longtemps. En janvier 1981 Ronald Reagan arrive à la Maison blanche avec une seule obsession : relancer la guerre froide. Et pour lui les sandinistes ne sont que des pions de Moscou en plein pré-carré américain. L’aide au Nicaragua est immédiatement stoppée, et les exportations de blé sont suspendues. Bientôt un embargo est aussi mis en place par l’administration Reagan. La présence d’un gouvernement révolutionnaire et socialiste à Cuba était déjà beaucoup trop pour les Etats-Unis. Alors la perspective d’un second pays similaire ne pouvait qu’effrayer Ronald Reagan. Après avoir pris ces premières mesures ce dernier va accentuer les tentatives de déstabilisation du Nicaragua. 

Pourtant à cette période le gouvernement nicaraguayen tente de mener une politique de non-alignement à l’international, même s’il est très proche du gouvernement cubain. Entre temps les sandinistes qui sont de plus en plus majoritaires au pouvoir mettent en place de nouvelles mesures : 

  • une nouvelle constitution
  • la diminution des loyers de 40 à 50% dans les villes en 1980 
  • l’augmentation des bas salaires au mois de juin 1980 
  • de nombreux programmes sociaux 
  • des campagnes d’alphabétisation, faisant passer l’analphabétisme de 50 à 13% parmi la population
  • la construction de nombreux centres de soins 
  • des campagnes de vaccinations, avec comme résultat notable l’élimination de la polio

Si ces mesures sont favorables à la majorité de la population, certains partisans de l’ancienne dictature commencent à se constituer en groupes contre-révolutionnaires : les Contras 

  • Situation politique en Iran 

Pour comprendre l’affaire Iran-Contra il faut aussi connaître la situation que connaît l’Iran à cette même période. 1979 est l’année où les Sandinistes prennent le pouvoir au Nicaragua en renversant un allié des Etats-Unis. En Iran, la révolution iranienne renverse le Shah, un autre tyran allié des Etats-Unis, et Khomenei arrive au pouvoir le 11 février 1979. Après quoi la République islamique d’Iran est officiellement créée. Le nouveau pouvoir iranien qualifie les Etats-Unis de « Grand Satan », et affiche également ouvertement son opposition à l’état d’Israël. 

L’affaire des otages américains détenus dans l’ambassade américaine à Téhéran n’aide pas à la reprise des relations, bien au contraire elles vont empirer. Lorsque Reagan arrive au pouvoir aux Etats-Unis, sept otages américains sont de nouveau détenus au Liban, par le Hezbollah. Le dilemme gagne donc la Maison blanche qui officiellement se refuse à toute négociation avec les Iraniens qu’ils soupçonnent d’être derrière cette prise d’otages. 

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Les principaux décideurs du financement des contre-révolutionnaires, dont le président Ronald Reagan
  • Le financement des Contras

Revenons au Nicaragua où des petits groupes armés contre-révolutionnaires se forment et s’entraînent dans les pays voisins du Nicaragua : au Costa Rica et au Honduras. Sabotages, exactions en tout genre, attaques contre des bâtiments officiels, les Contras usent de la panoplie des groupes terroristes pour s’opposer au gouvernement légitime du Nicaragua. Mais ces actions restent minimes. Jusqu’à ce que Reagan décide d’augmenter considérablement l’aide américaine aux Contras. Le président américain va aller jusqu’à qualifier ces groupes armés de « combattants de la liberté », ce qu’ils ne sont en aucun cas, puisque pour la plupart ce ne sont ni plus ni moins que des nostalgiques de la dictature de Somoza. 

C’est la CIA qui va être chargée de structurer, entraîner, financer et armer les Contras, via des bases secrètes au Costa Rica et au Honduras. Pour justifier cette aide Reagan va prétexter un soutien des sandinistes à la guérilla au Salvador contre l’allié des Etats-Unis, sans jamais émettre la moindre preuve de ses propos. Tandis qu’en parallèle le Congrès américain vote plusieurs amendements entre 1982 et 1986 pour limiter puis interdire toute aide aux Contras.

Mais dans les faits rien ne change. Les livraisons s’accentuent au fil des mois et les Américains vont jusqu’à livrer des avions aux groupes contre-révolutionnaires. C’est d’ailleurs par le biais de ces avions que les Nicaraguayens vont avoir des preuves de l’implication américaine en abattant certains appareils pilotés par des Américains. Ronald Reagan se rend par ailleurs compte que les Contras ne sont pas populaires au Nicaragua. Il va donc adapter sa stratégie en autorisant des opérations ayant pour but d’asphyxier l’économie du pays et retourner le peuple contre son gouvernement. Au moyen de petites vedettes les Américains mènent ces attaques, qui iront jusqu’au minage des trois principaux ports du Nicaragua.

C’en est trop pour le Congrès américain qui interdit formellement toute intervention directe ou indirecte des services secrets au Nicaragua. Reagan fait semblant d’obtempérer, mais les livraisons et le soutien aux Contras vont continuer secrètement. D’abord via des pays alliés qui vont prendre le relais : Israël, Arabie Saoudite, Sultanat de Brunei, vont ainsi envoyer armes, argent et instructeurs. Puis via d’autres moyens, dont le financement par le trafic de drogue.

  • L’affaire Irangate ou Iran-Contra

Cette affaire, qui éclata au grand jour le 3 novembre 1986 après des révélations du journal libanais Ash Shiraa, résulte d’une double nécessité pour l’administration américaine :

  • libérer les otages au Liban
  • trouver de l’argent pour continuer de financer secrètement les Contras

Au Moyen-Orient la guerre fait rage depuis 1980 entre l’Irak et l’Iran, et Américains et Israéliens ont tout intérêt à ce que cette guerre entre deux de leurs ennemis s’éternise. La nouvelle République islamique ayant hérité de l’armement du Shah, la plupart du matériel militaire est d’origine américaine. Il faut donc trouver des pièces américaines de rechange et des munitions pour continuer les combats contre l’Irak de Saddam Hussein. Israël, également armé par les Etats-Unis, commence à vendre secrètement des pièces et des armes à l’Iran considérant à l’époque l’Iraq baasiste plus dangereuse que la République islamique pour ses intérêts.

L’idée américaine va donc être la suivante, en passant par leur allié Israéliens de « troquer » les otages contre des armes. Tout doit être fait dans le secret car officiellement il y a un embargo sur l’Iran. Le Congrès n’est évidemment pas informé et l’opération se fait en toute illégalité du point de vue du droit américain. Au mois août 1985 la première livraison de 100 missiles a lieu. Quelques semaines plus tard, en septembre, 400 autres suivent. En parallèle un otage est libéré, mais les autres restent captifs au Liban. Le Hezbollah ne les libérera qu’au compte goutte.

Un homme est très impliqué et joue un rôle majeur : le colonel Oliver North, en charge du dossier des Contras. C’est d’ailleurs notamment lui qui sera jugé et condamné (avant d’être gracié) une fois que l’affaire éclatera, laissant Ronald Reagan s’en tirer à bon compte. En échange ce sont plusieurs millions de dollars qui sont transmis aux Contras tandis que les livraisons d’armes continuent : 1000 missiles anti-chars en 1986, puis plusieurs pièces détachées.

Au mois d’octobre 1986 un avion de la CIA chargé de matériel est abattu par l’armée nicaraguayenne. Un pilote en réchappe et avoue tout. Quelques jours plus tard le 3 novembre 1986 le scandale éclatait révélant au grand jour les actions de l’administration américaine, contre ses propres lois, et contre le droit international.

 

Tsipras est venu, a trahi, et a perdu (analyse des élections grecques)

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Alexis Tsipras a reconnu sa défaite dimanche lors des élections législatives grecques. Crédits : Reuteurs

Les élections législatives grecques ont rendu leur verdict ce dimanche 7 juillet. Au terme du scrutin le parti Nouvelle-Démocratie (droite conservatrice) l’emporte largement avec 39,85% des suffrages, confirmant ainsi sa victoire aux élections européennes de mai dernier (voir : Les résultats de la gauche radicale, communiste, et apparentés, aux européennes pays par pays (2019). 

  • Tsipras : la défaite de la trahison 

Les électeurs grecs ont sanctionné les promesses non-tenues et la trahison d’Alexis Tsipras et de Syriza, élus en janvier 2015 avec un programme censé transformer la Grèce et rompre avec les politiques d’austérité et les mémorandums qui avaient précipité le peuple grec dans la misère sociale. 

Pourtant, le 5 juillet 2015, le peuple grec donnait son accord à Tsipras pour refuser les injonctions de l’UE lors du référendum organisé à l’initiative du gouvernement où la question posée était : Approuvez-vous le plan proposé par la Commission européenne, la Banque centrale européenne, et le Fonds monétaire international ? Le Non l’emportait à 61,31% des voix, mais Alexis Tsipras préféra ignorer ce résultat et mettre au placard son programme pour rentrer dans le rang.  

Depuis le Premier ministre grec, et son parti, n’ont fait qu’appliquer à la lettre les exigences de Bruxelles. Résultat : la confiance gagnée durement au prix de longues luttes politiques pendant plusieurs années a été perdue en quelques mois à peine, ruinant le travail de milliers de militants et de plusieurs organisations grecques. Mais plus globalement cette trahison a aussi mis un frein aux partis dits de gauche radicale européens, et notamment issus de l’Europe du sud (Italie, Portugal, Espagne) là où, pourtant, la crise et les politiques d’austérité avaient été particulièrement intenses. 

Le retour de la droite aux affaires n’est donc pas une surprise. Avec un gain de 83 députés le parti Nouvelle-Démocratie, mené par Kyriakos Mitsotakis, disposera de 158 parlementaires, soit la majorité absolue puisque le parlement monocaméral comporte 300 sièges. 

Derrière Syriza et ses 31,53% obtient 86 députés, et en perd 56 par rapport à la précédente législature, tandis que la coalition de centre-gauche Mouvement pour le changement, composée notamment du Mouvement socialiste Panhellénique (PASOK) et du Mouvement des socialistes démocrates (KIDISO) complète le podium avec 22 députés et 8,10% des voix. 

  • Le KKE conserve son groupe, le parti de Varoufakis fait son entrée au parlement 

A défaut de n’avoir pas obtenu de siège supplémentaires, le Parti communiste grec (KKE) garde son groupe en conservant ses 15 députés et en recueillant 5,30% des suffrages, en légère baisse, de 0,3%, par rapport aux élections de 2015. 

Pour plus de détails sur les résultats du KKE : Le Parti communiste grec a résisté. L’ère Tsipras est finie

Les autres forces de gauche n’auront pas non plus de quoi faire pencher la balance du bon côté. Si le Front de désobéissance réaliste européen (branche grecque du Mouvement pour la démocratie en Europe en 2025), de Yanus Varoufakis, parvient à faire élire 9 députés et à faire son entrée au Parlement avec 3,44% des voix, les partis Antarsya et Unité populaire n’obtiennent quant à eux que respectivement 0,41% et 0,28%.

  • L’extrême-droite en déclin 

La seule bonne nouvelle qui ressort de ce scrutin est la chute d’Aube dorée. Le parti d’extrême-droite avait pourtant réalisé un score conséquent en septembre 2015 avec 7% des voix et 18 députés, ce qui lui avait permis de se hisser à la troisième place de cette élection. 

Un peu moins de cinq après les néo-nazis d’Aube dorée n’ont sauvé aucun de leurs sièges. Et, avec 2,9% des voix il est clair que le peuple grec a tourné la (très petite) page de cette formation n’ayant que la haine comme programme. 

Conseil de lecture #1 : ¡VENCEREMOS!

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Source : https://www.syllepse.net/venceremos–_r_74_i_580.html

La lecture est un outil indispensable pour se former, s’éduquer, s’émanciper et s’épanouir. Une arme d’autant plus importante aujourd’hui à l’heure où il est souvent difficile d’avoir accès à certaines vérités, notamment historiques. Au travers de cette nouvelle série d’articles je vais essayer de présenter certains ouvrages qui m’ont semblé importants. 

Le livre que je vais présenter aujourd’hui traite d’événements qui se sont déroulés au début des années 70′, mais qui peuvent se transposer à la situation actuelle. 

¡VENCEROMOS! Analyses et documents sur le Pouvoir populaire au Chili (1970-73) est un ouvrage qui revient sur l’expérience chilienne du socialisme lorsque Salvador Allende et l’Unité populaire arrivèrent à la tête du pays en 1970. Cette histoire est assez connue, tout comme sa fin tragique suite au coup d’état du général Pinochet, avec la bénédiction du voisin Nord-américain. Mais ce qui l’est moins c’est l’activité des militants de base, dans les usines notamment qui, au jour le jour, tentèrent de faire vivre le programme de l’Unité populaire. 

Que ce soit au sein des « Cordons industriels », des « Commandos communaux », ou des « Conseils paysans », le peuple chilien a tenté pendant cette période de s’organiser. Il avait compris que sans un appui de la base au gouvernement, jamais ce dernier ne pourrait réaliser son programme, ni aller au bout de ce pour quoi il fut élu. Hélas les multiples mobilisations n’auront pas suffi. Le livre se termine par une lettre de la Coordination provinciale des Cordons industriels de la ville de Santiago, destinée à Salvador Allende, et datée du 5 septembre 1973, déclarant que :

« Nous vous prévenons, camarade, avec tout le respect et la confiance que nous portons encore que si vous ne réalisez pas le programme de l’Unité populaire, si vous n’avez pas confiance dans les masses, vous perdrez l’unique appui réel que vous possédez comme personne et comme gouvernant, et vous serez responsable de porter le pays, non pas vers la guerre civile, qui est déjà en plein développement, mais à un massacre froid, planifié, de la classe ouvrière la plus consciente et la plus organisée d’Amérique latine »

Funeste présage. Quelques jours plus tard en effet, le 11 septembre 1973 avait lieu le coup d’Etat qui mettait définitivement fin à l’expérience socialiste chilienne. Au terme de cette journée Augusto Pinochet prenait le pouvoir et installait sa dictature militaire, tandis que Salvador Allende se donnait la mort. 

Ces événements ont plus de quarante ans. Pourtant, comment ne pas voir des similitudes entre ce qu’à vécu le Chili d’Allende et ce que vivent aujourd’hui les pays progressistes d’Amérique latine ? Les moyens de pression, de blocage et d’intimidation des Etats-Unis contre le gouvernement de l’Unité populaire sont les mêmes que ceux utilisés aujourd’hui contre le Venezuela, Cuba ou le Nicaragua. En 1971 Richard Nixon, le président américain de l’époque, lança à son secrétaire d’Etat, Henry Kissinger : « j’ai décidé de virer Allende, ce fils de pute ». Admirez l’élégance du langage. Nixon poursuit : « nous ne devons pas laisser l’Amérique latine penser qu’elle peut emprunter un autre chemin sans en subir les conséquences ». Et d’ajouter : « faites-moi hurler l’économie » (chilienne). Aujourd’hui c’est Donald Trump qui souhaite mettre fin aux pays progressistes de la région. Après avoir réussi à faire virer de bord l’Argentine, le Brésil, le Salvador et l’Equateur, l’administration américaine se tourne maintenant vers ceux qui résistent encore. 

Ce livre nous apprend que sans une solidarité infaillible, aucun gouvernement ne peut tenir contre l’Empire et ses valets. Les milliers de morts causés par la dictature chilienne  qui succéda à l’Unité populaire peuvent en témoigner. 

Fiche technique : 

Titre : ¡VENCEREMOS! Analyses et documents sur le Pouvoir populaire au Chili (1970-1973)

Auteur : GAUCHIDAUD Franck 

Nombre de pages : 190

Date de parution : Septembre 2013

Editions : Syllepse 

Prix : 10 euros 

Un peu d’histoire #7 : le (vrai) rôle de l’URSS durant la Seconde Guerre mondiale – partie 3/3

Victoire URSS sur Allemagne naziz
Le drapeau de l’URSS flottant au dessus de la ville de Berlin, signe que l’Allemagne vient de perdre la Seconde Guerre mondiale. Source https://blogs.mediapart.fr/danyves/blog/210515/annie-lacroix-riz-le-role-de-l-urss-dans-la-deuxieme-guerre-mondiale

L’Histoire nous permet d’apprendre ce qui nous a précédé. En son temps, Karl Marx avait averti que « celui qui ne connaît pas l’histoire est condamné à la revivre », démontrant ainsi la nécessité pour chacun de connaître les événements passés qui, bien souvent, fournissent une source d’explication pour les événements présents et futurs. Mais connaître l’histoire c’est aussi raconter ce qui est passé sous silence, ou volontairement oublié par certains. Au travers de cette série d’articles, je vais m’efforcer de mettre à jour des faits ignorés aujourd’hui mais ô combien importants.

Après la première partie, consacrée aux années 30′, et à la seconde qui revenait sur les Accords de Munich et le pacte germano-soviétique, je vais m’attarder, dans cette troisième partie, sur conflit à proprement parler, ainsi que sur la libération de l’Europe pour essayer de démontrer que toute l’Europe de l’Est, et donc une majorité de pays, fut libérée des nazis grâce à l’Union soviétique

  • L’attaque de l’Allemagne 

En effet, en dépit du pacte germano-soviétique de non-agression entre les deux pays, Hitler souhaite toujours envahir l’Union soviétique. D’abord pour appliquer sa doctrine du lebensraum– l’espace vital- pour la race aryenne. A cela s’ajoute le côté idéologique, et le IIIe Reich n’hésitera pas à parler de « croisade moderne » pour justifier sa guerre contre l’URSS et mobiliser ses troupes. Dès décembre 1940 Hitler souhaite faire de cette invasion une priorité absolue, et pense qu’il est possible de gagner en quelques mois en appliquant sa tactique de la Blitzkrieg, afin d’éviter l’hiver russe.

En face, Staline est persuadé que l’Allemagne respectera le pacte scellé quelques mois plus tôt. A tel point qu’il refuse, jusqu’au dernier moment, à croire ses espions basés en Allemagne et à la frontière qui l’avertissent des mouvements des troupes nazis, et de l’imminence de l’attaque. Les forces mobilisées pour l’occasion sont considérables : près de 4 millions d’hommes, 4 000 chars, 3 000 avions. Ce sont 153 divisions allemandes, mais aussi finlandaises (qui rêvent de prendre leur revanche sur l’URSS après la courte guerre qui a opposé les deux pays entre le 30 novembre 1939 et le 13 mars 1940, et qui intègre de fait l’Axe), roumaines, hongroises, bulgares, italiennes, mais aussi la division Azul, formée de volontaires franquistes espagnols. 

L’invasion débute officiellement le 22 juin 1941, sous le nom de code « Barbarossa », en référence à l’Empereur du Saint-Empire romain germanique Frédéric Barberousse (1122-110). La surprise est totale pour les militaires soviétiques, et dans les premières heures du conflit l’aviation de l’URSS perd près de 2 000 avions. 

L’offensive se déroule sur plusieurs milliers de kilomètres, et sur trois fronts :

  • au nord avec pour objectif la prise de Leningrad, berceau de la Révolution russe 
  • au centre avec pour objectif Moscou, la capitale de l’Union soviétique 
  • au sud avec pour objectif la ville de Kiev et sa région, grenier à blé de l’URSS

Les premiers mois de l’attaque se déroulent parfaitement pour les Allemands, profitant de la désorganisation complète de l’Armée rouge qui n’a d’autres choix que de se replier partout. A la fin de l’année 1941 ils sont à proximité de Moscou, et en septembre le siège de Leningrad débute, il durera jusqu’au 27 janvier 1944. Mais les soviétiques organisent peu à peu la riposte. Et deux événements majeurs surviennent à la fin de l’année 1941. 

Hitler a échoué dans son plan initial qui était de boucler ce front avant l’hiver. L’arrivée de celui-ci marque une pause dans l’avancée allemande. Et, en décembre 1941, l’attaque surprise de Pearl Harbor par le Japon marque l’entrée en guerre des Etats-Unis. 

  • Le tournant de la bataille de Stalingrad 

Le 17 juillet 1942 débute la bataille de Stalingrad. Hitler a fait de la prise de la ville portant le nom de Staline un objectif personnel. Mais les Soviétiques peuvent compter sur des centaines de milliers d’hommes qui viennent en renforts pour tenir la ville, notamment de troupes massées à la frontière japonaise, qui reviennent à l’hiver 1943, après que Staline a eu la certitude par ses espions que la Japon n’attaquerait pas l’URSS et respecterait le pacte nippo-soviétique de neutralité signé le 13 avril 1941. 

En dépit des renforts massifs les pertes de l’Armée rouge sont considérables, plus de 1,2 millions de soldats sont tués, blessés ou prisonniers, à cela s’ajoute la mort de 300 000 civils. Mais à force de conquête et de reconquêtes, de batailles rues par rues et quartiers par quartiers, et d’un encerclement des forces allemandes, profitant que les flans des forces de l’Axe étaient tenus par les divisions hongroises et roumaines, bien moins performantes que leurs homologues allemandes, les troupes soviétiques parviennent à faire abdiquer le maréchal Von Paulus, contre les ordres d’Hitler, le 3 février 1943. 

Cette victoire, la première défaite militaire de l’Allemagne nazie en Europe est un tournant majeur de la Seconde Guerre mondiale. D’autant plus qu’avec l’entrée en guerre des Etats-Unis, Hitler se voit forcé de combattre sur deux fronts avec le débarquement en Sicile en juillet 1943 et le revirement de l’Italie qui dépose et arrête Mussolini (celui-ci sera libéré par un commando allemand et sera mis à la tête d’un état fantoche créé au nord de l’Italie : la République sociale italienne). 

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Carte réalisée avec le site : https://historicalmapchart.net/. Crédits : République sociale 

Notes pour cette carte : 

  • La Tchécoslovaquie est ici représentée en un seul pays, or si la Slovaquie constituait en effet une nation pendant la guerre, bien que totalement inféodée au IIIe Reich, l’autre partie de ce pays était intégrée à l’Allemagne depuis 1939 
  • La Finlande changea de camp et signa l’armistice avec l’URSS avant que celle-ci ne l’envahisse entièrement 
  • L’Armée rouge entra au nord de la Norvège, et le 25 octobre 1944 des forces de l’armée régulière norvégienne, exilées, reçurent l’ordre de rejoindre la Norvège pour libérer leur pays 
  • Les pays Baltes représentés ici étaient en réalité inclus dans l’URSS comme les autres Républiques socialistes soviétiques 

 

  • La reconquête de l’Europe 

Quelques jours après la reddition des divisions allemandes situées à Stalingrad, le 16 février 1943, l’Armée rouge reprend la ville de Kharkov, en Ukraine actuelle. Les événements vont ensuite s’accélérer au cours de l’année 1944. 

En effet, dès  janvier 1944 les troupes soviétiques parviennent à briser le siège de Leningrad et à entrer sur le territoire polonais. La libération de pays de l’Europe de l’Est a débuté : 

  • Les villes de Minsk (Biélorussie) et de Vilnius (Lituanie) sont respectivement libérées les 3 et 13 juillet 1944
  • le 15 mars 1944 l’Armée rouge pénètre en Roumanie, alors alliée de l’Allemagne. Mais, le gouvernement est renversé, et le nouveau en place ne tarde pas à changer de camp le 23 août 1944 il propose un armistice, qui ne sera signé que le 12 septembre 1944.
  • Le 6 septembre 1944 l’URSS entre en Bulgarie. Cette dernière, voyant son voisin roumain opérer un changement d’alliance, ne tarde pas à l’imiter. Cinq jours plus tard, le 11 septembre 1944 un armistice est ratifié entre la Bulgarie et l’Union soviétique. 
  • Le 12 septembre 1944 un autre armistice est signé entre la Finlande et l’URSS 
  • En janvier 1945 les Allemands évacuent les villes de Varsovie, Cracovie ainsi que le camp d’Autschwitz (épisode connu sous le nom de la « Marche de la mort ») car les forces de l’Armée rouge approchent 
  • Le 28 janvier 1945 l’ensemble de la Lituanie est libérée 
  • Le 13 février 1945 l’URSS prend la ville de Budapest, et libère l’ensemble de la Hongrie au début du mois d’avril 
  • En mars 1945 l’Armée rouge atteint l’Autriche et prend Vienne le 13 avril 1945
  • La Slovaquie, pays fantoche de l’Allemagne abandonne le combat au cours du mois d’avril 1945 
  • Le 16 avril 1945 l’offensive sur Berlin est lancée par les forces soviétiques 
  • Le 20 avril Berlin est encerclée 

Dans le reste de l’Europe l’Italie et la France ont été entièrement libérées à la fois par les Alliés, et par les résistances intérieures, Tito et ses partisans communistes libèrent la Yougoslavie tandis qu’en Grèce les forces de la résistance, aidées par le Royaume-Uni, où les communistes jouent là aussi un rôle important chassent les occupants. La fin de la Seconde guerre mondiale en Europe est alors imminente, et prend fin le 8 mai 1945.Mais le conflit continue en Asie car le Japon refuse de rendre les armes. Rompant le pacte de neutralité l’URSS déclare la guerre au Japon le 8 août 1945. Elle occupe les îles Sakhaline et Kouriles, et la Mandchourie est envahie. 

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Au sortir de la guerre le bilan est lourd pour tous les pays. Mais c’est bien l’Union soviétique qui a payé le plus lourd tribut. Avec plus de 26 millions de morts, dont plus de 15 millions de civils. Pourtant, pour une majorité de Français et d’Européens, ce sont les Etats-Unis qui ont le plus contribué à la libération de l’Europe. Il est certain que la guerre froide qui allait s’engager quelques mois plus tard, et l’opposition idéologique entre les deux blocs a favorisé cette vision que nous avons du conflit. Films et reportages sur le rôle de l’armée américaines ont fleuri par dizaines, négligeant parfois (souvent) le rôle joué par l’URSS. 

 

 

Si Julian Assange avait été vénézuélien…

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Julian Assange au balcon de l’ambassade équatorienne à Londres, en 2012. Photo Olivia Harris. Reuters

Le 11 avril dernier Julian Assange, fondateur du site Wikileaks, était arrêté par la police du Royaume-Uni alors qu’il était réfugié dans l’ambassade de l’Equateur à Londres depuis août 2012. Plus récemment le gouvernement anglais a ratifié l’ordonnance autorisant l’extradition de Julian Assange vers les Etats-Unis. L’audience qui sera consacrée à l’examen de celle-ci a été fixée au 24 février prochain. 

Julian Assange a vécu dans l’ambassade équatorienne à Londres pendant près de sept ans, après que le gouvernement progressiste de Rafael Correa lui a accordé l’asile politique en 2012, et qu’il a obtenu la nationalité équatorienne en 2018 sous le gouvernement de Lénin Moreno. Pourtant c’est ce dernier qui l’a trahi, après avoir renié ses promesses de campagne en faisant volte-face et en tournant le dos aux années Correa, y compris au niveau international puisque le président équatorien a remis au goût du jour l’alliance avec les Etats-Unis. 

Sitôt arrêté par la police, Assange a été placé dans une prison de haute-sécurité, tel un vulgaire terroriste. Par cet acte, l’exécutif britannique se couvre de honteUne honte que partagent des pays comme la France qui, en dépit des discours moralisateurs, se refusent à accueillir sur leur territoire et à accorder l’asile politique à celui à qui nous devons tant. D’autant plus que jusqu’à preuve du contraire Julian Assange est innocent. Ni lui, ni Wikileaks n’ont volé de documents confidentiels ou n’ont piraté d’ordinateurs. En revanche ils se sont fait le relais des lanceurs qui ont réussi à obtenir ces dits documents en travaillant avec de grands quotidiens occidentaux dont le New-York Times, le Monde, ou El Païs. Ces derniers ont d’abord profité des publications de Wikileaks, en les publiant. Mais très vite ils ont étrangement détourné le regard, au point de ne pas trouver scandaleux ce qu’il est en train de se produire et de cautionner ces accusations. 

Pourtant, il y a fort à parier que si Julian Assange avait été russe, chinois, cubain, iranien, nord-coréen, ou vénézuélien il aurait été adulé et érigé en chantre de la liberté par ceux qui aujourd’hui le condamnent.  Pourquoi ? Parce qu’il a révélé au monde entier ce que personne n’a osé faire. Parce qu’il a notamment montré que les Etats-Unis ont été coupables des pires actes de barbarie. A l’image des cas de tortures en Irak, ou de ce funeste raid aérien du 12 juillet 2007, toujours en Irak, où l’on voit des soldats américains tirer sur un groupe de civils tuant au passage deux journalistes de l’agence Reuteurs.

Au travers de Julian Assange ce sont les libertés d’expression et d’information qui sont directement menacées par ceux qui se proclament pourtant leurs défenseurs. Il est clair qu’une condamnation d’Assange servirait d’exemple et d’avertissement à tous ceux souhaitant informer librement. 


Pour aller plus loin :

 

Un peu d’histoire #6 : le (vrai) rôle de l’URSS durant la Seconde Guerre mondiale – partie 2/3

Accords de Munich
Le 30  septembre 1938 l’Italie fasciste, l’Allemagne nazie, la France et la Grande-Bretagne signent les Accords de Munich qui scellent le sort de la Tchécoslovaquie. Ces accords sont signés sans les Tchécoslovaques, ni les Soviétiques. 

L’Histoire nous permet d’apprendre ce qui nous a précédé. En son temps, Karl Marx avait averti que « celui qui ne connaît pas l’histoire est condamné à la revivre », démontrant ainsi la nécessité pour chacun de connaître les événements passés qui, bien souvent, fournissent une source d’explication pour les événements présents et futurs. Mais connaître l’histoire c’est aussi raconter ce qui est passé sous silence, ou volontairement oublié par certains. Au travers de cette série d’articles, je vais m’efforcer de mettre à jour des faits ignorés aujourd’hui mais ô combien importants.

Après la première partie, qui traitait des années 30′ avant les Accords de Munich, lorsque l’URSS tenta d’obtenir une alliance avec la France et la Grande-Bretagne, cette seconde partie parlera à la fois des Accords de Munich, et de leurs conséquences, de l’obstination de la Pologne à réfuter l’accès à son territoire à l’Armée rouge, mais aussi du refus des occidentaux à établir une alliance militaire avec les Soviétiques. Refus qui aura pour conséquence directe le pacte germano-soviétique abordé à la fin de cet article. 

  • Prémices aux Accords de Munich 

Très vite la question de la Tchécoslovaquie arrive sur la table des négociations. Hitler se sert du prétexte de la région des Sudètes, à majorité germanophone, afin de conquérir l’ensemble du pays. Problème ? La Tchécoslovaquie bénéficie d’une double protection : celle de la France, et celle de l’Union soviétique. 

Peu avant les Accords de Munich, Neville Chamberlain, qui souhaite toujours mener une politique d’apaisement avec l’Allemagne nazie rencontre une première fois Hitler. Au terme de cet entretien le premier ministre britannique évoque lui-même un entretien « franc, mais amical »

Pourtant, quelques jours plus tard, Maxime Litvinov, le ministre des Affaires étrangères soviétique réaffirme à la Société des Nations (SDN) que l’URSS souhaite depuis des années arriver à un accord de sécurité collective avec les pays européens, contre l’Allemagne. Surtout, l’URSS précise bien qu’elle est toujours prête à défendre la Tchécoslovaquie, en vertu du traité qu’elle a avec elle mais que pour cela la France doit aussi tenir ses engagements. A cela s’ajoute un autre problème :  l’Union soviétique n’a pas de frontière commune avec la Tchécoslovaquie et pour atteindre ce territoire doit passer soit par la Roumanie, ce qui d’un point de vue stratégique est loin d’être la meilleure solution, soit par la Pologne qui offre le plus de facilité. 

Or la Pologne refuse catégoriquement que l’Armée rouge traverse son territoire, pour plusieurs raisons : 

  • son leader, Josef Beck, un militaire, est un farouche anticommuniste, ayant par ailleurs combattu contre l’Armée rouge en 1918 
  • en 1934 il a signé un pacte de non-agression avec l’Allemagne, il pense donc encore qu’Hitler respectera ce pacte 
  • Par ailleurs le chancelier allemand encourage le colonel Beck a revendiquer une partie du territoire tchécoslovaque, la Zaolzie 

Autrement dit la Pologne n’a aucune raison de laisser entrer sur son territoire l’Armée rouge. De plus Français et Anglais refusent de faire pression sur leur allié polonais, estimant qu’ils sauveront la paix en accordant à Hitler cette dernière concession. 

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Persuadés d’avoir préservé la paix, les dirigeants français et britanniques sont accueillis comme des héros dans leur pays.
  • Le démembrement de la Tchécoslovaquie

Le 29 septembre 1938 sont donc signés les Accords de Munich, sans les Tchécoslovaques, ni les Soviétiques. Aux termes de ceux-ci, et dans les mois qui suivent :

  • l’Allemagne s’empare de la région des Sudètes
  • la Pologne récupère la Zaolzie (octobre 1938)
  • la Hongrie s’empare du sud de la Slovaquie (novembre 1938)
  • la région de la Ruthénie subcarpatique est rattachée à la Hongrie en deux temps, une partie en novembre 1938, l’autre en mars 1939 (Premier arbitrage de Vienne) 

Pendant ce temps là à Londres, Ivan Maïski, l’ambassadeur soviétique, rend visite à son homologue Tchécoslovaque, Masaryk, qui, ayant appris la nouvelle des Accords de Munich  lance, :  » Ils nous ont vendus comme des esclaves »

Grande-Bretagne et France pensent avoir sauvé la paix. Ils se trompent lourdement. Mais en refusant ouvertement la paix tendue par l’URSS qui n’a eu de cesse de vouloir un accord avec les occidentaux, les deux pays ouvrent indirectement la voie à un accord entre l’Allemagne et l’URSS. Mais c’est bien la France qui, le 6 décembre 1938 à l’occasion d’une visite de Joachim Von Ribbentrop, le ministre des Affaires étrangères du IIIe Reich, signe un pacte d’amitié avec les nazis. Un banquet, auquel ne sont pas conviés les trois ministres juifs du gouvernement français, est même organisé en l’honneur de l’invité Allemand. 

En dépit de ses promesses Hitler ne s’arrête pas à la région des Sudètes. Dès le mois de mars 1939 l’Allemagne envahit l’ensemble de la Tchécoslovaquie, en en intégrant une partie au Reich et en créant une Slovaquie satellite. Puis au cours du même mois il s’empare du port stratégique de Memel, en Lituanie. Et bientôt c’est la Pologne qu’Hitler va lorgner. 

  • Avant l’invasion de la Pologne, les dernières tentatives de l’URSS pour parvenir à un accord avec la France et la Grande-Bretagne 

L’invasion du reste de la Tchécoslovaquie et de Memel n’entraînent aucune réaction de la part des occidentaux, toujours aveuglés par leur politique d’apaisement. Pourtant, tout le monde commence à comprendre que Français et Anglais ont abandonné leur allié tchécoslovaque pour rien et que la guerre se rapproche. 

Le Royaume-Uni décide ainsi de donner sa garantie à la Pologne, le 31 mars 1939, imité par la France. De plus l’opinion publique britannique, consciente que l’affrontement est inévitable, souhaite en majorité une alliance de leur pays avec l’URSS. Et une nouvelle fois ce sont les Soviétiques qui font la démarche. Staline ordonne en effet à Litvinov, le 17 avril 1939, de faire le premier pas envers les occidentaux. Ce dernier ne tarde pas à proposer de nouveau une alliance militaire à la France et à la Grande-Bretagne incluant la défense de la Finlande, des pays Baltes et de la Roumanie contre l’Allemagne. 

Lord Halifax, le ministre des Affaires étrangères du Royaume-Uni, est embarrassé car lui ne souhaite que protéger la Pologne, et demande encore du temps. Mais c’est justement de temps qu’il manque car les plans d’Hitler pour envahir la Pologne sont déjà prêts. D’ailleurs en dépit du danger imminent qui guette la Pologne, le colonel Beck se refuse toujours à laisser entrer sur son territoire l’Armée rouge, même pour assurer sa défense. Encore plus incroyable, il se rend à Londres au mois d’avril 1939, mais repart de la capitale britannique sans que cette question ne soit résolue.

Commençant à être las de tout ce cinéma, Staline nomme Molotov au poste occupé par Litvinov. Néanmoins la proposition d’alliance reste toujours valable, d’autant plus qu’Hitler n’est toujours pas convaincu qu’un pacte avec l’Union soviétique soit une bonne idée. 

Après l’opinion publique, c’est l’armée britannique qui, à son tour, souhaite une alliance avec l’URSS avant que ce ne soit trop tard. Chamberlain et Daladier se décident alors à envoyer une délégation en Union Soviétique en août 1939. Mais alors que Staline a bien spécifié qu’il était urgent de parvenir à un accord, les occidentaux prennent une fois de plus leur temps. Plutôt que d’affréter un avion pour leur délégations respectives, ils choisissent le bateau comme moyen de transport. Le voyage dure une semaine, sans compter les douze jours mis par les Anglais pour désigner les personnes qui allaient prendre part à cette visite. Et que dire des membres des délégations qui ne sont, ni du côté français, ni du côté britannique,  des personnalités très importantes, alors qu’à leur arrivée, le 12 août 1939, ils sont reçus par un proche parmi les proches de Staline : le ministre de la Défense : Kliment Vorochilov. 

Pire, le chef de la délégation britannique, l’amiral Drax n’a aucun papier de son gouvernement spécifiant qu’il a les pouvoirs diplomatiques pour mener à bien ces négociations. Et lorsque Vorochilov demande si la Pologne accepte d’ouvrir ses frontières à l’Armée rouge, il comprend que ces négociations ne servent à rien puisque les occidentaux n’ont pas été capables, ou n’ont pas voulu, convaincre leur allié polonais. La réunion s’arrête donc sur ce point et le ministre de la Défense soviétique précise qu’elles ne pourront reprendre que lorsque la Pologne acceptera l’Armée rouge sur son territoire. 

pacte germano-soviétique
La signature du pacte germano-soviétique.
  • Le pacte germano-soviétique 

Peu avant que les délégations française et britanniques n’arrivent en Union soviétique, Hitler commence à changer d’avis, sous les conseils de Ribbentrop, quant à une prétendue alliance avec l’URSS. Ne pas avoir de second front lui laisserait en effet les mains libres pour mener à bien ses plans, et préparer au mieux la future invasion de cette même Union soviétique. 

Dans le secret le plus total, dans un petit restaurant de Berlin, Karl Schnurre, diplomate allemand, et Georgy Astakhov, conseiller économique soviétique, mais surtout agent du NKVD, se rencontrent et évoquent un- possible- accord. Deux jours plus tard ils transmettent à leur dirigeants respectifs les paroles de l’autre, faisant comprendre que la voie est ouverte. L’Allemagne spécifie au passage que la situation est urgente. 

Le 15 août 1939, soit deux semaines avant l’invasion de la Pologne, les discussions entre l’URSS et l’Allemagne s’accentuent, et Moscou veut avoir la certitude que jamais le IIIe Reich n’attaquera son territoire. Et c’est ainsi que quelques jours plus tard, le 23 août 1939, est ratifié par Molotov pour les Soviétiques, et Ribbentrop pour les Allemands, le pacte germano-soviétique. Il comprenait la non-agression des deux pays mais également une annexe secrète, garantissant à l’URSS d’avoir les mains libres pour reprendre tous les territoires qu’elle avait perdus au terme de la Première guerre mondiale. 

L’invasion de la Pologne est imminente, et par leur bêtises les occidentaux se retrouvent désormais seuls contre Hitler et ses alliés. A suivre… 


Pour approfondir le sujet : Carnets d’un ambassadeur soviétique à Londres, par Ivan Maïski 

Un peu d’histoire #5 : le (vrai) rôle de l’URSS durant la Seconde Guerre mondiale – partie 1/3

Victoire URSS sur Allemagne naziz
Le drapeau de l’URSS flottant au dessus de la ville de Berlin, signe que l’Allemagne vient de perdre la Seconde Guerre mondiale. Source : https://blogs.mediapart.fr/danyves/blog/210515/annie-lacroix-riz-le-role-de-l-urss-dans-la-deuxieme-guerre-mondiale

L’Histoire nous permet d’apprendre ce qui nous a précédé. En son temps, Karl Marx avait averti que « celui qui ne connaît pas l’histoire est condamné à la revivre », démontrant ainsi la nécessité pour chacun de connaître les événements passés qui, bien souvent, fournissent une source d’explication pour les événements présents et futurs. Mais connaître l’histoire c’est aussi raconter ce qui est passé sous silence, ou volontairement oublié par certains. Au travers de cette série d’articles, je vais m’efforcer de mettre à jour des faits ignorés aujourd’hui mais ô combien importants.

Pour ce cinquième épisode de cette série historique il me semblait important de mettre l’accent sur le rôle joué par l’Union soviétique durant la Seconde Guerre mondiale. En effet depuis plusieurs années en France, et plus généralement dans les pays de l’Europe de l’Ouest, il y a une tendance qui vise à minimiser, voire à oublier la lutte déterminante de l’Armée rouge et le rôle de celle-ci dans la chute du IIIe Reich. 

D’ailleurs la non-invitation de Vladimir Poutine pour commémorer le 75e anniversaire du D-Day, alors qu’Angela Merkel était elle bel et bien présente,  par Emmanuel Macron reflète parfaitement cela. Pourtant il est bon de rappeler que sans l’URSS la victoire des Alliés aurait été fortement compromise, voire impossible. Il est aussi bon, et nécessaire, de rappeler et de se souvenir que c’est l’URSS qui a payé le plus lourd tribut lors de ce conflit  avec plus de 25 millions de pertes. 

Pour rétablir des faits il faut s’appuyer sur les vérités historiques. Il y a un peu plus de deux ans j’avais déjà rédigé un article sur les faits oubliés de la Révolution russe, qui traitait des avancées pour les femmes, de l’aide internationale pour divers mouvements et pays, mais aussi de sa contribution pendant la seconde guerre mondiale (voir : 100 ans après certains faits oubliés de la Révolution russe). 

Ce sujet important nécessitera trois parties réparties en trois articles distincts. Les deux premières parties montreront comment et pourquoi l’URSS et l’Allemagne nazie en sont venus à signer un pacte de non-agression. En réalité nous verrons que la responsabilité des gouvernements français et britannique est importante puisqu’au cours des années 30′ ils n’ont eu de cesse de rejeter toute velléité d’accords avec l’URSS, malgré l’insistance du ministre soviétique de la Défense, et ont cherché en partie à s’entendre avec Hitler. 

Cette première partie traitera donc d’abord de la non-possibilité d’un accord entre la France, la Grande-Bretagne et l’Union soviétique au cours des années 30′ . La deuxième partie sera consacrée aux scandaleux Accords de Munich qui entérinent la dislocation de la Tchécoslovaquie ainsi qu’à la dernière tentative d’une alliance dirigée contre Hitler avant le déclenchement de la seconde guerre mondiale. C’est aussi dans cette partie qu’il sera question du Pacte Germano-soviétique car entre temps nous aurons fait la démonstration qu’avec un peu plus de bonne volonté de la part des Occidentaux ce Pacte n’aurait jamais vu le jour. 

Enfin dans la troisième et dernière partie il sera question de la guerre à proprement parler et du rôle militaire joué par l’Union soviétique dans la libération de l’Europe du joug nazi.

  • L’URSS : un pays isolé qui cherche des alliances 

Le 23 août 1939, à la stupeur générale, l’Allemagne nazie et l’Union soviétique signent le pacte Germano-soviétique qui garantit la non-agression entre les deux pays, du moins pour un temps, mais comporte aussi des annexes secrètes sur des revendications territoriales. Pourtant tout oppose ces deux nations qui signent là un accord après s’être affrontées idéologiquement, et d’une manière indirecte militairement pendant la guerre d’Espagne, durant des années. 

Pourquoi un tel pacte a pu être possible ? Surtout, ce dernier aurait-il pu être évité si les pays occidentaux avaient consenti à un accord avec Staline et ne s’étaient pas été entêtés par leur anticommunisme primaire ? Sans doute que oui, et voici pourquoi. 

L’URSS fut le premier état de la planète à se proclamer « socialiste », et cette situation ne plaisait évidemment pas aux pays de l’Europe de l’Ouest qui voyaient d’un très mauvais oeil le fait que le plus grand pays du monde soit gouverné par un parti communiste. L’Union soviétique était donc traitée en paria sur la scène internationale. 

Pourtant, dans les années 30′, un autre phénomène commence à inquiéter bien des pays : la montée des mouvements fascistes en Europe, et des nazis en Allemagne. En France l’opinion publique voit au grand jour ce que souhaite l’extrême-droite lors de la crise du 6 février 1934, prélude à l’union des forces de gauche dans le Front populaire. En Espagne, à partir de 1936 la guerre civile éclate opposant Franco, soutenu par l’Italie et l’Allemagne, aux républicains, soutenus par les Brigades internationales et l’URSS. Cette dernière voit bien tout le danger des forces fascistes, d’autant qu’à sa frontière orientale, le Japon commence à manifester ses intentions expansionnistes et impérialistes. 

C’est donc tout logiquement que l’URSS essaye à nouveau de se rapprocher de la France, et de la Grande-Bretagne afin de récréer l’alliance effective durant la première guerre mondiale, celle d’avant la Révolution russe. 

  • L’action de Maxime Litvinov 

Maxime Litvinov occupe un poste clé au sein du gouvernement soviétique puisqu’il en est le ministre des Affaires étrangères. Juif, et communiste de la première heure, il affiche dès le début son antinazisme et va œuvrer pour lutter contre l’Allemagne en tentant de bâtir une sécurité collective afin que les pays européens soient solidaires contre Hitler. Parmi ses faits d’armes, il a notamment réussi à convaincre les Etats-Unis de reconnaître, officiellement, l’Union soviétique. 

Dans son combat Litvinov peut s’appuyer sur Louis Barthou, le ministre des Affaires étrangères du gouvernement français (9 février 1934 – 9 octobre 1934) qui, bien qu’étant lui-même anticommuniste, est aussi un homme d’état pragmatique. D’abord c’est lui qui arrive à faire rentrer l’URSS à la Société des Nations (SDN). Mais surtout il souhaite qu’une alliance voit le jour entre les différents pays européens, dont la Grande-Bretagne et l’Union soviétique contre l’Allemagne. Les deux ministres s’entendent donc sur un possible accord. 

Mais sa charge de ministre des Affaires étrangère le conduit à accueillir le 9 octobre 1934 le roi Alexandre 1er de Yougoslavie à Marseille. Et alors qu’ils sont dans la même voiture ce dernier est victime d’un attentat mortel. Dans la confusion un policier français tire et blesse accidentellement Louis Barthou qui, mal soigné, décède quelques heures plus tard, emportant avec lui l’idée d’un accord avec l’URSS. En effet son successeur, Pierre Laval, est lui fermement opposé à tout arrangement avec l’Union soviétique. 

De son côté la Grande-Bretagne semble ne pas s’inquiéter des tensions qui montent en Europe, exacerbées par les nazis. Pourtant, Ivan Maïski, ambassadeur à Londres du gouvernement soviétique, a la lourde tâche d’essayer d’arracher un accord avec le Royaume-Uni. Et le 29 mars 1935 Anthony Eden, un des futurs premiers ministres d’après-guerre, se rend à Moscou et rencontre personnellement Joseph Staline. En vain, l’idée d’un accord tombe une nouvelle fois à l’eau. 

Hitler profitant de ces tergiversations met peu à peu en place ses pions. :

  • En 1935 les lois raciales sont proclamées à Nuremberg
  • Le 7 mars 1936 la Rhénanie est remilitarisée

Qui réagit ? Ni la France, ni la Grande-Bretagne n’haussent réellement le ton même si l’idée d’une intervention armée effleure le gouvernement français après la remilitarisation de la Rhénanie, contraire au traité de Versailles. Mais les généraux français, dont Gamelin, ne veulent pas s’engager dans un conflit si le Royaume-Uni ne suit pas. Et comme les Britanniques ne souhaitent pas intervenir militairement, Hitler n’est pas inquiété. 

  • Vers un accord avec l’Allemagne nazie ? 

Mais cet épisode a marqué Hitler. Celui-ci ne veut sous aucun prétexte que les autres pays puissent mener à bien ce projet de sécurité collective. Alors il tente lui aussi un rapprochement avec la Grande-Bretagne. En ce sens il est bien aidé par la nomination en 1937 au poste de premier ministre de Neville Chamberlain qui exècre les communistes. De plus le 21 février 1938, succédant à Anthony Eden qui ne veut pas d’accord avec l’Allemagne, Lord Halifax est nommé Secrétaire d’état du Foreign Office (ministre des Affaires étrangères). Ce dernier est un des tenants de la politique d’apaisement avec Hitler. Ce choix est un coup dur pour Maïski dans sa perspective d’accord avec la Grande- Bretagne. 

Cette volonté d’apaisement permet à Hitler de réaliser l’Anschluss (littéralement le rattachement, même s’il s’agit en réalité d’une annexion) de l’Autriche sans que les pays européens s’en émeuvent plus que cela. Un mois plus tard la nomination de Georges Bonnet, le 10 avril 1938 au poste de ministre des Affaires étrangères de la France, entérine un peu plus cette idée d’accord avec l’Allemagne. 

Les tragiques, et honteux, Accords de Munich en seront une conséquence directe. A suivre…